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Amérique latine

Coopération États-Unis – Amérique latine : la Chine de plus en plus proche

Le 2 mai dernier, Pékin et Saint-Domingue ont annoncé la mise en place d’un accord exclusif de coopération et de reconnaissance mutuelle. Exit Taipeh, qui perd petit à petit le dernier carré de pays avec lesquels elle entretenait des relations diplomatiques privilégiées. Restent fidèles à la Chine nationaliste, le Guatemala, le Honduras, Haïti, le Nicaragua, le Paraguay, et le Salvador. En 2017 en effet, Panama avait franchi le pas après le Costa-Rica qui avait signé en 2011 un accord de libre échange avec la Chine communiste, prolongeant la reconnaissance officielle de 2007.

Photo : Chine Magazine

Mais derrière Taiwan relégué au rang de région économique de la Chine continentale au même titre que Macao ou Hong Kong, ce sont les États-Unis qui perdent influence et rayonnement commercial. Certes, Taipeh n’est plus le partenaire chinois privilégié par Washington, mais reste malgré tout un point d’appui protégé. Intervenant après bien d’autres, le choix diplomatique de la République dominicaine est révélateur d’un changement d’époque.

Deuxième puissance économique du monde, la Chine a développé sa présence internationale y compris en Amérique latine. Ses présidents successifs ont «ouvert le bal» au tournant du millénaire. Ils ont été suivis assez vite par les ministres du gouvernement central, puis par diverses autorités locales, et enfin par des acteurs économiques, privés comme publics. Dès 2010, un accord de libre échange avait été négocié et signé avec le Pérou.

La Chine a très vite cherché à donner une pérennité à ces échanges humains. Un livre blanc a été publié en 2008. La Chine a consolidé ses rapports avec le Brésil via une appartenance commune au groupe BRIC. La destitution douteuse de la présidente Dilma Rousseff n’a rien changé, du point de vue de la Chine, aux rapports bilatéraux. Michel Temer, chef d’État intérimaire du Brésil a été invité au Sommet BRIC de Shanghaï. Un réseau de consultance et de recherche en espagnol, REDCAEM, a été mis en place en 2015[1]. La CEPAL, Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes, a organisé à Santiago du Chili une première conférence internationale Chine/Amérique latine en 2015. À peine constituée, la CELAC, Communauté d’États latino-américains et caraïbes, a été invitée à Pékin en 2015. Un Forum Chine-Amérique latine (FCC) a été créé. Il s’est réuni au Chili pour la deuxième fois le 23 janvier 2018. Ces différentes rencontres ont été l’occasion de doter le FCC de structures permanentes.

Le repli national effectué par les États-Unis avec Donald Trump a été saisi par Pékin pour bonifier le rapport mutuel. Initiative bien reçue par des dirigeants politiques et des responsables économiques latino-américains déconcertés par le retrait des États-Unis du TPP, (accord de partenariat transpacifique), et la dénonciation de l’ALENA. Rex Tillerson, secrétaire d’État démis par Donald Trump avait lancé l’alerte le 2 février dernier. «Chine et Russie», avait-il déclaré à l’occasion de son unique déplacement en Amérique latine, «constituent une menace commune aux intérêts des pays de l’hémisphère occidental».

Remercié de façon cavalière, il n’a pas été vraiment remplacé, pas plus que la stratégie commune aux Amériques qu’il avait tenté de proposer à son chef. Donald Trump  dénonce la montée en puissance économique et commerciale de la Chine, tout comme celle de l’Europe et de l’Amérique latine. Cette offensive commerciale tous azimuts, sans mode d’emploi réaliste, ouvre la voie à toutes sortes de rapprochements entre la Chine, toujours signalée par les États-Unis comme adversaire principal, et une Amérique latine en quête de nouveaux équilibres.

Le choix de Pékin, assumé sans complexe par la République dominicaine, pourrait en annoncer d’autres. Le Chili a adhéré en 2017 à la banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (AIIB), créée par Pékin en 2015. L’Uruguay est en négociations depuis plusieurs semaines avec la Chine. La Chine a actualisé le livre blanc de ses relations avec l’Amérique latine, le 25 novembre 2016.  Le ministre chinois des affaires étrangères, Wang Yi, a signalé publiquement qu’il négociait un accord de libre échange avec Montevideo le 26 janvier 2018. 2018 devrait voir se multiplier les occasions de rencontres entre décideurs, consultants et universitaires.

Révélateur d’une montée en puissance bilatérale, les liaisons aériennes ont été densifiées. Le 7 avril 2018, Air China a inauguré une liaison directe Panama/Pékin. Celle-ci complète les vols Pékin/São Paulo, via Madrid ; Pékin/La Havane via Montréal ; et les offres concernant le Mexique proposées par les compagnies China Southern Airlines et Hainan Airlines.

De fait, en 2017, la Chine aura été le troisième partenaire commercial de l’Amérique latine. Déjà le premier de l’Argentine, du Brésil, du Chili et de l’Uruguay, le deuxième du Costa-Rica, du Mexique et du Pérou. Les investissements chinois dans la région, toujours en 2017, selon la CEPAL, ont représenté 15% du total. Les trois pays accueillant le plus d’investissements chinois sont, dans l’ordre, le Brésil, le Pérou et l’Argentine. Ces investissements privilégient les secteurs minier, de l’énergie, des télécommunications, des travaux publics. Ces investissements cumulés ont généré la création entre 2001 et 2016 de 254 000 emplois, essentiellement au Brésil, en Équateur et au Mexique. La Chine, enfin, est devenue le banquier de l’Amérique latine. Elle est aujourd’hui son premier créancier, loin devant la Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement.

Ce n’est sans doute qu’un début. Les latino-américains sont intéressés par le grand projet de route de la soie, certes euro-asiatique, mais qui pourrait dépoussiérer les souvenirs du galion des Philippines. D’autant plus qu’ils n’attendent rien de particulièrement positif de la part des États-Unis. Situation insolite et même paradoxale qui est celle de voir la coagulation d’une alliance entre une Chine communiste-libérale et celle de pouvoirs latino-américains libéraux-anti bolivariens …

[1] Red China America Latina

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

«Explorer l’esprit de Mai n’a rien d’une visite au musée Grévin. C’est renouer avec notre présent»

Dans la déferlante médiatique à laquelle nous assistons depuis quelques semaines autour du demi-siècle de Mai 68, nous avons souhaité mettre en avant l’enquête proposée par le mensuel Le Nouveau Magazine littéraire dans son édition de mars dernier, disponible en ligne, où huit Français sur dix saluent les conséquences «positives» du mouvement, sans oublier, bien sûr, d’en critiquer certain aspects. Ceux de notre équipe qui ont vécu la fin des années soixante en Amérique latine se réjouissent que notre militantisme actif né dans les rues de Santiago, Buenos Aires, México ou Rio soit encore présent dans notre quotidien aujourd’hui. Nous retranscrivons ci-dessous, avec son autorisation, l’éditorial de Raphaël Glucksmann, fondateur et directeur du Nouveau Magazine Littéraire, écrit cinquante ans après les événements de mai 1968.

