L’hommage à Marc Bloch, historien et résistant lyonnais et son épouse Simonne Vidal Bloch

Marc Bloch est considéré par beaucoup comme le grand historien du XXe siècle. Aux côtés de Lucien Febvre, il va entraîner une révolution dans la manière de pensée la discipline en initiant l’École des Annales.  Pour les deux fondateurs, l’histoire doit dialoguer avec d’autres sciences sociales et porter un nouveau regard sur le temps présent. En près d’une décennie, le métier d’historien se réinvente.  Ils élaborent ensemble la revue des Annales d’histoire économique et sociale en 1929 qui va connaître un énorme succès et va finir par donner son nom à ce nouveau mouvement historiographique. 

Mobilisé dès 1939 malgré ses 53 ans, Marc Bloch est le témoin direct de l’effondrement de la France face à l’Allemagne nazie. De cette expérience naît L’Étrange Défaite, dans lequel il analyse avec lucidité les causes de la débâcle de 1940. Écarté de l’enseignement par les lois antisémites du régime de Vichy, il refuse pourtant de se résigner. Après l’invasion de la zone libre en 1942, il entre dans la clandestinité et rejoint le mouvement de résistance Franc-Tireur. Au sein de la Résistance, il participe à la presse clandestine, met ses compétences intellectuelles au service du Conseil national de la Résistance et devient l’un des responsables du mouvement en région Rhône-Alpes. Pour Marc Bloch, la réflexion et l’action sont indissociables : comprendre son époque implique aussi de s’engager pour la défendre. Arrêté par la Gestapo à Lyon en mars 1944, emprisonné et torturé à Montluc, il ne livre aucune information à ses bourreaux. Il est fusillé le 16 juin 1944 avec plusieurs autres résistants, laissant l’image d’un homme dont le courage a égalé l’œuvre intellectuelle.

L’entrée de Marc Bloch au Panthéon résonne bien au-delà de l’histoire française. En honorant à la fois l’historien et le résistant, la Nation rend hommage à une conception exigeante de l’engagement, où la réflexion nourrit l’action. Le parcours de Marc Bloch rappelle que la résistance ne se limite pas au combat armé : elle est aussi un refus de la résignation, une défense des valeurs démocratiques et une volonté de transmettre la vérité face à la propagande et à l’oppression. Cette dimension intellectuelle de la résistance trouve un écho particulier en Amérique latine. Tout au long du XXe siècle, de nombreux résistants politiques, culturels et universitaires ont affronté les dictatures militaires, souvent au péril de leur liberté ou de leur vie. Comme Marc Bloch, elles ont fait de la pensée critique, de l’écriture et de la transmission des savoirs des outils de résistance face à l’autoritarisme. C’est cette mémoire des luttes pour la liberté que l’association Nouveaux Espaces Latinos s’attache à faire vivre depuis plus de quarante ans à  travers son journal, son festival, ses rencontres, ses publications et ses débats.