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Magie, médecine et âme dans Psychomagie, le nouveau livre du grand Alejandro Jodorowsky

La médecine est-elle une science ou un art ? Quand il arrive qu’un guérisseur guérisse, car cela peut arriver, est-ce un miracle ou un tour de passe-passe ? Ce sont les premières questions que pose Alejandro Jodorowsky, génial touche à tout, littérature, cinéma, ésotérisme, qui aura passé sa vie à chercher et à faire profiter tout un chacun de ses découvertes qui, ne rejetant rien de ce qui existe, unit christianisme, bouddhisme, religions indiennes d’Amérique et magie.

Photo : Albin Michel

Après avoir clairement défini en à peine quelques pages ce qu’est la psychomagie, Alejandro Jodorowsky se livre à des réflexions multiples, universelles pourrait-on dire, qui, toutes, tournent autour de l’être humain et de son accomplissement. Une phrase pourrait résumer : «Il faut avoir conscience de ce que nous sommes

L’étendue des sujets abordés est immense. Ils ont tous pour axe l’existence humaine ; d’où, justement, leur multiplicité. Son indépendance, qui n’est plus à souligner depuis bien longtemps, est absolue, ce qui n’empêche pas une certaine cohérence : il est, à 90 ans, parvenu à un très haut degré de perception, il en fait profiter. On peut, un peu par commodité, un peu par jeu, partir sur la piste de quelques-uns de ces thèmes, pas tous, on récrirait le livre !

Gourou. Il avoue avoir un temps voulu l’être. Il l’a été, mais comme personnage, dans son film La Montagne sacrée. Il ne l’a jamais été dans la réalité, et aujourd’hui moins que jamais. Il parle de certaines de ses expériences, il ouvre des pistes vers une meilleure connaissance de soi, mais Psychomagie est l’opposé exact de ces épouvantables manuels pour vaincre sa timidité ou réussir sa relation à autrui.

Tarot. Pour Alejandro Jodorowsky, le Tarot n’est surtout pas une divination de l’avenir, mais l’analyse du présent. «M’installerai-je à Madrid ou à Barcelone ?», lui demande un consultant. L’essentiel est de trouver par les cartes la cause de l’hésitation.

Gratuité. Ce qui a de la valeur doit être gratuit. Faire payer (un conseil, une consultation, une aide quelconque) revient à détruire l’objet du paiement. Cette notion revient constamment dans le livre et elle est pratiquée, car pendant des années Jodorowsky a donné à Paris des consultations hebdomadaires autour du Tarot sans prendre un franc ou un euro.

Religions. Elles ne sont pas à rejeter, puisqu’elles existent et qu’elles influencent une bonne partie des populations. En réalité, elles ne sont qu’une et doivent être considérées comme une parcelle de vérité, la seule religion est l’univers dont chacun de nous est une partie. Les manifestations de la religion, que sont miracles, ou apparitions dans le christianisme, sont des bizarreries intéressantes, à observer, mais ne font en rien avancer notre connaissance (de l’univers et de soi-même).

On pourrait trouver d’autres têtes de chapitres, beaucoup d’autres. Le plus frappant, dans ses propos, c’est la distance, admirable chez un homme «normal» ou «ordinaire», que prend Alejandro Jodorowsky avec tout, la science, l’ésotérisme, la vie et la mort, et même la magie, qui est au centre de tous ces propos. Il est parfois un peu difficile de le suivre sans réagir : le monde futuriste, hyper technologique qu’il voit à peu près idéal semble en contradiction avec ses aspirations spirituelles, mais du moment que ce soit l’esprit qui s’impose en fin de compte, on lui pardonnera bien volontiers ! D’ailleurs, peut-on seulement imaginer un Jodorowsky sans délires ? C’est pour cela aussi qu’on l’aime !

Si on trouve qu’il va un peu loin, quelques lignes plus tard on se remet à accepter ce qui nous est dit, le dialogue avec le maître est constant, riche et nuancé. On en ressort inévitablement enrichi. Il pourrait nous écraser par la force de ses conceptions, et non, sa bienveillance est là, il nous met en confiance.

«Nous n’avons pas besoin de contes de fées», nous sommes adultes, la Bible ou le Coran peuvent même être dangereux. La vérité est en soi. Je suis persuadé qu’elle est aussi dans Psychomagie !

Christian ROINAT

Psychomagie d’Alejandro Jodorowsky, traduit de l’espagnol par Nelly Lhermillier, Albin Michel, 270 p., 17 €. Alejandro Jodorwsky en espagnol : Psychomagia, ed. Siruela, Madrid.

