La Colombie pleure sa reine de la musique caraïbenne, Totó la Momposina

Après soixante ans de carrière, l’immense chanteuse colombienne Totó la Momposina est morte le 19 mai dernier au Mexique où elle résidait depuis quelques années. « La musique colombienne est en deuil » a écrit le journal El Espectador. Un hommage national lui sera rendu le 27 Mai prochain.

Dès son décès, des hommages ont suivi dans toute la Colombie et le monde entier. La ministre de la Culture Yannai Kadamani  a déclaré : « Le chant du fleuve Magdalena résonnera, avec sa voix qui donna vie au tambour. Totó fut et sera éternellement. » Le président Gustavo Petro a réagi en disant « Totó la Momposina est morte, ma parente et figure emblématique de l’art et de la culture caribéens colombiens. Qu’elle vole haut jusqu’aux étoiles ». Pour le chanteur Juanes « Totó la Momposina c’était un chant vivant comme le tambour, joyeux comme le mapalé et transcendant comme la cumbia. Merci d’avoir inspiré et révélé la magie, la force, la douleur et le battement de ton tambour. Ta voix ardente et puissante a voyagé à travers le monde, portant la Colombie au cœur. Aujourd’hui, tu vivras en nous comme le symbole d’une nation. » Totó la Momposina a en effet fait redécouvrir dans son pays et fait connaître dans le monde entier les rythmes de la culture caribéenne comme la cumbia, le Porro, le Mapalé, le Bullerengue. Qui n’a pas chanté et dansé sur Yo me llamo cumbia ,El pescadorRosaLa candela viva.

Sonia Bazanta Vides est née à Talaigua Nuevo dans le département du Bolívar en Colombie en 1940, village qui fait partie de Santa Cruz de Mompós, sur les bords du fleuve Magdalena. Enfant, elle aimait taper sur un tambour et on l’avait surnommée Totó. D’où son nom Totó la Momposina ! Sa famille aux racines afro-indiennes avait une longue tradition musicale, son père percussionniste, sa mère chanteuse et danseuse. Avec le début de la violence en Colombie en 1948, la guerre civile, la famille se réfugie dans la capitale Bogotá. Sa mère va former un groupe de danse afro-indiennes, Danzas del caribe. Sa fille va étudier la musique au conservatoire de l’Université nationale de Colombie. Avec ce groupe elle ira de village en village à la découverte des rythmes, chansons, et danses locales. Elle est partie à la recherche des racines de la culture caribéenne, vrai métissage culturel. Elle a fait revivre des traditions de chants ou danses des zones rurales qui avaient tendance à disparaître, à être oubliées par le public.

Dans les années soixante elle prend le pseudonyme de Totó la Momposina. Les débuts ne furent pas si faciles en bute à des moqueries, un certain racisme et machisme vis-à-vis d’une artiste femme une cantadora afro-indienne. Puis elle part pour l’Europe, en France en particulier dans les années quatre-vingt où elle suivra un cursus à La Sorbonne pour étudier l’histoire de la danse, la chorégraphie, l’organisation de spectacles.

En 1982 elle a l’honneur d’être invitée à Stockholm par Gabriel García Márquez qui vient de recevoir son prix Nobel de littérature. À cette occasion, elle va chanter et danser des vallenatos et cumbias dont SoledadViejo pueblo Aracataca… Elle enregistre ses premiers disques en 1989, Totó la Momposina y sus tambores, puis en Angleterre où le musicien Peter Gabriel lui fit enregistrer le fameux album La candela viva en 1993, qui fut le début de sa consécration dans la world music. Un enregistrement emblématique fut celui de la chanson El pescador, composée en 1963 par José Barros

Elle fera de nombreuses tournées et participera à des festivals dans le monde entier. Elle a obtenu plusieurs Latin Grammy Awards en 2011 et 2013. Elle participa à l’enregistrement de la chanson La tierra del olvido réunissant 80 artistes colombiens en particulier Carlos Vives. Cette chanson est inspirée d’un poème Kogi et est devenue un hymne culturel colombien célébrant la diversité musicale et l’attachement à la terre natale. La chanson mélange les rythmes traditionnels et les influences pop/ rock contemporaines. Elle participa aussi avec Susana Baca et María Rita à la chanson Latinoamérica du groupe Calle 13, hommage magnifique et engagé qui reçut un Grammy latino en 2011. Totó la Momposina enregistra avec Lila Downs la chanson Zapata se queda , un hommage à Zapata et la révolution mexicaine, ses idéaux restent bien présents, et guident ceux qui recherchent la justice et l’égalité.

Un hommage national sera rendu à Totó la Momposina le 27 mai prochain au Capitole à Bogotá, siège du parlement. Des spectacles auront lieu à cette occasion. Le président Gustavo Petro a proposé l’émission d’un billet commémoratif de 200 000 pesos en son honneur qui la représente avec son fameux turban rouge, son costume traditionnel avec la phrase «La musique est l’âme d’un peuple, sa mémoire et sa résistance ».

Las diez canciones más icónicas de Totó la Momposina para recordarla tras su muerte: Letra y video | Tendencias | Caracol Radio Soledad / Totó la Momposina – Totó la momposina y sus tambores – Soledad