Photo : OIP 

«Liquider l’héritage !» Nicolas Sarkozy résuma, en 2007, l’obsession de tous les conservatismes et de toutes les réactions depuis cinquante ans : «tourner la page de Mai 68». La Rolex solidement attachée au poignet, sous les applaudissements de ses amis du CAC 40 et les vivats de la très ascétique famille Balkany, il réussit même la prouesse de déceler dans la plus grande grève ouvrière de l’histoire l’origine véritable de «l’argent roi». Thatcher ou Reagan ? L’école de Chicago ? Les banquiers ? Non, les lanceurs de pavés du Quartier latin et les autogestionnaires de Lip ! Mai 68 était coupable de tout : la fin de la souveraineté nationale, la délégitimation du travail, le triomphe de l’individualisme, l’éclatement des familles, la faillite de l’école républicaine, le malaise des profs, la colère des flics, les errances du multiculturalisme… Accusé. Condamné. Enterré.

Cela, Nicolas Sarkozy n’était pas le seul à le penser et à le dire : une cohorte d’intellectuels, parfois de gauche, le précédait dans cette bataille. Cela, nous disait-on, «les Français» – les vrais, pas ceux qui lisent Libé ou fréquentent le Café de Flore – le savaient bien. Il n’y avait guère que quelques archéobobos déconnectés aux tempes grisonnantes, à la tête vide et au ventre plein pour rester attachés à ce totem moisi, version postmoderne du perroquet empaillé de Félicité dans Un cœur simple de Flaubert. Un mythe rongé par les vers adoré par des aveugles. À balancer fissa à la poubelle, donc.

Nous-mêmes, qui n’accusions pas les barricades du Quartier latin de tous les cataclysmes, nous avions fini par le concéder, l’admettre, l’intégrer : 68 était «impopulaire». C’est ainsi que se perdent les batailles culturelles. Nous voulions donc savoir pourquoi tant de rejet, pourquoi tant de griefs, comprendre ce qu’on lui reprochait, au juste, cinquante ans après. De quoi Mai 68 était-il le nom, surtout aux yeux des gens qui ne l’avaient pas vécu ? Nous voulions savoir, et nous avons posé la question. Bêtement. Sur la pointe des pieds. Presque honteux. La réponse fut un choc : 68 est plébiscité dans toutes les catégories socioprofessionnelles et à travers les générations. Il séduit les jeunes plus encore que les vieux, les pauvres davantage que les riches. Ce peuple, que les réactionnaires brandissent comme argument d’autorité à chaque débat, vote pour 68. Pour le questionnement et l’ébranlement de l’ordre des choses. Même le sulfureux «Il est interdit d’interdire» est adoubé ! Pareille surprise ne nous exonère pas d’un examen critique de ce dont nous héritons et n’enlève rien au sentiment de vide qui nous habite, nous les enfants de 68. Elle n’efface pas nos questions sur les limites du libéralisme que beaucoup de soixante-huitards ont embrassé ensuite ou nos doutes profonds quant au refus de toute contrainte collective pesant sur nos libertés individuelles, au cœur de l’esprit de Mai. Mais elle valide une intuition, la conviction que les Français ne ressemblent pas à ce qu’Éric Zemmour ou Patrick Buisson disent d’eux. S’ils voient avec autant de bienveillance ou d’envie ce moment de chaos où la marche du monde fit une pause pour laisser libre cours aux rêves les plus fous, c’est que tout aujourd’hui reste possible. Politiquement, intellectuellement, poétiquement. Il y a dans ce regard tendre posé sur le passé une promesse immense pour l’avenir.

En lançant Le Nouveau Magazine littéraire, nous avons fait le pari que le temps n’était plus aux lamentations déclinistes et aux éructations identitaires, qu’il nous fallait, nous aussi, «tourner une page». Et que la page à «tourner» n’était pas celle de 68, mais celle du néo-maurrassisme triomphant des années à peine écoulées. Explorer l’esprit de Mai n’a rien d’une visite au musée Grévin. C’est renouer avec notre présent.

Raphaël GLUCKSMANN
Le Nouveau Magazine Littéraire 

À lire aussi  : 68, mon amour ! L’enquête qui dément les clichés réacs

Jusqu’au 1er juin, le journal Libération donne quotidiennement carte blanche à des écrivains pour évoquer les événements, les souvenirs, l’héritage ou l’imaginaire de chacun des jours deMai.

«Changer le Monde – Changer sa vie» chez Actes Sud

Enquête sur les militantes et les militants des années 68 en France

Cinquante ans après Mai 1968, que sont les militants devenus ? Après avoir jeté toutes leurs forces dans la bataille, cru souvent en l’imminence d’une révolution, suspendu longtemps leurs investissements scolaires, professionnels, voire affectifs pour «faire l’histoire», comment ont-ils vécu l’érosion des espoirs de changement politique ?
La force de ce livre tient à un triple déplacement du regard – de Paris aux régions, des têtes d’affiche aux militants ordinaires, de la crise de mai à la séquence historique  1966-1983 – autant qu’à la richesse du matériau exploité : un dépouillement d’archives le plus souvent inexplorées, comme les documents déclassifiés des Renseignements généraux et des centaines de récits de vie recueillis à Lille, Lyon, Marseille, Nantes et Rennes auprès de militants des syndicats ouvriers, des gauches alternatives et du mouvement féministe.
Cette mosaïque d’histoires constitue la chair de ce livre et permet de brosser un portrait non impressionniste des soixante-huitards, de leur carrière professionnelle, de leur vie affective, de la continuité de leurs engagements, apportant des réponses enfin étayées aux questions sui vantes : la vie des soixante-huitards a-t-elle été bouleversée ou simplement infléchie par le militantisme corps et âme des années 1970 ? En ont-ils tiré profit ou le déclassement social fut-il le prix à payer ? Face aux convictions politiques d’antan, les militants font-ils figure d’apostats ou sont-ils toujours ancrés dans un rapport critique au monde social ? Peut-on dire qu’il existe une génération 68 ou n’est-ce qu’un mythe recouvrant d’un voile épais une hétérogénéité de personnes plus grande qu’on ne l’imaginait ? Plus d’infos sur le site des éditions Actes Sud

Tensions au sein de l’UNASUR : six pays latino-américains suspendent leur participation

Le 20 avril 2018, après plus d’une décennie d’existence et sous l’initiative de l’ancien président du Venezuela Hugo Chávez pour faire face aux États-Unis sur le plan économique et politique, l’Union des Nations sud-américaines (UNASUR) a connu la plus grande crise de son histoire. Six pays  l’Argentine, le Brésil, le Chili, la Colombie, le Paraguay et le Pérou ont décidé de suspendre leur participation au sein de l’organisation.

Photo : Edgar Romero/RT

Les gouvernements des pays déserteurs justifient leur choix ainsi : la présidence temporaire de l’UNASUR, assurée par la Bolivie, conduirait l’organisation dans la mauvaise voie. De même, dans un communiqué, ils expliquent : «Compte tenu des circonstances actuelles, les pays signataires ont décidé de ne pas participer aux différentes instances de l’UNASUR à partir de cette date tant qu’ils n’auront pas, au cours des prochaines semaines, des résultats concrets qui garantissent le bon fonctionnement de l’organisation.»

Depuis janvier 2018, après que le Colombien Ernesto Samper ait quitté le poste de secrétaire général, les différents pays membres n’arrivent pas à aboutir à un consensus pour nommer le nouveau secrétaire, poste convoité par un seul candidat. Le communiqué établi par les différents pays qui abandonnent l’organisme revient sur ce point : «L’impossibilité de nommer un secrétaire général en raison du manque de consensus autour du seul candidat présenté à ce jour a eu de sérieuses conséquences pour l’organisme.»