Alejandro Jodorowsky, immense artiste multiforme, aura 90 ans en février 2019, et sortira son film Psychomagie, ce même mois. Il a publié, entre autres, chez Albin Michel : La Danse de la réalitéLe théâtre de la guérisonLa Voie du TarotLa sagesse des contesEnquête sur un chemin de terre

De loin on dirait des mouches, un roman noir sans concessions de l’Argentin Kike Ferrari

Kike Ferrari, travailleur, syndicaliste, écrivain, réussit avec ce roman à la fois une synthèse et une métaphore de l’histoire récente de l’Argentine, faite d’argent détourné, de crimes tarifés, d’opportunistes véreux, de violence politique et d’ostentation sociale. Comme une caricature ironique du self-made man, le señor Machi a su se hisser d’une condition médiocre à celle d’un homme richissime qui habite un quartier fermé, possède des voitures de luxe, s’habille chez Armani, change de maîtresse comme de chemise et consomme la meilleure cocaïne du marché.

Photo : La Voz de Galicia/Albin Michel

Le protagoniste et narrateur de De loin on dirait des mouches, le señor Machi, est un personnage décidément infect qui condense tous les vices d’une société dégradée par l’Histoire. Sans scrupules ni morale, corrompu et violent, il parle dans une langue saturée d’injures qui détourne le langage populaire tout en l’exacerbant.

L’ascension n’est pas due au travail mais aux trafics illégaux et aux opérations financières douteuses ; il a su en outre fournir des services inavouables aux puissants, tout en étant capable de s’adapter aux changements d’époque. Il se sent intouchable, et il l’a sans doute été. Mais un jour il trouve le cadavre d’un inconnu dans le coffre de sa voiture, et avec lui un objet dont il se sert pour des pratiques intimes. Si les assassins ont pu s’en saisir, c’est sans doute qu’ils appartiennent à son entourage le plus proche.

Le roman raconte les heures qui suivent cet événement : la peur, l’incompréhension, la paranoïa. Pendant qu’il roule à travers des quartiers marginaux et routes désertes, en cherchant un endroit sûr pour se débarrasser du corps, il passe en revue la vie qu’il s’est construite, en essayant d’identifier l’ennemi inconnu. Pendant un moment, tout semble s’écrouler. Lorsqu’il arrive finalement à se délester de l’intrus encombrant et peut rentrer à la maison, il veut croire que le mauvais rêve est fini.

Entre temps, le lecteur s’est penché sur l’abîme moral dans lequel le señor Machi s’enfonce, et a eu un aperçu du gâchis de sa vie familiale. Qu’il veuille bien l’admettre ou pas, il a peur. Et il est seul. Le señor Machi choisit néanmoins de croire que la vie repartira comme avant ; il ne sait pas encore que le cauchemar ne fait que commencer.

Un roman noir rapide, nerveux, sans concessions. Une énigme qui non seulement n’est pas résolue, mais qu’une magistrale mise an abyme menace de prolonger à l’infini. Une langue pervertie, à travers laquelle se dessine la conception du monde du narrateur, enracinée dans les préjugés sociaux qui lui font mépriser les plus faibles, faite de lieux communs et d’archétypes discriminatoires. Mais aussi une langue où se niche, avec virtuosité, la puissance critique de l’auteur, dont l’ironie acérée, le sens de l’absurde et l’humour noir déconstruisent une idéologie tout en construisant un personnage.

Marián SEMILLA DURÁN

De loin on dirait des mouches de Kike Ferrari, traduit de l’espagnol (Argentine) par Tania Campos, Albin Michel, 240 p., 18 €. Kike Ferrari en espagnol : Que de lejos parecen moscas, Alfaguara.

Kike Ferrari est né à Buenos Aires en 1972. Aujourd’hui balayeur dans le métro, il concilie sa passion de l’écriture et son travail en écrivant régulièrement pour El Andén, le magazine du syndicat des travailleurs du métro de Buenos Aires, dont il est délégué. Dans un pays où aucun écrivain ne peut vivre de l’écriture, Kike Ferrari fait partie d’une puissante nouvelle génération d’auteurs argentins et a réussi à devenir, avec sa personnalité hors-normes à la Bukowski et ses romans Operación BukowskiLo que no fue (Prix Casa de la Américas en 2009) et Punto Ciego (co-écrit avec son ami Juan Mattio), un auteur culte en Argentine et reconnu à l’international.

L’histoire des organismes d’envoi de prêtres Fidei Donum vers l’Amérique latine

La revue d’histoire des religions Chrétiens et Sociétés XVIe-XXIe siècles, centrée sur l’étude des différentes confessions chrétiennes à l’époque moderne et contemporaine, aujourd’hui animée par les chercheurs en histoire religieuse du Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes (LARHRA), consacre un numéro spécial, conçu comme un guide de recherche, aux organismes d’envoi européens et nord-américains de prêtres Fidei Donum en Amérique latine (1949-2000).

