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Amérique latine

Autoritarisme et désinformation, danger pour la liberté de la presse en Amérique latine

Le dernier rapport annuel de Reporters sans frontières (RSF) sur la liberté de la presse révèle une préoccupante détérioration de la situation de la liberté de la presse en Amérique latine. Les conditions de travail pour la presse se sont dégradées dans la plupart des pays de la zone, où les journalistes sont encore régulièrement confrontés aux violences, aux pressions et à la censure d’État.

Photo : La prensa Mexico periodistas

La légère embellie observée lors de la précédente édition du Classement RSF aura été de courte durée en Amérique latine. L’environnement dans lequel évoluent les journalistes de la région est de plus en plus hostile, et la couverture de sujets sensibles s’accompagne d’une augmentation des violences, intimidations et pressions en tout genre. C’est ainsi que la tenue d’élections au Mexique (144e, +3), au Brésil (105e, -3), au Venezuela (148e, -5), au Paraguay (99e, +8), en Colombie (129e, +1), au Salvador (81e, -15) ou encore à Cuba (169e, +3) en 2018 a engendré une recrudescence d’attaques contre les journalistes, perpétrées notamment par la classe politique, les fonctionnaires et les cybermilitants. Ces incidents ont contribué à renforcer un climat de défiance, parfois de haine, généralisé contre la profession.

Censure d’État et dérives autoritaires 

Avec un plongeon de 24 places, le Nicaragua enregistre la plus forte baisse du continent et se retrouve au 114e rang du Classement. La répression du gouvernement de Daniel Ortegacontre la presse indépendante a pris un nouveau virage en avril 2018 avec l’aggravation de la crise politique et les protestations massives de l’opposition dans le pays. La profession de journaliste est désormais constamment stigmatisée et est régulièrement la cible de campagnes de harcèlement et de menaces de mort, sans compter les arrestations arbitraires. Lors des manifestations, les reporters nicaraguayens, considérés comme des opposants, sont fréquemment agressés, et nombre d’entre eux ont été contraints à l’exil pour ne pas être, comme certains de leurs confrères, accusés de terrorisme et jetés en prison.

La situation est tout aussi préoccupante au Venezuela (148e), qui perd cinq nouvelles places et se rapproche dangereusement de la zone noire du Classement. La dérive autoritaire de l’administration du gouvernement Maduro, au pouvoir depuis 2013, semble ne plus avoir de limites. En 2018, la répression s’est intensifiée contre la presse indépendante, et RSF a enregistré un nombre record d’arrestations arbitraires et de violences perpétrées par les forces de l’ordre et les services de renseignement vénézuéliens. Parallèlement, la Commission nationale des télécommunications (Conatel) a privé des radios et télévisions trop critiques de leurs fréquences de diffusion, tandis que plusieurs journalistes étrangers ont été arrêtés, interrogés, ou même expulsés du territoire. La dégradation de la situation a poussé de nombreux journalistes à quitter leur pays pour fuir les menaces et préserver leur intégrité physique.

C’est également pour échapper au contrôle permanent de l’information et à la répression que les journalistes cubains, considérés comme trop critiques, prennent le chemin de l’exil. Malgré une progression de trois places de Cuba par rapport à 2018, due notamment à l’amélioration progressive de la couverture internet sur l’île permettant aux voix indépendantes et aux blogueurs de se faire entendre, le régime castriste, désormais incarné par le président Díaz-Canel, reste le pire élève de la région pour la 22e année consécutive, à la 169e position.

La situation de la Bolivie (113e, -3), mieux placée dans le Classement, n’en est pas moins alarmante. Suivant le modèle cubain, le gouvernement du président Evo Morales, en place depuis 2006, contrôle l’information et parvient à censurer et réduire au silence les voix trop critiques du pays, générant une forte autocensure parmi les journalistes.

La peur et l’autocensure

Ce phénomène se retrouve dans de nombreux pays de la zone, confrontés à des niveaux de violence et de corruption dramatiques. C’est notamment le cas en Amérique centrale, comme au Salvador, qui enregistre la seconde plus forte baisse de la zone (-15) pour se retrouver au 81e rang du Classement. Les conditions de travail pour la presse, qui est régulièrement la cible d’attaques armées, de pressions et de tentatives d’intimidations de la part de la classe politique, s’y sont passablement dégradées en 2018. La situation est similaire au Honduras (146e, -5) et au Guatemala (116e), pays minés par la corruption et le crime organisé. Les journalistes de la presse d’opposition et des médias communautaires qui osent dénoncer les malversations des responsables politiques et des élus sont régulièrement agressés, menacés de mort, contraints à l’exil ou assassinés.

Le pays le plus dangereux du continent pour la profession reste cependant le Mexique (144e), avec au moins 10 journalistes assassinés en 2018. La collusion entre le crime organisé et les autorités politiques et administratives corrompues, notamment au niveau local, menace gravement la sécurité des acteurs de l’information et entrave le fonctionnement de la justice à tous les niveaux du pays. L’arrivée au pouvoir du président Andrés Manuel López Obrador le 1er décembre 2018, après une campagne électorale marquée par d’innombrables agressions de journalistes à travers tout le pays, a quelque peu apaisé les relations entre les pouvoirs publics et la presse mexicaine. Cette transition politique, couplée à une relative diminution du nombre d’assassinats dans le pays, justifie la légère progression du Mexique (+3).

Désinformation et cyberharcèlement 

Le Brésil se rapproche de la zone rouge et perd trois positions au Classement 2019, reculant à la 105e position. L’année 2018 y a été particulièrement mouvementée, puisque marquée par quatre assassinats de journalistes et une vulnérabilité toujours plus grande des reporters indépendants qui couvrent les thèmes liés à la corruption, aux politiques publiques ou au crime organisé dans les petites et moyennes villes du pays. Surtout, l’élection de Jair Bolsonaro en octobre 2018, après une campagne marquée par les discours de haine, la désinformation, les violences à l’égard de journalistes et le mépris des droits humains, augure d’une période sombre pour la démocratie et la liberté de la presse.

Dans un pays où les eux tiers de la population s’informent sur les réseaux sociaux, le système de messagerie WhatsApp a joué un rôle central dans la campagne. Étant la source d’information privilégiée pour une large majorité (61 %) des électeurs de Bolsonaro, particulièrement méfiante envers la presse nationale, WhatsApp s’est substitué aux sources d’information classiques. C’est sur cette application que les fausses informations, visant notamment à décrédibiliser le travail des journalistes critiques du candidat, les campagnes de dénigrement et autres théories complotistes se sont structurées puis ont été largement relayées et partagées. Dans ce contexte tendu, les journalistes brésiliens sont devenus une cible de choix, et sont régulièrement attaqués par des groupes haineux et partisans de Bolsonaro, notamment sur les réseaux sociaux.

Ces attaques en ligne contre les journalistes, une tendance en hausse sur l’ensemble de la région, ont également été très virulentes au Honduras, au Nicaragua et surtout en Colombie (129e, +1). Dans ce pays où les agressions, menaces de mort (notamment sur Twitter) et kidnappings de journalistes restent fréquents, l’élection du président conservateur Iván Duqueen août dernier n’a pas été accompagnée de signes encourageants pour améliorer la situation de la liberté de la presse.