Désormais, les doutes augmentent quant au futur de l’UNASUR. Après avoir été la première organisation politique de la région, elle y a remporté plusieurs succès. Tout d’abord, elle a permis une union entre la zone andine et le Cône sud, plus la participation des pays comme la Guyane et le Surinam. Même s’ils appartiennent géographiquement à l’Amérique du Sud, ils n’avaient auparavant pas le sentiment de partager culturellement plusieurs aspects avec les autres nations et furent exclus du débat public pendant plusieurs décennies. Ils font aujourd’hui eux aussi partis de l’UNASUR.

Parallèlement, l’organisation internationale a pu faire des progrès dans des domaines comme la défense, la culture et le tourisme. Elle a également servi de garant au cours de plusieurs crises dans la région, à l’exemple des élections législatives vénézuéliennes en 2015 où, grâce à l’intervention de l’UNASUR, une commission de quatre pays (Brésil, Colombie, Équateur et Uruguay) a servi de garant pour la réalisation des élections. Le 6 décembre 2017, le conseil électoral du Venezuela a permi le déroulement des élections, au moment où l’opposition a remporté une victoire dans le pays bolivarien. Ensuite, pendant la crise entre le Venezuela et la Colombie, et plus précisément lors de l’expulsion arbitraire des citoyens colombiens du territoire vénézuélien, l’UNASUR a permis la négociation entre le président colombien Juan Manuel Santos et le président vénézuélien Nicolás Maduro pour essayer d’aboutir à un accord.

Pendant que des gouvernements dits de gauche étaient à la tête de plusieurs pays de la région, l’organisation fonctionnait et avançait correctement, donnant l’impression d’un futur possible et marqué par une profonde collaboration entre les pays sud-américains. Des projets comme celui de la citoyenneté sud-américaine avaient pris de l’importance. Depuis que plusieurs pays ont basculé vers la droite, notamment le Chili et l’Argentine, la continuité de la collaboration entre les nations est en péril. De plus, les grandes tensions qui existent entre le gouvernement du Venezuela qui maintient une crise humanitaire et les autres pays de la région, notamment la Colombie et l’Argentine, ajoutent des difficultés supplémentaires à la résolution des problèmes régionaux et à la bonne collaboration des pays, laissant penser que c’est peut-être la fin de l’aventure pour cet organisme international.

Jonathan Z. CORONEL

Deux journalistes équatoriens et leur chauffeur assassinés par des ex-Farc

Le 26 mars 2018, le journaliste Javier Ortega, 32 ans, le photographe Paul Rivas, 45 ans, et le chauffeur Efrain Segarra, 60 ans, ont été pris en otage par le groupe dissident des FARC, le Frente Oliver Sinisterra, sous le commandement de Walter Patricio Artízala Vernaza, alias Guacho. Les trois hommes travaillaient pour le quotidien équatorien El Comercio. Les faits ont été confirmés le jour suivant par le ministre de l’Intérieur équatorien César Navas. Dix-huit jours après leur enlèvement dans le nord de l’Équateur, à la frontière avec la Colombie, le président équatorien Lenín Moreno, lors d’une brève allocution présidentielle, a confirmé l’assassinat du groupe de journalistes.

Photo : RSF

La fondation pour la liberté de la presse (FLIP) aurait reçu un communiqué de presse du groupe dissident qui confirmerait le meurtre des otages. Selon ce communiqué, la décision prise par le Front Oliver Sinisterra d’assassiner les otages a été mise en œuvre après un échec de sauvetage de la part des forces armées colombiennes et équatoriennes : «Le gouvernement paramilitaire et corrompu de la Colombie et le gouvernement agenouillé équatorien dirigé par ses présidents et ses procureurs ont conclu des accords pour combattre et éliminer notre mouvement. Depuis lors, les troupes et les forces d’intelligence colombiennes, équatoriennes, ont franchi avec insistance leurs frontières dans le but d’assassiner nos troupes, des milliers d’hommes ont cherché la guerre, la répression envers les populations de la zone frontalière, ainsi que nos combattants et familles, qui nous rappellent l’époque de 1964 dans la guerre de Marquetalia».

D’autre part, le premier média qui aurais reçu des preuves du meurtre des otages a été RCN radio. Le média colombien a reçu le communiqué de presse, de même que des photos des corps de trois travailleurs quelques heures avant le délai de douze heures laissé par le président équatorien aux kidnappeurs pour envoyer des preuves de vie. Or RCN n’a pas voulu se prononcer immédiatement tant que la véracité des preuves n’était pas confirmée. Quelques jours auparavant, un faux communiqué d’un groupe dissident confirmait le décès des journalistes. Cependant, vendredi 13 avril au matin, le groupe dissident a réclamé l’aide d’organismes internationaux pour venir récupérer les corps des otages.

Selon la FLIP, Bogotá et Quito auraient fait plusieurs erreurs dans la gestion de la situation. La fondation s’interroge sur la manière avec laquelle les deux gouvernements ont agi, irresponsable et autoritaire face à la menace de vies en péril. Cependant, le résultat rappelle une nouvelle fois la situation délicate dans laquelle se trouve la Colombie, où la période de post-conflit avec les FARC ne fait que commencer et, pour l’instant, le bilan est très négatif. À cela s’ajoute une situation périlleuse au travers des dialogues de paix entamés avec l’autre groupe de guérilla, l’ELN, qui se déroule en Équateur. Javier Ortega, Paul Rivas et Efrain Segarra se rendaient sur place afin d’obtenir plus d’informations sur la situation des territoires situés à la frontière de la Colombie et de l’Équateur, auparavant aux mains des FARC, et dont le contrôle est désormais disputé entre plusieurs groupes de narcotrafiquants et des dissidents de l’ancienne guérilla.

Le vendredi 13 avril, le président Juan Manuel Santos a ordonné au ministre de la Défense, Luis Carlos Villegas, de se rendre en Équateur pour faire face à la grave situation avec, à ses côtés, le directeur de la police, le général Jorge Nieto, et le commandant des forces militaires, le général Alberto José Mejía. Le président Lenín Moreno a, quant à lui, annoncé sur son compte Twitter que, dans les prochaines minutes, il rencontrera le Conseil de sécurité publique de l’État pour analyser les derniers événements et, par la suite, il se rendra dans le pays.

En revanche, les attaques du Front Oliver Sinisterra n’ont pas cessé : le 17 avril, à travers une vidéo reçue par le ministre de l’Intérieur équatorien César Navas, le groupe dissident envoie des preuves de vie d’un couple équatorien pris en otage. Sur cette vidéo, le couple réclame l’aide du président Lenín Moreno pour pouvoir sortir sain et sauf de cette prise d’otage, pendant que Bogotá et Quito ont envoyé environ 80 hommes à la frontière pour trouver «Guacho», le chef du groupe dissident.

Jonathan Z. CORONEL

Stabilité démocratique et mains propres au menu du VIIIe Sommet des Amériques

Stabilité démocratique et mains propres : c’est sur ces mots que sont fondés les principes du VIIIe Sommet des Amériques. Depuis plus de deux décennies, les chefs d’État des pays américains, de l’Alaska à la Patagonie, se réunissent périodiquement pour traiter de questions concernant le développement économique, la situation sociale et les objectifs politiques du continent. La présente édition du «Sommet des Amériques» aura lieu les 13 et 14 avril à Lima au Pérou.