Photo : Chrétiens et Sociétés XVIe-XXIe siècles

Les organismes d’envoi européens et nord-américains de prêtres diocésains vers l’Amérique latine sont très peu connus. Nés pour certains avant l’encyclique pontificale Fidei Donum (1957) qui définit leur rôle, ils constituent au départ une réponse au sous-encadrement religieux sur le continent latino-américain. Conçus comme des supports logistiques de circulations transatlantiques de forte intensité, ils n’échappent ni à la structuration bipolaire de leur époque ni aux débats internes de l’Église catholique, en particulier autour de la théologie de la libération.

Fondés sur la notion d’«entraide» ou de «coopération sacerdotale» entre diocèses, ces organismes sont des plateformes missionnaires d’un nouveau type, tournées vers une Amérique latine déchirée par de profondes et violentes oppositions idéologiques. Tous sont de près ou de loin travaillés par la question politique de l’engagement : jusqu’à quel point la «solidarité» avec les peuples d’Amérique latine peut-elle s’exercer ? Faut-il choisir entre la «sécurité nationale» –qui prétend défendre la civilisation chrétienne– et la «révolution» –qui libérerait les opprimés ?

Ce guide de recherche scientifique écrit à plusieurs mains est un premier jalon dans la connaissance de ces organismes. Il a pour ambition de proposer un état des lieux sous la forme de fiches et d’éclairages sur quelques enjeux. Le lecteur y trouvera notamment : des données structurelles et statistiques sur chacun de ces dix organismes européens et nord-américains ; de brèves études sur la formation des prêtres Fidei Donum ou les relations avec Rome ; la liste exhaustive des prêtres diocésains européens présents en Amérique latine en 1968 ; une bibliographie internationale sur le sujet.

D’après Chrétiens et Sociétés XVIe-XXIe siècles

Olivier Chatelan, Gilles Routhier et Caroline Sappia (dir.), Les organismes d’envoi européens et nord-américains de prêtres Fidei Donum en Amérique latine, 1949-2000. Guide de recherche, numéro spécial de Chrétiens et Sociétés XVIe-XXIe siècles, 2019.

Souscription auprès du Centre de la Recherche Eugène Chevreul – LARHRA UMR 5190 – 18 rue Chevreul 69007 Lyon

La Maîtresse de Carlos Gardel, une fiction passionnée de la Portoricaine Mayra Santos-Febres

La rencontre entre une guérisseuse portoricaine et son héritière, sa petite-fille elle-même étudiante en médecine avec un chanteur de tango mondialement connu qui fait escale sur l’île, est au centre de ce roman original qui raconte une double passion vécue par la jeune fille pour la vedette qui lui fait découvrir la sensualité, et pour sa vocation profonde, aider les femmes de son pays à s’affranchir des maternités multiples et rarement désirées.

Photo : Premio Spiwak/Zulma

Elle est la petite-fille de Mano Santa, la guérisseuse la plus célèbre de Porto Rico. Elle s’appelle Micaela. Il est un mythe vivant, au sommet de la gloire. Il s’appelle Carlos Gardel. Mais il souffre de la syphilis, sa voix est mise à l’épreuve par la maladie et, de passage sur l’île, il consulte Mano Santa et en profite pour séduire la jeune fille. Vingt-sept jours de passion qui laisseront des traces.

Micaela vit entre deux mondes, les herbes qui guérissent, le grand désordre dans la case de Mano Santa et les cours à l’École de médecine, les traités scientifiques qu’elle mémorise soigneusement. Carlos Gardel se glisse entre les deux univers. Elle accompagne sa grand-mère à l’hôtel de luxe pour assister la vieille dame auprès du chanteur. Leur lien à tous, ce sont les plantes : elles ont fait la renommée de Mano Santa, elles guérissent Carlos Gardel et elles sont le grand sujet d’études de Micaela.

Dans les années 1930, la médecine portoricaine est en pleine mutation, elle passe doucement de manipulations qui ressemblent à de la sorcellerie vers la science moderne, non sans sursauts. Il est difficile de faire évoluer des coutumes séculaires, en cela aussi Micaela est à la charnière.

À côté de la réalité, en dehors de celle du quotidien, il y a le spectacle, la musique, la voix, la présence de Gardel qui à elle seule remplit la plus grande salle de Porto Rico, et puis la rencontre au cours de laquelle Micaela devient tango dans les bras de l’idole. C’est d’une incroyable beauté.

À cela s’ajoute l’amour, ou la passion. Nous savons, Micaela sait, que cette rencontre ne durera que le temps du séjour du chanteur. Il faut que ces quelques jours soient un miracle, elle ne sera plus la même après son départ, il faut qu’elle vive cela intensément. Intensément et tendrement. Carlos profite de ces moments d’intimité pour lui raconter sa vie, son arrivée en Argentine, ses débuts, ses émois amoureux. Ce n’est plus la vedette mondialement connue, c’est l’homme qu’elle a sous les yeux, à portée de voix.

La vérité historique n’est pas certaine : tant de mystères demeurent sur ce que fut réellement Gardel, mais c’est un roman qu’a voulu Mayra Santos-Febres, et elle l’a parfaitement réussi, avec le charme ‒celui de Carlos Gardel, celui du tango en général‒, avec les idées ‒les débuts du contrôle des naissances (on ne sait pas forcément que Porto Rico a été un endroit précurseur de la contraception).

