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Amérique latine

Pourquoi 2018 est une année décisive pour l’Amérique latine ? Analyse des futures élections

Il ne faut pas le nier ou le nuancer, 2018 sera l’année où le futur des prochaines générations de Latino-Américains sera forgé. Ainsi ses jours seront pleins de sursauts et très probablement de déceptions monumentales. Nous reproduisons ici un article de Juan Duarte, consultant chez 2Points Group, publié sur Lesaffaires.com.

Photo : Lesaffaires

Il y aura six élections présidentielles, dont trois avec un poids géopolitique et économique indéniables : Mexique, Brésil et Colombie. Les trois restantes auront un impact mineur pour le futur de la région : Venezuela, Paraguay et Costa Rica. Également, et non sans conséquence, 2018 est l’année choisie par Raúl Castro pour prendre sa retraite. De ce fait, les trois principales économies continentales (Mexique, Brésil et Colombie), avec plus de 50 % des habitants de la région et une tradition diplomatique incontournable, seront agitées par des choix politiques qui s’annoncent très difficiles et même violents. Les enjeux sont énormes et la polarisation à la hauteur. Analysons-les très brièvement cas par cas. 

Le Mexique

La rhétorique anti-mexicaine et protectionniste de Donald Trump aura fait sa plus illustre victime hors des frontières des États-Unis (la démocratie mexicaine) si M. Andrés López Obrador (dit AMLO) était élu Président du Mexique. Obrador, célèbre défenseur du régime vénézuélien et fervent apologiste des vertus du Castrisme cubain, arrive à ces élections comme favori en surfant sur les vagues de l’indignation et du nationalisme que suscite le systématique dénigrement du Mexique et des Mexicains par le locataire de la Maison-Blanche.

Après deux cuisantes défaites électorales (2006 et 2012), AMLO est déjà connu par sa rhétorique populiste et antilibérale. Et même si son expérience comme maire de la ville de Mexico (2000-2005) l’a montré capable de nuancer ses propos, le seul fait que M. Obrador soit le favori pour les élections du premier juillet devrait mettre toute la région en mode de gestion de crise, car son poids politique sera démesuré et cela pourrait signifier la mise en question de l’ALÉNA et de la réforme du secteur pétrolier ainsi comme la possible amnistie des grands chefs des cartels du narcotrafic. Ce panorama électoral est entouré d’un mépris généralisé des partis politiques traditionnels et des institutions démocratiques à cause du degré de corruption et du contrôle qu’exercent sur eux les groupes criminels, qui ont plongé le pays dans une vague de violence inouïe.

La Colombie

Pour l’instant, tous les candidats n’ont pas encore été déterminés, mais les enjeux sont très clairs et la polarisation ne cesse d’augmenter. La Colombie, grâce à sa position géographique, sa taille économique et son poids démographique, joue un rôle incontournable dans la région. Il n’est ainsi pas surprenant que le pays soit devenu durant les années 1990 et 2000 le principal récepteur d’aide militaire et allié régional des États-Unis.

Pour les mêmes raisons, la Colombie est une pièce maîtresse dans la survie des régimes de La Havane et de Caracas : par elle passe le fait d’avoir soit une tête de pointe de l’influence nord-américaine dans le voisinage, soit un allié qui leur permettra de conserver une marge de manœuvre et donc une chance de négociation face à la crise humanitaire et à l’implosion du régime que traverse le Venezuela et qui frappera Cuba. De ce fait, les élections présidentielles de mai prochain ne seront pas exemptes d’influences extérieures (voir ce qui s’est passé au Honduras en novembre 2017) et le clivage autour de la poursuite ou pas de l’implémentation du traité de paix, signé par le gouvernement actuel avec la guérilla des FARC (indispensable et plus riche allié de Caracas et de La Havane), ne cessera pas de s’intensifier. Dans un pays si volatile, polarisé et fragmenté (sachant aussi qu’il est redevenu le principal producteur de cocaïne au monde), on pourrait se trouver face à un scénario d’extrême crispation et instabilité politique aux conséquences régionales. Autant qu’au Mexique, la Colombie traverse une crise de crédibilité de ses partis politiques traditionnels et de ses institutions, entachées par des scandales de corruption. 

