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«Juliana les regarde», le nouveau roman très audacieux du Colombien Evelio Rosero

Après deux romans remarqués, dont Les armées, le Colombien Evelio Rosero revient en force avec un roman publié à l’origine en 1987. La province avait été le cadre des récits déjà connus, cette fois, c’est dans les coulisses du pouvoir politique qu’il nous emmène. Juliana, fille d’un ministre d’un pays dont on n’apprendra le nom que dans les toutes dernières pages (la Colombie), observe sans fin les mystères multiples des adultes et les méandres troubles de la psychologie de sa préadolescente de copine.

Photo : El Colombiano/Éditions Métailié

Juliana a bien du mal à comprendre ce qui l’entoure, mais rien ne lui échappe. Son univers est la luxueuse maison familiale, vide la plupart du temps, en dehors de sa mère, portée sur la bouteille, et du chauffeur-garde du corps, très présent, lui, auprès de sa patronne. Ce sont aussi les visites à Camila, sa nouvelle amie, un peu plus âgée et infiniment plus délurée : elle a déjà visité le monde entier avec ses parents et ne manque pas de le faire remarquer. Juliana écoute, observe, elle est loin de tout comprendre dans ce spectacle qui lui est imposé.

L’espèce de combat que se livrent la mère et le chauffeur sur la table de la cuisine, les jeux secrets que lui propose Camila et qui sont souvent équivoques, le père ministre qu’elle voit plus souvent sur l’écran du téléviseur qu’à la maison, quel est le sens de tout cela ?

Camila est une fille fantasque, capable de passer des après-midi entiers à rester muette, d’inventer des jeux directement imités des films d’horreur dont elle fait une grande consommation ou de tenter des gestes qui flirtent avec un érotisme peut-être inconscient. Elle adore raconter longuement à sa copine ses confessions hebdomadaires dans lesquelles elle enchaîne les aveux dérangeants pour se régaler du malaise du curé, et dont elle semble espérer qu’ils pourraient un jour le tuer. Innocente ou perverse ? Juliana est incapable de se poser la question, tellement inconsciente, malgré son attirance pour « tout ça ».

Evelio Rosero est, lui, suffisamment diabolique dans sa façon de raconter pour parvenir à nous immerger dans cet univers glauque et parfois radieux, à faire du lecteur, sinon un participant à ces jeux souvent louches, du moins un proche de ces deux enfants pourtant si étrangères à son propre univers, si étrangères aussi à ce qui n’est pas elles-mêmes. Cette plongée dans ces noirceurs ne peut certainement pas être mise entre toutes les mains, elle est trop dérangeante, certains la trouveront choquante, mais, parmi ses multiples mérites, elle est et restera une création unique, difficilement comparable à quoi que ce soit, une œuvre hors norme, d’une opacité troublante, envoûtante.

Christian ROINAT

Juliana les regarde d’Evelio Rosero, traduit de l’espagnol (Colombie) par François Gaudry, éd. Métailié, 144 p., 20 €. Evelio Rosero en espagnol : Juilana los mira, ed. Anagrama / Los ejércitos / La carroza de Bolívar / Los almuerzos, ed. Tusquets. Evelio Rosero en français : Les armées / Le Carnaval des innocents, éd. Métailié.

Une réflexion sur les accords de paix en Colombie menée par Laurie Servières

Aux éditions L’Harmattan, la doctorante Laurie Servières nous propose un essai sur la Colombie : la paix comme levier de politique internationale, préfacé par Guillaume Devin, professeur des universités en science politique et directeur du master Relations internationales à Sciences po Paris.

Photo : Laurie Servières/L’Harmattan

La signature, en décembre 2016, des accords de paix entre le gouvernement Santos et les FARC-EP a cristallisé un moment clé, porteur de grandes promesses pour la Colombie. L’auteur montre comment l’internationalisation de cette initiative devient le prétexte à la réalisation d’ambitions qui débordent des cadres de la construction de paix. Sous l’impulsion de ses concepteurs, le processus de paix devient en effet un formidable outil de communication au service de la politique internationale colombienne.

Laurie Servières est doctorante en science politique au Centre de Recherches Internationale (CERI) de Sciences Po et à l’Institut d’Études Sociales et Politiques (IESP) de l’Université d’État de Rio de Janeiro. Ses recherches portent sur les processus d’internationalisation des politiques publiques en Amérique latine. Pour cette première étude, elle a reçu en 2018 le Prix de la Documentation Française du Meilleur Mémoire de Master en économie et relations internationales.

Elle est en train de préparer une conférence sur la protection des leaders sociaux en Colombie et au Brésil qui se tiendra à la Fondation Maison des Sciences de l’homme (FMSH) à Paris, le mercredi 30 mai prochain, et devrait être intégrée au programme de la Semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes en France. L’auteur a par ailleurs reçu pour sa recherche le prix de la Documentation Française du meilleur mémoire de Master en économie et relations internationales.

D’après L’Harmattan

Colombie : La Paix comme levier de politique internationale par Laurie Servières, préface de Guillaume Devin aux éditions L’Harmattan dans la collection Inter-National – série Première Synthèse, 176 p., 19 €.

