Donald Trump et la montée des droites en Amérique latine… La Chine en contrepoids

Le dernier épisode en date s’est joué en Colombie. Abelardo de la Espriella, avocat médiatique, a remporté la présidentielle avec moins d’un point d’avance sur le sénateur de gauche Iván Cepeda. Le nouveau président ne cache pas ses affinités : il se revendique républicain et affirme son admiration pour Donald Trump.

Avant lui, la même dynamique s’était déjà imposée ailleurs : l’Équateur avec Daniel Noboa, la Bolivie avec Rodrigo Paz, le Honduras avec Nasry Asfura, le Chili avec José Antonio Kast, puis le Costa Rica et le Pérou en cette première moitié de 2026. Beaucoup de ces victoires se sont jouées à une poignée de voix avec, dans plusieurs cas, un vote de la diaspora installée aux États-Unis nettement favorable aux candidats de droite.

Ces dirigeants n’ont ni la même trajectoire, ni la même personnalité : Kast, catholique conservateur et héritier d’une famille pinochetiste, n’a rien du tempérament de De la Espriella, qui s’est mis en scène derrière une vitre blindée lors de sa soirée de victoire. Mais tous partagent une grammaire commune : rejet des partis traditionnels jugés corrompus ou dépassés, discours sécuritaire fondé sur la lutte contre la criminalité et l’immigration, mépris affiché pour ce qu’ils qualifient de « wokisme », et alignement géopolitique avec les États-Unis. Donald Trump agit alors comme un véritable ciment de cette radicalisation. Le sommet du « bouclier des Amériques », organisé début mars à Miami, qui a réuni la quasi-totalité des présidents de droite et d’extrême droite du continent, en est une illustration des plus saisissantes. De fait, Washington ne se contente pas d’observer ce mouvement : la Maison Blanche a publiquement soutenu Nasry Asfura avant le scrutin hondurien, félicité De la Espriella, et reçu Daniel Noboa à Mar-a-Lago en pleine campagne. En retour, plusieurs pays ont modifié leur politique migratoire ou minière pour se rapprocher des intérêts américains.

Le prochain test grandeur nature aura lieu au Brésil à l’automne, où Lula, en quête d’un quatrième mandat, affrontera Flávio Bolsonaro, fils de l’ex-président déclaré inéligible et condamné pour tentative de coup d’État. Soutenu par Donald Trump, Flávio Bolsonaro espère faire basculer à son tour la première économie du continent dans le camp de la droite radicale. Alors, avec le Mexique de Claudia Sheinbaum, le Brésil reste l’un des derniers grands bastions où la gauche résiste encore à cette vague bleue. Ce sont également les deux plus grandes puissances du continent sud-américain, ce qui n’est pas à négliger. Cette percée de l’extrême droite reste ainsi relativement contenue. De la même manière, cet alignement affiché avec Washington pourrait être moins solide qu’il n’y paraît. La Chine demeure en effet le premier partenaire commercial de nombreux pays latino-américains, ce qui relativise l’idée d’une soumission totale de la région aux intérêts américains. Rien ne garantit par ailleurs une adhésion populaire durable à cette alliance avec les États-Unis.

Le paradoxe est donc le suivant : au niveau politique et sécuritaire, la région semble s’aligner de plus en plus étroitement sur Washington, quand, sur le plan économique, elle est loin d’être exclusivement dépendante des Etats-Unis. Ces allégeances croisées pourraient bien être ce qui distingue cette vague droitière de celle, plus univoque, des alliances de la guerre froide.