Tous les trois ans environ, la «promotion de la démocratie», la «défense des droits de la personne», la «garantie d’une approche multidimensionnelle de la sécurité», la «promotion du développement intégré et de la prospérité », l’«appui à la coopération juridique interaméricaine» figurent parmi les thèmes essentiels de ce processus, inauguré à Miami en décembre 1994 sous le patronage du gouvernement de Bill Clinton et l’Organisation des États américains.

La présente édition du «Sommet des Amériques» aura lieu les 13 et 14 avril à Lima (Pérou), et l’annonce de la présence du très controversé Donald Trump semble monopoliser les débats, au point d’occulter ce qui devrait être le thème essentiel de ce VIIIe Sommet : la gouvernance démocratique et la lutte contre la corruption.

En effet, l’arrivée du président des États-Unis, dont les propos anti-latino-américains pendant la campagne électorale de 2016 résonnent encore dans la mémoire collective, a provoqué une vague de critiques au Pérou. Ainsi le parti d’opposition Front Large a présenté au Congrès une motion condamnant la présence du locataire de la Maison Blanche, et demandant qu’il soit déclaré «persona non grata»*.

Rien de nouveau. Les émissaires de Washington ont toujours suscité des réactions violentes en Amérique latine, où il existe un front de refus de l’hégémonie étasunienne ancré dans les gènes depuis plusieurs générations. On se souvient par exemple du IVe sommet des Amériques à Mar del Plata, en Argentine : 40 000 personnes rassemblées dans un stade de football pour dire : «Non à Bush.»

Depuis le premier sommet à Miami donc, les projets sociaux, économiques et politiques prônés par le Nord tout-puissant, et son image inextricablement liée à la finance impérialiste, ont été la principale difficulté pour trouver un consensus global avec le Sud en voie de développement. C’est l’éternelle rivalité panamericanisme étasunien vs. latinoaméricanisme.

Par ailleurs, ce sommet fait ressortir les tensions qui opposent l’administration Trump et le Venezuela, un pays immergé dans le chaos depuis plusieurs années. Si Barack Obama considérait le chavisme comme une menace pour les États-Unis, Donald Trump avait précisé, en septembre dernier, qu’il n’excluait pas un plan d’intervention militaire de la nation bolivarienne.

Dans le même temps, le Pérou a fait savoir que Maduro n’y «sera(it) pas le bienvenu» et lui a demandé de s’abstenir d’y participer. Mais le président vénézuélien avait affirmé qu’il assisterait au sommet des Amériques malgré la mise en garde du gouvernement péruvien : «Ils ont peur de moi ? Ils ne veulent pas me voir à Lima ? Ils vont me voir, qu’il pleuve, qu’il y ait du tonnerre ou des éclairs, par les airs, par terre ou par mer j’arriverai au sommet des Amériques avec la vérité […] du Venezuela», a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.

Au sein de ce paysage incertain, un fléau qui semble indissociable de la vie politique. C’est justement autour de ce thème, la gouvernance démocratique face à la corruption et l’adoption de mesures concrètes sur ce sujet, que s’articule ce sommet. Or, ironie du destin, le président du pays organisateur, Pedro Pablo Kuczynski, vient de démissionner après la crise politique déclenchée par un scandale de corruption : il a reconnu avoir entretenu des liens non-officiels avec l’entreprise de construction brésilienne Odebrecht, déjà sous l’œil de la justice dans différents pays de la région.

Cette illustration éclatante de l’indigence de la politique anti-corruption trouve un peu partout d’autres exemples qui commencent à voir le jour, notamment au Brésil et en Argentine. Le Pérou est en tête : depuis 1990, ses ex-présidents ont été inquiétés ou mis en examen. Il s’agit sans doute d’un basculement en train de s’opérer dans le domaine de la justice. De ce fait, si cette réunion continentale prétend poser les bases de la lutte contre la corruption, c’est en partie, peut-être, pour établir un nouvel ordre latino-américain, mais surtout pour réduire la pression que l’opinion publique fait peser sur ses dirigeants. Car si le phénomène de la corruption est un véritable désastre qui se répercute sur la santé, l’éducation et la sécurité des habitants, il pourrait entraîner également une catastrophe sociale généralisée. Sur ce thème, il est certain que les hommes politiques n’ont pas oublié les manifestants argentins lors de la crise de 2001, «Que se vayan todos!» (Qu’ils s’en aillent tous!). Ce cri d’indignation est toujours latent sur les lèvres du peuple comme un mantra collectif contre les «vices» du pouvoir.

Tout cela ne fait que confirmer la multiplicité des facteurs qui influent sur le comportement, et les résolutions d’une classe dirigeante de plus en plus méprisée pour ses intérêts égoïstes. La preuve est la création d’autres sommets, comme le Sommet des Peuples, le Sommet de la société civile, le Sommet des jeunes, qui ont lieu en parallèle au sommet des Amériques depuis la réunion au Chili, en 1998. Ainsi, dans le courant de la semaine, une série de rencontres est programmée entre organisations indigènes, syndicats, étudiants, entrepreneurs, militants écologistes, ceux qui dénoncent l’inégalité du salaire des femmes, etc.

En y regardant de plus près, toutes ces initiatives d’intégration économique et sociale révèlent l’aspect utopique de l’avenir : un sentiment qui nourrit l’espoir de retrouver un jour une Amérique latine renforcée dans sa capacité d’harmoniser les rêves de la société, les faiblesses de ses institutions et l’ordre économique imposé par le Grand Nord. Mais, au regard des résultats obtenus après sept réunions depuis 1994, si le sommet des Amériques ne peut pas jouer ce rôle, s’il ne fournit pas le cadre approprié pour mener à bon terme ce projet, alors à quoi sert-il ? Répondre à cette question est le Grand Défi auquel doivent se confronter les chefs d’État réunis au Pérou.

Eduardo UGOLINI

*Au moment de boucler l’édition du présent article, Donald Trump a annoncé qu’il ne participera pas au Sommet des Amériques à cause de l’aggravation de la situation en Syrie.

En Amérique latine, chronique de morts annoncées ? Cohabiter avec les homicides

Marielle Franco, conseillère municipale de Rio de Janeiro, femme, noire, de gauche, a été exécutée par des tueurs expérimentés le 14 mars 2018. Entrée en fonction après les municipales de 2016, elle avait multiplié les initiatives dénonçant les mafias, la corruption de certains policiers et les méthodes expéditives des forces de l’ordre qui, en 2017, ont tué 1 124 personnes rien qu’à Rio de Janeiro.

Photo : France Amérique latine.org

L’Amérique latine, en ces débuts d’année, fait ses comptes en homicides. Les services compétents des différents pays ont rendu publics des chiffres sans doute parmi les pires. Cette pornographie criminelle ne fait pourtant pas la une des journaux. Mais il est vrai que la grande presse latino-américaine est achetée par des lecteurs qui vivent pour la plupart dans des quartiers fermés et protégés. Il est vrai aussi que la plupart des Latino-Américains cohabitent avec la mort, acceptée comme une sorte de fatalité.

