« Ton animal maternel », de la costaricienne Valentina Maurel parmi les lauréats à Cannes 2026 – Suivis des Lauréats…

De retour au Costa Rica après des études en Europe, Elsa retrouve sa petite sœur Amalia, seule dans la maison familiale. De plus en plus insaisissable, celle-ci semble enfermée dans des croyances ésotériques. Elsa essaie d’alerter leurs parents, mais ni le père, trop occupé par ses nouvelles conquêtes, ni la mère, absorbée par la réédition des poèmes érotiques de sa jeunesse, ne semblent prendre la mesure de la situation. Le retour d’Elsa engage les trois femmes à interroger leur lien indéfectible.

Ce projet est né de ma frustration de ne pas avoir pu développer davantage certains personnages dans mon premier film. Je voulais réaliser un film plus choral, autour de la maternité, de la relation à une sœur, du retour au pays. Et puis un jour, mon compagnon a rêvé que j’allais accomplir un film sur une mère et ses deux filles — je l’ai pris au mot.

On a tourné avec une équipe plutôt réduite, dans une ambiance chaleureuse et dans un ordre chronologique. C’était émouvant de voir les relations entre les personnages s’approfondir au fur et à mesure. À force de tourner pendant sept semaines dans le décor principal, et d’y multiplier les graffitis obscènes sur le muret de l’entrée, les voisins ont fini par croire que nous étions une équipe de propagande politique pour la droite évangélique. Nous ne comprenons toujours pas pourquoi ces graffitis les ont conduits à une telle conclusion, mais cela nous a beaucoup fait rire.

Je suis toujours gênée de dire tout le bien que je pense de Daniela Marin — je crains que cela ressemble à un éloge indirect de mon travail, puisqu’elle n’a joué qu’avec moi. C’est une grande actrice. Mariangel Villegas est la grande surprise de ce film. Elle n’avait jamais joué et a fait preuve d’une force et d’une exubérance exceptionnelles, indispensables pour incarner Amalia. J’avais découvert Marina de Tavira dans Roma — frappée par sa présence, à la fois romanesque et intemporelle. Je voulais qu’elle donne au personnage d’Isabel une dimension d’héroïne de cinéma, excessive et intense, mais ancrée dans un réel très banal. Elle a fait preuve d’une élégance et d’une humilité qui nous ont tous tirés vers le haut.

J’ai appris que mes films vont probablement se ressembler les uns aux autres. Je creuse quelque chose de précis et ça me donne un sentiment de cohérence. J’ai aussi compris que j’aime que le cinéma soit un lieu où l’on découvre une vérité pour soi. On fait des films non pas pour apprendre des choses, ni même pour s’y retrouver, mais pour s’y perdre.

Je viens d’une famille d’artistes où tout a été tenté : la musique, la poésie, le théâtre, la peinture, le cirque. J’aurais pu être une vraie rebelle et devenir médecin, mais j’ai préféré le cinéma, que personne n’avait encore exploré.

Les cinéastes découverts à l’adolescence : Lucrecia Martel, Greg Araki, Werner Herzog, Cassavetes, Hal Hartley. Les cinéastes français découverts en arrivant en France : Louis Malle, Catherine Breillat, Rohmer. Mais surtout des poètes : José Emilio Pacheco, Miyo Vestrini, Robert Creeley, Thierry Metz, Charles Simic. Deux auteurs russes aussi : Tcheckov et Nabokov.

Je crois que ce sera un film d’espionnage. Je veux aborder le milieu des expatriés au Costa Rica, dans lequel j’ai aussi un peu grandi. J’ai envie de parler de ces européens qui se retrouvent là-bas dans d’étranges missions de coopération internationale, dont je ne comprenais rien enfant, et qui finissaient parfois par devenir un peu fous, comme engloutis par le décor. À San José, rien d’une jungle mystérieuse, plutôt une nuit alcoolisée, décadente. Mais quelque chose d’aussi opaque que la jungle y opère, et finit par les avaler.