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Livres

Retour sur le passé avec Mon livre d’heures de la Brésilienne Nélida Piñón

À presque quatre-vingt ans (le livre a été publié en portugais en 2012), Nélida Piñón revient sur ce qui a fait sa vie, des souvenirs, des pensées. Ce n’est pas un bilan, c’est un monologue amical adressé à ses lecteurs fidèles. Elle a été la première femme élue à l’Académie brésilienne des Lettres, et en a même été la présidente. Elle a reçu les prix littéraires les plus prestigieux, entre autres le Juan Rulfo (1995) et le Prince des Asturies (2005).

Photo : Editions des Femmes

Dans ce Livre d’heures, Nélida Piñón livre des souvenirs, ceux de sa famille d’origine galicienne, les siens, et des conseils qui, pour la plupart, consistent à marteler une idée centrale : pour nous dégager de la morosité qui a envahi le monde moderne, la seule opportunité qu’il nous reste est de faire vivre la culture. La culture elle aussi peut être considérée comme globale (puisque la mode a imposé cet anglicisme), alors globalisons la Grèce de l’Antiquité, le roman européen du XIXe siècle, l’épanouissement brésilien du XXe siècle. Tout est bon dans la culture, pourvu que nous la fassions vivre.

Au moment où s’installe à Brasilia ce qui pourrait très vite devenir une dictature, il est encore plus intéressant de découvrir l’expérience de cette femme de lettres qui, une génération plus tôt, a pu lutter avec d’autres contre cette «révolution militaire» qui a imposé une autorité dévastatrice pendant vingt ans. En compagnie de son chat, elle se livre à des activités quotidiennes, comme préparer son repas, boire un thé, et ces banalités l’aident à s’évader de sa cuisine ou de son salon pour revoir les nombreux pays dans lesquels elle a séjourné.

Elle ne peut éviter une dose d’autosatisfaction, au demeurant justifiée par sa trajectoire, mais qui pourrait bien être aussi la manifestation des doutes qu’elle ressent face à elle-même. Une grande pudeur est également au rendez-vous, et qu’elle parle de sa relation avec le portugais, qu’elle nomme «idiome lusitanien», de sa vision du christianisme ou de l’actualité douloureuse de son pays, elle entretient un flou plein de charme, qui est une des qualités de ces confessions nourries des classiques grecs, espagnols du Siècle d’or ou, souvent, des textes fondateurs de la chrétienté.

Ce n’est certainement pas le livre idéal pour découvrir Nélida Piñón. En revanche, il comblera ses lecteurs fidèles en leur faisant un cadeau unique : l’intimité d’une grande dame, d’une écrivaine de premier plan au Brésil.

Christian ROINAT

Mon livre d’heures de Nélida Piñón, traduit du portugais (Brésil) par Didier Voïta et Jane Lessa, éd. des femmes-Antoinette Fouque, 224 p., 18 €. Nélida Piñón en français : Le jardin des oliviers, éd. Findakly /La maison de la passion / La force du destin / La république des rêves / Le temps des fruits / Fundador, éd. des femmes – Antoinette Fouque.

Née à Rio de Janeiro  le 3 mai 1937. Nélida Piñón, est une écrivaine brésilienne. Ses grands-parents étaient des immigrants galiciens, de Cotobade dans la province de Pontevedra. Son livre Une république dos Sonhos traite de l’émigration telle que l’ont vécu ses grands-parents depuis la Galice au Brésil et les multiples difficultés et épreuves qu’ils subirent. Nélida Piñón a fait des études supérieures de journalisme dont elle est diplômée. Elle était la rédactrice en chef et membre du conseil éditorial de plusieurs revues au Brésil et à l’étranger.  En 1996, elle fut la première femme à devenir membre de l’Académie brésilienne des lettres. En 2005, elle se voit décerner le prix Prince des Asturies de littérature.

Librairie Ici : une nouvelle libraire indépendante s’installe à Paris. Une librairie riche et design

Depuis le 26 octobre dernier, la librairie Ici a ouvert ses portes à Paris sur le boulevard Poissonnière à Paris 2. Riche d’un large choix d’ouvrages, elle prend le pari d’offrir une pratique renouvelée de la librairie.

Photo : Librarie Ici

L’événement est à marquer d’une pierre blanche tant il est rare : près de vingt ans se sont écoulés depuis la dernière ouverture d’une librairie de l’ampleur de la librairie Ici, à Paris. Derrière un nom où l’on devine la singularité d’un espace qui veut devenir un point de rendez-vous emblématique, se cache une librairie généraliste design et très riche. Au total, c’est près de 40 000 ouvrages référencés en littérature, sciences humaines, jeunesse, bandes dessinées, beaux-arts, vie pratique, entreprise, tourisme et parascolaire. Le tout réparti sur près de 500 m2, deux étages au design sobre, épuré et lumineux.