Les différents thèmes, les différentes ambiances donnent une impression parfois un peu floue : que veut vraiment nous dire l’auteure ? Peu importe finalement, on a été ému par les amours de Micaela et de Carlos, on a découvert des aspects peu connus du mythe argentin, on a beaucoup appris sur les premiers pas de la contraception : que peut-on demander de plus à un roman par ailleurs plein de couleurs, de vie et de doutes ?

Christian ROINAT

La Maîtresse de Carlos Gardel de Mayra Santos-Febres, traduit de l’espagnol (Porto Rico) par François-Michel Durazzo, éd. Zulma, 320 p., 22,50 €. Mayra Santos-Febres en espagnol : La amante de Gardel, ed. Planeta / Sirena Selena vestida de pena / Cualquier miércoles soy tuya, ed. Literatura Random House, Barcelone / Nuestra Señora de la noche, ed. Planeta, Barcelone. Mayra Santos-Febres en français : Sirena Selena, éd. Zulma.

Poète, romancière, Mayra Santos-Febres est née en 1966 à Porto Rico, où elle enseigne la littérature à l’université. «J’ai grandi dans une famille presque exclusivement composée de femmes, confie-t-elle à Libération. Toutes avaient un métier : institutrice, comptable, avocate. Une situation courante à Porto Rico. Toutes mes études ont été payées par mes tantes. Elles étaient neuf.» Après Sirena Selena, son premier roman (Zulma, 2017), Mayra Santos-Febres nous revient avec La Maîtresse de Carlos Gardel.

Angoisse subtile et efficace dans Malgré tout la nuit tombe d’Antônio Xerxenesky

Le cinéma est au centre des romans d’Antônio Xerxenesky qui avait évoqué western et morts vivants dans le délirant Avaler du sable et la figure mythique d’Orson Welles dans F. Cette fois, il approche les films d’horreur, mais en évitant adroitement tous les pièges d’une telle entreprise, que ce soit en images, par les quantités d’hémoglobine dans un film ou par des descriptions crapoteuses dans un roman : on ne sera pas déçu, mais pas de la façon dont on s’y attendait.

Photo : Renato Parada-Divulgação/éd. Asphalte

Alina est en pleine crise existentielle. Elle vit à São Paulo. Elle a une petite trentaine, s’ennuie considérablement entre ses soucis financiers, sa thèse universitaire inachevée et la routine de son travail qui ne présente pas le moindre intérêt. Elle est convoquée un jour au commissariat où Carla, la commissaire, une femme de son âge, lui demande de l’aider dans une enquête sur un mystérieux groupe qui semble flirter avec l’occultisme. Il y aurait eu plusieurs disparitions inexpliquées.

À quoi cela sert-il de mener une vie banale, en n’ayant que des activités routinières, en ne faisant rien de ce qu’on aime, en n’ayant personne à aimer ? Même un terrible choc émotionnel, un an plus tôt, qui aurait pu la pousser par réaction vers une existence plus positive, s’est avéré impuissant à la faire évoluer.

Alina vit plongée, enterrée dans une vie des plus prosaïques : vaisselle sale dans l’évier et frigo vide, ses rapports ‒ intellectuels ‒ avec l’occultisme et ses mystères lui semblent s’être éloignés d’elle : le mémoire, puis la thèse doivent plus au hasard qu’à une passion, et pourtant renouer avec l’inexplicable, par l’intermédiaire de la commissaire, se met à l’attirer.

La première partie, qui se passe dans la journée, baigne dans la banalité. Dans la deuxième (de nuit), avec un changement virtuose et surprenant de point de vue, tout bascule. La nuit tout devient possible, mais si tout peut arriver, que se passera-t-il vraiment ?

Antônio Xerxenesky se montre diaboliquement habile dans sa façon d’avancer, d’un pas bien ordinaire, sur des chemins qui pourraient se révéler troublants, inquiétants, paniquants ou désespérément communs. On souhaite avoir évidemment notre dose d’horreur et on l’aura, mais pas de la façon dont on s’y attendait : où se terre l’horreur, dans le surnaturel ou à portée de notre main ?

À l’opposé du grand spectacle, Antônio Xerxenesky a parfaitement réussi là le récit de la journée d’une jeune Brésilienne, qui aurait pu être aussi banale que toutes les autres et qui, depuis son enfance, sans le savoir, vit entre ombre et lumière, entre chiens et loups (garous ?) et qui se pose, comme son créateur en littérature, bien des questions fondamentales. Malgré tout la nuit tombe marie vie quotidienne et brefs flashs étranges, philosophie et mystère. Et c’est le mystère qui survit !