Liberté des femmes dans «Cap vers la liberté» d’Ana Maria Machado

Le nouveau livre d’Ana Maria Machado pourrait être un roman historique décrivant le Brésil (et l’Europe) entre 1857 et 1910, il pourrait être un roman psychologique suivant les atermoiements du cœur de deux belles personnes, un roman engagé sur la conquête de liberté des femmes et la lutte pour la libération des esclaves, un roman social plongeant au cœur d’une société encore jeune, en pleine création, ou encore un superbe mélo racontant des amours impossibles. Or il est tout cela et plus que cela : ses personnages principaux ont bien existé, la romancière et académicienne en fait des êtres humains dont elle nous rapproche au point d’en faire presque des amis.

Photo : Bruno Veiga/Divulgação

Eufrásia Teixeira Leite (Zizinha) est héritière de l’une des plus importantes fortunes du Brésil. En 1872, elle a une vingtaine d’années et se retrouve orpheline. Malgré l’affectueuse insistance de son oncle, elle décide, avec sa sœur Francisca (Chica), plus « raisonnable » qu’elle, d’embarquer pour la France. Plus qu’une société corsetée, ce qu’elle fuit, c’est un avenir sous la dépendance des hommes, d’un homme, d’un mari.

Joaquim Nabuco (Quincas) vient lui aussi d’hériter, de sa marraine, une propriété sucrière décadente, qui coûte bien plus qu’elle ne vaut. Plus tard, le legs d’une tante lui permet de pouvoir enfin réaliser son rêve ancien : découvrir l’Europe. Zizinha et Quincas, qui se sont peut-être déjà rencontrés dans leur vie mondaine, au cours d’un bal ou d’un derby, font la traversée, probablement par pur hasard, sur le même navire. L’espoir de Quincas est de faire quelque chose pour que cesse l’esclavage au Brésil.

Sous le regard des divinités marines afro-brésiliennes naît une idylle

Mais Zizinha n’a pas un caractère à se soumettre, elle sait très bien que sa fortune lui donne le pouvoir, non de choisir elle-même un mari (inimaginable dans son monde), mais de décider de ce que sera sa vie. Quinca est séduisant, elle est séduite, mais quelques « infidélités » de Quincas revenues aux oreilles de sa « fiancée » (ils ne se sont pas clairement engagés), infidélités réelles ou simples ragots, la placent face à sa volonté de ne jamais subir. De son côté, Quincas n’a pas vraiment l’intention de quitter son rôle de célibataire et ne néglige pas de rendre des visites répétées à des amies mariées mais esseulées. Quel homme ne le fait pas ?

Cela pourrait ressembler à un vaudeville, mais les enjeux sont bien plus puissants. Le combat de Zizinha se vit dans la souffrance et se transforme, un peu inconsciemment, pour devenir sa raison de vivre : la liberté des femmes, la sienne lui servant de modèle digne d’être étendu aux autres. La raison de vivre de Quintas reste la même : faire abolir l’esclavage au Brésil.

Les rebondissements ne manquent pas, rendez-vous manqués, morts subites, le temps passe, les vies se déroulent, parallèles ou tangentes. Ana Maria Machado mène son récit avec une douce fermeté, tout avance vite et chacun accomplit son destin. Les personnages sont bien dessinés et, si elle ne néglige à aucun moment celui de Quincas, on sent sa préférence pour celui de Zizinha, la femme volontaire, érigée. Les deux, l’homme et la femme, méritent son respect et aussi son regret qu’ils n’aient pas pu se rapprocher davantage. Elle ne néglige pas non plus le contexte, les changements sociaux de l’époque, les progrès techniques et la nécessité de faire bouger ces sociétés conservatrices, en Europe comme en Amérique.

Les années passent, entre 1857 et 1910, chacun mène sa barque, ce sont deux vies qui peuvent de l’extérieur paraître réussies (l’argent pour l’une, la carrière politique pour l’autre), mais la sensation de manque est bien là, bien pesante. La subtilité d’Ana Maria Machado rend douce-amère cette évidence qu’ils tentent de refouler. Amour ou amitié, la limite est si fragile, renforcée par une société qui épie, commente et censure : la fortune de la femme ne serait-elle pas le vrai motif d’un éventuel mariage ? Et, si on n’épouse pas, peut-on vivre pendant des années un amour semi-clandestin mais connu de tous sans l’officialiser ?

Au fond, l’empêchement se trouve-t-il dans les règles sociales ou dans les hésitations des deux amoureux ? Ana Maria Machado traite ces divers sujets avec une finesse remarquable, ce qui n’empêche ni la fermeté de son style ni surtout le grand plaisir que l’on a de découvrir ces personnages, cette époque, ces sentiments contrariés.

Christian ROINAT

Cap vers la liberté d’Ana Maria Machado, traduit du portugais (Brésil) par Claudia Poncioni et Didier Lamaison, éd. des femmes-Antoinette Fouque, 320 p., 17 €.

«L’Uruguayenne» de l’Argentin Pedro Mairal, souvenir d’une belle aventure

Nous étions sans nouvelles de l’Argentin Pedro Mairal, dont nous avions beaucoup aimé Une nuit avec Sabrina Love (2004) et L’intempérie (2007), bien qu’il ait publié entre-temps des chroniques et de la poésie (Supermarket spring). Le revoici, et en beauté, avec un nouveau roman, L’Uruguayenne, drôle et tragique, mené de main de maître.

