Bolivie : la fin des barrages routiers ouvre une période d’apaisement fragile 

Ce dénouement fait suite à l’accord signé le vendredi 19 juin entre le président Rodrigo Paz Pereira et la Centrale ouvrière bolivienne (COB), principal syndicat du pays. Le texte engage notamment le gouvernement à ne pas privatiser les entreprises publiques jugées stratégiques et à préserver le pouvoir d’achat des Boliviens. Si la plupart des barrages sont alors tombés, le mouvement s’était déjà essoufflé dans les jours précédents. Quelques heures après la signature, le chef de l’État a néanmoins proclamé l’état d’exception sur l’ensemble du territoire, dans le but de mettre fin aux derniers points de résistance, concentrés dans le département de Cochabamba et la région du Chapare. 

Le conflit puisait ses racines dans la grave crise économique que traverse le pays, la pire depuis quarante ans, et dans la flambée des prix et les pénuries de carburant. Lancé le 1er mai par la COB sous forme de grève générale, le mouvement avait rapidement rallié syndicats, organisations paysannes et communautés indigènes, jusqu’à devenir un appel massif à la démission du président, élu en novembre 2025 sur un programme de centre mais accusé d’avoir ensuite gouverné en faveur des élites économiques et agro-industrielles. 

Le bilan humain reste lourd : selon les autorités, quatorze personnes sont mortes au cours de la crise, plusieurs en raison des difficultés d’accès aux soins. Sur le plan économique, les pertes se chiffreraient déjà à environ deux milliards d’euros, avec plus de 250 000 emplois détruits selon le ministre des Travaux publics. 

C’est dans le Chapare, fief historique de l’ex-président Evo Morales (2006-2019), que la résistance s’est prolongée le plus longtemps. Installé dans le Chapare depuis plusieurs mois, où il échappe à l’exécution d’un mandat d’arrêt qu’il conteste, dans une affaire de traite présumée de mineure, l’ancien dirigeant cocalero y bénéficie du soutien de la population locale, vivant largement de la culture de la coca. Le 22 juin, il a annoncé la levée des derniers barrages tout en prenant soin de distinguer cette trêve d’une capitulation. 

Les tensions n’ont toutefois pas totalement disparu : Evo Morales accuse le pouvoir central de multiplier les coupures d’électricité dans la région à titre de représailles, et prévient qu’une intervention militaire dans le Chapare se heurterait à une résistance organisée des habitants. 

Si la situation s’améliore, puisque l’approvisionnement de La Paz se normalise et les camions-citernes bloqués à la frontière commencent à livrer leur cargaison, plusieurs observateurs doutent de la solidité de cette accalmie. Les causes profondes du mécontentement, la crise économique et la cherté de la vie, demeurent largement intactes, et l’accord signé avec la COB reste jugé peu contraignant par certains analystes, qui y voient surtout un moyen pour le gouvernement de diviser le front social.