Manifestation en Argentine contre l’« asphyxie financière » de l’université publique

L’inflation constitue donc un enjeu majeur en Argentine notamment dans le cadre de la loi de financement universitaire, approuvée en 2025 par le Parlement malgré l’opposition présidentielle. Cette loi oblige ainsi l’État à garantir les ressources de l’université publique et à les indexer sur l’ inflation. Autrement dit, le budget est censé augmenter quand les prix augmentent dans le pays. Cependant, malgré le contexte inflationniste, le gouvernement Milei refuse d’appliquer cette mesure, ce qui empêche toute revalorisation du budget des universités. L’exécutif estime en effet que cette loi, antérieure au budget, est « de facto abrogée par celui-ci, et qu’il ne peut y avoir d’affectations en dehors » du budget sous peine de mettre en péril les finances de l’État, comme l’a affirmé Alejandro Alvarez, le secrétaire aux politiques universitaires. 

Par conséquent, la situation financière devient de plus en plus préoccupante en Argentine en raison des importantes coupes budgétaires. D’après certains syndicats c’est tout le système éducatif qui serait en danger et en particulier les universités dont le financement a chuté de 45,6 % en trois ans. Le financement des bourses de recherches a également  diminué de 39 % et juste en ce qui concerne la faculté de sciences de Buenos Aires ont comptait 438 démission début mai depuis janvier 2024. Ainsi, depuis l’arrivée au pouvoir de Javier Milei en 2023, les salaires des professeurs et autres employés des universités publiques ont augmenté de 147 % alors que l’inflation a atteint 293 %. Cette évolution se traduit par une perte de pouvoir d’achat de plus d’un tiers. Par ailleurs, le budget préparé par le pouvoir exécutif pour cette année alloue 4 800 milliards de pesos (soit environ 3,4 milliards de dollars américains) aux universités, alors que ces dernières estiment que 7 200 milliards de pesos seraient « le strict minimum pour assurer leur fonctionnement ». Cet écart important entre les deux estimations constitue l’un des principaux points de tension entre le monde universitaire et le gouvernement conservateur. 

Cette crise suscite également des inquiétudes chez les collégiens et les lycéens, l’enseignement universitaire public étant gratuit en Argentine depuis 1949. Beaucoup craignent ainsi une remise en cause de ce principe, ce qui serait particulièrement préoccupant car la gratuité de l’enseignement a permis à beaucoup d’étudiants défavorisés de pouvoir faire des études. Par ailleurs, cette révolte fait écho à la révolte populaire de 2001 quand des milliers d’Argentins sont descendus dans la rue pour protester contre la crise et la faillite du pays, provoquant la démission de cinq présidents en moins de quinze jours. Si la situation actuelle n’en est pas encore à ce niveau, la cote de popularité de Milei est en baisse, tandis que l’inflation repart à la hausse, que les industries ferment, que le chômage progresse et que les politiques sociales s’affaiblissent. Toutefois, le gouvernement Milei reste sur ses positions, Alejandro Alvarez a reconnu « une demande salariale légitime », tout en dénonçant une mobilisation « fortement influencée par la politique », évoquant notamment le soutien de plusieurs syndicats et partis de gauche à la manifestation, ainsi que la présence d’Axel Kicillof, gouverneur de la province de Buenos Aires, figure de l’opposition de centre gauche et potentiel candidat présidentiel.