Conceptions précolombiennes, idéologie catholique baroque et sentiment d’impuissance face au crime et à l’impunité ont imprégné les mentalités. Au Mexique, la camarde (image allégorique de la mort) est devenue ces derniers temps une divinité en soi, la « Santa Muerte ». Sympathies et rituels traditionnels ont créé une sociabilité tranquille entre défunts et vivants un peu partout sur le continent. Les Argentins vont en nombre fumer au cimetière de la Chacarita : ils coincent une cigarette entre l’index et le majeur de la statue imposante de Carlos Gardel, étoile historique du tango, avant d’allumer la leur. Les Colombiens ont socialisé leurs cimetières, lieux culturels où se revitalisent les mémoires mortes, lieux de recueillement festif où les familles viennent accompagnées de musiciens partager avec le défunt les rengaines qui lui plaisaient. Les Ticos (Costariciens) passent devant la tombe d’un curé, à l’entrée de l’église de campagne de Barva, l’index de la main droite sur les lèvres, recommandant au passant de respecter le sommeil du gisant. Et tous les curieux d’Amérique latine ont entendu parler du rapport si particulier entretenu par les Mexicains avec la mort, où la Toussaint est l’occasion de festivités familiales et conviviales dans les cimetières. La catrina [1], squelette coiffé d’un chapeau de grande dame, emblématique de l’événement, est revendiquée par tous.

Mais que disent les chiffres révélés ces derniers jours par diverses institutions ? Que cache l’exécution de la conseillère Marielle Franco ? Le Conseil citoyen mexicain pour la sécurité publique et la justice pénale vient de divulguer la liste des cinquante villes les plus dangereuses du monde. Sur 50 localités, 42 seraient latino-américaines : 17 brésiliennes, 12 mexicaines, 5 vénézuéliennes, 3 colombiennes, 2 honduriennes, 1 guatémaltèque, 1 portoricaine et 1 salvadorienne. Les cinq villes classées en tête auraient des taux d’homicide dépassant 100 pour 100 000 habitants. Les taux équivalents en Europe sont en moyenne entre 1 et 2 pour 100 000 habitants. Ces valeurs sont corroborées par les données nationales communiquées par ailleurs. Au Mexique, les autorités officielles (c’est-à-dire le SNSP, Système national de sécurité publique) ont signalé 29 159 homicides pour l’année 2017.

Le quotidien colombien El Tiempo a établi, dans son édition du 13 mars 2018, la liste des pays américains les plus affectés en 2017, à savoir : le Venezuela (taux d’homicide de 89 pour 100 000) ; le Salvador (60 pour 100 000) ; la Jamaïque (55,7 pour 100 000) ; le Honduras (42,8 pour 100 000) ; et le Brésil (29,7 pour 100 000). Ces violences affectent le quotidien et menacent la démocratie. Au Brésil, le PCC (premier commando de la capitale), « cartel » de São Paulo, a déclaré la guerre au Commandement rouge de Rio et à la Famille du Nord (FDN) dans le Nordeste.  Les forces de police, loin d’aider à sécuriser les villes, ajoutent de la peur et de l’insécurité : éléments troubles, agents à double éthique, « miliciens » qui ont la gâchette facile. En Colombie, actuellement en période d’élections, plusieurs dizaines de syndicalistes, responsables associatifs, anciens guérilleros des FARC ont été assassinés. Le médiateur colombien a publié début mars 2018 la carte des 325 municipalités plus ou moins contrôlées par des groupes délinquants, éliminant physiquement les acteurs et défenseurs de la société civile. Le 13 mars 2018, le Secrétaire mexicain en charge des affaires intérieures a signalé qu’environ une trentaine de candidats aux élections municipales et locales du 1er juillet prochain avaient été victimes de criminels.

La Cepal (Commission économique pour l’Amérique latine) se félicite du retour de la croissance en Amérique latine. La grande presse et les publications s’adressant aux milieux d’affaires égrènent depuis quelques semaines des colliers de bonnes nouvelles. Au Forum économique mondial de Brasilia, le 11 mars 2018, les annonces optimistes se sont succédé : Brésil, +2,4 % ; Chili +2,8 % ; Colombie, +2,6 % ; Mexique, +2,4 % ; Uruguay, +3,2 % ; Bolivie, +4 % ; Paraguay, +4 % ; République dominicaine, +5,1 % ; Panama, +5,5 %. Bien sûr, il y a quelques pays, selon les mêmes sources, qui restent à la traîne : Argentine, Équateur et Venezuela. Pour autant, cela ne permet pas de comprendre les tendances haussières parallèles de l’économie et des homicides.

La Secrétaire générale de la Cepal propose une explication : la croissance devrait préserver les acquis sociaux des années où les pays étaient gouvernés par des forces progressistes. Selon elle, l’arrivée de la droite au pouvoir en Argentine, au Brésil, au Pérou ou au Paraguay « a favorisé la reprise économique, mais avec des conséquences sociales négatives ». Les équilibres budgétaires ont priorisé la contraction des dépenses sociales et collectives, faisant ainsi retomber des milliers de Latino-Américains dans la précarité sociale. D’autant plus, toujours selon la Cepal, que cette croissance est pauvre en créations d’emplois. Le taux de chômage absolu attendu en 2018 serait de 9,4 %, et même de 18 % chez les jeunes. Dans l’attente, le pouvoir brésilien déploie son armée dans les quartiers pauvres de Rio. L’insécurité policière est venue s’ajouter à une insécurité sociale croissante. Mais du Brésil au Mexique, en passant par l’Argentine, la presse d’affaires préfère dénoncer une menace « Castro-chaviste ».

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

[1] L’image de la catrina a été popularisée par le grand peintre muraliste mexicain et communiste, Diego Rivera. Son mural, Sueño de una tarde dominical en la Alameda a été reproduit grandeur nature à Lyon dans le 7e arrondissement, de 2007 jusqu’à sa démolition début 2018.

États-Unis et Amérique latine : y a-t-il un pilote au Département d’État ?

Thomas Shannon, sous-secrétaire d’État des États-Unis en charge de l’Amérique latine, vient d’annoncer sa démission. Il est le dernier d’une longue série. Les décisions personnelles de ce type se sont multipliées ces derniers temps. Quelles seraient les raisons derrière ces démissions en dominos ?

Photo : Thomas Shannon/Globovisión

Le ministère des Affaires étrangères des États-Unis, ou Département d’État, est divisé en différents sous-secrétariats géographiques. Pour l’Amérique latine, ce service porte le nom de sous-secrétariat aux affaires hémisphériques. Thomas Shannon, est, était, un professionnel respecté. Tout simplement parce qu’il était d’une rare compétence, reconnue par les administrations tant démocrates comme républicaines. En 35 ans de carrière, il a en effet « servi » les politiques latino-américaines de six présidents et dix secrétaires d’État.

Son curriculum pour l’essentiel a concerné l’Amérique latine. Il a en effet commencé sa carrière au Guatemala en 1984. Puis a été en poste à Caracas au Venezuela de 1996 à 1999, directeur des affaires interaméricaines au Conseil de sécurité nationale de 1999 à 2000, directeur des affaires andines au département d’État de 2001 à 2002, sous-secrétaire adjoint aux affaires hémisphériques de 2002 à 2003, directeur des affaires hémisphériques au Conseil de sécurité nationale de 2003 à 2005, sous-secrétaire pour les affaires de l’hémisphère occidental de 2005 à 2009, ambassadeur au Brésil, de 2010 à 2013, puis de nouveau sous-secrétaire aux affaires hémisphériques en 2016, nomination confirmée en 2017.