Christian ROINAT

Malgré tout la nuit tombe d’Antônio Xexenesky, traduit du portugais (Brésil) par Mélanie Fusaro, éd. Asphalte, 224 p., 20 €. Antônio Xerxenesky en portugais : As perguntas, ed. Companhia das Letras, São Paulo / Areia nos dentes / F, ed. Rocco, Rio de Janeiro. Antônio Xerxenesky en français : Avaler du sable / F, éd. Asphalte.

Antônio Xerxenesky est né à Porto Alegre. Son premier roman Avaler du sable (Asphalte, 2015) lui a valu d’être distingué comme l’un des meilleurs romanciers brésiliens contemporains par la revue Granta. Son deuxième roman F a été finaliste du prix São Paulo de littérature et du prix Médicis étranger 2016.

Saudade, le premier roman d’Ursula Sila-Gasser sur fond d’amertume

Ursula Sila-Gasser est née un mois après mai 68. La question «d`où viens-tu ?» la désarçonne à chaque fois, car la réponse lui semble un peu compliquée. Ursula Sila-Gasser a grandi au Brésil et est désormais thérapeute à Genève. Elle a publié cet été son premier roman intitulé Saudade, qui parle d’exil géographique entre le Brésil et la Suisse, et d’exil intérieur, aux éditions Carnets Nord.

Photo : Carnets Nord

À travers une série de lettres rancunières et sans réponse adressées à un frère perdu de vue depuis longtemps, Mathilde retrace l’histoire de sa famille sur trois générations. Peu à peu, le procédé épistolaire s’efface et fait place aux souvenirs. En cherchant à se rappeler des faits et des anecdotes personnelles, la narratrice tente de comprendre le sentiment d’éloignement qu’elle ressent depuis son enfance.

L’histoire familiale est un va-et-vient incessant entre l’Europe et l’Amérique du Sud. Les grands-parents maternels allemands fuient l’inflation des années 1920 et s’installent au Brésil pour une vie meilleure. Les grands-parents paternels sont suisses, d’une famille de riches industriels. Les parents de Mathilde se rencontrent à Munich, avant de donner naissance à leur fille à Santiago au Chili. À la suite du coup d’État de Pinochet, ils s’exilent à São Paulo où ils restent une dizaine d’année pour mieux repartir vers la Suisse.

Ces déracinements successifs secouent quelque peu la narratrice qui évoque avec nostalgie les lieux de son enfance. Ou plutôt avec «saudade», ce mot typiquement portugais que l’on retrouve dans de nombreuses productions artistiques des cultures lusophones et qui exprime la présence ou le désir intense d’un manque, mélangeant tristesse et jouissance douce-amère.

Le roman dévoile subtilement les liens entre les membres de cette famille éclatée de part et d’autre de l’Océan Atlantique et la difficile construction d’une petite fille introvertie. Si le père est principalement imprévisible et terrorisant, le personnage de la mère s’avère aussi tendre que culpabilisante vis-à-vis de sa fille. Les pressions sociales et psychologiques, les regrets de l’enfance et les désillusions de l’âge adulte semblent ainsi écraser la narratrice qui cherche à trouver un sens à son existence. L’écriture et la parole seront un remède salvateur.

Gabriel VALLEJO

Saudade d’Ursula Sila-Gasser, Carnets Nord, 208 p., 15 €.

Après un doctorat en biochimie, Ursula Sila-Gasser a travaillé dans la recherche, espérant y étancher sa soif de sens et d’émerveillement. Mais sans doute à cause de son âme ébréchée, elle brise une éprouvette après l’autre. Elle préfère alors arrêter le massacre, réparer ses fêlures, suivre des formations en thérapie et utiliser son expérience et ses apprentissages pour aider d’autres personnes. Aujourd’hui, elle est heureuse de recevoir ses patients dans son cabinet en vieille ville de Genève. Dès qu’elle a un moment, elle plonge sa plume dans son vécu, ses rencontres, ses apprentissages. Elle en tire des fils, dont elle tisse de nouvelles histoires, qui, espère-t-elle, sauront panser d’autres âmes ébréchées.

La Transparence du temps, le nouveau roman du Cubain Leonardo Padura

Quelle joie de retrouver Mario Conde, l’ex-policier qui vit à La Havane, dont les enquêtes nous avaient aidés à connaître une ville attachante et malade, vivante pourtant, lumineuse et chaude, gangrenée par la misère et la corruption mais qui tient bon. Mario Conde se voit vieillir : encore un mois et il aura 60 ans… Est-on vieux à 60 ans ? La question, terrible pour lui, est mineure, en comparaison de celle qu’il aura à résoudre.

Photo : éditions Métailié/EITB

Un de ses anciens compagnons de lycée prend contact avec lui : il vient de se faire détrousser par celui qu’il croyait être un petit ami fiable et fidèle, mais qui n’était qu’un gigolo. Meubles et bijoux ont disparu avec une sculpture ancienne à laquelle il tenait beaucoup.