Photo : La Nueva España – éd. Buchet-Chastel

Une journée dans la vie d’un homme… Lucas Pereyra est un homme ordinaire, un Argentin de 44 ans, marié, un fils, un couple qui, cahin-caha, va correctement, et une journée hors de la routine qui va changer pas mal de choses. Il est romancier et poète, il est donc tout indiqué pour raconter cette journée-là et, peut-être, en faire son prochain roman.

Écrivain résidant à Buenos Aires, il doit toucher une assez grosse somme d’argent en paiement d’un roman à écrire destiné à un éditeur espagnol et d’un recueil de chroniques publiées en Colombie. Les règles de transfert d’argent sont telles qu’il est bien plus avantageux ‒ quoi qu’illégal ‒ de faire passer ces 15000 dollars par l’Uruguay et les rapatrier directement en Argentine, d’où cet aller-retour d’une journée à Montevideo où il n’est pas mécontent de retrouver une jolie demoiselle uruguayenne, Guerra, rencontrée quelques mois plus tôt et qui est devenue pour lui un fantasme secret.

Lucas raconte sa journée en détail, avec des retours en arrière qui nous permettent de connaître sa vie familiale, avec aussi des flashs sur son avenir présumé, escompté ou rêvé. Sans appuyer, mine de rien, il parle de relations de couple, de la valeur de l’argent, de troubles amoureux, d’éducation (les hilarantes pages sur ses rapports avec son fils resteront dans les mémoires !), toujours de façon légère mais tellement sentie qu’il parle à chacun de ses lecteurs, de ses amis, pourrait-on dire.

En principe, sa journée à Montevideo est rigoureusement programmée : retirer l’argent, rencontrer Guerra, passer probablement un agréable moment avec elle (le premier tête-à-tête, appelons-le ainsi, s’était achevé de façon abrupte), peut-être aller saluer son ami Enzo et regagner son foyer pour reprendre sa vie de père de famille. Ce joli plan est peu à peu mis à mal.

Le charme principal de Lucas, s’il en a un, est ce côté ingénu : il est tout sauf prétentieux, mais assez sûr de lui pour penser que tout ne peut que lui sourire. Hélas, le moindre joint qu’on lui propose le met au bord de l’asphyxie et il se rend compte qu’il n’est pas si facile de tromper impunément sa femme ou de gérer une toute nouvelle fortune. Le retour au foyer n’aura rien à voir avec ce qu’il avait rêvé.

Cela fait un bien fou de rire des infortunes des autres, surtout si la victime de nos rires est le narrateur lui-même. Pedro Mairal déploie tout au long de son roman un humour plutôt cruel, d’une efficacité absolue qui fait ressortir encore davantage la justesse et la profondeur des thèmes abordés. L’Uruguayenne est un véritable bijou.

                                                                                   Christian ROINAT

L’Uruguayenne de Padro Mairal, traduit de l’espagnol (Argentine) par Delphine Valentin, éd. Buchet-Chastel, 144 p., 14 €.

Pedro Mairal en espagnol : La uruguaya, ed. Libros del Asteroide, Barcelona / Una noche con Sabrina Love, ed. Anagrama, Barcelona / El año del desierto, ed. Salto de página, Madrid / Salvatierra, ed. El Aleph, Barcelona.

Pedro Mairal en français : Tôt ce matin / Une nuit avec Sabrina Love / L’intempérie / Salvatierra, éd. Rivages / El gran surubi, éd. Les Rêveurs / Supermarket spring : poésie argentine contemporaine, éd. L’Atelier du tilde, Lyon.

«Piedras Blancas» et les tortionnaires, le nouveau roman de María Isabel Mordojovich

Par ce roman, la Chilienne María Isabel Mordojovich nous fait plonger, autour du coup d’État du 11 septembre 1973, dans l’horreur d’une école de torture destinée à former de jeunes officiers. Puis, dans une seconde partie située dans les années 2000, l’auteure aborde les réactions des proches des militaires, mère, femme, qui n’avaient rien vu, ni rien su. Elle est une des douze écrivains invités aux prochaines Belles Latinas en octobre 2018.

Photo : Ovadia / Luc Charrier

Les premières pages nous propulsent donc autour du 11 septembre 1973 : de jeunes recrues, officiers et sous-officiers, sont rassemblées autour du terrible major Davila. Ces jeunes gens portaient leur idéal de militaire chilien : servir la Patrie, se battre et mourir pour la Patrie ; on leur demande d’apprendre à torturer pour la Patrie !

L’auteure les regarde, analyse leurs réactions, essaie de saisir leur stupéfaction, leur hésitation, leurs angoisses : en prenant des exemples bien choisis, cruauté révélée dans l’action, remords ou perversité, elle fait ressortir nombre d’aspects de l’âme humaine plongés dans des circonstances exceptionnelles. Elle reconstitue leur passé, nous donne des clefs pour les comprendre, mais à aucun moment elle ne les juge, ni ne les excuse.

