Tornade dévastatrice, Tornade électoral au Brésil ?

Le climat, politique, était à la mi-juillet, franchement orienté à la remise en cause de toute mesure protectrice de l’environnement. On l’oublie souvent. Le Brésil a une Constitution présidentialiste. Mais il a aussi un Parlement qui a son mot à dire. Et ce parlement n’a rien, de « luliste », de progressiste et encore moins d’écologiste. Les défenseurs d’un productivisme agricole sans limite, pour maximiser leurs gains, et les libertariens locaux, hostiles aux régulations d’intérêt collectif tiennent la barre. Ils ont déposé ces dernières semaines, pour inscription à l’ordre du jour du Congrès et du Sénat, treize propositions visant à réduire les espaces naturels protégés, garants de non-déforestation.

Ces réductions n’ont rien de marginal. Le parc national de Jamanxim (Flona), situé dans l’État de Para, verrait sa superficie réduite de 40 %. Il perdrait ainsi 486 000 ha sur ses 1 300 000. Plusieurs parcs aux quatre coins du pays sont redessinés à la baisse, à Goias, Rio Grande do Sul, Santa Catarina… L’initiative a soulevé bien sûr réserves et critiques des minoritaires de gauche au sein des Assemblées législatives. Mais aussi du quotidien généraliste de Rio, O Globo, qui n’a pourtant pas le porte-parole de ces courants politiques. « L’édito» de O Globo, du 30 juillet dernier, en page deux du journal, était en effet intitulé de la façon suivante, « Le Congrès a adopté un agenda néfaste de rétrogradation environnementale »

Le 29 juillet, le même média, avait publié un long article, détaillant les projets « rétrogrades » écologiquement, mais porteurs de bénéfice financiers à court terme, pour l’agro négoce, « La nature sous pression ». En effet la nature, « sous pression », a répondu, plus vite que prévu. Le courant El Niñoréchauffant l’eau du Pacifique, de façon anticipée, a bouleversé la circulation des vents. Des tornades rarement constatées en hiver austral ont balayées le 29 juillet les États de Rio Grande do Sul, Sao Paulo et Rio. Les systèmes d’alerte météorologique étant insuffisamment performants, les rafales ont pris de court des centaines de milliers de personnes. Quelques-unes en sont mortes, pêcheur, maçons au travail. D’autres ont été piégées plusieurs heures dans le métro de Rio. 1 600 000 personnes ont été privées d’électricité. Les touristes ont abandonné en catastrophe les plages de Copacabana… ou sont restés bloqués au haut du Pain de sucre.

« Après moi le déluge » avait dit Louis XV. Le déluge avait effectivement emporté son successeur. Il n’est pas sûr que les « ruralistes » brésiliens d’aujourd’hui s’en tirent aussi bien que Louis XV. N’en déplaise au cinéaste brésilien Davi Pretto, qui dans son film « Futuro Futuro », présenté au festival de Brasilia en 2025, renvoie le jugement dernier à de lointains lendemains. Lula, président sortant, candidat à sa réélection a, pris les devants, et annoncé le 29 juillet un plan destiné à contrer les effets du Niño, de 1, 3 milliards de reais (1 Euro= 5 reais).