Le Brésil

Le Brésil se trouvera en octobre face aux élections les plus imprévisibles depuis la chute de la dictature en 1989. Selon les enquêtes d’opinion, l’ex-Président Inácio Lula da Silva serait le préféré des électeurs pour diriger le pays à nouveau. Mais M. Da Silva se trouve dans l’impossibilité de se représenter, car il a été condamné en deuxième instance avec des charges de corruption. Ainsi le processus électoral est devenu une confrontation permanente entre M. Da Silva, son parti politique et les institutions du pays que l’ex-Président accuse d’être politisées (M. Da Silva avait deux choix : la prison ou la présidence). Cette confrontation vient s’ajouter à l’ambiance de profonde crise institutionnelle, politique et économique que traverse le pays après la destitution de la Présidente Dilma Rousseff en 2016 et qui a déclenché un mouvement de radicalisation des discours politiques. 

Donc, le PT (parti des travailleurs/centre gauche) de M. Da Silva et les autres candidats comme Jair Bolsonaro (candidat populiste d’extrême droite surnommé le « Trump brésilien ») essaient de capitaliser sur la colère populaire avec des positions à chaque fois plus démagogiques et dangereuses pour la continuité démocratique et la préservation de ce qui reste de la stabilité économique. Si l’on pensait que le Brésil (vraie puissance régionale) devait être la nation qui conduirait théoriquement l’Amérique du Sud vers un apaisement démocratique, un multiculturalisme assumé et une prospérité avec justice sociale, les perspectives régionales de cette crise institutionnelle ne pourraient pas être plus décourageantes.

En conclusion

L’Amérique latine n’est pas l’exception. 2018 s’annonce l’année de la volatilité géopolitique et du risque. Du Moyen-Orient à l’Europe en passant par les États-Unis, le signe du temps, c’est l’incertitude. Et parce qu’aucun expert et aucune étude ne peuvent prédire la direction exacte que la région prendra après cette année saturée de croisées électorales (et même existentielles) pour les Latino-Américains, 2018 pourrait marquer l’histoire comme le moment précis où l’on a à nouveau perdu le train du progrès.

Juan DUARTE
D’après Lesaffaires.com
Consultant chez 2Points Group

Février 2018, les États-Unis tentent de reprendre la main en Amérique latine

Donald Trump, président des États-Unis, élu le 8 novembre 2016, avait, dès les débuts de sa campagne électorale, montré du doigt un bouc émissaire à ses concitoyens, l’Amérique latine. Criminalité, maladies, trafics en tout genre, commerce de stupéfiants, terrorisme, concurrences commerciales déloyales, le mal était au Sud. Pour faire bonne mesure, les musulmans du monde avaient été associés à cet opprobre électoraliste.

Photo : Donald Trump/Wikipédia

Entré à la Maison-Blanche le 1er janvier 2017, Donald Trump avait confirmé et persévéré. Les déclarations agressives se sont succédé. Le Mexique a été sommé de payer un mur frontalier. Les migrants clandestins ont été menacés. Une réforme de la politique des visas a été annoncée. Ainsi qu’une révision des accords commerciaux en cours de négociation ou déjà signés.

Un appel d’offres pour construire un mur sur la frontière sud a permis de vérifier sa faisabilité. Les arrestations de clandestins ont été plus nombreuses. Les États-Unis se sont retirés des négociations engagées pour mener à bon port un Traité de libre-échange transpacifique, ou TPP. Mexique et Canada ont été fermement invités à revoir la copie de l’ALENA, l’accord de libre-échange nord-américain.

L’Amérique d’abord, America First. Le mot d’ordre a déstabilisé la relation avec les partenaires des États-Unis les plus inégaux. En clair, ceux du Sud, ceux qui se trouvent à la périphérie des puissants, au premier rang desquels on trouve les Latino-Américains. Le 22 décembre 2017, Donald Trump a menacé de rétorsions ceux qui n’acceptaient pas de déplacer leur ambassade en Israël à Jérusalem. Les propos brutaux tenus devant un groupe de congressistes par le chef des États-Unis le 12 janvier 2018, sont cohérents avec sa pensée, sa vision géopolitique du monde et ses orientations diplomatiques. Haïti, le Salvador et les Africains sont des « pays de merde »[1].