Ce nouveau lieu, on le doit à deux associées, Delphine Bouétard et Anne-Laure Vial qui outre une passion sincère pour le livre, partagent une expérience riche à la direction de maisons d’éditions prestigieuses ou de magasins de grands groupes comme Virgin. Formées aux enjeux et aux nouveaux usages de la librairie, elles ont pu créer un lieu qui répond aux besoins d’un public en recherche d’un supplément d’âme et de nouvelles pratiques.

Un nouvel espace de convivialité

C’est pourquoi la librairie Ici se pense aussi comme un espace convivial qui contribue à sa manière à la vie de quartier. Au-delà des rendez-vous réguliers avec des auteurs, la librairie organise chaque samedi des activités pour les enfants (lecture d’une histoire par un conteur professionnel, réalisation de bande-dessinée, atelier pop-up…), des débats, de la lecture dessinée… Chaque rencontre et débat se déroulent sur une scène avec gradins et sont captés en direct et diffusé sur les réseaux sociaux de la librairie. La librairie Ici est aussi un café, en partenariat avec les cafés Coutume.

Cette formule d’espace aux multiples usages rappelle beaucoup celle du tiers-lieu, que l’on pourrait définir comme un lieu où l’on aime se retrouver pour travailler, se reposer, chercher à se sociabiliser : ce n’est pas notre lieu de travail, ce n’est pas notre domicile, c’est encore autre chose. Devenu l’apanage des nouvelles pratiques culturelles et artistiques dans la capitale, la déclinaison littéraire du tiers-lieu n’existait pas encore. Au final, une formule dont on peut imaginer le succès sous sa forme de librairie, tant elle épouse les nouvelles pratiques de consommation.

Kévin SAINT-JEAN

Librairie Ici. 25, bd Poissonnière (Paris IIe). 01 85 01 67 30. Horaires: du lun. au sam. de 10 h à 20 h.  SITE

Un essai autour du livre et de la lecture : Je remballe ma bibliothèque d’Alberto Manguel

Alberto Manguel, personnalité à part, a un peu touché à tout ce qui concerne la littérature et le livre. Auteur de textes en tout genre (romans, essais, pensées et même un opéra), il a aussi été enseignant, éditeur, traducteur. En 2015, alors qu’il vivait en France, il a été nommé directeur de la Bibliothèque nationale d’Argentine, poste qu’il a quitté en juillet 2018 après plusieurs polémiques internes. C’est à l’occasion de ce déménagement, du Poitou vers Buenos Aires, qu’il a écrit cette «élégie et quelques digressions», sous-titre de ce nouvel ouvrage.

Photo : Chauché écrit – ActesSud

Alberto Manguel avoue ne pas avoir de biographie définitive. On sait pourtant de lui qu’il est né à Buenos Aires en 1948 mais qu’il n’y a fait dans son enfance que de brefs passages. Il suivait les divers postes diplomatiques de son père, ambassadeur d’Argentine. On sait aussi qu’il a publié plusieurs dizaines de livres dans différents domaines et qu’il est un lecteur infatigable. Ce sont ses émotions de possesseur de livres qu’il nous fait partager avec ce Je remballe ma bibliothèque. Une élégie et quelques digressions.

Le livre, cet objet matériel rempli d’abstractions (images, idées, émotions), ce que Julio Ramón Ribeyro, ce génie péruvien injustement un peu trop ignoré, a parfaitement mis en scène dans une nouvelle remarquable (El polvo del saber / La poussière du savoir); la bibliothèque qu’on peut construire, défaire, tronquer, augmenter ; le lecteur, unique et multiple, aux dires de l’auteur, peut-être encore plus seul que le reste des mortels qui le sont infiniment : Alberto Manguel virevolte autour de ces thèmes.

Il revient sur les problèmes éternels du bibliophile : comment classer ses livres ? Peut-on ordonner les souvenirs enfermés dans des objets en carton et en papier ? Il se dévoile un peu aussi, forcément : si on se met à parler de ses lectures, de ses livres, on parle forcément de soi. Il revient souvent sur la notion de solitude, celle du lecteur est-elle avérée ? Il bénéficie, lui au moins, en tant que lecteur, de l’omniprésence de l’auteur par l’intermédiaire du texte.

Alberto Manguel virevolte, un sujet en provoque un autre. Pardon et vengeance, perte et manque qui en résultent et qui peuvent se révéler très positifs : sans la perte de sa bibliothèque, don Quichotte n’aurait jamais entrepris ses héroïques aventures, il aurait lu, enfermé en sa demeure.

Il virevolte aussi parmi les écrivains, ceux qu’il a fréquentés, Jorge Luis Borges ou Silvina Ocampo dont il a été proche, ou d’autres comme Nabokov, Shakespeare, Kafka. Il n’y a de toute évidence aucune frontière dans l’univers livresque. Il le fait sans aucune pédanterie. Les «chapitres» sont courts, entrecoupés par des «digressions», celles qui sont annoncées dans le sous-titre, qui sont autant d’autres pensées autour du livre et de la lecture, ce qui rend cette lecture-ci facile, d’autant qu’Alberto Manguel s’adresse à nous comme à un familier qui serait allé le saluer un après-midi et qui l’aurait surpris près de ses livres en train de lire ou de méditer.