Sa démission, a-t-il déclaré, a une seule motivation, celle « de prendre un moment de repos ». « Cette décision », a-t-il ajouté, « est personnelle, motivée par le désir de profiter de ma famille, faire un bilan de ma vie et prendre un nouvel élan pour les années qui me restent. » Il a enfin conclu vouloir « exprimer sa profonde gratitude au Secrétaire [d’État] et au Président pour le privilège d’avoir servi aux plus hauts niveaux du département pendant un an ». Sur le même mode, Rex Tillerson, Secrétaire d’État en fonction, a remercié Thomas Shannon « pour ses profondes connaissances, le rôle qu’il a joué pendant la transition [des administrations Obama à Donald Trump], et son apport à la stratégie élaborée l’année dernière ». Soit.

Y a-t-il un dénominateur commun à cette vague de démissions ?

Les décisions personnelles de ce type se sont multipliées ces derniers temps. Ce qui conduit à s’interroger sur le dénominateur commun de ces démissions. Démission de l’ambassadeur des États-Unis en Haïti, Peter Mulrean, démission de John Feeley, ambassadeur des États-Unis à Panama, démission de l’ambassadrice des États-Unis au Mexique, Roberta Jacobson, sous-secrétaire d’État aux affaires hémisphériques de 2011 à 2016 . « Après 31 années au service du gouvernement des États-Unis » a-t-elle indiqué, « je pars à la recherche de nouvelles opportunités ; […] au bon moment pour de nouveaux défis et aventures ». Soit. Ces démissions en dominos n’auraient-elles pas d’autres raisons ? Révélatrices d’un malaise qui déstabilise la diplomatie des États-Unis au point de contraindre plusieurs de ses acteurs parmi les plus expérimentés à renoncer ?

Quelques éléments de réponse

Premier élément à verser au débat, le président Trump n’a pas d’atomes crochus avec tout ce qui est administration publique. Il vient du monde des affaires, un monde qui vit au rythme du présent, celui de la bourse, et celui des messageries électroniques. Les diplomates, gens du complexe, ne sont pas adaptés à la guerre commerciale qu’il a engagée dès les premiers jours de son mandat. Rex Tillerson, son ministre des Affaires étrangères, est un responsable du secteur pétrolier. Les crédits du Département d’État ont été écrêtés. Le périmètre des emplois a été revu à la baisse, avec à la clef 2300 licenciements. Les programmes d’aide et de coopération, en particulier avec l’Amérique latine, ont été « allégés ». Les ambassadeurs en mission spéciale ont été remerciés. Plusieurs postes sont laissés indéfiniment vacants. La porte-parole du Département d’État, Heather Nauert, reflétant la culture entrepreneuriale présentiste et « jeuniste » en vigueur, n’en a cure. Elle a signalé que ces décisions personnelles n’affectaient pas l’efficacité du Département d’État. « Jacobson, Shannon, si on y regarde de près, ont occupé leurs fonctions un terrible bout de temps, au même endroit. […] On a un paquet de gens qualifiés, des nouvelles générations […] pour les remplacer. » Reste que, pour l’instant, les crédits militaires ont été relevés, alors que ceux de la diplomatie sont en berne.

Brutalité et martialité du verbe présidentiel

On peut comprendre les départs sur la pointe des pieds de hauts fonctionnaires formés aux vertus du dialogue, de la négociation et du compromis. Et ce d’autant plus que la diplomatie d’influence n’est plus à l’ordre du jour. La brutalité et la martialité du verbe présidentiel, accrues par le choix des supports, les « touits », peu propices aux nuances, enlèvent leurs sens et leur vocation au travail diplomatique. « America first », c’est l’injonction adressée au président mexicain, Enrique Peña Nieto, « tu payes le mur, sinon on a rien à se dire ». C’est aussi le rappel à l’ordre au chef d’État colombien, Juan Manuel Santos : « ton accord de paix c’est bien, mais tu as négligé de combattre le trafic de stupéfiants ». Haïtiens et Salvadoriens ont de façon plus concises été qualifiés de « pays de merde ». Avec un logiciel comme celui-là, représenter les États-Unis, à Mexico, Port-au-Prince ou Tegucigalpa, entre autres, relève de la mission impossible.

Le Secrétaire d’État Rex Tillerson a en catastrophe, début février 2018, vendu une déclaration Monroe à vocation commerciale anti-chinoise et anti-russe, assortie de guerre froide à l’égard du Venezuela, à différents gouvernements supposés encore amis. Pas sûr qu’ils soient convaincus que leurs intérêts soient de ce côté-là. La Chine est devenue pour beaucoup un partenaire central, et prévisible. Quant à partir en guerre avec le Venezuela au nom des États-Unis, c’est d’autant moins à l’ordre du jour que Thomas Shannon, fin février, a effectué une dernière mission dans divers pays latino-américains, signalant que l’option militaire n’était pas à l’ordre du jour.

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

Grave recul des droits humains selon le Rapport 2018 d’Amnesty International

Dans l’ensemble de la région des Amériques, un très grand nombre de personnes sont confrontées à une crise des droits humains de plus en plus grave, exacerbée à la fois par la dévaluation des droits humains en droit, en politique et en pratique, et par le recours croissant aux politiques de diabolisation et de division. Ce recul des droits fondamentaux a renforcé la méfiance à l’égard des autorités et des systèmes judiciaires nationaux.

Photo : Amnesty France

Le Rapport 2018 publié la semaine dernière par l’association de défense des droits humains traite de 159 pays. Selon Amnesty, au lieu de s’appuyer sur les droits humains pour rendre l’avenir plus juste, beaucoup de gouvernements sont revenus à des politiques répressives, utilisant de manière abusive leurs forces de sécurité et leur appareil judiciaire pour faire taire la contestation et les critiques. De même, ils laissent la pratique généralisée de la torture et d’autres mauvais traitements se poursuivre en toute impunité ; ils ne font rien pour lutter contre les inégalités, la pauvreté et la discrimination omniprésentes et entretenues par la corruption, l’absence d’obligation de rendre des comptes et les défaillances de la justice.

En Amérique latine

Dans l’ensemble de la région, les actes de violence sont souvent favorisés par la prolifération des armes illicites de petit calibre et la progression de la criminalité organisée. La violence à l’égard des personnes LGBTI, des femmes, des filles et des peuples indigènes est fréquente. Selon un rapport de l’ONU, l’Amérique latine et les Caraïbes demeurent la région la plus violente du monde pour les femmes, en dépit de lois draconiennes adoptées pour résoudre cette crise. La région continue d’afficher une augmentation inquiétante des menaces et d’attaques visant des défenseurs des droits humains, des militants des droits fonciers, des dirigeants de communautés et des journalistes, y compris par le biais d’une utilisation abusive de l’appareil judiciaire.