Parallèlement, pourtant, devant un parterre choisi d’interlocuteurs privés et officiels, à Davos, le 28 janvier 2018, comme le 30 janvier devant le Congrès des États-Unis, le président a fait preuve d’une logorrhée en coitus interruptus. Lisant le texte sur prompteur, et donc un discours préparé, il a défendu la priorité américaine en termes mesurés. La défense de l’intérêt national, la sécurité des ressortissants nord-américains, la révision des conditions d’entrée et de séjour sur le sol des États-Unis ont bien occupé une place importante dans le propos présidentiel. Mais sans viser personne, pays ou peuple en termes désobligeants.

Ce double exercice de rhétorique politique a été suivi les 2-7 février 2018 d’un déplacement inédit du Secrétaire d’État des États-Unis, Rex Tillerson, dans cinq pays de la région (Argentine, Colombie, Jamaïque, Mexique, Pérou). Le déplacement a pris une tournure d’autant plus significative qu’il a été précédé d’une longue explication de texte devant les étudiants de l’université du Texas le 1er février[2].

Plus qu’une succession de rendez-vous de routine, cette tournée du Secrétaire d’État en terres « hémisphériques », au vu des agendas et des propos tenus, visait à recadrer les propos à l’emporte-pièce du président et à redonner du sens à une diplomatie en perte de boussole. Commerce bilatéral, lutte contre le trafic de stupéfiants, politiques migratoires ont bien sûr été évoqués.

Mais des gestes inattendus, compte tenu du passif accumulé ces derniers mois, ont été faits. Ils avaient pour objectif de reconstruire un climat de confiance. Ils l’ont été au cours de conférences de presse conjointes du Secrétaire d’État avec les ministres des Affaires étrangères argentin, mexicain, péruvien, et en Colombie avec le président Juan Manuel Santos.

À Mexico, le Secrétaire État a parlé ALENA avec son homologue mexicain, mais aussi avec la ministre canadienne des Affaires étrangères. Dans ses différentes étapes, Rex Tillerson a repris à son compte la reconnaissance d’une coresponsabilité des États-Unis faite par Barack Obama sur le dossier des stupéfiants. Et dans toutes les capitales visitées, l’accent a été mis sur les valeurs qu’auraient en partage Argentine, États-Unis, Colombie, Jamaïque, Mexique, et Pérou, ainsi que sur les libertés politiques comme commerciales. Le Venezuela, dénoncé à chacune des étapes, a servi de fil conducteur au lien que cherchait à renouer Rex Tillerson.

Mais il y a sans doute une autre raison ayant motivé cet aggiornamento. Aux Nations unies, Bolivie, Brésil, Chili, Costa-Rica, Cuba, Équateur, Nicaragua, Uruguay, Venezuela ont condamné le transfert de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem. Les Latino-Américains néo-libéraux, désormais aux affaires dans une majorité de pays, ont par ailleurs saisi depuis un an les échappatoires offertes par le monde global. Les échanges avec toutes sortes de pays se sont multipliés (Israël, la Turquie, l’Inde, la Russie et bien sûr la Chine). Colombie, Mexique, Pérou, pays membres de l’Alliance du Pacifique, ont décidé avec leurs partenaires asiatiques du TPP de poursuivre leurs négociations sans les États-Unis. Le sommet des Amériques qui se tient à Lima-Pérou, les 13 et 14 avril 2018, quelques mois avant un G-20[3] en Argentine ne pouvait que mettre en évidence l’impasse diplomatique et commerciale des États-Unis. Les gestes signalés en direction des Latino-Américains rappellent, selon Rex Tillerson, que pour ces pays « les États-Unis sont disposés à approfondir les relations mutuelles, […] parce qu’ils sont le partenaire le plus constant de l’hémisphère occidental […] L’Amérique latine n’a pas besoin de nouvelles puissances impériales » […] la Chine, la Russie, […] qui ne partagent pas les valeurs fondamentales de la région ». À bon entendeur…

Jean-Jacques KOURLIANDSKY
Article publié sur le site de l’IRIS

[1] « Shitholes countries », dans le texte original. [2] Devant le Centre Clements de sécurité nationale et le Centre Robert Strauss pour la sécurité et le droit international. [3] Trois pays latino-américains sont membres du G-20 : l’Argentine, le Brésil et le Mexique.