Christian ROINAT

Je remballe ma bibliothèque. Une élégie et quelques digressions d’Alberto Manguel, traduit de l’anglais (Canada) par Christine Le Bœuf, éd. Actes Sud, 160 p., 18 €.

Né en Argentine en 1948, Alberto Manguel a passé ses premières années à Tel-Aviv où son père était ambassadeur. En 1968, il quitte l’Argentine, avant les terribles répressions de la dictature militaire. Il parcourt le monde et vit, tour à tour, en France, en Angleterre, en Italie, à Tahiti et au Canada, dont il prend la nationalité. Ses activités de traducteur, d’éditeur et de critique littéraire le conduisent naturellement à se tourner vers l’écriture. Composée d’essais et de romans, son oeuvre est internationalement reconnue. Depuis 2001, Alberto Manguel vit en France, près de Poitiers. Ont récemment été publiés chez Actes Sud : La Cité des mots (essai, 2009) et Nouvel éloge de la folie (essai, 2011), Le Voyageur et la Tour. Le Lecteur comme métaphore (2013), De la curiosité (2015).

Une superbe leçon de vie dans Un château à Ipanema de Martha Batalha

Martha Batalha aime la vie, elle ne peut pas le cacher. La vie, qui n’est pas exempte de souffrances et qui a la mort pour but inévitable, mais qui fait que ses personnages, qui n’ont rien des héros classiques, donnent envie de les accompagner quelques minutes ou plusieurs années. C’est ce qu’elle disait dans son premier roman, publié en 2016, et c’est ce qu’elle répète avec ce nouveau récit, feu d’artifice de légèreté et de profondeur, d’humour et de joie dans le décor idyllique de la plage d’Ipanema.

Photo : Editions Denoel

Pour commencer, c’est l’histoire d’un grand amour, entre Johan Edward Jansson, qui mesure au moins deux mètres, et Birgit, un peu différente, «soixante-dix kilos de femme répartis sur un mètre cinquante». Birgit souffre d’une légère particularité : des voix intérieures lui conseillent de prendre un parapluie un jour ensoleillé, ce qui lui permet d’être la seule à être protégée pendant l’orage imprévisible, mais elles la poussent parfois à briser tout un service en cristal dans l’appartement de location.

Mais ils s’aiment, ces deux-là ! Et ils s’installent à Rio de Janeiro, Johan ayant été nommé consul de Suède, leur pays. On est au tout début du XXe siècle. Quand les tourtereaux partent un peu à l’aventure pour un pique-nique dominical, se retrouvant sur une plage déserte, plus petite que celle de Copacabana et bien plus sauvage, ils savent que c’est là qu’ils vivront. Ce sont les premiers habitants d’Ipanema.

La description d’Ipanema, qui est encore bien loin des gratte-ciel et du luxe tapageur, est d’un charme subtil qui nous introduit dans un jardin d’Eden bien matériel, avec ses sales gosses qui volent les pommes du voisin, une princesse blonde (Birgit) qui s’émerveille de chaque coucher de soleil et surtout une tendresse partagée.

Martha Batalha sait à merveille passer de la drôlerie la plus débridée à l’émotion. C’est pourtant la joie qui règne, une grande joie saine et délicate. On ne peut qu’aimer très fort les personnages qui souffrent et savent étouffer leurs peurs ou leurs rancœurs. Si quelque chose ne va pas ‒et les raisons ne manquent pas au cours d’une existence‒, on va pleurer dans l’obscurité de la salle de bain, et le chagrin s’en va par le siphon.

Les descendants du couple d’origine, les deux Scandinaves, sont tout aussi touchants. Des gens ordinaires qui pourtant ont chacun une particularité et un point commun : une fascinante capacité à s’adapter, ce qui est la clé de leur bonheur. Peu importe si la source du plaisir est charnelle, éthylique ou gastronomique, l’essentiel est qu’elle ne se tarisse pas. Il est merveilleux, cet arbre généalogique dont parfois les rameaux s’entrecroisent et dont chaque branche porte des grappes d’anecdotes pleines de sève.

Sous les anecdotes d’une efficace drôlerie, Martha Batalha aborde des sujets multiples, graves pour la plupart : la décomposition d’un couple, les excès dramatiques de la dictature, le sida, la place de chacun dans la ville, dans la vie. Elle le fait avec une grâce et une délicatesse surprenante. Le moindre détail a son importance : un seul paragraphe qui résume la vie d’une domestique résume aussi l’état du Brésil dans les années 1960.

Tout n’est pas joli, dans Un château à Ipanema. Il y a les militaires, quelques trahisons, plusieurs adultères, mais ce Château est plein de grâce, de soleil, d’élans de vie. C’est une lecture qui vous comblera sur tous les plans et avant tout par la façon unique qu’a Martha Batalha de raconter une histoire simple. Magistral, simplement magistral.