Parmi les autres mouvements significatifs de ce nouveau Classement, le Chili (46e) perd huit places. En 2018, le secret des sources y a été régulièrement mis à mal, et RSF a déploré de nombreux cas de poursuites judiciaires abusives contre des journalistes abordant des thèmes sensibles comme les revendications des communautés mapuches ou la corruption de la classe politique. La situation s’est également dégradée en Argentine (57e, -5), et en Équateur (97e, -5). L’apaisement des tensions entre le pouvoir équatorien et de nombreux médias privés entamé depuis l’élection du président Lenín Morenoen mai 2017 a été éclipsé en 2018 par l’enlèvement puis l’assassinat de l’équipe de journalistes du quotidien El Comercio à la frontière colombienne. Ce tragique épisode a par ailleurs soulevé de nombreuses questions sur la sécurité et sur les méthodes de travail dans ces zones de conflit échappant à tout contrôle des pouvoirs publics. 

Dans ce tableau régional assez sombre, le Costa Rica, qui demeure le pays le mieux placé du continent avec sa 10e place au Classement, n’en fait que davantage figure d’exception.

D’après Reporters sans frontières

Le Chili donne le coup d’envoi au Prosur sur la dépouille de l’Unasur pour l’avenir de la région

Le vendredi 22 mars 2019, sept chefs d’État réunis à Santiago du Chili ont ouvert un nouveau chapitre dans l’histoire de la construction de l’Amérique latine. Le PROSUR, le «Progrès de l’Amérique du Sud», parviendra-t-il à renforcer l’ensemble des moyens qui soutiennent ces sociétés en matière d’énergie, de santé, de sécurité et de lutte contre le crime ?

Photo : DW

En présence du président chilien Sebastián Piñera et d’Iván Duque, président de la Colombie, –initiateurs du projet– les présidents du Brésil, Jair Bolsonaro, de l’Argentine, Mauricio Macri, de l’Équateur, Lenín Moreno, du Paraguay, Mario Abdo, du Pérou, Martín Vizcarra, ainsi que l’ambassadeur du Guyana au Chili, George Talbot, ont présenté les grandes lignes de ce que pourrait être le XXIe siècle pour la région.  «Le Prosur sera un forum ouvert à tous les pays d’Amérique du Sud, un forum sans idéologie qui respectera la diversité et les différences que chaque peuple décidera lors du choix de son gouvernement, un forum sans bureaucratie excessive et un forum pragmatique qui réalise des résultats.» Tels sont les termes dans lesquels s’est exprimé le président du Chili, Sebastián Piñera, après la signature de la Déclaration de Santiago.

C’est au moins l’objectif que les dignitaires se sont fixé avec la signature de cet accord, qui ouvre une perspective plus large pour les rapports bilatéraux, avec l’intégration d’autres pays qui ne font pas partie du Mercosur, le marché commun entre le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay. Le Prosur est en quelque sorte une évolution de l’Alliance du Pacifique, le bloc économique qui unit le Chili, la Colombie, le Pérou et le Mexique. En même temps, cet accord met fin à son prédécesseur, l’Unasur.

En réalité, la naissance du Prosur résulte d’une transformation progressive du panorama politique latino-américain depuis ces dernières années. En effet, les pays où la gauche a régné durant les années 2000, c’est-à-dire pratiquement sur tout le sous-continent, ont amorcé depuis 2015 un net virage à droite comme conséquence de l’échec fracassant du populisme démagogique, dont l’exemple le plus spectaculaire a été la récente élection de M. Bolsonaro à la tête du Brésil.

Rappelons que, à l’époque où les gouvernements de gauche avaient le vent en poupe, grâce notamment à un contexte commercial mondial très favorable, Hugo Chávez, Néstor Kirchner et Lula da Silva, portés par leur enthousiasme, annoncèrent en 2004 un tournant radical dans la région : la création de l’Unasur. L’Union des nations sud-américaines, mise en place en 2008, comptait également avec l’adhésion du président bolivien Evo Morales et de Rafael Correa, l’ancien président de l’Équateur.

Cette entité politique militait pour le renforcement des coopérations régionales, bien sûr, mais avait aussi comme objectif essentiel l’émancipation de l’Amérique latine face aux États-Unis. Or d’emblée, l’erreur a été de vouloir opposer le vieux et illusoire rêve guévariste à ce que beaucoup considèrent comme un mal endémique et inéluctable, ancré profondément dans la vie sociale et politique de l’Amérique latine. C’est la raison pour laquelle Sebastián Piñera, réaliste, a déclaré que l’Unasur avait échoué en raison de son «excès d’idéologie».

Pour le président chilien, le Prosur «devrait être progressivement mis en œuvre […] avec un mécanisme décisionnel agile qui permettra à l’Amérique du Sud de progresser dans la compréhension et les programmes d’intégration concrets». Selon la déclaration signée à Santiago, les priorités de ce nouveau bloc régional seront «l’intégration en matière d’infrastructures, d’énergie, de santé, de défense, de sécurité et lutte contre le crime, de prévention et gestion des catastrophes naturelles».

Ce sont de bonnes intentions, certes, mais le plus dur reste à faire. Dans les pays déstabilisés par les intérêts économiques personnels, les luttes intestines pour le pouvoir obligent le Prosur à plus de moyens de décision et de contrôle démocratique. C’est pourquoi le Venezuela n’a pas été invité ; sur ce point, voici les conditions énumérées dans la déclaration d’adhésion au Prosur : «la pleine validité du processus démocratique et des ordres constitutionnels respectifs, le respect du principe de la séparation des pouvoirs de l’État et la promotion, la protection le respect et la garantie des droits de l’homme et des libertés fondamentales».

Par ailleurs, la Bolivie d’Evo Morales et l’Uruguay de Tabaré Vázquez n’ont pas envoyé leurs représentants à Santiago. La non-adhésion de certains pays pourrait s’expliquer par le fait qu’ils voient le Prosur comme un arrangement entre gouvernements de droite afin de trouver des positions consensuelles qui facilitent les relations avec les États-Unis. En bref, ils considèrent que les pays signataires sont unis par une commune allégeance à Washington. Or, pour ne pas commettre le même vice rédhibitoire du passé, il faudrait rappeler les termes de la doctrine de James Monroe (1758–1831) à ceux qui naïvement pensent encore tenir tête au grand gendarme nord-américain.

Eduardo UGOLINI

Rapport d’Amnesty International sur la situation des droits humains dans le monde en 2018

L’ONU a fêté en 2018 le 20e anniversaire de l’adoption de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme et pourtant, ceux qui s’engagent pour les défendre ont dû en subir les pires conséquences. La lutte pour les droits humains est toutefois de plus en plus tenace dans le monde entier. Les citoyens ne relâchent pas leurs forces et leur persévérance pour avoir accès à leurs droits malgré les difficultés.

Photo : Amnesty International

Le rapport annuel d’Amnesty International 2018 révèle une augmentation des discours de haine et, de la même façon, des mobilisations pour les combattre. En effet, au fil du temps, certains dirigeants ont même attaqué leur peuple en les privant des droits humains, notamment les citoyens qui les défendaient. C’est le cas de Nicolás Maduro, Vladimir Poutine, Donald Trump et Xi Jinping.

Au lieu de progrès, il y a eu une régression des droits humains en tant que droits économiques, droits sociaux et droits culturels. Ainsi, l’accès au logement, à l’éducation, à l’alimentation ou aux soins est de plus en plus difficile pour les populations, déclenchant violences et inégalités. Malheureusement, cette bataille contre les injustices de l’État a conduit à la détention arbitraire, à la maltraitance et à l’amendement des manifestants pacifiques, défenseurs des droits, journalistes, entre autres. En Angola, en République démocratique du Congo ou au Venezuela, les pouvoirs publics font preuve d’une intolérance à la contestation. Ce dernier pays compte en effet de nombreuses victimes qui manifestaient contre la hausse de l’inflation et la pénurie de produits alimentaires et médicaux.