2018, l’année de toutes les élections en Amérique latine : focus sur le Mexique, le Venezuela et le Brésil

Des élections présidentielles auront lieu dans trois pays latinoaméricains majeurs cette année : au Mexique, au Venezuela et au Brésil. L’élection de Sebastián Piñera au Chili fin 2017, et celles de Pedro Kuczynski au Pérou en 2016 et de Mauricio Macri en Argentine en 2015, semblaient confirmer le tournant vers la droite dans le Cône sud. Les élections de 2018 verront-elles la tendance vers la droite se préciser ou le centre gauche va-t-il réussir à la renverser ? Ces élections pourraient-elles amorcer la fin de la progression de la droite dans le sous-continent américain ? Si oui, il est probable que les blocs économiques et politiques (Mercosur, ALBA, Unasur) continuent à se « détricoter ». Si des candidats de centre gauche venaient à être élus, l’effort vers l’intégration continentale pourrait bénéficier d’un second souffle.

Photo : Marichuy/Mexico News Daily

Mexique : le 1er juillet 2018

Les élections du 1er juillet pourraient bien voir la victoire d’Andrés Manuel López Obrador connu comme AMLO (de la Coalition Juntos Haremos Historia, Ensemble nous ferons l’Histoire, centre gauche). Enfin ! diront ceux qui le soutiennent car il avait déjà postulé au poste de président en 2006 et 2012 mais avait été battu par le PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel) qu’il avait accusé de fraude. AMLO dénonce une campagne vicieuse contre lui orchestrée par un Vénézuélien anti-Chavez du nom de Juan José Rendón, qui se vante d’être « un spécialiste de la guerre sale et d’avoir fait tomber de nombreux candidats » présidentiels ou députés par des méthodes qu’AMLO décrit comme celles que la droite va utiliser contre lui : des mensonges, de fausses « infos », le lier à Chavez, dire qu’il est vendu aux Russes, etc. Son principal adversaire sera un fonctionnaire peu connu qui n’a jamais participé à une élection, José Antonio Meade du PRI, le même parti que l’actuel président Enrique Peña Nieto, complètement tombé en disgrâce chez les citoyens suite à sa guerre contre les narcotrafiquants qui a provoqué des dizaines de milliers de morts. Le troisième candidat est Ricardo Anaya qui représente une coalition entre le PAN (Partido Acción Nacional, droite) et le PRD (Partido Revolución Democrática, centre). La surprise pourrait venir de María de Jesús Patricio Martínez, connue comme Marichuy, indigène Nahua qui lutte « pour la reconnaissance et la dignité des peuples indiens ». Représentante des peuples indigènes, elle est soutenue par le Congrès national indigène et le mouvement zapatiste.

Brésil : 7 et 28 octobre 2018

Le président de fait Michel Temer est au plus bas des opinions populaires (5 %) et son parti le PMDB (Parti du mouvement démocratique brésilien) n’apparait même plus dans les sondages. Celui que même les journaux de droite pronostiquent comme le gagnant probable des élections d’octobre avec 35 % est Lula da Silva du PT (Parti des travailleurs, gauche). Il dénonce être la cible de la nouvelle méthode dite du « Lawfare », la guerre par les lois. Il s’agit d’utiliser l’appareil judiciaire pour provoquer des condamnations sans jugement préalable des politiciens de l’opposition avec le soutien des médias proches du pouvoir. Lula a ainsi été condamné à 9 ans de prison pour un « crime » qui n’a pas encore été ni prouvé, ni jugé, encore moins condamné. Mais si la Cour de cassation confirme la sentence, Lula sera interdit de candidature, ce qui est le but de la manœuvre. Plusieurs dizaines d’intellectuels français ont signé un manifeste intitulé « Une élection sans Lula serait frauduleuse » [1]. Loin derrière Lula, l’ancien militaire Jair Bolsonaro, député du Parti social chrétien (PSC, très à droite), est crédité par tous les sondages d’environ 15 % des voix.. Lors des manœuvres de destitution de la présidente Dilma Rousseff, Bolsonaro avait lancé qu’il vénérait le colonel qui avait torturé la prisonnière Rousseff pendant la dictature brésilienne ! Viennent ensuite Marina Silva, ancienne ministre de l’Environnement de Lula, du parti REDE (Réseau de durabilité, 9 %), Geraldo Alkmin du PSDB et maire de São Paulo, allié de Michel Temer (6 à 9 %), et l’ancien gouverneur de l’État de Ceara (Nordeste) Ciro Gomes (6 %).

Venezuela : octobre 2018 ?