Elle dresse aussi un portrait glaçant de leurs chefs, un trio de pervers, sadiques dignes des pires nazis ; ils ne cessent de répéter à leurs exécutants qu’il faut avoir deux vies opposées, à l’extérieur et dans les salles de torture. Ils les gardent sous leur coupe et les entraînent vers les pires abjections. Elle montre également quatre victimes et leur passé, leur vie d’avant l’enfer : en n’éludant pas l’horreur, par exemple dans des scènes de torture décrites avec un réalisme sans fard, elle met face à face bourreaux et victimes. Deux militants, Alvaro et la jeune Blanca, alors âgée de quinze ans, extirpée de son lycée devant des dizaines de témoins, violée, salie pendant des jours et des jours, finiront exilés à Paris, anéantis physiquement.

Et dans une seconde partie, l’auteure aborde trente ans plus tard les réactions des proches des tortionnaires. Avec la même technique que pour les militaires, elle fait parler certaines mères, épouses qui ne comprennent pas, ont du mal à croire ce qu’on leur révèle sur leur fils, leur mari. Les juges travaillent mais se posent des questions sur la complexité de la nature humaine. L’interrogatoire d’un des officiers nous est retransmis avec les réflexions et l’effarement du juge devant un tel être. Les pensées de l’aumônier qui épaulait et réconfortait les militaires nous glacent d’horreur. Le témoignage des victimes survivantes qui ont réussi à surmonter leur cauchemar et à continuer à vivre nous montre leur relative victoire sur leurs bourreaux.

On ne peut quitter ce livre sans parler d’un personnage intéressant, extérieur à la torture, qui intervient au début et à la fin : Ricardo, financier, entrepreneur, vise l’enrichissement personnel et ne se mêle pas de politique, il se lave les mains des horreurs perpétrées par les militaires, ne se sent pas concerné ni responsable, mais se réjouit cyniquement d’y avoir gagné sa fortune. Il est le prototype de ces hommes d’affaires qui tirent les ficelles, se sont servi de tous, renvoyant dos à dos militaires aveuglés par la haine et « subversifs fanatiques ». Voilà les véritables responsables impunis, vautours dans l’ombre du pouvoir, qui ont su manipuler politiques et militaires, et que l’on retrouve à toutes les époques et en n’importe quel point du globe.

Cette fiction donc, inspirée de lieux et de faits réels, de témoignages cités en annexes, aborde de façon très originale et très intelligente l’horreur de cette dictature en traitant ce douloureux sujet sous l’angle des apprentis tortionnaires au tout début du coup d’État et de leurs maîtres en l’art de terroriser et de briser la résistance. Parti pris littéraire osé, mais tout à fait réussi ! Le juge Juan Guzmán Tapia (qui a mis Pinochet en examen) ne s’y est pas trompé : il a préfacé le livre.

Louise LAURENT

Piedras Blancas de María Isabel Mordojovich, éd. Ovadia, 219 p., 20 €.

Violence et corruption : le Mexique gangrené de Martín Solares dans «N’envoyez pas de fleurs»

Récit impitoyable, désabusé, drôle, dans la grande tradition du roman noir, les témoins sont convoqués, on les fait parler et mentir. Police corrompue, services secrets partisans, meurtres, enlèvements, bandes rivales sont une allégorie du Mexique contemporain. N’envoyez pas de fleurs, du Mexicain Martín Solares, invité de nos Belles Latinas d’octobre prochain et du festival international des littératures policières de Toulouse.

Photo : Christian Bourgeois éditeur

La Eternidad, port et plage dans l’État de Tamaulipas. Carlos Treviño, ex-policier retiré, bien qu’il n’ait qu’une trentaine d’années, patron à présent d’un hôtel pour touristes étrangers, est «convoqué» par Rafael De León, magnat du coin, et Don Williams, consul des États-Unis, et prié, avec arguments sonnants, trébuchants et sentimentaux, de reprendre du service. Il s’agit de tenter de retrouver Cristina, la fille de De León, disparue un jour et demi plus tôt, probablement enlevée, même si aucune rançon n’a encore été demandée. Dans un décor désespérant (les magasins et les restaurants ont fermé, criblés de balles, et ceux qui continuent de fonctionner baissent leur rideau de fer avant la tombée de la nuit), Treviño entame son enquête, hors de tout contact avec la police officielle, dont on ne sait pas si elle est impliquée. Au temps où il était policier, Treviño faisait figure de mouton noir parmi ses collègues, trop indépendant par rapport au douteux commissaire Margarito qui avait fini par lui faire donner une belle raclée par ses propres collègues. Depuis, on ne cherche même plus à sauver les apparences au commissariat, comme le dit un personnage.

Le temps passe, Cristina peut être exécutée à tout moment, Treviño fait avancer son enquête, surveillé de près ou carrément poursuivi par les deux cartels principaux du coin, et aussi par les flics officiels qui le font «officiellement» passer pour un criminel de plus. Il reste pourtant des gens honnêtes à La Eternidad, le mot honnête étant encore plus relatif qu’ailleurs. La dégradation générale est récente, et donc elle peut régresser avec la même rapidité : autant d’étincelles qui empêchent ce roman noir, vraiment très noir, de l’être absolument. On est loin d’une caricature, ce qui renforce le malaise. La violence endémique aurait pu stagner au sud du Mexique, au Chiapas ou dans l’État de Guerrero, avec le mouvement zapatiste et l’Armée populaire révolutionnaire, c’est pourtant au Nord qu’elle s’est répandue, entre 2006 et 2010.