Par ailleurs, il y a eu un accroissement des migrants dans les pays les plus riches qui voient les réfugiés comme des problèmes à éluder, et non comme des êtres humains. C’est le cas du gouvernement de Donald Trump avec l’interdiction de l’entrée aux États-Unis de la population musulmane, uniquement à cause de sa religion, entraînant haine et discrimination. De plus, des gouvernements comme l’Autriche, la France, l’Allemagne et les Pays-Bas affirment que les enjeux sociaux et économiques sont dus aux migrants, aux réfugiés et aux minorités religieuses, accroissant le sentiment d’insécurité et les inégalités.

D’autre part, la politique d’austérité concerne aussi les droits de l’Homme dans la mesure où la recherche d’une réduction de la dette de l’État implique de payer plus de taxes et plus chers les produits de première nécessité pour la population, surtout la plus pauvre. D’ailleurs, cette politique a non seulement des répercussions sur l’économie, mais aussi sur l’éducation, la santé, la sécurité sociale et le logement. Par exemple, l’Espagne, la Grèce, le Royaume-Uni et la Serbie sont des pays qui pratiquent ces mesures d’austérité.

Le rapport d’Amnesty International insiste particulièrement sur les violences perpétrées à l’encontre des manifestants et des défenseurs des droits humains. En outre, la stagnation des initiatives politiques pour résoudre les conflits a conduit à des crimes envers des civils, voire à des actes de torture, qui tous, pourtant, sont restés impunis. L’Afrique du Nord, de son côté, a été privée de liberté d’expression, de religion et de conviction. Cependant, les mouvements féministes ont pu modifier des lois relatives à la discrimination et à la violence envers la femme. Malgré ces actions, la discrimination demeure, ainsi que celle exercée envers les homosexuels, considérés comme en infraction pénale dans certains pays d’Afrique.

En ce qui concerne les Amériques, elles se caractérisent par les homicides, les disparitions forcées et les détentions arbitraires, dont la cible était les défenseurs des droits humains. Tel est le cas de la Colombie avec les homicides d’autochtones et de dirigeants afro-colombiens, qui remettent en cause le processus de paix amorcé par le pays. De plus, les indigènes sont la proie de discriminations en termes de droits économiques, sociaux et culturels comme celui de la terre. Cette discrimination s’adresse aussi aux femmes, filles, lesbiennes, gays et personnes LGBTI.

Quant à l’Asie, les défenseurs et militants des droits de l’Homme ont aussi été la cible de la répression de l’État de diverses manières : de la liberté d’expression en Chine, par les disparitions forcées au Bangladesh et au Pakistan. L’impunité demeure pour les actes de torture et les homicides illégaux. De la même manière, il y a eu une augmentation des réfugiés à cause des violations telles que les homicides, raisons pour lesquelles les appels au respect des droits humains se sont multipliés.

En dépit des difficultés pour faire respecter les droits humains, la population a eu et persévère dans sa volonté de mettre un terme à la violence et ne cesse de s’exprimer, quitte à en payer le prix, pour dénoncer les injustices. Il est temps de promouvoir l’égalité et la dignité des populations.

Andrea M. RICO PARRA
D’après Amnesty International

Les Cahiers des Amériques latines fêtent leurs cinquante ans avec un nouveau numéro

Fondée en 1968, la revue des Cahiers des Amériques latines fête aujourd’hui cinquante ans de passion pour les sciences humaines et sociales de l’Amérique latine. Cinquante ans de pluridisciplinarité «scientifique mais vivante» selon l’expression qu’emploie Pierre Monbeig dans le premier édito de la revue. Cinquante ans de dévouement et d’opiniâtreté des équipes directrices pour en faire une publication de premier rang. Des historiens, des géographes, un politiste et actuellement une anthropologue, issus de l’IHEAL, de l’EHESS, de l’IRD et de l’université de Lyon 2 n’ont eu de cesse de faire dialoguer et progresser leurs disciplines comme le latino-américanisme. Nous reproduisons ici l’édito du dernier numéro des Cahiers intitulé «Naissances et politiques publiques».

Photo : Cahiers des Amériques latines

Cinquante ans, c’est l’occasion pour la revue d’interroger son identité. Faut-il conserver dans le titre «Cahiers» et «Amériques latines» ? Ne faudrait-il pas s’appeler Cahiers des Amériques ? Ou Cahiers des Amériques latines et caribéennes ? Ou Revue internationale des Amériques latines ? La question se pose depuis plusieurs années en comité. «Cahier» serait suranné et trop institutionnel. De fait, l’appellation Cahier vient d’une première mouture irrégulière de la revue, les Cahiers de l’IHEAL, qui auraient été dirigés par Denise Douzant-Rosenfeld [Berthe, 1998, p. 16].

L’expression «Amérique latine» est certes une catégorie de l’action publique internationale, mais n’est plus une catégorie analytique. Elle structure encore des institutions de recherche (comme le Clas, le Center of Latin American Studies à Cambridge), des congrès comme celui du Lasa (Latin American Studies Association), des portails de revues (scielo, redalyc, etc.) et évidemment l’Institut des hautes études d’Amérique latine qui porte la revue.

Pourtant, jamais les soupçons n’ont été plus forts autour de cette dénomination dans les sciences sociales. Soupçon qui s’applique par ailleurs aux aires culturelles en général, que ce soit la Mésoamérique, les sociétés amazoniennes, «lo andino», les Amériques noires ou indiennes. Certains auteurs la récusent, lui préférant celles d’Amérique lusophone, hispanophone, ibérique, sociétés américaines post-esclavagistes ou plus récemment de «nuestra América» [Mara Viveros, 2018]. D’autres choisissent de penser les Amériques dans leur ensemble, comme le Creda et l’Institut des Amériques. Enfin nombre d’entre nous s’habituent à regarder les espaces bleus des atlas sous les labels d’atlantique noir ou d’histoire atlantique tandis que certains s’attachent à croiser ou connecter les histoires impériales. Alors, faut-il encore garder l’expression ?

L’histoire de l’expression «Amérique latine» est aujourd’hui mieux connue et nuancée. Elle remonte au milieu du xixe siècle, lorsque les États-Unis se construisent comme puissance politique au détriment du Mexique, qui au même moment repousse les invasions napoléoniennes… Français qui développent alors le latinisme pour mieux contrer le germanisme. Loin d’être seulement née comme une catégorie de l’impérialisme français des années 1860, elle est aussi et surtout une catégorie que mobilisent les auteurs hispano-américains eux-mêmes, dès les années 1850, pour distinguer les destins différenciés du nord et du sud du continent [Ardao, 1965 ; Rojas Mix, 1986 ; Quijada, 1998 ; Marcilhacy, 2015].

Cette catégorie pourrait bien continuer à rassembler des chercheur.e.s qui s’identifient à un passé, un présent et un avenir spécifiques aux suds… expression qui ne fait pas moins débat [Gervais-Lambony et Landy, 2007]. À l’heure où le président Trump redonne vigueur aux pensées racistes des suprématistes blancs des États-Unis et où le futur président brésilien Bolsonaro réactive l’idée des vertus du blanchiment de la race au Brésil, revendiquer des Amériques plurielles et latines garde un certain sens. Parce que des questions et des traditions de pensées communes, surgies des terres du sud animent et agrègent des communautés d’argumentation vivantes.