La date des élections n’est pas encore établie mais ce pourrait être en octobre. Le président Nicolas Maduro envisage de se représenter pour la gauche alors que la MUD (Mesa de Unidad Democrática, Table d’unité démocratique, droite) est plutôt divisée en ce moment. L’échec de la tentative de renversement du gouvernement devrait favoriser Maduro mais l’échec de ce dernier à relancer l’économie favoriserait plutôt la droite. Le boycott économique et financier mené par les États-Unis a beaucoup affecté le gouvernement et la fatigue provoquée par les difficultés économiques de la population jouent également en sa défaveur. Gouvernement et opposition ont entamé le 1er décembre des négociations en République dominicaine, sous les auspices du Mexique et du Chili, considérés favorables à l’opposition de droite, de la Bolivie, du Nicaragua, de San Vicente et des Grenadines, considérés favorables au gouvernement de Nicolas Maduro. Les négociations ont pour garants le président dominicain Danilo Medina et l’ancien chef du gouvernement espagnol, José Luis Rodríguez Zapatero. Les représentants de la MUD exigent « des élections libres », ceux du gouvernement exigent « la fin de la guerre économique ». Les élections sont encore trop lointaines pour parler de candidats.

Jac FORTON

[1] Consultez la liste provisoire ICI.

Six pays latino-américains seront en campagne électorale en 2018 : d’abord le Costa Rica, puis le Paraguay et la Colombie

Les élections présidentielles, qui auront lieu dans six pays, vont-elles modifier le panorama politique en Amérique latine ? Le sentiment anti-partis traditionnels qui prévaut partout pourrait apporter bien des surprises. Un retour du centre gauche est-il possible ? Il y aura des élections au Paraguay, au Costa Rica, en Colombie, au Brésil, au Venezuela et au Mexique. En suivant l’ordre chronologique de ces élections 2018, cette première partie donne quelques indications sur les enjeux ; une deuxième partie sera à suivre la semaine prochaine.

Photo : TheTicoTimes

Le dimanche 4 février au Costa Rica

Les élections du 4 février verront s’affronter 13 candidats dont trois seulement qui ont de bonnes chances de l’emporter. Les candidats des deux partis traditionnels, le PLN (Partido Liberación Nacional, droite) et le PUSC (Partido Unidad Social Cristiana, centre gauche) sont respectivement Antonio Álvarez et Rodolfo Piza. L’avocat Juan Diego Castro du Partido Integración Nacional (PIN, très conservateur), qui revendique la « mano dura », pourrait faire la surprise. Le Partido Acción Ciudadana (Action citoyenne, centre gauche) de l’actuel président Luis Guillermo Solís et le Frente Amplio (Front élargi, gauche, pas encore de candidat définitif) ont peu de chances de réaliser un bon score. Et les (nombreux) autres petits partis, encore moins : le Partido Movimiento Libertario (PML) de Otto Guevara, le Partido Accesibilidad sin Exclusión (PASE) de Oscar López, le Partido Nueva Generación (PNG) de Sergio Mena, le Partido Renovación Costarricense (PRC) de Stephanie Campos (évangélistes), le Partido Restauración Nacional (PRN) de Fabricio Alvarado (conservateur), le Partido Republicano Social Cristiano (PRSC) de Rodolfo Hernández, ancien allié du PUSC. Ces partis cherchent bien sûr à former des alliances… Un deuxième tour en avril est plus que probable.

Le 22 avril le Paraguay élu tous la représentation nationale

Le 22 avril, en plus du nouveau président, les électeurs éliront gouverneurs, sénateurs et députés. La lutte pour la présidence verra s’affronter Mario Abdo Benítez du Partido Colorado actuellement au pouvoir, et Efraín Alegre de la Gran Alianza Nacional Renovada (GANAR), une coalition de centre gauche composée du Partido Radical et du Frente Guasu de l’ex-président Fernando Lugo. Le Parti Colorado a régné sur le pays pendant plus de 70 ans avant d’être défait par la Parti Libéral radical authentique qui avait mené Fernando Lugo à la présidence. Ses politiques de centre gauche déplaisant aux grands propriétaires terriens, ils fomentèrent un coup d’État et destituèrent le président Lugo illégalement en juin 2012. Mario Abdo Benítez, connu comme « Marito » et fils de l’ex-secrétaire personnel du dictateur Alfredo Stroessner, a battu lors des primaires Santiago Peña, le candidat de l’actuel président Horacio Cartes.