La mauvaise entente entre les gouverneurs des États et le gouvernement fédéral n’a pas arrangé la situation, surtout si l’on sait que tous les gouverneurs sont sous mandat d’arrêt national ou international. Ce qui est sûr aussi, c’est qu’à chaque étape de son enquête, la vie de Treviño est directement menacée. Le danger est partout, le suspense ne diminue pas. Le deuxième personnage important du roman est le commissaire Margarito, l’autre côté du miroir. Il permet de voir l’engrenage dans lequel il est lui-même engagé par ses supérieurs politiques (au Mexique, le chef de la police dépend directement du maire), par la situation générale qui s’est institutionnalisée. Martín Solares ne cherche pas à blanchir le policier, il explique très clairement ce qu’il vit au quotidien en dressant un constat, et la conclusion est d’un pessimisme noir.

Les explications que donne Martín Solares sont claires, elles ressemblent, dans le domaine de la pure fiction, à un véritable documentaire et complètent, sans l’alourdir, l’histoire pleine de rebondissements et de violences d’une pègre généralisée.

Christian ROINAT

N’envoyez pas de fleurs de Martín Solares, traduit de l’espagnol (Mexique) par Christilla Vasserot, éd. Christian Bourgois, 384 p., 25 €. Martín Solares en espagnol : No manden flores / Los minutos negros, Literatura Random House. Martín Solares en français : Les minutes noires, Christian Bourgois et 10/18.

Passion dévastatrice dans «Ni de jour ni de nuit» de la romancière mexicaine Orfa Alarcón

Monterrey, au nord du Mexique, compte aujourd’hui plus d’un million d’habitants ; il y a quelques dizaines d’années à peine, c’était une ville provinciale, tranquille, presque endormie. Mais tout a changé : des cartels de la drogue s’y sont installés, ainsi que dans la région, et la violence a fait son apparition. Règlements de comptes entre bandes rivales, enlèvements contre rançon… sont devenus des phénomènes courants. C’est dans cette ville et dans cette atmosphère que nous entraîne Orfa Alarcón dont Ni de jour ni de nuit est le premier roman.

Photo : Informador/E. Barrera – éd. Asphalte

Fernanda est une jeune femme objet, elle l’assume, le revendique. Comment a-t-elle connu son Julio, elle ne le sait plus trop, ou ne veut pas le raconter, peu importe, elle est à lui et elle aime ça ! Quand ils sortent dans une boîte chic et branchée, elle doit d’abord passer par le salon de beauté, et c’est lui qui choisit sa courte jupe moulante, mais à peine arrivés, il l’oublie dans un coin pour passer des heures avec un groupe de machos, probablement pour parler « affaires ». Lui, il a peut-être un léger défaut : rien ne semble compter à part lui-même, et il n’est pas question de poser la moindre question ou de dire le moindre mot sur ses activités. Son attitude à elle peut se résumer en une simple phrase d’elle : « Depuis le début j’avais offert mon cou à ses dents. » Ah, l’amour !

Mais en amour, il faut être deux, et si Fernanda est une gentille paumée qui n’a qu’une envie, profiter de la vie bling-bling qui lui est offerte et de son Julio, le Julio en question n’est jamais seul. Quelques copains (?) patibulaires ne le lâchent pas ; il les appelle affectueusement les Cabrones et Fernanda finit tout de même par se demander qui ils sont et ce qu’ils font là. Sa rencontre brutale avec le maire local, qui se comporte en toutou bien dressé face à Julio et à ses hommes, commence à lui ouvrir les yeux.

Dans toute situation, il y a le pour et le contre ; Fernanda en est consciente. Pour elle, le contre, c’est cette atmosphère de violence très marquée (des corps décapités tout de même) qui l’environne ; le pour, c’est la sensation de puissance que lui confère la protection dont elle bénéficie, Julio n’ayant rien ni personne au-dessus de lui, elle se sent au sommet, elle qui poursuit des études de Lettres à la fac locale, pas toujours très assidûment, elle qui est la tante attentionnée d’une petite Cynthia qui l’adore.

Les chapitres, très courts, donnent un rythme trépidant au récit, la narratrice, qui vit parallèlement entre deux univers, la fac et la pègre (une pègre haut de gamme), est perpétuellement pressée d’aller plus loin ; un plus loin qui semble vide et dérisoire, en dehors de cette curieuse soif d’apprendre, de savoir, que ses études aident à étancher. Elle ne se rend pas clairement compte de cette frénésie et elle nous entraîne dans cette marge très originale. On a rarement vu ce genre d’héroïne qui n’a rien d’une écervelée et qui est consciente de sa situation : elle est plongée dans le marigot d’un cartel et sa lucidité lui montre bien que les plaisirs que lui procurent ses fréquentations douteuses sont bien réels, mais aussi mortellement périlleux.