Un très grand nombre de personnes ont fui leur foyer pour échapper à la répression, à la violence, à la discrimination et à la pauvreté. Beaucoup ont subi d’autres atteintes aux droits humains pendant leur périple ou à leur arrivée dans d’autres pays de la région. L’incapacité des États à faire respecter les droits humains a laissé plus de latitude aux acteurs non étatiques pour commettre des crimes de droit international et d’autres violations. Parmi ces acteurs figurent des organisations criminelles, qui contrôlent parfois des territoires entiers, souvent avec la complicité ou l’assentiment des forces de sécurité. Des entreprises nationales et multinationales ont essayé de s’emparer des terres et des territoires de communautés indigènes et paysannes. L’absence de protection des droits économiques, sociaux et culturels a fait souffrir énormément de personnes.

Exprimer ses opinions devient dangereux

Selon Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International, « en 2018, nous ne pouvons certainement pas tenir pour acquise la liberté de nous rassembler pour protester ou celle de critiquer nos dirigeants. En fait, il devient de plus en plus dangereux d’exprimer ses opinions… Les autorités poursuivent sans relâche les personnes qui se sont mobilisées pour les droits humains. Un nombre sidérant et croissant de militants sont tués : 312 homicides ont été enregistrés en 2017, contre 281 l’année précédente… »

L’organisme souligne la tendance à la criminalisation de la protestation, les détentions arbitraires en augmentation, les morts dans des contextes de manifestations sociales et la discrimination croissante envers les peuples originels lorsque les autorités utilisent des procédures pénales pour les harceler.

De l’espoir cependant

Pour Amnesty, le déni croissant des droits fondamentaux n’a pourtant pas été synonyme de désengagement. Le malaise social naissant a incité des personnes à descendre dans la rue, à défendre leurs droits et à réclamer la fin de la répression, de la marginalisation et de l’injustice. En dépit des efforts déployés par certains États pour fermer des ONG, entraver le travail des médias, restreindre le droit des personnes à manifester, et emprisonner des personnes menant des campagnes, les gens ont refusé de se taire. Dans ce climat de peur et d’intimidation, « il est plus important que jamais de continuer de faire entendre notre voix ».

Jac FORTON *

  • Textes repris du Rapport 2018.  Site AI France

Pourquoi 2018 est une année décisive pour l’Amérique latine ? Analyse des futures élections

Il ne faut pas le nier ou le nuancer, 2018 sera l’année où le futur des prochaines générations de Latino-Américains sera forgé. Ainsi ses jours seront pleins de sursauts et très probablement de déceptions monumentales. Nous reproduisons ici un article de Juan Duarte, consultant chez 2Points Group, publié sur Lesaffaires.com.

Photo : Lesaffaires

Il y aura six élections présidentielles, dont trois avec un poids géopolitique et économique indéniables : Mexique, Brésil et Colombie. Les trois restantes auront un impact mineur pour le futur de la région : Venezuela, Paraguay et Costa Rica. Également, et non sans conséquence, 2018 est l’année choisie par Raúl Castro pour prendre sa retraite. De ce fait, les trois principales économies continentales (Mexique, Brésil et Colombie), avec plus de 50 % des habitants de la région et une tradition diplomatique incontournable, seront agitées par des choix politiques qui s’annoncent très difficiles et même violents. Les enjeux sont énormes et la polarisation à la hauteur. Analysons-les très brièvement cas par cas. 

Le Mexique

La rhétorique anti-mexicaine et protectionniste de Donald Trump aura fait sa plus illustre victime hors des frontières des États-Unis (la démocratie mexicaine) si M. Andrés López Obrador (dit AMLO) était élu Président du Mexique. Obrador, célèbre défenseur du régime vénézuélien et fervent apologiste des vertus du Castrisme cubain, arrive à ces élections comme favori en surfant sur les vagues de l’indignation et du nationalisme que suscite le systématique dénigrement du Mexique et des Mexicains par le locataire de la Maison-Blanche.

Après deux cuisantes défaites électorales (2006 et 2012), AMLO est déjà connu par sa rhétorique populiste et antilibérale. Et même si son expérience comme maire de la ville de Mexico (2000-2005) l’a montré capable de nuancer ses propos, le seul fait que M. Obrador soit le favori pour les élections du premier juillet devrait mettre toute la région en mode de gestion de crise, car son poids politique sera démesuré et cela pourrait signifier la mise en question de l’ALÉNA et de la réforme du secteur pétrolier ainsi comme la possible amnistie des grands chefs des cartels du narcotrafic. Ce panorama électoral est entouré d’un mépris généralisé des partis politiques traditionnels et des institutions démocratiques à cause du degré de corruption et du contrôle qu’exercent sur eux les groupes criminels, qui ont plongé le pays dans une vague de violence inouïe.

La Colombie

Pour l’instant, tous les candidats n’ont pas encore été déterminés, mais les enjeux sont très clairs et la polarisation ne cesse d’augmenter. La Colombie, grâce à sa position géographique, sa taille économique et son poids démographique, joue un rôle incontournable dans la région. Il n’est ainsi pas surprenant que le pays soit devenu durant les années 1990 et 2000 le principal récepteur d’aide militaire et allié régional des États-Unis.

Pour les mêmes raisons, la Colombie est une pièce maîtresse dans la survie des régimes de La Havane et de Caracas : par elle passe le fait d’avoir soit une tête de pointe de l’influence nord-américaine dans le voisinage, soit un allié qui leur permettra de conserver une marge de manœuvre et donc une chance de négociation face à la crise humanitaire et à l’implosion du régime que traverse le Venezuela et qui frappera Cuba. De ce fait, les élections présidentielles de mai prochain ne seront pas exemptes d’influences extérieures (voir ce qui s’est passé au Honduras en novembre 2017) et le clivage autour de la poursuite ou pas de l’implémentation du traité de paix, signé par le gouvernement actuel avec la guérilla des FARC (indispensable et plus riche allié de Caracas et de La Havane), ne cessera pas de s’intensifier. Dans un pays si volatile, polarisé et fragmenté (sachant aussi qu’il est redevenu le principal producteur de cocaïne au monde), on pourrait se trouver face à un scénario d’extrême crispation et instabilité politique aux conséquences régionales. Autant qu’au Mexique, la Colombie traverse une crise de crédibilité de ses partis politiques traditionnels et de ses institutions, entachées par des scandales de corruption. 

Le Brésil

Le Brésil se trouvera en octobre face aux élections les plus imprévisibles depuis la chute de la dictature en 1989. Selon les enquêtes d’opinion, l’ex-Président Inácio Lula da Silva serait le préféré des électeurs pour diriger le pays à nouveau. Mais M. Da Silva se trouve dans l’impossibilité de se représenter, car il a été condamné en deuxième instance avec des charges de corruption. Ainsi le processus électoral est devenu une confrontation permanente entre M. Da Silva, son parti politique et les institutions du pays que l’ex-Président accuse d’être politisées (M. Da Silva avait deux choix : la prison ou la présidence). Cette confrontation vient s’ajouter à l’ambiance de profonde crise institutionnelle, politique et économique que traverse le pays après la destitution de la Présidente Dilma Rousseff en 2016 et qui a déclenché un mouvement de radicalisation des discours politiques. 