Comme dans la plupart des revues multidisciplinaires axées sur une région du monde, les Cahiers articulent des connaissances aréales et des questionnements théoriques propres aux sciences sociales, tout en favorisant des débats académiques transnationaux. Le premier dossier thématique des Cahiers est ainsi consacré aux «Mouvements de femmes en Amérique latine : nouveaux espaces de lutte» en 1982. Les démocratisations des années 1980 et 1990 nourrissent ainsi des débats plus généraux sur la citoyenneté, le multiculturalisme, la mémoire des violences.

Les crises sociales s’accompagnent de réflexions sur le lien entre inégalités et démocratie, sur les formes de violence sociale, sur l’articulation paradoxale entre néopopulisme et néolibéralisme, sur les modèles de politiques de développement, la lutte contre la pauvreté, les relations de genre. La crise environnementale interroge la gouvernance des ressources, en particulier minières. Le «tournant à gauche» qui s’amorce au tournant des années 2000 nourrit des analyses sur la démocratie participative, sur les liens entre le pouvoir et les mouvements sociaux, sur les formes de personnalisation des régimes, sur les possibilités et les limites des démocraties dites radicales. Il ne serait pas étonnant que les évolutions politiques en cours dans des pays comme le Brésil ouvrent à leur tour de vifs débats sur les liens entre justice et politique, sur les nouvelles formes d’autoritarismes institutionnels de légitimation de la violence et de la répression ou sur les processus de construction des opinions.

Dans l’édito qui ouvrait la deuxième série des CAL, en 1985, Guy Martinière se félicitait du poids du latino-américanisme dans les sciences sociales françaises (800 spécialistes) et souhaitait renforcer la présence de nos collègues latino-américains dans la revue. L’analyse systématique menée vingt ans plus tard met en valeur la diversité et l’équilibre des disciplines (la géographie, l’histoire et la sociologie étant plus représentées que l’anthropologie, la science politique ou l’économie) et montre que 36 % des auteurs sont rattachés à des institutions latino-américaines et 52 % à des institutions françaises [Compagnon, 2010 ; Garibay et Hoffmann, 2015].

Il nous restait à mieux cerner le lectorat des Cahiers. Nous remercions Hervé Théry qui a cartographié cette année les consultations des pages des CAL à partir des données fournies par le site d’OpenEdition. La carte visualise la force de certains liens européens (Belgique, Pays-Bas, Allemagne) et atlantiques, en particulier avec les pays caribéens, le Chili, l’Argentine, la Colombie et le Canada (qui compte moins de lecteurs en chiffres absolus que les États-Unis) mais plus de vues en chiffres relatifs.

Cinquante ans, c’est l’occasion pour l’équipe actuelle des CAL de prendre des décisions fortes. La revue sera désormais uniquement publiée sous format numérique sur la plateforme d’OpenEdition Journals. Il y a vingt ans, la revue offrait sur cédérom un surplus et une diversification de ses informations. Dix ans plus tard, l’édition en ligne s’ajoutait à la publication papier. Aujourd’hui, la numérisation rend le papier superflu, voire lent et encombrant. Le papier serait presque trop ancré dans un territoire particulier et une langue nationale pour être réellement à la hauteur de l’actuelle circulation mondiale des idées.

La digitalisation rend possibles –mais non automatiques– des relations plus horizontales, plurilingues et internationales. On aimerait cependant faire l’éloge d’une certaine lenteur. Par rapport aux revues nativement numériques comme Nuevo Mundo Mundos Nuevos ou Ideas qui ont d’emblée adopté des procédures, une réactivité et une créativité propres à l’édition en ligne, les Cahiers des Amériques latines héritent et souhaitent faire vivre les savoir-faire de l’édition papier, avec une attention particulière donnée au format page et à sa numérotation, en particulier pour les dossiers.

Nous continuerons donc à organiser des dossiers sur des pays et des problématiques contemporaines, mais aussi sur des concepts et auteurs qui font débat afin de favoriser le dialogue entre les disciplines des sciences humaines et sociales. L’équilibre est subtil puisqu’il s’agit de publier des articles très bien évalués dans leurs disciplines d’origines (évaluations anonymes) mais aussi lisibles au-delà des cercles de spécialistes (évaluation par le comité de rédaction, pluridisciplinaire).

L’équipe aura désormais à cœur d’intégrer plus largement des collègues de toutes générations et nationalités et de publier davantage d’articles dans leur langue originale, que ce soit en espagnol, en anglais ou en portugais dans les numéros à venir : en 2019 sur le Paraguay, trente ans après la chute de la dictature de Stroessner, les hiérarchies ethno-raciales en Guyane, les migrations ; en 2020 sur prohibitions, pluralisme juridique, «Bourdieu dans les Amériques» et en 2021 sur sexualités, arts, christianismes amérindiens… Heureux hasard que le dossier de ce numéro anniversaire soit consacré aux naissances en Amérique latine.

Capucine BOIDIN & David GARIBAY
D’après les Cahiers des Amériques latines

Verbi Lervi ON Radio, une voix de l’Amérique latine : rencontre avec le cinéaste chilien Edison Cájas

En février 2018, le réalisateur chilien Edison Cájas a fait réfléchir le public lyonnais autour de la question de l’accès à l’éducation supérieure au Chili, une problématique qui fait partie de l’héritage de Pinochet et que les Chiliens ressentent encore dans l’actualité. À l’occasion de cette rencontre, Verbi Lervi Prod a alors fermé les yeux et bien tendu l’oreille pour écouter, enregistrer et produire un podcast sur le mouvement des étudiants chiliens en 2011, un document sonore combatif.

Photo : Verbi Lervi

Pour créer et habiller cette émission, Verbi Lervi Prod s’est inspirée de l’ambiance sonore du film en reprenant les thèmes musicaux principaux qui y régnaient. On peut alors y écouter la chanson militante Gimme tha power (1997) du groupe mexicain Molotov et celle emblématique du groupe engagé Los Prisoneros, El baile de los que sobran (1986). Mais également entendre des extraits sonores du film, avec l’atmosphère des manifestations et certaines interventions orales des protagonistes.

En faisant cela, Verbi Lervi ON Radio souhaite replonger l’auditeur dans l’univers du film tout en écoutant les commentaires du réalisateur sur son œuvre. Edison Cájas, par ses réflexions, nous apporte des réponses sur les volontés qui l’ont poussées à réaliser ce film.

Le réalisateur du documentaire El vals de los inutiles (2013) a présenté son film au sein des Nouveaux Espaces Latinos. À l’occasion de cette rencontre, Verbi Lervi Prod a alors fermé les yeux et bien tendu l’oreille pour écouter, enregistrer et produire un podcast sur le mouvement des étudiants chiliens en 2011, un document sonore combatif

L’aventure radio de Verbi Lervi Prod

Verbi Lervi ON Radio est la déclinaison dédiée au son de cette association de production audiovisuelle Verbi Lervi Prod. En créant une chaîne podcast sur Internet, l’équipe de créateurs met un pied dans la vague numérique de la WebRadio. Par cette initiative, ils souhaitent montrer leurs capacités à s’adapter à tous types de médias et ainsi donner vie à des univers imaginaires entièrement sonores. En faisant cela, ils s’ouvrent à un nouvel espace pour traiter le documentaire et le reportage, en alliant créativité et regard artistique singulier pour la radio.