Christian ROINAT

Un château à Ipanema de Martha Batalha, traduit du portugais (Brésil) par Diniz Galhos, éd. Denoël, 341 p., 21 €. Martha Batalha en portugais : Nunca houve um castelo / A vida invisível de Eurídice Gusmão, ed. Companhia das Letras. Martha Batalha en français : Les mille talents d’Eurídice Gusmão, éd. Denoël.

Martha Batalha, née à Rio de Janeiro en 1973. est une journaliste, éditeur et écrivaine brésilienne. Son premier roman, La vie invisible d’Euridice Gusmão, a été vendu aux éditeurs en Allemagne et en Norvège avant d’être publié au Brésil. Site de l’auteur.

Les mains du «Che», un roman plein d’aventures de Serge Raffy qui revisite l’Histoire

Serge Raffy, journaliste reconnu, biographe de Fidel Castro parmi d’autres, et romancier, propose avec ce roman une histoire d’amour, d’amitiés, d’aventures, d’espionnage qui se déroule à partir des années soixante en Europe et en Amérique latine et qui tourne autour d’une question troublante : et si Ernesto Guevara, le Che, n’était pas mort le 7 octobre 1967 ?

Photo : Seuil 

Hector Mendez, un père d’origine espagnole et une mère française, rencontre à Vénissieux, Mila (Djamila), fille d’un combattant algérien du FLN. À l’autre bout du monde, Jaurès Pakuto, un jeune Indien, rêve dans un village perdu du Venezuela d’être photographe, encouragé par un inconnu qui se dit chilien et qui disparaît un jour sans laisser de traces. Hector et Jaurès ont un point commun : l’absence du père. On est au début des années 80.

Devenu journaliste à Bordeaux, Hector finit par se lancer, poussé par les circonstances, dans une enquête à la fois personnelle et historique : le mystère familial (qu’est devenu son père ?) l’intéresse au moins autant que l’Histoire qui, en plus n’est pas très claire à cette époque embrouillée de la guerre froide, avec un camp occidental relativement uni contre le danger communiste et un camp prosoviétique ravagé par les conséquences de la dictature stalinienne qui finiront par provoquer sa chute.

Un des grands mérites de Serge Raffy est de permettre aux lecteurs trop jeunes pour avoir connu cette époque ‒ ou à ceux qui l’ont vécue sans avoir accès à ces informations, qui étaient l’immense majorité ‒ de comprendre les rivalités internes au Parti, les soupçons de tout genre sur tout le monde, surtout les proches, les vengeances sournoises, les calculs en tout genre.

On apprend ainsi que le Che n’a pas été qu’un guérillero luttant dans la forêt vierge, qu’il est passé par l’Afrique, par l’Europe de l’Est où ses rapports avec les autorités soviétiques et leurs représentants n’étaient pas de tout repos. C’est à Prague que s’est préparé le grand retour de Guevara, devenu Ramón Benítez, qui passera, méconnaissable, par Cuba où il rencontre Fidel Castro à plusieurs reprises… dans quelle ambiance ?

Ex nazis, agents du KGB ou de la STASI, homme politiques latino-américains plus ou moins proches de Barbie, qui vivait alors paisiblement en Bolivie, et autres Leni Riefenstahl, réfugiés dans des pays pas particulièrement hostiles, tout ce magma peu reluisant se retrouve autour de l’assassinat du Che et de ses suites : la mort brutale et encore non expliquée de plusieurs personnes impliquées, l’absence du corps et des mains de Guevara, qui avaient été coupées sur son cadavre.

On plonge avec un réel plaisir dans ces mystères historiques, en grande partie parce que, si l’on peut imaginer diverses résolutions à ce problème de la disparition de toute preuve, le fond historique est particulièrement solide (en dehors d’un ou deux détails, la mort prématurée ici de Carlos Fuentes !). Il peut arriver qu’on se sente mal à l’aise dans ce genre de romans qui récrivent l’histoire en jouant sur les faits et la pure imagination. Ce n’est absolument pas le cas avec Les mains du «Che» : Serge Raffy a su trouver le ton et l’équilibre entre les deux pôles pour offrir un pur moment de plaisir enrichissant à son lecteur.

Christian ROINAT

Les mains du «Che» de Serge Raffy, éd. du Seuil, 300 p., 19,50 €.

Bandidos, le nouveau roman de Marc Fernandez, entre Madrid et Buenos Aires

Voilà le nouveau roman de Marc Fernandez, troisième et dernier volet de sa saga hispano-américaine, commencée avec Mala vida sur les enfants volés du franquisme, et poursuivie avec Guérilla Social Club sur les fantômes des dictatures chilienne et argentine. Cette fois, l’auteur nous entraîne dans un tourbillon de péripéties et de suspense entre Madrid et Buenos-Aires, entre un meurtre de photographe de presse en 1997 côté argentin, et un autre meurtre en 2017, à Madrid cette fois, avec le même mode opératoire qui ressemble à une exécution en bonne et due forme.

