Le documentaire « Un lugar más grande » : huit ans de résistance au Chiapas au Mexique – Un film de Nicolas Défossé. En salle à partir du 22 avril…

L’Ejido Tila, territoire ancestral du peuple autochtone ch’ol, symbolise une longue lutte pour la terre et l’autonomie depuis la Révolution mexicaine et la Constitution de 1917, qui ont instauré les ejidos comme propriété sociale. Malgré l’opposition des grands propriétaires terriens, un décret présidentiel de 1934 a accordé des terres à l’Ejido, dont la délimitation fut juridiquement contestée jusqu’à une victoire judiciaire en 2008. Le soulèvement zapatiste de 1994 a exacerbé les tensions, avec l’apparition de groupes paramilitaires. En 2015, face au non-respect des jugements, l’Ejido a proclamé son autonomie, expulsant la mairie et la police et déclenchant des affrontements avec l’État. Depuis 2020, la violence interne s’est intensifiée, culminant en 2024-2025 avec les assassinats des militants Carmen López Lugo et Domingo Lugo Ramírez, que le film rencontre et à qui il est dédié.

La vie à l’Ejido est rythmée par la culture de la terre, activité principale et fierté de ses habitants. La majorité de la communauté ch’ol est paysanne et partage ses journées entre travail agricole et « service commun ». Dans cette municipalité, chacun participe bénévolement aux tâches collectives qui assurent la vie commune : ramassage des déchets, tours de garde pour la sécurité, etc. Le « chef » joue davantage un rôle de représentant public qu’un rôle autoritaire, et toutes les décisions sont prises en assemblées communautaires. La sécurité est également assurée par des cellules organisées par les habitants eux-mêmes.

On peut s’interroger sur la gestion de la justice dans une communauté sans professionnels du droit, mais il apparaît que les anciennes autorités illégitimes ne faisaient qu’engendrer corruption et violence. Les conflits internes sont aujourd’hui réglés par le dialogue, avec des incarcérations temporaires en cas d’infractions constatées. Les principaux problèmes sociaux concernent l’alcoolisme, la violence domestique et la conduite en état d’ivresse, symptômes de précarité et d’un machisme systémique. Les femmes, bien qu’associées aux assemblées, restent peu présentes dans la gestion quotidienne, qui demeure majoritairement masculine.

Le film suit cette population qui, tout en préservant sa langue maternelle ch’ol et ses rites traditionnels, cherche à construire un avenir meilleur. Malgré une fin annoncée tragique, « Un lugar más grande » offre une bulle d’espoir, celle d’un peuple qui se bat pour la liberté de sa terre et la reconnaissance de son histoire.