Nouveaux Espaces Latinos organise chaque année les festivals culturels : Primavera Latina, Bellas Francesas, Belles Latinas et Documental. Quatre opportunités de rencontrer des écrivains, cinéastes, poètes, journalistes et artistes venus d’horizons divers en vue d’échanger avec le public français. Quatre opportunités pour Verbi Lervi Prod, pour Verbi Lervi ON Radio de réitérer cette aventure et de créer de nouvelles émissions pour Nouveaux Espaces Latinos.

Pour la petite histoire

Verbi Lervi Prod est une structure associative localisée à Lyon, gérée par les réalisateurs Joan Coste et José Ostos. Elle se consacre essentiellement à la réalisation de films, ainsi qu’à de la production photographique. Elle collabore avec les Nouveaux Espaces Latinos depuis 2017, en enregistrant certaines de leurs activités culturelles afin de réaliser de courts documentaires et de permettre leurs diffusions à travers le Web, via leur site Internet et les réseaux sociaux.

Thamara BRYSON

Retrouvez Verbi Lervi ON Radio sur Audioblog arte radio et Soundcloud

Conversation avec Mario Vargas Llosa autour de l’Amérique latine au Monde festival 2018

Dans le cadre du Monde festival, dont la 25e édition se tiendra du 5 au 7 octobre 2018 à Paris, le Prix Nobel de littérature Mario Vargas Llosa conversera avec le journaliste du Monde chargée du suivi de l’Amérique latine, Paulo Paranagua. Une conversation sur le thème de l’Amérique latine, entre populisme et libéralisme. La rencontre aura lieu samedi 6 octobre 2018 au Palais Garnier, de 15 h 30 à 16 h 30.

Photo : Fronteiras do Pensamento

Prix Nobel de littérature, l’écrivain péruvien Mario Vargas Llosa n’a pas trouvé son inspiration uniquement dans son pays natal, mais aussi dans d’autres nations d’Amérique latine, comme le Brésil ou la République dominicaine, sans oublier des figures universelles, comme le peintre Paul Gauguin et la féministe Flora Tristan. Son œuvre romanesque, disponible aussi bien dans la prestigieuse Bibliothèque de la Pléiade qu’en livre de poche, évoque les vieux démons latino-américains, les dictateurs, les guérilleros, les populistes, les élans révolutionnaires et messianiques ou encore le militarisme. Chroniqueur infatigable de l’actualité, son dernier ouvrage rend hommage aux libéraux qui l’ont influencé. Avec lui, nous parlerons aussi bien de littérature que de politique : comment peut-on être latino-américain ?

D’autres rencontres se tiendront du 5 au 7 octobre dans le cadre du Monde festival, avec Barbara Hannigan, Juliette Armanet, la tribu Guédiguian, Chimamanda Ngozi Adichie, Charline Vanhoenacker, Pierre de Villiers, Pierre Hermé, Roberto Saviano, Kamel Daoud et bien d’autres…

Aimer ! C’est le thème de la 5e édition du Monde Festival qui s’ouvre le 5 octobre à Paris avec le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda et son dernier film, Une affaire de famille, Palme d’or 2018 à Cannes. Deux autres films seront projetés en avant-première : Un amour impossible, de Catherine Corsini et, pour clôturer le festival, En liberté !, le nouvel opus de Pierre Salvadori.

Les 6 et 7 octobre laisseront la place aux débats : sur les nouvelles relations amoureuses (Le big data va-t-il tuer le hasard des rencontres ? Aux origines de #metoo), les technologies (Intelligence artificielle et émotions : un amour de robot ?) l’école (Donner l’envie d’apprendre, un jeu d’enfant ?) l’environnement (Pour l’amour de ma Terre, S’aimer comme des bêtes ), l’économie, les médias (Comment informer sous la présidence d’Emmanuel Macron ?), la politique (Y a-t-il une vie après la politique ?)… Et samedi soir, rendez-vous à La Nuit de l’amour aux théâtre des Bouffes du Nord, avec André Comte-Sponville, Barbara Cassin, Carolin Emcke…

D’après le Monde festival

Retrouvez la programmation du festival et achetez vos billets

Amnesty France donne la parole à des Mapuche venus de part et d’autre de la Cordillère des Andes

L’association EFiGiES, qui vise à créer de la solidarité entre étudiants, doctorants et jeunes chercheurs en Études Féministes, Genre et Sexualités à travers une mise en commun de savoirs et d’informations, adresse un message à toutes celles et tous ceux qui demeurent solidaires du peuple mapuche en résistance de part et d’autre de la Cordillère des Andes, message que nous avons souhaité reproduire ici. Elle propose également de rencontrer deux femmes mapuche au sujet des luttes pour le Territoire-Terre en octobre prochain.

Photo : Cedoc Perfil

Au Chili, l’escalade de violence que nous avions déjà dénoncée l’an dernier envers le peuple Mapuche dans la IXe région ne cesse de s’amplifier avec de violentes perquisitions dans les communautés accompagnées de tirs de gaz lacrymogènes, des enfants blessés par des balles de plomb et de caoutchouc et des arrestations arbitraires de mineurs. Cette persécution policière s’accompagne d’une criminalisation judiciaire avec l’utilisation de témoins cagoulés, la manipulation de preuves, des détentions préventives de plus d’un an avant les jugements qui se terminent souvent par des non-lieu ainsi que des menaces et des filatures de leurs propres défenseur.e.s. Rappelons que, dans ce contexte, nous avons appris en juin dernier que le gouvernement de M. Piñera a envoyé plusieurs groupes de «carabineros» (policiers militaires) dans des camps d’entraînement anti-terroristes aux États-Unis et en Colombie.

La situation des communautés mapuche au sud de l’Argentine est aussi alarmante, particulièrement dans la province de Chubut où a disparu en août 2017 le jeune argentin Santiago Maldonado lors d’une vaste perquisition opérée par la police militaire dans le territoire de la communauté mapuche Pu Lof en Résistance, du département de Cushamen. Cette disparition et la réapparition deux mois plus tard du corps de Santiago Maldonado dans la rivière voisine de la communauté a permis de révéler l’ampleur de la répression dont souffrent, depuis des décennies, les communautés mapuche au sud de l’Argentine.

À la suite de cet événement, une centaine d’organisations de peuples autochtones, Amnesty International, le Service de paix et justice (Serpaj) et l’Assemblée permanente de droits humains (APDH) ont adressé un communiqué au gouvernement argentin pour dénoncer la «stigmatisation et la persécution à l’encontre du peuple mapuche». Le communiqué intitulé «La lutte indigène n’est pas un délit» interpellait le gouvernement en déclarant : «Le ministère de la Sécurité considère les revendications territoriales mapuche comme des menaces pour la sécurité publique […] L’État privilégie en fait les intérêts des entreprises pétrolières et criminalise le peuple mapuche.»

Dans le cadre de la journée internationale des peuples indigènes des Amériques, le 12 octobre prochain, nous invitons Mme Natividad Llanquileo, avocate mapuche et présidente du CID SUR (Centre de recherche et de défense SUR), à Temuco, IXe région du Chili à venir témoigner de la grave situation des droits humains en territoire mapuche (Wallmapu). Dans ce même contexte, nous invitons également M. Mauro Millan, Lonko (responsable) de la communauté mapuche Pillan Mawiza, située dans la province de Chubut en Patagonie argentine, et Mme Ana Margarita Ramos, anthropologue et chercheuse, à venir également témoigner de la situation peu médiatisée des peuples autochtones d’Argentine.