Photo : Editions Préludes

Le roman s’ouvre sur un rassemblement du souvenir à Buenos-Aires, les gens commémorent ce 20 janvier 2017 l’assassinat vingt ans plus tôt d’Alex Rodrigo, photographe de presse retrouvé une balle dans la nuque. En parallèle, ce même jour, on retrouve à Madrid le cadavre d’une femme tuée elle aussi par une balle dans la nuque. Assez vite, on apprend son identité et on est obligé de faire le lien entre ces deux affaires.

Aussitôt l’enquête commence et les protagonistes du roman se lancent dans la bataille pour établir à tout prix la vérité. Dans le camp madrilène, il y a Diego, journaliste radio, Ana détective privée, Pablo policier de la criminelle, et leur vieux complice, Nicolas retraité des services secrets ; côté argentin, on trouve Léa, journaliste free-lance et Isabel avocate auprès des Grands-mères de la place de Mai. Chacun possède un caractère bien trempé, a su se remettre d’épreuves douloureuses et se bat avec conviction et courage. De profonds liens d’amitié les unissent tels des Mousquetaires des temps modernes. Ils ne reculeront devant aucun danger et devront vaincre leur peur pour aller jusqu’au bout de l’énigme.

L’auteur qui nous promène par chapitres interposés tantôt dans l’été suffoquant de Buenos-Aires, tantôt dans l’hiver glacial de Madrid, connaît bien les deux villes. Il décrit ainsi certains quartiers devenus très branchés et leur transformation due aux promoteurs et à l’argent. Il montre aussi cette société argentine actuelle, oscillant entre vrai désir de démocratie et blessures dues à la corruption ambiante, dans un contexte politique ultra-libéral et la plupart de ses médias soumis au pouvoir.

Il n’épargne pas non plus les journalistes espagnols qui ont perdu comme les politiques la réalité de la rue. Voilà comment d’un simple polar, le roman gagne en profondeur et apprend une multitude de choses sur le passé et le présent des deux pays à un lecteur français parfois peu aux faits de la réalité étrangère.

En résumé nous avons entre les mains une bonne intrigue à relents politiques, servie par un style nerveux et incisif qui rend la lecture facile. L’auteur domine entièrement la montée de la tension et l’accélération des événements des deux côtés de l’Atlantique, avec des morts qui s’enchaînent, de la violence, un enlèvement, le lecteur se trouve enchaîné chapitre après chapitre par le récit captivant, tandis que l’auteur sait aussi réserver des moments de détente, de pure amitié ou d’amour entre ses héros et relâcher la pression pour eux et pour nous.

Il nous conduit ainsi jusqu’à la résolution de l’énigme, dans un monde devenu un peu plus juste, mais à quel prix !

Louise LAURENT

Bandidos de Marc Fernandez, France, éd. Préludes, 320 p., 15,90 euros. Autres œuvres : Mala vida éd. Préludes, Guérilla Social Club éd. Préludes. Marc Fernandez sera présent à Saint Etienne, à la librairie de Paris, 6 rue Michel Rondet, les 22 et 23 novembre à partir de 18 heures, pour l’événement Gueules noires du Polar.

Gallimard édite un nouveau roman d’Alonso Cueto : La passagère du vent

Dans Avant l’aube, en 2005 déjà, Alonso Cueto se penchait sur le douloureux passé de son pays, le Pérou. Le Sentier Lumineux, la réaction des autorités politiques, les atrocités commises des deux côtés et plusieurs questions fondamentales : peut-on pardonner ? peut-on oublier ? Il revient avec un nouveau roman sur ce thème qu’il traite encore une fois avec une grande originalité. Il est un des auteurs pressentis pour les Belles latinas d’octobre 2019.

Photo : Gallimard

Traumatisé par le décès de sa mère, Ángel Serpa avait décidé d’entrer dans l’armée péruvienne. C’était au moment où le Sentier Lumineux imposait ses violences sur une grande partie du territoire. Ángel, simple soldat, avait dû obéir aux ordres et parfois donner le coup de grâce à des corps déjà inertes. Un jour, c’est justement cet ordre qu’il a reçu pour une jeune femme. Des années après sa démission, il mène à Lima une existence assez terne qui, vue de l’extérieur, pourrait sembler d’une sérénité absolue. Quand entre dans la petite boutique où il vend casseroles et verres une femme qu’il reconnaît comme ayant été sa victime, il a du mal à y croire puis, devant l’évidence, il entame un véritable chemin de croix qui ne sera fait que de questions : peut-il, veut-il tenter d’entrer en contact avec elle ? En a-t-il le droit, moral surtout ? La présence intermittente de la femme, toujours indéchiffrable, va l’obséder.