Ni de jour ni de nuit restera probablement l’un des romans les plus originaux ayant pour thème les cartels mafieux, qui sont si souvent décrits dans les romans ou au cinéma. Ici les voyous, tout machos qu’ils soient, peuvent être tendres, montrer parfois des faiblesses et même avoir des éclairs, brefs, c’est vrai, de morale traditionnelle. Ces hésitations, produites par un esprit capable de déchaîner par ailleurs les pires horreurs, font la force de ce premier roman à ne pas manquer.

Christian ROINAT

Ni de jour ni de nuit de Orfa Alarcón, traduit de l’espagnol (Mexique) par Mélanie Fusaro, éd. Asphalte, 240 p., 21 €.
Orfa Alarcón en espagnol : Perra brava, ed. Libervox, Castro Urdiales.

« Les Valises » du Vénézuélien Juan Carlos Méndez Guédez : entre roman noir et épopée kafkaïenne

Le Venezuela et ce qu’il s’y passe quotidiennement est devenu un sujet aussi délicat que Cuba dans les années quatre-vingt-dix. On s’enflamme dans un camp et dans l’autre et il est bien difficile, depuis l’Europe, de se faire une opinion. Juan Carlos Méndez Guédez, qui vit à Madrid depuis 1996, a une vision tranchée de l’actualité vénézuélienne et ne la cache pas. Il la partage avec humour dans son roman, Les valises, publié en Espagne en 2014.

Photo : Juan Carlos Méndez Guédez/Elisbeth Salas, éd. Métailié

Même le prénom du malheureux héros est un ratage : son père a voulu appeler son fils Donizetti en hommage à un air d’opéra qui lui avait tellement plu, mais il a confondu, l’air était de Puccini… Donizetti est un piètre amant. Sa « liaison », si l’on peut dire, avec une autre paumée, Marjorie, est une succession quasi homérique d’échecs, que cela se passe dans une miteuse chambre d’hôtel ou sur un parking, ses mérites en tant qu’époux ou que père restent à prouver, mais dans l’ensemble c’est un brave homme. Il est rédacteur dans une agence de presse de Caracas. En fait, il y a été parachuté, tout comme son chef, un colonel qui n’a rien oublié de ses belles années militaires (il continue de convoquer les réunions de rédaction par de tonitruants « RÉÉÉ DAAAC TEUURS AU RAAA PPOORT ! ») et n’a pour fonction que de vérifier que la ligne éditoriale est toujours bien parallèle à la politique de l’État.

L’activité secondaire mais lucrative de Donizetti consiste à livrer des valises dont il ignore le contenu dans un endroit ou un autre du monde qu’on lui indique par des instructions sibyllines : il les récupère dans des lieux divers de Caracas et les remet à Genève ou à Rome, obéissant aveuglément et sans rien savoir ni comprendre à des ordres donnés par on ne sait qui. C’est un pays bien malade que décrit Juan Carlos Méndez Guédez, un pays dominé par une violence gratuite et omniprésente, la surveillance généralisée de chacun, la présence inquiétante de quelques Cubains influents et, plus grave encore, l’acceptation au moins apparente de tous, la soumission à ce poids nommé le Processus, qui écrase le citoyen au point que les écoles primaires ont prévu une caisse de solidarité interne pour financer les rançons éventuellement demandées par un preneur d’otage, dans le cas où l’otage serait un enfant.

Soumis, Donizetti l’est, il obéit en tout : il obéit quand, à l’autre bout du monde, il doit se rendre dans des endroits bizarres, il obéit quand il rédige ‒ rarement ‒ des articles qui n’ont rien de personnel, puisqu’il doit suivre un modèle qu’on lui a fourni pour s’adapter aux ordres venus de plus haut. Plus haut, c’est un sombre nuage noir, des militaires, des proches du pouvoir, quelques Cubains dont on n’arrive pas à distinguer quelles relations, amicales ou hostiles, ils peuvent avoir entre eux, ce qui ne fait qu’exacerber le sentiment de danger perpétuel. Pourtant, pour Donizetti, le moment arrive où c’en est trop… Juan Carlos Méndez Guédez n’est de toute évidence pas un amoureux du régime chaviste. Ce qu’il montre de son pays et de sa capitale ne donne pas envie d’aller y séjourner. Mais ce qu’il nous décrit est le décor idéal pour des aventures parmi des espions, des mafieux, des truands et des politicards manipulateurs et manipulés, aventures qui permettent à deux hommes vaincus de se révéler à eux-mêmes en résistant.

Christian ROINAT

Les valises de Juan Carlos Méndez Guédez, traduit de l’espagnol (Venezuela) par René Solis, éd. Métailié, 268 p., 21 €. Juan Carlos Méndez Guédez en espagnol : Los maletines, ed. Siruela, Madrid / El libro de Ester / Árbol de luna, ed. Lengua de Trapo, Madrid / Chulapos mambo /  Arena negra, ed. Casa de Cartón, Madrid / La ola detenida, ed. Harper & Collins, Madrid. Juan Carlos Méndez Guédez en français : La ville de sable, éd. Albatros, Genève / La pluie peut-être, éd. Orbis Tertius, Dijon / Les sept fontaines, éd. Jean-Maris Desbois, Les Baux-de-Provence / Mambo Canaille / Idéogrammes, éd. Zinnia, Lyon.