Les premiers épisodes de la série Mario Conde étaient brefs, la résolution du mystère allait bon train, toujours complétée par des remarques sur l’état de l’île au moment où le régime castriste donnait des signes de faiblesse, ce qui faisait leur richesse. Cette fois, Leonardo Padura prend son temps.

La Havane, en 2014, l’époque de l’enquête, est l’un des centres du roman et donne lieu à de longues et très impressionnantes descriptions d’un coin de rue dans le quartier historique ou dans un des bidonvilles qui ont poussé près de là depuis les années 1990. La maturité de Mario Conde, qui reste le double de Padura, partageant même avec lui sa date de naissance, lui ‒leur‒ permet de donner un avis éclairé sur la Révolution cubaine, son évolution et ses résultats contrastés. Tous les deux, protagoniste et auteur, sont toujours aussi clairvoyants et honnêtes par rapport à ce qui les entoure.

La recherche de Mario Conde n’est pas pour autant négligée. Où sont passés les bijoux qui ont potentiellement une jolie valeur ? Où est passée surtout la statue de la vierge dont on n’arrive pas à connaître l’origine de façon certaine ? Mais là, le narrateur se dissocie du personnage, il en sait bien plus que lui. Ayant bénéficié, depuis Les Brumes du passé (la dernière apparition de Mario Conde), de la double expérience de L’Homme qui aimait les chiens et de Hérétiques, romans purement historiques, il va fouiller dans un passé espagnol ou catalan (la statue est-elle d’origine catalane ou andalouse ?) et remonte à l’époque de la guerre civile jusqu’au Moyen Âge.

Le double documentaire accompagne alors la quête de la statue. La description d’une ville croulant de plus en plus sous la misère, pas seulement dans ses bidonvilles, mais conservant malgré tout quelques oasis de luxe comme les diverses résidences des collectionneurs d’art, alterne avec une évocation précise et détaillée des croisades, des origines diverses des images qualifiées de saintes puis de miraculeuses.

La lenteur de l’action et l’abondance de la partie historique peuvent surprendre le lecteur qui a fait de Mario Conde son proche depuis des années. Leonardo Padura a voulu aller au fond des choses, le curieux chapitre d’autocommentaire le confirme.

La Transparence du temps, nouvel épisode de la série des Mario Conde, permet en tout cas de retrouver un univers que Leonardo Padura nous a rendu familier, enrichi cette fois d’incursion dans un passé lointain, et de refaire un bout de route avec des personnages amis à jamais.

Christian ROINAT

La Transparence du temps de Leonardo Padura, traduit de l’espagnol (Cuba) par Elena Zayas, 448 p., 23 €. Leonardo Padura en espagnol : ses œuvres ont été éditées en Espagne par Tusquets. Leonardo Padura en français, chez Anne-Marie Métailié.

Leonardo Padura est né à La Havane en 1955. Diplômé de littérature hispano-américaine, il est romancier, essayiste, journaliste et auteur de scénarios pour le cinéma. Il a obtenu le Prix Café Gijón en 1997, le Prix Hammett en 1998 et 1999 ainsi que le Prix des Amériques Insulaires en 2002. Leonardo Padura a reçu le Prix Raymond Chandler 2009 pour l’ensemble de son œuvre. Il est l’auteur, entre autres, d’une tétralogie intitulée Les Quatre Saisons qui est publiée dans une quinzaine de pays. Ses deux derniers romans, L’Homme qui aimait les chiens (2011) et surtout Hérétiques (2014) ont démontré qu’il fait partie des grands noms de la littérature mondiale.  

Une nouvelle voix de la littérature argentine : Paula Porroni et sa Bonne élève

Paula Porroni, née à Buenos Aires en 1977 et ayant acquis une solide formation universitaire à Buenos Aires, Cambridge et New-York, a publié ce premier roman en 2016 à Barcelone (dans une maison d’édition dont le siège se trouve… sur l’Avenue República Argentina, cela ne s’invente pas !) ; un premier roman qui a immédiatement été remarqué et que les éditions Noir sur Blanc nous offrent dans sa version française.

Photo : éd. Noir sur Blanc/Paniko

La narratrice est une de ces étudiantes brillantes qui ont du mal à sortir du système universitaire qui leur assure un confortable cocon. Elle ne sait pas clairement vers où va se diriger le cours de sa vie : encore un an ou deux sur les bancs d’une université ? Laquelle ? Trouver un emploi ? Lequel ? Ce dont elle est sûre, c’est qu’elle est revenue s’installer en Grande-Bretagne pour fuir à nouveau son pays, l’Argentine, sa ville, Buenos Aires, et surtout sa mère avec laquelle elle ne peut tout de même s’empêcher de communiquer sans arrêt par messagerie. Son colocataire grec est au moins aussi paumé qu’elle, accumulant les refus des entreprises qu’il vient de solliciter.