Dès à présent nous vous informons que, grâce au soutien des membres de la Région Amériques d’Amnesty International France, leur séjour en France débutera par une conférence le jeudi 11 octobre, de 19 heures à 22 heures, au siège d’Amnesty International, 72-76 boulevard de la Villette, 75019 Paris (Mo Colonel Fabien). L’accueil aura lieu à partir de 18h30, en raison d’un code d’accès mis en place à partir de 19 h.

S’il ne vous est pas possible de participer à cette rencontre, nous sommes prêts à accueillir vos propositions de rencontres et entretiens avec Mme Natividad Llanquileo les vendredi 12 et samedi 13 octobre et le lundi 15 octobre avant son départ en Suisse jusqu’au 21 octobre. Et ensuite jusqu’au 29 octobre.

D’après l’association EFiGiES

Appels d’Amnesty International sur les situations de violence au Venezuela et au Nicaragua

«Les autorités doivent cesser de réprimer pénalement et de tuer les jeunes vivant dans la pauvreté» au Venezuela, titre Amnesty International dans un communiqué de presse diffusé cette semaine, afin de dénoncer le recours à la force du gouvernement. L’ONG a également lancé une pétition appelant à libérer l’étudiante belgo-nicaraguayenne Amaya Eva Coppens accusée d’avoir été parmi les meneurs qui ont érigé des barricades et d’avoir incendié un bâtiment de l’université de León. Nous reproduisons ici ces appels.

Photo : Xinhua

L’État vénézuélien utilise la force meurtrière dans l’intention de tuer les personnes les plus vulnérables et les plus exclues socialement. Il viole ainsi leurs droits et les traite comme des criminels en raison des conditions dans lesquelles elles vivent, alors qu’il devrait mettre en œuvre des politiques de lutte contre la criminalité basées sur la prévention et conformes aux normes internationales relatives aux droits humains, a déclaré Amnesty International dans un rapport publié le 20 septembre.

«Le gouvernement du président Nicolas Maduro devrait garantir le droit à la vie, au lieu de prendre la vie de jeunes Vénézuéliens. Les jeunes qui vivent dans la pauvreté devraient tous avoir les mêmes possibilités que les autres en ce qui concerne leur avenir, et ils ne devraient pas vivre dans la crainte d’être considérés par la police et l’armée comme des ennemis à éradiquer», a déclaré Erika Guevara-Rosas, directrice du programme Amériques d’Amnesty International.

Le rapport intitulé This is no way to live: Public security and the right to life in Venezuela souligne la responsabilité de l’État vénézuélien en ce qui concerne des violations du droit à la vie et à l’intégrité physique de milliers de personnes. L’État ne garantit pas la vie et la sécurité de la population alors que l’insécurité a atteint un niveau très inquiétant, et il applique en outre des mesures répressives en utilisant des méthodes militaires, prétendument pour combattre la criminalité. En conséquence, plus de 8 200 exécutions extrajudiciaires ont été recensées entre 2015 et juin 2017.

L’an dernier, au moins 95 % des victimes d’homicides – homicides commis par des criminels et par les forces de sécurité – ont été de jeunes hommes âgés de 12 à 44 ans qui vivaient dans les zones les plus pauvres du pays. Près de 90 % des homicides recensés ont été commis au moyen d’une arme à feu dans des zones urbaines ou rurales présentant un niveau élevé d’activités illicites, par exemple des activités minières illégales.

En 2016, le Venezuela a enregistré le taux d’homicides le plus élevé de son histoire, plus de 21 700 personnes ayant perdu la vie en raison de l’insécurité régnant dans le pays. Dans la mesure où pour chaque personne tuée dans le contexte de violences par armes à feu on dénombre en moyenne trois ou quatre survivants, Amnesty International estime qu’entre 65 000 et 87 000 personnes ont été victimes de violences cette année-là. Des chiffres non officiels indiquent que le Venezuela se plaçait en 2017 au quatrième rang des pays les plus violents au niveau mondial, avec un taux d’homicides de 89 pour 100 000 personnes.

Amnesty International note que malgré la mise en œuvre d’au moins 17 plans pour la sécurité au cours des 17 dernières années, l’État n’a pas respecté ses obligations concernant la prévention de la violence armée et de ses conséquences. L’État n’a en outre pas respecté son obligation d’enquêter sur les violations des droits humains, d’en sanctionner les responsables et de fournir une réparation aux victimes. Bien au contraire, les autorités ont publiquement déclaré que le fait de tuer des personnes dans le cadre d’opérations de sécurité est une pratique efficace, alors que cela constitue une évidente régression par rapport aux garanties relatives aux droits humains et va à l’encontre de la législation sur les méthodes policières.

Le Venezuela traverse depuis plusieurs années une grave crise des droits humains. Amnesty International a régulièrement attiré l’attention sur de graves violations des droits à la santé et à la nourriture, sur la pratique persistante d’arrestations motivées par des considérations politiques, de la torture et d’autres traitements cruels, inhumains ou dégradants, et sur le recours à des tribunaux militaires pour juger des civils, entre autres violations des droits civils et politiques.

L’augmentation considérable du nombre de personnes s’enfuyant dans d’autres pays, principalement des pays du continent américain, représente l’un des effets les plus notables de ces violations massives des droits humains et de l’absence de sécurité publique. Selon l’ONU, 2,3 millions de personnes ont fui le Venezuela depuis 2014.

«Le Venezuela traverse actuellement l’une des pires crises des droits humains de son histoire. La liste des crimes de droit international commis contre la population ne cesse de croître. Il est très inquiétant de constater qu’au lieu d’appliquer des politiques publiques efficaces de protection de la population et de lutte contre l’insécurité, les autorités vénézuéliennes utilisent un langage guerrier pour tenter de légitimer l’utilisation d’une force excessive de la part de la police et de l’armée et, dans de nombreux cas, l’utilisation de la force meurtrière avec l’intention de tuer», a déclaré Erika Guevara-Rosas.

«Le gouvernement doit de toute urgence lancer un programme national visant à réduire le nombre d’homicides, et mettre en œuvre une stratégie en matière de maintien de l’ordre incluant des lignes directrices sur la proportionnalité et le caractère différencié du recours à la force et aux armes à feu qui soient pleinement conformes aux normes internationales relatives aux droits humains.»

Amnesty International demande aux autorités vénézuéliennes de mettre en œuvre une politique de sécurité publique garantissant le respect du droit à un procès conforme aux normes d’équité, en supprimant notamment les lenteurs procédurales et les autres dysfonctionnements qui minent le système pénal vénézuélien. Les autorités doivent combattre l’impunité qui prévaut dans les affaires de violations des droits humains et d’homicides, et veiller à ce que les proches des victimes obtiennent une réparation équitable, notamment une indemnité appropriée, un soutien psychologique et des garanties de non-répétition.

Amnesty International
Service de presse

Amnesty réclame également la libération de l’étudiante belgo-nicaraguayenne Amaya Eva Coppens

L’ONG Amnesty International a réclamé mercredi la libération de l’étudiante belgo-nicaraguayenne Amaya Eva Coppens, incarcérée depuis le 10 septembre dernier à León (nord-ouest du Nicaragua) après des actions de protestation contre le régime de Daniel Ortega.