« La quatrième dimension », le nouveau roman de la Chilienne Nona Fernández

À travers un livre magistral, l’auteure chilienne Nona Fernández revisite l’histoire contemporaine de son pays : des années terribles de la dictature sanglante jusqu’au temps présent où les blessures n’ont pas fini de cicatriser douloureusement. Elle se sert de la confession en 1984 d’un « monstre » repenti qui avoue et dénonce les horreurs perpétrées par lui-même et ses sinistres camarades, les agents du renseignement des forces armées. Elle va confronter cette histoire à ses propres souvenirs d’enfance puis d’adolescence, à son vécu d’adulte jusqu’à l’année 2016 qui soulève le problème éternel de la mémoire et de l’oubli.

Photo : Nona Fernández/Gonzalo Donoso – Revista Arcadia, éd. Stock

Le fil d’Ariane donc, c’est la confession sans fard d’un tortionnaire repenti, le 27 août 1984 à la une du journal Cauce : cette photographie d’Andrés Antonio Valenzuela Morales sous la manchette « J’ai torturé », visible actuellement sur Internet, va hanter Nona. Elle a treize ans, ne comprend pas tout mais n’oubliera jamais. Devenue adulte, engagée, scénariste, documentariste, mère de famille, elle va plonger dans la vie de cet homme, dans cet univers parallèle (qu’elle compare au feuilleton télévisé un peu fantastique diffusé ces années-là, La quatrième dimension). Dans l’univers des prisons clandestines, des lieux d’exécution, où régnaient terreur et horreur dans des villas banales à côté des civils et de la vie quotidienne ordinaire, face à tout ce qu’elle pressentait confusément sans bien comprendre la réalité du pays.

Peu à peu, elle va reconstituer et restituer par étapes, à partir des confessions très précises du sergent, l’un après l’autre, les récits d’arrestations, de torture, d’exécutions de pères de famille, de jeunes gens, jusqu’à l’opération de trop, en 83, qui fera craquer Andrés et le poussera à venir témoigner auprès d’une journaliste engagée.

Ce pourrait être un énième récit historique assez banal sur un tortionnaire repenti, mais c’est sans compter sur la sensibilité et l’intelligence de l’auteure. Ce texte, en effet, est habilement construit : véritable exercice d’équilibre entre présent et passé. Elle mélange les époques, son présent d’enquêtrice et de mère de famille avec son fils, jeune adolescent ; le passé, le moment des aveux, et remonte jusqu’aux débuts de la dictature. Elle reconstitue les scènes qu’il a racontées, donne des renseignements sur les victimes, les sort de l’anonymat d’un simple nom en les croquant dans des scènes de vie quotidienne, familiale, qui les rendent très présents, très humains.

Elle ne porte pas de jugement de valeur sur cet homme, ce bourreau, elle ne l’excuse pas, ni ne lui trouve de circonstances atténuantes si ce n’est son jeune âge (18 ans), au début de l’engrenage, et son inexpérience. 

Elle réussit un tour de force, à partir du moment où il bascule dans la clandestinité, et nous fait partager sa peur d’homme traqué, semblable à celle de ses victimes. Mais alors qu’il fuit, aidé par les avocats de la Vicaría, vers l’Argentine puis la France, seule la périphrase pour le désigner, « l’homme qui torturait », nous rappelle ce qu’il a été et nous empêche de basculer dans une totale compassion.

Elle essaie aussi de comprendre la complexité de cette question universelle : comment peut-on devenir bourreau puis, rongé par le doute et les remords, basculer avec courage de l’autre côté et dénoncer ? Toucher le fond et se laisser aller au désespoir ? Car cet homme veut retourner auprès de ses supérieurs et payer le prix de sa trahison. Et il faudra (l’auteure insiste) toute la fougue de la journaliste et des membres de la Vicaría de la Solidaridad (organisme de l’Église catholique pour aider les victimes, créé en pleine dictature) pour le convaincre de se laisser exfiltrer. Elle dévoile aussi les conséquences de ces aveux, la proclamation de l’état de siège et la censure de la presse, la chasse à ceux qui ont aidé le repenti à fuir et leur châtiment épouvantable tandis que « l’homme qui torturait » vit caché et solitaire en France, avec ses fantômes et le danger permanent d’être retrouvé par ses collègues à la rancune tenace.

De plus, l’auteure récapitule de façon magistrale toute l’histoire chilienne à partir de souvenirs d’enfance puis d’adolescence, qui mêlent des événements tragiques qu’elle n’avait pas su interpréter à l’époque. Elle peut enfin les analyser à la lumière de ses connaissances d’adulte.

Elle s’interroge aussi sur l’oublieuse mémoire du Chili contemporain ; sur la volonté des hommes politiques qui, au prétexte de la réconciliation nationale et de la paix sociale, affadissent le passé et tentent de l’occulter. Mais beaucoup n’oublient pas et commémorent, entre larmes et colère, encore et encore, cherchent toujours la vérité sur leurs disparus et tentent d’intéresser les générations futures. 

