Le sociologue et philosophe Edgar Morin est mort à l’âge de 104 ans

Edgar Morin, sociologue, philosophe et ancien résistant, est mort ce vendredi à l’âge de 104 ans, a appris France Inter auprès de sa famille par communiqué. Théoricien de la « pensée complexe », il était devenu une figure publique incontournable grâce à ses prises de position constantes sur les grandes crises du monde. Il se définissait lui-même comme un « braconnier du savoir ». Directeur de recherche émérite au CNRS, Edgar Morin doit sa notoriété auprès du grand public autant à son œuvre académique qu’à ses sorties médiatiques répétées sur les guerres, l’écologie, la mondialisation ou les crises politiques. Présent dans les médias jusqu’à un âge avancé, il était l’une des dernières grandes voix de l’intellectuel engagé à la française.

Edgar Morin, né Edgar Nahoum, voit le jour le 8 juillet 1921 à Paris de parents juifs grecs. Il étudie plusieurs disciplines mais n’obtient qu’une licence de droit. Autodidacte revendiqué, il entrera pourtant au CNRS en 1950 sans thèse de doctorat. Sa première prise de conscience politique remonte à 1936 et à la guerre d’Espagne. À la vingtaine, il s’engage dans la Résistance de 1942 à 1944, y rencontre François Mitterrand et adopte le pseudonyme de « Morin » lors d’une réunion clandestine à Toulouse, nom qu’il conservera toute sa vie. Il était membre du Parti communiste français à partir de 1941, et en est exclu en 1951 en raison de son anti-stalinisme, une rupture qu’il qualifiera de « chagrin d’enfant, énorme et très court« .

Après avoir enseigné en Amérique latine et travaillé avec le biologiste Jacques Monod, Edgar Morin consacre près de vingt ans à son œuvre maîtresse : « La Méthode », encyclopédie en six volumes publiée entre 1977 et 2004. Il y développe la pensée complexe, qu’il résume par l’étymologie latine complexus, « ce qui est tissé ensemble« , pour répondre aux défis de la connaissance scientifique mais aussi aux problèmes humains, sociaux et politiques. C’est également à lui que l’on doit le terme « yéyé » pour désigner les stars du hit-parade des années 1960, et des études pionnières sur des objets alors méprisés par la recherche : la télévision, la culture de masse, le spectacle. Son influence s’est exercée bien au-delà des frontières françaises, en Amérique latine, en Italie, en Espagne et jusqu’en Chine et au Japon. Ses ouvrages ont été traduits en vingt-huit langues et dans quarante-deux pays.

Toute sa vie, Edgar Morin prend position. En 2002, une tribune cosignée dans Le Monde avec Sami Naïr et Danièle Sallenave, intitulée « Israël-Palestine : le cancer », lui vaut un procès pour diffamation raciale. Sa condamnation est ensuite cassée par la Cour de cassation, qui reconnaît que le texte relevait de la liberté d’expression. En 2020, lors du premier confinement, il y voit une occasion d’interroger la notion d’humanisme et d’opérer « un tri entre l’important et le reste« . En 2025, il publie encore chez Denoël « Y a-t-il des leçons de l’Histoire ? » Marié à quatre reprises, Edgar Morin laisse deux filles, dont l’anthropologue Véronique Nahoum-Grappe.