Photo : Amaya Eva Coppens/Amnesty International

«Il est évident que les autorités du Nicaragua font tout pour bâillonner les opinions divergentes. Les protestations contre le régime sont réprimées violemment, avec des centaines de morts depuis avril. Des personnes courageuses comme Amaya, qui élèvent leur voix contre cette répression démesurée, sont poursuivies et enfermées», souligne Wies De Graeve, directeur d’Amnesty International Vlaanderen. Amaya Coppens, 23 ans, est accusée d’avoir été parmi les meneurs qui ont érigé des barricades et d’avoir incendié un bâtiment de l’université de León, où elle est étudiante en 5e année de médecine. Une pétition a été ouverte sur le site d’Amnesty

La situation difficile des personnes LGBTI en Amérique latine s’améliore très lentement

Les récentes mobilisations des femmes latino-américaines pour le droit à l’avortement ont mis sur le devant de la scène les questions liées à la liberté de disposer de son corps dans un certain nombre de pays du continent. Comme l’a montré le refus du Sénat argentin d’autoriser un avortement libre, ces questions se heurtent en Amérique latine à une partie de la société qui refuse la libéralisation des mœurs. Au côté de l’avortement, un autre grand sujet de société dans son rapport au corps et à la sexualité est aujourd’hui l’homosexualité et les minorités sexuelles.

Photo : Carlos Rasso/Radio Canada

Dans ce domaine, l’Amérique latine, comme le reste du monde, est confrontée à des mouvements défendant les droits LGBTI. Les législations actuellement en vigueur sur le continent américain sont très diverses et il est difficile d’en faire un compte-rendu clair en peu de mots. Toutefois, nous pouvons dégager quelques grandes lignes qui caractérisent les droits LGBTI en Amérique latine.

Commençons par noter que plusieurs pays ont des législations criminalisant le comportement des personnes LGBTI. Il existe plusieurs «façons» de discriminer ces personnes dans la loi. Selon un rapport de la Commission interaméricaine des droits de l’homme de 2015 sur les violences contre les personnes LGBTI, onze pays de l’Organisation des États américains (OEA) continuent de criminaliser les relations sexuelles entre personnes majeures, consentantes, de même sexe. Ces législations utilisent la criminalisation de la sodomie, mais également des formules vagues comme «délit contre l’ordre naturel» ou «délits anti-naturels».

Ce même rapport indique que certains autres pays ont dans leur législation des articles qui peuvent discriminer les personnes LGBTI. Ainsi des législations prohibant les conduites «indécentes» sans définir ce qu’est l’indécence ouvrent la porte à la condamnation des personnes homosexuelles, bisexuelles et transsexuelles, de la même manière que les lois protégeant la «morale publique».

Ces dispositions législatives existent dans de nombreux pays des Caraïbes, mais également au Guyana par exemple. Ce pays considère l’homosexualité comme un attentat à la pudeur sanctionné par deux ans de prison et que la sodomie peut valoir la prison à perpétuité. Que ces lois soient peu appliquées ne les empêche pas de créer un climat social discriminant et de favoriser les violences contre les personnes sortant de la norme.

Outre la criminalisation dont les personnes LGBTI peuvent être victimes, l’égalité des droits n’est pas toujours garantie par les États, et plusieurs pays continuent à refuser aux minorités sexuelles ce qu’ils accordent aux autres citoyens.

Ainsi, au Paraguay, la Constitution interdit toute forme d’union civile entre personnes de même sexe, et la Bolivie, le Pérou, le Suriname et le Venezuela ne permettent pas non plus une union civile pour les couples homosexuels. Le Chili a quant à lui mis en place une union civile, mais refuse le mariage aux couples LGBTI.

La plupart des législations criminalisant ou discriminant les minorités ont été introduites au moment de la colonisation, en application de la loi de la métropole, que ce soit le Royaume-Uni, l’Espagne, la France, le Portugal ou les Pays-Bas. Le maintien de ces lois, ensuite, est souvent dû à l’importance des croyances religieuses dans ces pays, et à l’influence grandissante des églises évangéliques dans les pays latino-américains et caribéens compliquent le combat des défenseurs des droits LGBTI.

Par ailleurs, d’autres éléments jouent en défaveur des personnes LGBTI en Amérique latine. Tout d’abord, la relative impunité et l’invisibilisation de ces communautés. En effet, les personnes victimes de violences ou de discriminations ne recourent que rarement à la justice pour faire respecter leur droit. La défiance envers la justice et les forces de l’ordre est suffisamment forte pour décourager les personnes LGBTI de recourir aux institutions de l’État en cas de violation de leurs droits, que ces violations soient liées ou non à leur identité ou leur orientation sexuelle.

Ensuite, la négligence des autorités sur le thème des droits LGBTI ne permet souvent pas d’avoir une idée exacte de la situation : l’aspect discriminant, homophobe, transphobe ou autre n’est pas forcément pris en compte. Les corps de femmes trans victimes de meurtres peuvent être enregistrés comme «homme habillé avec des vêtements de femme» par exemple, et ces cas sortent des statistiques officielles.

Bien évidemment, la violence directe reste très présente. Entre janvier 2013 et mars 2014, 594 personnes LGBTI ou perçues comme telles ont été assassinées en Amérique latine et dans les Caraïbes à cause de leur identité sexuelle, réelle ou supposée. De plus, dans plusieurs cas, les forces de l’ordre sont impliquées dans ces crimes, que ce soit en Amérique centrale comme dans les Caraïbes et en Amérique du Sud. Les exemples de violence exercée par les forces de sécurité sont nombreux sur tout le continent. Ces violences peuvent être des exécutions sommaires, des actes de tortures, de barbarie, etc.

Outre ces violences, les autorités sont également responsables de nombreuses violations des droits tels que l’usage excessif de la force ou la détention arbitraire. D’après Amnesty International, le Brésil est le pays le plus mortifère pour les personnes transsexuelles et d’autres pays, tels que l’Argentine, le Honduras, le Salvador, la République dominicaine ou le Venezuela connaissent de hauts niveaux de violence qui se maintiennent malgré les politiques publiques. Cela mène l’organisation à pointer du doigt la tolérance de ces pays envers les discours haineux qui pourraient expliquer le maintien de ces violences.

D’après la Commission interaméricaine des droits de l’homme, les crimes contre les personnes LGBTI se caractérisent par un «haut niveau de violence et de cruauté» en comparaison aux crimes ne visant pas ces personnes. La Commission donne l’exemple des mutilations, des décapitations, des lapidations, des brûlures, des empalements et des actes de tortures pré-mortem qui sont beaucoup plus courants dans les cas de crimes contre des personnes LGBTI. De plus, les actes humiliants, dégradants, et les viols sont plus courants lors de ces crimes.

Il est malgré tout important de noter que la situation s’améliore dans de très nombreux pays d’Amérique latine. En premier lieu, la société semble être de plus en plus ouverte sur ces questions et le nombre de personnes intolérantes semble baisser. Ainsi la chaîne de télévision CNN Espagne a mené une enquête sur la perception de l’homosexualité en Amérique latine. Selon cette chaîne, seulement 14 % des personnes interrogées reste très ou plutôt favorable à la criminalisation de l’homosexualité, et une infime minorité se sentirait un peu ou très mal à l’aise en sachant que son voisin est homosexuel. Toutefois, ces chiffres sont à considérer avec précaution, pour deux raisons : il ne s’agit pas d’une enquête statistique très poussée et ce «sondage» ne concerne que l’homosexualité et non les autres minorités sexuelles.