La Colombie organise de présidentielle le 27 mai 2018

Les élections du 27 mai sont étroitement liées au résultat du referendum « Si ó No » sur les accords de paix récemment signés entre le gouvernement du président Juan Manuel Santos et les guérilleros des FARC. La victoire surprenante du « No » fait que les alliances politiques en cours se définissent par rapport à la position des partis sur ce résultat. Plusieurs particularités : d’abord, de nombreux candidats ont préféré recevoir leur nomination par recueil de signatures citoyennes plutôt que par le soutien de partis ; un reflet du manque de confiance des électeurs envers les partis traditionnels. Ceux-ci par contre négocient des coalitions. Ensuite, première participation de l’ancienne guérilla FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) devenues le Partido FARC (Fuerza Alternativa Revolucionaria del Común, Force alternative révolutionnaire du commun, c’est-à-dire de la communauté). Finalement, pour tous, il s’agit de lutter contre l’abstention massive caractéristique des élections colombiennes.

La droite dure est représentée par le Centro Democrático de l’ancien président Alvaro Uribe unie au Partido Conservador de l’également ancien président Andrés Pastrana. Leurs candidats devront passer par une primaire : Iván Duque, proche de l’ancien président Alvaro Uribe, Marta Lucía Ramírez, ex-ministre de la Défense d’Uribe, et Alejandro Ordoñez, ancien procureur, ennemi des accords de paix. Leur programme : annuler les accords de paix et exonérer les transnationales d’impôts. Le favori semble être Iván Duque. Au centre, la Coalición Colombia réunit le Partido Compromiso Ciudadano (Parti de l’engagement citoyen) de Serge Fajardo, l’Alianza Verde de Claudia López et le Polo Democrático de Jorge Robledo. Fajardo devrait sortir gagnant de la primaire avec un programme fondé essentiellement sur la lutte contre la corruption.

Le centre gauche sera défendu par l’ancien maire de la capitale Bogotá, Gustavo Petro, du mouvement Colombia Humana, qui cherche à s’allier à l’Alianza Social Independiente (ASI) de Clara López, à la Fuerza Ciudadana (Force citoyenne) de Carlos Caicedo et au Partido Liberal de Humberto de la Calle, qui fut le négociateur principal du gouvernement lors des discussions menant à la paix à Cuba. Celui-ci a pourtant déjà laissé entendre qu’il ne rejoindrait pas cette coalition. À gauche, grande nouveauté : la FARC issue des FARC présentera son candidat Rodrigo Londoño. Ce sera la première action politique du nouveau parti de l’ex-guérilla. Les accords de paix lui octroient d’office lors de cette élection 5 sièges de sénateurs et 5 députés. Eections présidentielles On peut aussi noter la candidature de Piedad Córdoba du mouvement Poder Ciudadano (Pouvoir citoyen) dont le programme parle de ré-industrialisation et de réforme fiscale. Nous suivrons ces élections au fur et à mesure de l’actualité.

Jac FORTON

Retour sur les décisions prises au Forum des présidents des parlements d’Amérique centrale et des Caraïbes

La 35ème session du Forum des présidents des parlements d’Amérique centrale et des Caraïbes (FOPREL), qui s’est tenue du 14 au 17 novembre à la Chambre des Représentants de Rabat, avait pour but d’encourager le dialogue et la coopération entre les pays d’Afrique, d’Amérique centrale et des Caraïbes.

Photo : Libération Maroc

Le FOPREL (pour Foro de Presidentes de Poderes Legislativos de Centroamérica y la Cuenca del Caribe) a été créé en 1994 dans le but d’harmoniser les Constitutions des pays membres. Il a depuis mis en place des mécanismes de consultations entre les présidents des institutions législatives, pour faire face aux défis économiques, politiques, sociaux et écologiques de la région. Le parlement marocain a, pour sa part, rejoint cette assemblée parlementaire en qualité d’observateur en 2014.

Les présidents des parlements des dix pays membres d’Amérique centrale et des Caraïbes – à savoir le Guatemala, le Belize, le Salvador, le Honduras, le Nicaragua, le Costa Rica, la République dominicaine, le Mexique, le Chili et Porto Rico – étaient présents pour cette 35ème édition du Forum. Laura Tucker Longsworth, qui en est la Présidente temporaire, a d’ailleurs rappelé que cette assemblée doit faire figure de « plateforme modèle » et encourager des initiatives collectives de ce type.