À l’opposé de tout manichéisme, Alonso Cueto navigue au cœur d’un doute tour à tour poisseux et incandescent, à l’image de l’esprit d’Ángel, et il fait en sorte que nous accompagnions le personnage, que nous nous collions à lui, que nous n’ayons pas plus que lui ces repères faciles qui sont le ressort des romans faciles. Ce que l’on comprend, ce que l’on partage, c’est cette perplexité par rapport à son problème moral. Son «autre vie», les combats de catch qu’il pratique certains soirs contre des hommes sur le retour, eux aussi blessés, d’une façon plus physique, par une vie que nous ignorons, n’aide pas à en savoir plus sur lui : le fait-il pour se prouver qu’il est quelqu’un ? Pour expier ? Par plaisir, comme il le dit ?

Si Ángel a du mal à diriger sa vie, Alonso Cueto maîtrise à la perfection son récit. L’apparente banalité ‒ banalité dans l’horreur, une horreur que nous connaissions avant d’entamer la lecture ‒ devient profondeur, puis élévation. Les croyances indiennes héritées des Incas à certains moments donnent à l’atrocité moderne une ouverture spirituelle d’une beauté saisissante. Un peuple qui a une autre manière d’exprimer son sens moral ne peut que ressentir différemment ses souffrances ; pour ce peuple, l’absence de l’être cher est synonyme de tout autre manque. «Orphelin» est dans leur langue le mot qui signifie aussi «Pauvreté». De même, penser que le passé est en réalité devant nous parce que nous le connaissons remet en cause tout notre système moral, chrétien et occidental. Ángel, lui, dans sa simplicité, peut servir de modèle : de terribles épreuves ont accompagné sa vie entière, elles sont là, pesantes, tout le temps, et pourtant des lueurs de vie se manifestent par intermittences, timides mais bien présentes, et il finit par savoir les entrevoir. La passagère du vent est à lire pour la multitude d’idées et pour leurs nuances et surtout pour les atmosphères changeantes, à l’image de toute vie. Un roman qui ne peut que marquer le lecteur.

Christian ROINAT

La passagère du vent de Alonso Cueto, traduit de l’espagnol (Pérou) par Aurore Touya, éd. Gallimard, 260 p., 22 €. Alonso Cueto en espagnol : La viajera el viento, ed. Planeta, Lima / El susuro de la mujer ballena, Planeta, Barcelona / La hora azul / Grandes miradas, ed. Anagrama. Alonso Cueto en français : Avant l’aube, éd. Michalon / La vie en mouvement (entretiens avec Mario Vargas Llosa), éd. Gallimard.

La dictature nous avait jetés là… un livre témoignage avec une portée universelle

Le dernier livre de María Poblete, La dictature nous avait jetés là…, publié en octobre chez Actes Sud Junior, est un récit d’exil autobiographique, écrit à hauteur d’enfant avec une portée universelle. Ce livre évoque donc l’histoire d’autres enfants, notamment chiliens, qui ont suivi en exil leurs parents et dont on a souvent ignoré les souffrances et difficultés.

Photo : Actes Sud

Maria Poblete vit à Paris et est née en 1964 au Chili, pays qu’elle a fui avec sa famille à la suite du coup d’état militaire du général Pinochet en 1973. Elle est arrivée en France à l’âge de neuf ans. Après des études de sociologie et d’ethnologie à Lyon, elle devient journaliste indépendante et se spécialise dans les sujets de sociétés, notamment sur les thèmes de la résistance et de la mémoire. Elle couvre l’actualité latino-américaine pour des radios nationales françaises (France Info, Radio France Internationale, Europe 1) et la presse audiovisuelle et écrite, à la fois française et chilienne. Elle collabore avec diverses publications grand public ou spécialisées dans l’enfance, la famille et l’éducation (L’Étudiant, Marie-Claire Enfants… ). Auteure d’ouvrages d’enquête, d’essais et de romans jeunesse, elle participe régulièrement à des résidences d’écrivain, parfois en milieu scolaire. Dans la collection Ceux qui ont dit non d’Actes Sud junior, elle est l’auteure de Lucie Aubrac, “Non au nazisme”, Simone Veil, “Non aux avortements clandestins” et Célestin Freinet, “Non à l’ennui à l’école” ainsi que co-auteure de Non à l’intolérance, Non à l’indifférence et Non à l’individualisme.

Lorsque le général Pinochet prend le pouvoir au Chili le 11 septembre 1973 à la suite d’un putsch, Maria a presque neuf ans (moins 45 jours). La radio des parents de Maria se met à grésiller : Pinochet avec sa voix inoubliable annonce les premières mesures pour le pays et le nouvel ordre militaire. Parents et enfants tremblent en écoutant. Les années de plomb qui suivent cet événement vont provoquer des milliers de mort, des disparitions, des tortures et le premier grand exil  chilien dont Maria et sa famille.  «En moins de temps qu’il n’en faut pour comprendre ce qui se trame, nous voilà à bord de l’avion. Avec mes sœurs, on se tient les mains, serrées. Le ventre serré lui aussi. Je m’endors comme chaque fois que j’ai peur, que je suis triste ou énervée. Je préfère m’éteindre et rêver. La nuit m’enveloppe. L’appareil me berce. Son ronronnement est étouffé par l’oxygène qui semble manquer. Personne ne dit un mot. Nous posons sur nos épaules le manteau du silence», nous dit la narratrice.