Un autre élément important est le rapide développement des initiatives législatives. Depuis 2010, les avancées se multiplient : dès 2009, l’Argentine a autorisé de facto le mariage homosexuel en considérant que le droit au mariage était un droit constitutionnel. Ce fut le premier pays latino-américain à ouvrir le mariage aux couples homosexuels, et le premier mariage gay latino-américain fut célébré à Ushuaïa le 28 décembre 2009. De la même manière, l’Union civile ou un statut proche existe au Brésil depuis 2004, en Colombie et dans les États de Mexico et de Coahuila (2007), en Argentine et en Uruguay (2008), en Équateur (2009)…

Outre le droit au mariage et/ou à l’union civile, l’adoption par les couples homosexuels, l’intégration dans l’armée ou la possibilité de changer de nom et de sexe pour les personnes transgenres se développent également : il est ainsi possible d’adopter en Uruguay (2009), en Argentine et au Brésil (2010), en Colombie (2015) et à Mexico (2010) par exemple. En France, l’adoption n’a été possible qu’avec la loi sur le mariage de 2013.

Certains pays ont fait partie de «l’avant-garde» sur ces questions dans les différentes institutions internationales. Ainsi, le Brésil a présenté la première déclaration sur la dépénalisation universelle de l’homosexualité au Conseil des droits de l’homme de l’ONU en 2003. Ce pays, avec l’Argentine, a également fait partie du groupe de travail qui a permis l’adoption en 2009 de la «Déclaration relative aux droits de l’homme et à l’orientation sexuelle et l’identité de genre». En 2011, l’Afrique du Sud et la Colombie portent un projet visant à faire reconnaître les droits LGBT comme des droits humains. Le projet avorte, mais en 2014, le Chili, la Colombie et l’Uruguay réussissent à faire adopter un texte sur la protection des personnes LGBT contre les violences et les discriminations par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

Ce leadership international s’accompagne également d’avancées importantes dans les législations des pays latino-américains, sur des sujets qui restent sensibles, y compris dans les sociétés occidentales. Avant même que la législation française ne permette librement le changement de sexe, plusieurs pays latino-américains autorisaient le changement d’identité librement ou sans recourir à de la chirurgie. Les premières lois autorisant le changement de sexe datent de 2006 au Panama. Aujourd’hui, la modification de l’état civil est possible dans la majorité des pays du continent.

Cela reste toutefois impossible au Venezuela, au Mexique (à l’exception du district de Mexico), au Suriname, au Salvador, au Paraguay, au Nicaragua, au Guyana, au Guatemala et au Costa Rica. Encore une fois, une géographie apparaît nettement. Les pays centraméricains sont en effet beaucoup plus rétifs à reconnaître aux communautés LGBTI leurs droits. Toutefois, les minorités sexuelles d’Amérique latine et des Caraïbes poursuivent la lutte pour obtenir une égalité en droit et en fait, et obtiennent des résultats. Espérons que cette dynamique se poursuive pour que bientôt l’orientation sexuelle ne soit plus une source d’inquiétude et de souffrance.

Rai BENNO
Depuis Santiago du Chili

Les relations entre l’Amérique latine et l’Europe au diapason de l’Espagne ?

Les 17 et 18 juillet 2018 s’est tenue la deuxième rencontre entre l’Union européenne et la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC) à Bruxelles, dans un silence médiatique absolu, révélateur de la crise des processus d’intégration, sur les deux rives de l’Atlantique.

Photo : Ministère des Affaires étrangères croate/Flickr

L’information la plus intéressante est venue d’Espagne. Josep Borrell, ministre espagnol des Affaires extérieures depuis quelques semaines, soit depuis l’alternance surprise à Madrid le 1er juin 2018 entre Populaires (droite) et PSOE (socialistes) de Pedro Sánchez, a rencontré son homologue vénézuélien, Jorge Arreaza, et l’a fait savoir. Son secrétaire d’État en charge de l’Amérique latine, Juan Pablo de la Iglesia, a parallèlement échangé avec le vice-ministre cubain des Affaires étrangères, Abelardo Moreno.

L’Espagne de Mariano Rajoy (parti populaire) n’avait plus de relations «normales» avec le Venezuela depuis plusieurs mois. Les ambassadeurs respectifs avaient été rappelés à Madrid et à Caracas fin janvier 2018. Seuls les opposants vénézuéliens étaient reçus avec courtoisie et amitié au palais de la Moncloa (résidence et lieu de travail du président du gouvernement).

L’Espagne impulsait une politique de sanctions européennes à l’égard du Venezuela et de ses autorités. Les gouvernants européens avaient en effet donné une suite favorable à ces initiatives espagnoles en novembre 2017. Au fil des mois, l’Union européenne a mis en place une politique de sanctions, fermant toute autre issue que celle d’une escalade progressivement aggravée ; une politique au nom du respect des droits de l’homme et des libertés démocratiques bafouées par les autorités vénézuéliennes, diagnostic légitimant les décisions ingérentes prises par le collectif européen.

Depuis plusieurs mois, un ancien président du gouvernement espagnol, José Luis Rodríguez Zapatero, avec l’appui du gouvernement de la République dominicaine, s’efforçait de construire une sortie de crise négociée. Mettant de côté les arguments légitimant l’interventionnisme européen, il privilégiait la recherche d’un compromis faisant l’économie des sanctions, mutuellement accepté entre acteurs antagonistes.

Il avait été à deux doigts de réussir en février dernier. Le contexte international et interaméricain, les pressions des États-Unis, avaient finalement pesé sur la dérobade de l’opposition au dernier moment ; ce qu’il avait regretté, signalant sa déception dans une lettre ouverte, et en étant présent à Caracas, le 20 mai dernier, comme observateur électoral, considérant opportune la décision de participer prise par un secteur de l’opposition. Au cours d’une conférence de presse, il avait précisé sa pensée de la façon suivante : ces élections ne sont pas démocratiquement exemptes de critiques. Pour autant, les opposants qui ont décidé de les boycotter ne peuvent pas se contenter de la politique de la chaise vide. Ils doivent proposer des alternatives crédibles. Quelles sont-elles ? Personne ne le sait, avait-il conclu.

Au terme de sa rencontre avec son homologue vénézuélien, Josep Borrell a signalé comme positif le travail effectué par José Luis Rodríguez Zapatero, tout en signalant qu’il ne s’agissait pas d’une initiative gouvernementale espagnole. Le commentaire, tout comme les rencontres entre ministres espagnol, vénézuélien et cubain, sont révélateurs d’une approche différente. Espagnole sans doute, mais peut-être aussi européenne.

La machine diplomatique européenne, de fait, fonctionne par délégation. Sur l’Afrique, la France donne le « la ». Avec l’Est européen, c’est l’Allemagne qui est en première ligne ; et sur l’Amérique latine, l’Espagne. Si l’on regarde l’évolution de la relation Europe/Cuba, on notera une adéquation entre coopération et tensions, qui correspond aux alternances électorales. Coopération à l’époque PSOE de Felipe González, suspension de la coopération après l’accession au pouvoir de José María Aznar, rétablissement ultérieur après l’arrivée aux responsabilités de J. L. Rodríguez Zapatero.

Chaque situation électorale bien sûr a ses caractéristiques particulières. Pedro Sánchez dirige un gouvernement minoritaire. L’Union européenne n’a plus aujourd’hui la cohérence qui était la sienne avant les élargissements à l’est. Et le président des États-Unis d’aujourd’hui est un certain Donald Trump.

Il n’empêche. Les têtes à têtes de Bruxelles annoncent à tout le moins un climat différend. Avec Cuba sans doute. Et vraisemblablement avec le Venezuela.

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

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