Nous avons là un texte universel, poignant et très fort : même nous, Français si loin du Chili et des horreurs de cette dictature, (mais dans un passé un peu plus lointain, confrontés à des problèmes semblables) nous retrouvons, au-delà de la compassion, les mêmes interrogations sur nous-mêmes et notre conduite possible, la même douleur et les mêmes peurs pour le futur. 

Voilà donc un livre émouvant, extrêmement bien mené et intelligent, qui déborde d’humanité. À lire de toute urgence ! 

Louise LAURENT

La quatrième dimension de Nona Fernóndeztraduit de l’espagnol (Chili) par Anne Plantagenet, éd. Stock, 288 p., 19,50 €.

Belles Latinas et Bellas Francesas, une littérature d’une rive à l’autre

Du 13 au 24 mars se déroulent, au Pérou et en Colombie, les rencontres des Bellas Francesas. Depuis 2002, les Nouveaux Espaces Latinos décident de faire connaître davantage les cultures latino-américaines en France en créant le festival littéraire Belles Latinas et, tout naturellement, son homologue en Amérique latine a été lancé en 2013 avec des écrivains français.

Les Nouveaux Espaces Latinos organisent depuis 2002 des festivals littéraires, documentaires et scientifiques, essentiellement en région Auvergne-Rhône-Alpes, parfois au-delà en France et dans des pays francophones voisins (Suisse et Belgique). En seize éditions, le festival littéraire Belles Latinas a accueilli plus de deux cent cinquante écrivains latino-américains. Depuis 2013, autour de la langue française et de la francophonie, Bellas Francesas répond à Bellas Latinas en organisant des voyages d’écrivains français en Amérique latine. En 2018, pour la sixième édition, le choix s’est porté sur le Pérou et la Colombie : du 13 au 24 mars 2018.

Les deux manifestations ont le même objectif général : permettre aux auteurs latino-américains traduits en français de venir en France, et aux auteurs français et francophones d’aller en Amérique latine à la rencontre ou à la conquête de lecteurs, de traducteurs, d’éditeurs. Ici et là-bas, les structures culturelles et éducatives de ces rencontres sont diverses : bibliothèques, universités, lycées, associations et centres culturels, Instituts français, librairies indépendantes, Alliances françaises et, de manière générale, les institutions se donnant une mission de diffusion artistique et culturelle.

Pour Belles Latinas comme pour Bellas Francesas, les invités sont de jeunes auteurs et des auteurs consacrés. Tous les romanciers et romancières français invités en Amérique latine n’ont pas leurs romans traduits en espagnol, et l’invitation peut leur offrir cette opportunité. En revanche, les Latino-Américains invités en France sont tous traduits en français. Les formes des rencontres sont diverses, choisies avec les partenaires et les interlocuteurs locaux : dialogues, tables rondes associant écrivains français et romanciers du pays déjà invités en France, conférences, rencontres à caractère universitaire, lectures par l’auteur ou par un acteur…

Les auteurs invités pour cette sixième édition des Bellas Francesas sont :

MIGUEL BONNEFOY : Né en France, il a grandi au Venezuela et au Portugal. Il a publié en français Naufrages (éd. Quespire, Paris, 2011) remarqué au prix de l’Inaperçu 2012. En 2013, il a été premier prix du « Jeune Écrivain » avec Icare et autres nouvelles (Buchet-Chastel, Paris, 2013). Le Voyage d’Octavio (éd. Rivages, Paris, 2015) son premier roman, fut finaliste du prix Goncourt du Premier roman, prix Edmée de La Rochefoucauld, prix L’Île aux Livres, prix de la Vocation 2015 et Mention spéciale du Jury au prix des Cinq Continents. En 2016, il a publié Jungle aux éd. Paulsen, lauréat du prix littéraire des lycéens, apprentis et stagiaires de la formation professionnelle. En 2017, il publie Sucre noir (éd. Rivages, Paris, 2017), finaliste du prix Femina.

PIERRE DUCROZET : Né en 1982 à Lyon. Romancier, il est également chroniqueur littéraire, traducteur et collaborateur de la Société européenne des auteurs. Requiem pour Lola rouge, (éd. Grasset, 2010) – prix de la Vocation 2011. La Vie qu’on voulait, (éd. Grasset, 2013). Eroica, (éd. Grasset, 2015). L’Invention des corps, (éd. Actes Sud, 2017) – prix de Flore 2017.

LAURE LIMONGI : Elle est née à Bastia et travaille entre Paris, Le Havre et la Corse. Écrivaine, elle publie des textes entre fiction, poésie et essai tels Anomalie des zones profondes du cerveau (éd. Grasset, 2015), Ensuite, J’ai rêvé de papayes et de bananes (éd. Le Monte-en-l’air, 2015), Soliste (éd. Inculte, 2013), Indociles (essai littéraire de Denis Roche, Hélène Bessette, Kathy Acker et B. S. Johnson, éd. Léo Scheer, 2012). Ses dernières performances littéraires ont été programmées au Palais de Tokyo, aux Laboratoires d’Aubervilliers, à la Maison de la poésie de Paris, à La Colonie.

Januario ESPINOSA

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