Elle ne parvient pas à se fixer, le souhaiterait-elle ? Alors elle vivote. Mais dans vivoter il y a vivre, c’est tout le paradoxe de ce qu’elle décrit. Rien de ce qui l’entoure ne lui plaît vraiment, et pourtant elle accepte le tout en vrac : sa logeuse avare, son sort, sa dépendance envers sa mère et celle, plus indirecte, car il est mort depuis quelques années, envers son père, ses étranges relations qu’il est difficile d’appeler amitié avec Thomas et Anna, un couple de son âge qui vit à Londres.

C’est bizarre et familier, profondément pessimiste avec des trouées d’espoir : elle doute et elle y croit, elle est attirée par le gouffre et par le sommet, alors où est sa place ? L’automutilation est-elle une aide pour s’élever ou pour finir de tomber ?

En réalité, elle essaie un peu tout, frôle l’anorexie tout en buvant des litres de bière et en étant incapable de se passer de somnifères. Est-ce un rôle qu’elle s’obligerait à jouer pour elle-même et pour les autres ? Cette insatisfaction générale, au fond, n’est pas pour lui déplaire, c’est sa façon d’exister, d’être.

Tout est très dépouillé dans ce récit. Rien d’inutile, les phrases sont brèves. Paula Porroni ne glisse que l’essentiel pour troubler le lecteur et le rapprocher de ce que peut vivre la jeune fille, de ce qu’elle peut ressentir face à un futur qui lui fait probablement peur, mais elle ne se l’avouera jamais. Notre jeune romancière, elle, maîtrise parfaitement ce qu’elle souhaite faire partager, et on peut sans risque l’associer pour ses qualités d’écriture à Liliana Colanzi, Mariana Enríquez, Guadalupe Nettel, Lina Meruane, cette génération émergente de jeunes femmes pessimistes et très talentueuses.

Christian ROINAT

Bonne élève de Paula Porroni, traduit de l’espagnol (Argentine) par Marianne Million, éd. Noir sur Blanc, 144 p., 15 €. Paula Porroni en espagnol : Buena alumna, ed. Minúscula, Barcelone.

Paula Porroni est née à Buenos Aires en 1977. Après des études universitaires de lettres dans la capitale argentine, elle a suivi un master en études latino-américaines à l’université de Cambridge puis en écriture créative à New York. Elle vit actuellement à Londres. Bonne élève est son premier roman, remarqué par la critique dès sa parution. Elle est aussi l’auteure de nouvelles publiées dans diverses revues.

Rêve et littérature avec La Part rêvée de l’Argentin Rodrigo Fresán

Après La Part inventée, Rodrigo Fresán poursuit sa trilogie en naviguant dans l’onirisme sans pour autant s’éloigner du réel qu’est l’existence humaine et continue de creuser le même sillon, toujours aussi profond et aussi brillant, dans la «pure littérature». Sommeil et rêve (il n’y a qu’un seul mot en espagnol), raison et délire, insomnie et création, tout cela est bien au rendez-vous, surprenant par une culture universelle, entre chanson, films et romans.

Photo : Seuil/César Cid

Quand on entre dans l’univers de Rodrigo Fresán, on sait immédiatement que c’est du jamais vu, du jamais lu, qui nous attend. Et on n’est pas déçus ! Engendré par le plus grand des hasards quelques minutes avant que la mère, renversée par une voiture, ne tombe dans un coma profond dont elle ne sortira jamais, le narrateur, qui s’autodéfinit comme excrivain a donc passé neuf mois en communication directe avec une semi-morte, a partagé ses sensations et ses rêves les plus secrets. Coma, sommeil, rêves, vie, l’excrivain nous entraîne dans un monde cotonneux et coloré, silencieux et vivant, troublant et passionnant.

On ira mettre le pied sur la lune en compagnie d’une étrange famille dont tous les membres ont des prénoms mixtes et l’histoire (les faits historiques, avérés ou non, tel ce premier voyage sur la lune) se mêle au rêve, au cinéma (Bonjour, Stanley Kubrick !) ou à la littérature. Ainsi Vladimir Nabokov n’achève pas un projet de scénario pour Hitchcock… Jusqu’où Fresán nous emmènera-t-il dans ce délire pourtant tout à fait réaliste, réel même, le rêve lui-même est bien réel, non ?

Le délire en question tourne aussi beaucoup autour des Hauts de Hurlevent lu, relu, su, réécrit par une Pénélope qui vit du et dans le rêve, il tourne autour de Feu pâle, roman de Nabokov publié en 1961. Du rêve, on passe à la création, à la littérature.