Le Forum incite et soutient également les études parlementaires fondées sur l’échange d’expériences à l’échelle de la région, en vue d’optimiser l’efficacité et la cohérence des institutions législatives respectives des pays membres. L’immigration, en tant que question actuelle et sensible, était au cœur du programme de la manifestation.

Résolution majeure adoptée à l’occasion de ce 35ème FOPREL , la « Déclaration de Rabat » a été approuvée à l’unanimité. Elle porte sur la question du Sahara occidental, dont le statut en tant que territoire reste encore à déterminer. Cette ancienne colonie espagnole au Maroc est la source d’un conflit régional important depuis que le Front Polisario l’a déclarée indépendante en 1976, sous le nom de République Arabe Sahraouie Démocratique. L’Algérie, qui avait soutenu le mouvement et qui s’est battue contre les forces marocaines en 1976, est opposée à la souveraineté du Royaume de Mohammed VI sur la zone. Les tensions étant toujours vives, la Déclaration appelle à appuyer les efforts pour parvenir à une solution pacifique, définitive et négociée, à travers le dialogue et le respect des décisions du Conseil de sécurité de l’ONU ; tout en préservant la souveraineté et l’intégrité territoriale du Maroc.

Les représentants des pays membres ont également évoqué un enjeu majeur : le climat. La question est d’autant plus urgente dans la région que plusieurs îles des Caraïbes ont été dévastées par les ouragans et les séismes en septembre dernier. Outre les risques naturels, ceux-ci n’ont pas manqué d’attirer l’attention sur le fait que les changements climatiques impliquent de même de lourdes conséquences socio-économiques. Le FORPREL a souligné à ce titre les principes et les objectifs des institutions législatives des pays membres et du Maroc, à savoir l’accès généralisé au développement, la promotion des ressources et l’intégration économique fondée sur le développement durable. Les parlementaires d’Amérique centrale et des Caraïbes ont d’ailleurs affirmé leur soutien au Maroc pour la réussite de la 22ème Conférence des Parties de la convention Cadre sur les changements climatiques (COP22).

À l’issue du Forum, les pays membres ont adopté une déclaration parlementaire conjointe sur « le rôle des parlements devant la migration intra-régionale », ainsi que plusieurs résolutions portant sur des questions de sécurité régionale et de coopération économique.

Bonnie DUPONT

Benjamin Netanyahou a effectué, la semaine dernière, une visite d’État en Argentine, en Colombie et au Mexique. Amérique latine : terre promise d’Israël ?

Le chef du gouvernement israélien, Benjamin Netanyahou, a effectué du 11 au 14 septembre 2017 une visite inédite en Argentine, en Colombie et au Mexique. Certes ces trois pays ont des relations diplomatiques avec les autorités de Tel-Aviv. Ce voyage officiel a pourtant un côté insolite. C’est en effet la première fois qu’un président israélien se déplace en Amérique latine. Quelles sont les raisons à l’origine des visites de septembre 2017 ?

Photo : Times of Israel

Pourquoi donc n’y a-t-il pas eu de rencontre de ce type jusqu’ici ? Et a contrario quelles sont les raisons à l’origine des visites de septembre 2017 ? Argentine, Colombie et Mexique, comme d’ailleurs tous les pays latino-américains, ont des relations diplomatiques lointaines avec Israël. Les échanges économiques sont normaux. Israël est par ailleurs un fournisseur d’armements ancien et bien installé dans le paysage militaire latino-américain. Les relations ne sont jamais sorties de ces couloirs, ceux d’une normalité sans relief. Au tournant de la décennie 2010 ces rapports avaient perdu densité et pertinence. La quasi-totalité des Sud-américains avait en effet reconnu en 2011 la Palestine comme État. Mahmoud Abbas avait réalisé une tournée dans la région, matérialisant ce rééquilibrage. Parallèlement Argentine, Bolivie, Brésil et Venezuela avaient développé une relation diversifiée avec l’Iran.

