L’ONU alerte sur la situation catastrophique à Haïti dû en grande partie à la violence des gangs

Quarante ans après la chute de la dictature des Duvalier, la situation à Haïti n’a fait qu’empirer sur tous les plans : économique, social, politique et sécuritaire. Aujourd’hui, Haïti est le pays le plus pauvre du continent américain, avec 7 millions de personnes menacées de famine sur une population globale de 12 millions. Sur le plan politique, Haïti traverse une paralysie démocratique profonde : aucune élection n’a eu lieu depuis dix ans, et les citoyens ignorent toujours à quelle échéance ils pourront exercer leur droit de vote. Deux obstacles majeurs se dressent face à toute perspective électorale. D’un côté, les relations tendues entre le gouvernement en place et le Conseil électoral provisoire fragilisent considérablement les conditions d’un scrutin crédible et transparent. De l’autre, le climat d’insécurité généralisée décourage toute participation politique, qu’il s’agisse de faire campagne ou simplement de se rendre aux urnes. Car comment envisager sereinement un processus électoral dans un pays où meurtres et enlèvements rythment le quotidien des habitants ? 

Le secrétaire général des Nations unies a souligné le rôle des gangs dans l’accélération de la crise. En effet, les gangs participent activement à l’insécurité et aux déplacements forcés des populations. Ces gangs engendrent une violence inouïe sur l’île, avec plus de 500 000 armes de guerre en circulation. Selon les estimations, au moins 26 gangs contrôlent jusqu’à 90 % de la capitale et de ses environs.  D’après le chercheur Jean-Marie Théodat, la persistance des actions criminelles de ces bandes constitue un obstacle majeur au rétablissement de la paix civile et à la tenue d’élections dans le pays. De plus, les gangs continuent d’étendre leur emprise en Haïti, particulièrement à Port-au-Prince, dans les communes voisines de la capitale et dans le département de l’Artibonite. On compte aujourd’hui plus de 400 000 personnes déplacées qui ont été obligées de fuir la capitale, Port-au-Prince, pour se réfugier en province.


António Guterres a aussi évoqué l’enrôlement des enfants dans ces gangs : « Désormais, jusqu’à un membre de gang sur deux est un enfant. Voilà la vraie nature de ces groupes : ils prospèrent en exploitant les plus vulnérables. C’est absolument intolérable, cela doit cesser.» Selon l’ONU, le recrutement et l’utilisation d’enfants ont presque triplé en 2025 par rapport à l’année précédente.  Dans le même temps, les cas d’enfants tués ou mutilés ont quasiment doublé, tandis que les violences sexuelles contre les mineurs demeurent largement répandues. 

Dans ce contexte, Antonio Guterres assure que les Nations unies n’abandonneront pas le pays. « Les Haïtiens ne sont pas seuls, les Nations unies sont à leurs côtés. Le monde n’a pas le droit de détourner le regard », a-t-il lancé. Ainsi, l’ONU a mis en place une nouvelle force pour lutter contre les gangs, la Force de répression des gangs (FRG). Cette force remplace la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) qui était menée par le Kenya. Le bilan de cette dernière mission est jugé catastrophique par beaucoup de citoyens haïtiens, qui ne voient pas d’amélioration de leurs conditions de vie. La Force de répression des gangs (FRG) qui pourra compter un maximum de 5 500 membres en uniforme, des policiers mais aussi des militaires, contrairement à la MMAS. La nouvelle force, qui devrait compter à terme 1 500 militaires tchadiens, se déploie « par phases » dans les prochains mois, avait annoncé le 23 avril, devant le Conseil de sécurité, le représentant spécial Jack Christofides, nommé par le groupe des pays partenaires de la FRG. 

Le chef de la FRG, Jack Christofides, a annoncé devant le Conseil de sécurité l’objectif de cette nouvelle mission : « L’objectif est clair : réduire les capacités opérationnelles des gangs à un niveau que les institutions haïtiennes pourront gérer de manière durable ». Pourtant, derrière cette ambition affichée, les doutes demeurent nombreux. Les missions internationales se sont succédé en Haïti sans parvenir à enrayer durablement la spirale de violence, laissant derrière elles un bilan mitigé et une population épuisée par des décennies de promesses non tenues.  La visite d’António Guterres en Haïti rappelle l’urgence d’une crise qui ne cesse de s’aggraver et dont les premières victimes sont les civils. Entre l’effondrement des institutions, l’emprise grandissante des gangs et la détérioration des conditions de vie, le pays fait face à l’un des défis les plus graves de son histoire récente. Si la mise en place de la Force de répression des gangs témoigne d’une volonté internationale de réagir, son succès reste incertain au regard des échecs des précédentes interventions.