On ne sait plus où est le centre, d’ailleurs il y en a plusieurs qui se chevauchent, comme dans les beaux kaléidoscopes, le narrateur omnipotent glisse à l’occasion vers l’actualité pour dénoncer les nouveaux moyens de «communication» qui conduisent à l’isolement de chacun, il rend hommage à Bob Dylan et à Enrique Vila-Matas… Cette impression possible de désordre, le lecteur la ressent, elle fait partie du «contrat» qui fait partager le cours de sa pensée, pas forcément logique, bien qu’elle soit cohérente, à l’intérieur de La Part rêvée et aussi d’un livre à l’autre. C’est lui, le maître d’œuvre, à nous de le suivre… et d’attendre la troisième partie, La parte recordada, qui pourrait se traduire, d’après la traductrice Isabelle Gugnon, par La Part remémorée.

Christian ROINAT

La Part rêvée de Rodrigo Fresán,traduit de l’espagnol (Argentine) par Isabelle Gugnon, Seuil, 576 p., 26 €. Rodrigo Fresán en espagnol : La parte soñada / La parte inventada / El fondo del cielo / Jardines de Kensington / Vidas de santos / La velocidad de las cosas / Historia argentina / Mantra, ed. Literatura Random House / Esperanto, ed. Tusquets. Rodrigo Fresán en français : Esperanto, Gallimard : Mantra / La vitesse des choses / Vies de saint, éd. Passage du Nord-Ouest / Histoire argentine / Les jardins de Kensington / Le fond du ciel / la part inventée, Seuil.

Rodrigo Fresán est né en 1963 à Buenos Aires. En 1991, il publie son premier livre, Histoire argentine, qui est aussitôt un best-seller. En 1999, il s’installe à Barcelone où il travaille comme critique littéraire. Nourri de culture anglo-saxonne, de Philip K. Dick à John Cheever, il impose, avec Les Jardins de KensingtonMantra et Le Fond du ciel, une œuvre vertigineuse, fertile en rêves et en visions, qui fait de lui un écrivain atypique, transgresseur et incontournable. Il a reçu en 2017 le prix Roger-Caillois et, en 2018, La Part inventée a été couronné aux États-Unis par le Best Translated Book Awards.

Christian Roinat, ancien professeur à l’Université Jean Monnet de Saint-Étienne et membre de notre équipe de rédaction, a créé un blog América nostra / nos Amériques (AnnA) qui est en ligne depuis quelques jours et en libre accès. Dans la présentation de son blog, il signale que la plupart des textes présentés dans le blog ont été publiés dans nos newsletters – auxquelles il participe depuis une dizaine d’années. Il ne nous reste rien d’autre à ajouter, si ce n’est que bons vents à AnnA. 

«Géopolitique de l’Amérique latine», les analyses du dernier numéro de la revue Hérodote

La revue Hérodote, créée et dirigée par Yves Lacoste depuis 1976, trimestrielle, s’efforce de promouvoir une géographie d’action et une conception nouvelle et globale de la géopolitique. Dans le cadre de numéros thématiques et en faisant appel à des spécialistes reconnus, elle poursuit sa lecture exigeante d’un monde qui devient de plus en plus complexe. Avec ce dernier numéro paru en ce début d’année, elle se consacre à la «Géopolitique de l’Amérique latine».

Photo : Hérodote

En 2006, Hérodote publiait Amérique latine : nouvelle géopolitique. Nouvelle, parce qu’au libéralisme triomphant des années 1990 succédait une période favorable aux gouvernements de gauche. C’est le temps du retour de l’État, du nationalisme économique. Toutefois, Hérodote restait plutôt circonspect et à juste titre au vu de l’actualité.

La situation vénézuélienne est des plus catastrophiques comme le prouve l’exil d’une partie de la population qui touche désormais toutes les classes sociales qui fuient la pauvreté, les pénuries alimentaires et de médicaments. La situation géopolitique des États de l’Amérique centrale est tout aussi préoccupante : crises politiques à répétition, situation économique dégradée qui pousse à l’émigration vers le Mexique en espérant atteindre les États-Unis. En revanche, la situation de la Colombie paraît se normaliser depuis l’accord signé en août 2016 à La Havane avec les Farc.

Un point commun réunit tous ces États d’Amérique latine, c’est la place de la Chine dans leurs économies de rente. Les gouvernements de gauche latino-américains pensant se libérer de l’impérialisme étasunien se sont tournés avec enthousiasme vers la Chine, perçue comme un État ayant appartenu dans un passé pas si lointain au tiers-monde, tout comme eux, et hostile aux États Unis, sans peut-être mesurer leur passage à une autre forme d’hégémonie économique.

Les résultats des présidentielles brésiliennes ont stupéfié avec l’élection du candidat d’extrême droite, Jair Bolsonaro. Le besoin de sécurité et la volonté de sortir de la corruption massive des élites politiques précédentes expliquent ce mouvement de «dégagisme». Autre changement d’importance, religieux cette fois, la montée des Églises évangélistes au détriment de l’Église catholique même si le pape François, argentin d’origine, peut la limiter. C’est donc une fois encore à une nouvelle géopolitique de l’Amérique latine qu’est consacré ce numéro d’Hérodote.

Béatrice GIBLIN
D’après la revue Hérodote

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