Donc, le PT (parti des travailleurs/centre gauche) de M. Da Silva et les autres candidats comme Jair Bolsonaro (candidat populiste d’extrême droite surnommé le « Trump brésilien ») essaient de capitaliser sur la colère populaire avec des positions à chaque fois plus démagogiques et dangereuses pour la continuité démocratique et la préservation de ce qui reste de la stabilité économique. Si l’on pensait que le Brésil (vraie puissance régionale) devait être la nation qui conduirait théoriquement l’Amérique du Sud vers un apaisement démocratique, un multiculturalisme assumé et une prospérité avec justice sociale, les perspectives régionales de cette crise institutionnelle ne pourraient pas être plus décourageantes.

En conclusion

L’Amérique latine n’est pas l’exception. 2018 s’annonce l’année de la volatilité géopolitique et du risque. Du Moyen-Orient à l’Europe en passant par les États-Unis, le signe du temps, c’est l’incertitude. Et parce qu’aucun expert et aucune étude ne peuvent prédire la direction exacte que la région prendra après cette année saturée de croisées électorales (et même existentielles) pour les Latino-Américains, 2018 pourrait marquer l’histoire comme le moment précis où l’on a à nouveau perdu le train du progrès.

Juan DUARTE
D’après Lesaffaires.com
Consultant chez 2Points Group

Février 2018, les États-Unis tentent de reprendre la main en Amérique latine

Donald Trump, président des États-Unis, élu le 8 novembre 2016, avait, dès les débuts de sa campagne électorale, montré du doigt un bouc émissaire à ses concitoyens, l’Amérique latine. Criminalité, maladies, trafics en tout genre, commerce de stupéfiants, terrorisme, concurrences commerciales déloyales, le mal était au Sud. Pour faire bonne mesure, les musulmans du monde avaient été associés à cet opprobre électoraliste.

Photo : Donald Trump/Wikipédia

Entré à la Maison-Blanche le 1er janvier 2017, Donald Trump avait confirmé et persévéré. Les déclarations agressives se sont succédé. Le Mexique a été sommé de payer un mur frontalier. Les migrants clandestins ont été menacés. Une réforme de la politique des visas a été annoncée. Ainsi qu’une révision des accords commerciaux en cours de négociation ou déjà signés.

Un appel d’offres pour construire un mur sur la frontière sud a permis de vérifier sa faisabilité. Les arrestations de clandestins ont été plus nombreuses. Les États-Unis se sont retirés des négociations engagées pour mener à bon port un Traité de libre-échange transpacifique, ou TPP. Mexique et Canada ont été fermement invités à revoir la copie de l’ALENA, l’accord de libre-échange nord-américain.

L’Amérique d’abord, America First. Le mot d’ordre a déstabilisé la relation avec les partenaires des États-Unis les plus inégaux. En clair, ceux du Sud, ceux qui se trouvent à la périphérie des puissants, au premier rang desquels on trouve les Latino-Américains. Le 22 décembre 2017, Donald Trump a menacé de rétorsions ceux qui n’acceptaient pas de déplacer leur ambassade en Israël à Jérusalem. Les propos brutaux tenus devant un groupe de congressistes par le chef des États-Unis le 12 janvier 2018, sont cohérents avec sa pensée, sa vision géopolitique du monde et ses orientations diplomatiques. Haïti, le Salvador et les Africains sont des « pays de merde »[1].

Parallèlement, pourtant, devant un parterre choisi d’interlocuteurs privés et officiels, à Davos, le 28 janvier 2018, comme le 30 janvier devant le Congrès des États-Unis, le président a fait preuve d’une logorrhée en coitus interruptus. Lisant le texte sur prompteur, et donc un discours préparé, il a défendu la priorité américaine en termes mesurés. La défense de l’intérêt national, la sécurité des ressortissants nord-américains, la révision des conditions d’entrée et de séjour sur le sol des États-Unis ont bien occupé une place importante dans le propos présidentiel. Mais sans viser personne, pays ou peuple en termes désobligeants.

Ce double exercice de rhétorique politique a été suivi les 2-7 février 2018 d’un déplacement inédit du Secrétaire d’État des États-Unis, Rex Tillerson, dans cinq pays de la région (Argentine, Colombie, Jamaïque, Mexique, Pérou). Le déplacement a pris une tournure d’autant plus significative qu’il a été précédé d’une longue explication de texte devant les étudiants de l’université du Texas le 1er février[2].

Plus qu’une succession de rendez-vous de routine, cette tournée du Secrétaire d’État en terres « hémisphériques », au vu des agendas et des propos tenus, visait à recadrer les propos à l’emporte-pièce du président et à redonner du sens à une diplomatie en perte de boussole. Commerce bilatéral, lutte contre le trafic de stupéfiants, politiques migratoires ont bien sûr été évoqués.

Mais des gestes inattendus, compte tenu du passif accumulé ces derniers mois, ont été faits. Ils avaient pour objectif de reconstruire un climat de confiance. Ils l’ont été au cours de conférences de presse conjointes du Secrétaire d’État avec les ministres des Affaires étrangères argentin, mexicain, péruvien, et en Colombie avec le président Juan Manuel Santos.

À Mexico, le Secrétaire État a parlé ALENA avec son homologue mexicain, mais aussi avec la ministre canadienne des Affaires étrangères. Dans ses différentes étapes, Rex Tillerson a repris à son compte la reconnaissance d’une coresponsabilité des États-Unis faite par Barack Obama sur le dossier des stupéfiants. Et dans toutes les capitales visitées, l’accent a été mis sur les valeurs qu’auraient en partage Argentine, États-Unis, Colombie, Jamaïque, Mexique, et Pérou, ainsi que sur les libertés politiques comme commerciales. Le Venezuela, dénoncé à chacune des étapes, a servi de fil conducteur au lien que cherchait à renouer Rex Tillerson.

Mais il y a sans doute une autre raison ayant motivé cet aggiornamento. Aux Nations unies, Bolivie, Brésil, Chili, Costa-Rica, Cuba, Équateur, Nicaragua, Uruguay, Venezuela ont condamné le transfert de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem. Les Latino-Américains néo-libéraux, désormais aux affaires dans une majorité de pays, ont par ailleurs saisi depuis un an les échappatoires offertes par le monde global. Les échanges avec toutes sortes de pays se sont multipliés (Israël, la Turquie, l’Inde, la Russie et bien sûr la Chine). Colombie, Mexique, Pérou, pays membres de l’Alliance du Pacifique, ont décidé avec leurs partenaires asiatiques du TPP de poursuivre leurs négociations sans les États-Unis. Le sommet des Amériques qui se tient à Lima-Pérou, les 13 et 14 avril 2018, quelques mois avant un G-20[3] en Argentine ne pouvait que mettre en évidence l’impasse diplomatique et commerciale des États-Unis. Les gestes signalés en direction des Latino-Américains rappellent, selon Rex Tillerson, que pour ces pays « les États-Unis sont disposés à approfondir les relations mutuelles, […] parce qu’ils sont le partenaire le plus constant de l’hémisphère occidental […] L’Amérique latine n’a pas besoin de nouvelles puissances impériales » […] la Chine, la Russie, […] qui ne partagent pas les valeurs fondamentales de la région ». À bon entendeur…

Jean-Jacques KOURLIANDSKY
Article publié sur le site de l’IRIS

[1] « Shitholes countries », dans le texte original. [2] Devant le Centre Clements de sécurité nationale et le Centre Robert Strauss pour la sécurité et le droit international. [3] Trois pays latino-américains sont membres du G-20 : l’Argentine, le Brésil et le Mexique.

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