Arrivés à Paris, puis à Lyon, il leur faut tout recommencer : nouvelle langue, nouveau quartier, nouvelle école, nouveaux amis… Les Poblete vont devoir s’adapter à cette nouvelle société avec des habitudes si différentes des leurs tout en suivant de loin, avec inquiétude, la répression et la lutte qui s’installent dans leur pays natal. Maria, nous raconte une enfance et adolescence particulières.  Aujourd’hui, quarante-cinq ans plus tard, elle se souvient de ces années qui l’ont marquée pour toujours : le joug de la dictature, le départ précipité vers la France, la famille en danger, l’arrivée dans l’inconnu, la lutte pour s’intégrer, la sensation permanente d’inquiétude , la séparation des parents et inconfortable dépaysement, la dispersion de la famille. Un récit de vie intime et poignant sur la dictature et l’exil forcé . Une plongée dans le passé où les souvenirs surgissent avec tristesse et bouleversement.

Pour les adolescents, pour les adultes, ce livre est le récit d’une chute brutale : la fin des rêves et l’exil. Une histoire d’enfance qui pourrait être celle partagée par beaucoup d’enfants exiles ou immigrés d’hier et d’aujourd’hui. C’est un beau livre, indispensable en cette époque où ces mots exil, asile, immigration provoquent malaise et peurs dans nos sociétés. Parce que l’exil ce n’est pas un vain mot, ce n’est pas se déplacer d’une rive à une autre ou d’un pays à un autre, l’exil c’est s’arracher de son propre pays parce que c’est l’unique alternative qui reste pour échapper à l’oppression, à la guerre, à la famine, au malheur.

Ce livre évoque aussi l’histoire de l’accueil de l’époque, de la solidarité qui a tant aidé à soulager la souffrance et  à l’intégration de ces familles, tel un miroir de ce qu’aurait pu être l’«accueil» réservé aujourd’hui par la France et l’Europe aux «migrants». C’est un court roman de souvenir qu’il faut lire, tant il nous révèle notre propre  actualité. Un témoignage personnel basé sur des faits réels et à dimension universelle, écrit à hauteur d’enfant pour jeunes et adultes.

Olga BARRY

La dictature nous avait jetés là…  par Maria Poblete aux éditions Actes Sud Junior, 124 p.

Maria Poblet a écrit aussi : La Colonie du Docteur Schaefer, une secte nazie au pays de Pinochet, avec Frédéric Ploquin, Fayard, 2003 / Lucie Aubrac, Non au nazisme, (Collection « Ceux qui ont dit Non »), Actes Sud junior, 2008 / Simone Veil, Non aux avortements clandestins (Collection « Ceux qui ont dit Non »), Actes Sud junior, 2009 /  Sauvons la maternelle, avec Thérèse Boisdon, Bayard, 2009 / Comment mettre mon ado au travail, L’Étudiant, 2010 / Cannabis : comment aider mon ado à s’en sortir, L’Étudiant, 2011 /  Non à l’individualisme, Actes Sud junior, 2011 / Non à l’indifférence, Actes Sud junior, 2013

La légende de Santiago, le nouveau polar du Chilien Boris Quercia

Il n’y a pas qu’en Europe que les migrants sont un sujet de discussion et de polémiques. On le sait moins ici, mais l’Amérique latine, et pas seulement dans la zone Mexique-Amérique centrale, est aussi le théâtre de vagues d’émigration des pays les plus pauvres vers ceux qu’ils imaginent plus favorisés. À Santiago comme ailleurs, ils sont victimes de manifestations de racisme qui peuvent dégénérer. Pour la troisième fois, on retrouve Santiago Quiñones, le flic chilien, mûrissant, problématique et sympathique, dont on aura du mal à savoir si ses ennemis principaux sont professionnels ou personnels.

Photo : Wikimedia Commons/Asphalte

Le pauvre Quiñones est au fond d’un gouffre matériel et mental, et le premier chapitre l’enfonce encore plus. Difficile de faire pire, et pourtant il y parvient ! Ce n’est pas la bonne volonté qui lui fait défaut, malgré quelques travers : sa fidélité n’est pas exemplaire, sa consommation de substances non autorisées ne diminue que lentement et il n’est pas à l’abri d’une éventuelle bavure, y compris dans sa vie personnelle.

Il connaissait depuis un certain temps l’existence d’une «deuxième famille» qu’avait son père, phénomène assez fréquent en Amérique latine, il savait qu’il avait un demi-frère et ce Gustavo, qui ne lui plaît pas du tout, s’impose à lui. Une complication de plus !

Pendant ce temps, les crimes contre les étrangers se multiplient et les milieux d’extrême droite se réjouissent des violences perpétrées contre eux, on croise même des punks-nazis, de l’eau de Javel est trouvée dans des yaourts achetés dans une supérette d’un quartier défavorisé, et commence à apparaître un logo représentant deux balais entrecroisés qui signifie : «Nous nettoierons le Chili des envahisseurs étrangers.» L’ombre d’un autre cadavre, beaucoup plus proche de Santiago, plane sur toute cette enquête et se réveille dans ses pensées, s’atténue, jamais très longtemps, pour mieux revenir.

Heureusement, il reste des zones de lumière, comme cette juge d’instruction nommée dans l’affaire, qui est une connaissance de Quiñones : qu’il est bon de se rendre de petits services mutuels, en toute discrétion ! Surtout si l’on connaît les faiblesses de l’autre. Une jeune (et jolie) témoin peut aussi donner un coup de pouce au malheureux flic.

Comme à son habitude, Boris Quercia pense en même temps que son personnage, inspiré par les dérives du pays dans lequel ils vivent. Il le fait par petites touches, jamais pesantes, d’autant plus qu’il ne manque jamais d’humour, un humour du genre vachard en général. Et le Santiago du titre n’est pas que la ville, c’est aussi Quiñones, auquel la légende de flic pourri bourré de coke colle à la peau, un flic pourri qui est en même temps, qu’il le veuille ou non, membre d’une famille un peu éclatée qui pourrait se recomposer et qui le nomme lui-même, justement, le Décomposé. Jusqu’à quel point est-elle valable, cette légende, c’est aussi ce que raconte ce polar haletant et désabusé.

Christian ROINAT

La légende de Santiago de Boris Quercia, traduit de l’espagnol (Chili) par Isabel Siklodi, éd. Asphalte, 256 p., 21 €. Boris Quercia en espagnol : La sangre no es agua, ed. Mondadori, Santiago (2019) / Santiago Quiñones, tira / Perro muerto, ed. Mondadori, Santiago. Boris Quercia en français : Les rues de Santiago / Tant de chiens (Grand Prix de Littérature policière 2016), éd. Asphalte.

Boris Quercia Martinic, né le à Santiago, est un acteur, réalisateur, scénariste, producteur et romancier chilien. Il étudie le théâtre à l’université du Chili. Il est l’un des fondateurs du Teatro Provisorio qui devient dans les années 1980 le Gran Circo Teatro, compagnie théâtrale où Boris Quercia joue dans la comédie musicale à succès La negra Ester. Sa carrière de cinéaste commence avec la réalisation des courts métrages Ñoquis et El Lanza. Son premier film est L.S.D sorti en 2000 mais, son plus grand succès est sans doute le film Sexo con amor sorti en 2003.

Les Peintures de la voix, le monde aztèque en images, un ouvrage de Jean-Paul Duviols

Saviez-vous que les Aztèques consignaient leur savoir par écrit ? Saviez-vous qu’ils avaient inventé une sorte de papier et qu’ils possédaient déjà une certaine forme d’alphabet, ou du moins une écriture leur permettant de représenter les sons ? Quelque chose de tout cela a-t-il pu échapper aux flammes de la destruction systématique de la conquête des Amériques, ordonnée au XVIe siècle ? Nous connaissons les pyramides, les statues, les masques, et autres types de vestiges archéologiques de cette civilisation culturellement très riche, mais les supports écrits sont très peu nombreux, et c’est peut-être la raison de leur méconnaissance.

Photo : Chandeigne/MAL

Les «peintures de la voix», l’expression –originellement de Voltaire– désigne ce mode de représentation fascinant, inclassable, où se mêlent les images symboliques et les glyphes, les couleurs et les signes. Nombre de chercheurs, depuis le XIXe siècle, s’y sont penchés et, malgré tout, leur étude et leur interprétation restent encore incomplètes.

L’organisation thématique de l’ouvrage nous invite ainsi, à travers les dessins et les reproductions qui apparaissent au fil des images, à retracer «visuellement» l’histoire des Aztèques à travers les jalons les plus importants : les rituels, le calendrier, l’organisation de la société… Les images sont accompagnées de textes courts qui donnent un cadre explicatif aux représentations, et nous permettent de décrypter ce que nos yeux européens ne peuvent comprendre : l’absence de perspective, les formes sacrées, l’évolution des dessins au fur et à mesure des années avec l’évidente européanisation des représentations…

C’est ainsi une nouvelle perspective de l’histoire des Aztèques que nous offre Jean-Paul Duviols, spécialiste de littérature et civilisation latino-américaine à l’université de la Sorbonne, à travers ce «livre d’images», qui se veut guide didactique et non ouvrage scientifique, et qui révèle la facette iconographique du monde mexicain préhispanique. Initier le lecteur contemporain à ces mondes disparus, ou presque, en l’invitant à y jeter un nouveau regard, c’est le véritable objectif de ce livre qui, en plus d’être intéressant et riche, est beau et agréable à parcourir.

Clémence DEMAY

Les Peintures de la voix, le monde aztèque en images de Jean-Paul Duviols, éditions Chandeigne, 320 p., 29 €.

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