Une diplomatie différente des gouvernements progressistes

Une inflexion avait été prise à l’initiative de gouvernements progressistes issus d’élections gagnées de 1998, au Venezuela, à 2006 en Équateur. Les nouvelles majorités avaient mis en chantier une diplomatie différente de celle pratiquée par leurs prédécesseurs. Moins occidentale, elle visait à fabriquer des complémentarités entre pays du sud. Israël dans cette configuration relevait de l’espace occidental. Le président Lula avait visité Israël, mais dans un paquet régionalisé incluant la Palestine et le Liban. Il avait, en 2010, pris une initiative, critiquée en Israël, avec la Turquie sur le dossier nucléaire iranien. Le président Chávez du Venezuela avait sermonné publiquement Israël pour ses interventions à Gaza. L’un et l’autre, avaient été taclés par Israël. Le Brésil avait été qualifié de « nain » diplomatique en février 2016 pour avoir refusé comme ambassadeur un des animateurs de la colonisation de la Cisjordanie.  Le Venezuela ayant expulsé l’ambassadeur d’Israël en 2009 avait été qualifié au cours de la polémique de pays antisémite.

L’Amérique latine a changé de couleur politique

La première explication permettant de comprendre la démarche latino-américaine de Benjamin Netanyahou, est donc celle-là. Les forces conservatrices et libérales aujourd’hui sont aux commandes, à Buenos Aires, Brasilia et Lima. Elles renforcent celles qui, à Bogota et Mexico, avaient résisté à la vague progressiste. Ces partis et leurs gouvernants, à la différence de leurs prédécesseurs, ont des sympathies occidentales. Il y avait donc là un créneau permettant de partir à la reconquête du terrain cédé au début de ce millénaire, à l’international et aux Nations Unies. Opportunité saisie par le premier ministre israélien.

Au passage il a rappelé le lien fondateur unissant Israël aux communautés juives, en particulier au Mexique et surtout en Argentine, où ils seraient près de 300 000. Ont été associés à ces approches, les évangélistes pentecôtistes, proches des  dirigeants latino-américains occidentalistes et libéraux, alliance matérialisée en novembre 2016 par la visite à Jérusalem du président guatémaltèque, Jimmy Morales. Le Premier israélien a signalé des parentés sécuritaires porteuses de coopérations. L’Argentine a été la cible d’attentats visant des établissements juifs en 1992 et 1994 ; la Colombie peine à sortir de décennies de conflits internes dramatiques, et le Mexique connaît lui aussi un moment de grandes violences.  Plusieurs accords, économiques, commerciaux et touristiques, de recherche et développement, ont été par ailleurs paraphés avec les responsables des pays visités. Le commerce bilatéral Israël – Amérique latine est en effet marginal. Il ne représente que 4 % des échanges globaux d’Israël. Il en va de même pour les trois pays latino-américains qui n’effectuent qu’un commerce minimal avec l’État hébreu. En ces temps de grisaille conjoncturelle dynamiser les échanges ne fait pas de mal.  Il n’y avait pas là pourtant matière à mobiliser les sommets de l’État.

La proximité idéologique ?

Le choix des pays ciblés n’est pourtant pas ici encore déterminant. Le Brésil, dirigé par un agrégat d’intérêts néo-libéraux n’était pas dans l’agenda, alors qu’il est de loin le premier partenaire économique dans la région. Benjamin Netanyahou a bien prévu de rencontrer le président brésilien, mais à New York à l’ouverture des travaux de l’Assemblée générale de l’ONU. L’Argentine a effectivement connu une alternance en 2015. Une Argentine qui avait cherché à s’accorder avec l’Iran sous Cristina Fernández de Kirchner. Mais Colombie et Mexique sont gouvernés depuis plusieurs années par des présidents libéraux amis des États-Unis et de l’Europe. Pourquoi donc ne pas les avoir visités plutôt ?

Le facteur Trump

La variable déterminante est de toute évidence autre. Une variable qui a imposé la convergence de facteurs porteurs -diplomatiques, économiques et commerciaux, idéologiques-, restés en sommeil jusque-là. Une variable ayant émergé récemment avec une force et des retombées déstabilisatrices pour Israël comme pour  l’Argentine, la Colombie et le Mexique : l’accession aux responsabilités d’un président nord-américain, Donald Trump, aux décisions et opinions imprévisibles, génératrices d’incertitudes. Israël, Argentine, Colombie, Mexique sont dirigés par des responsables en sympathie naturelle avec les États-Unis et leurs valeurs  traditionnelles, fondées sur la solidarité occidentale et la promotion des libertés commerciales. Donald Trump a déçu Israël en ne dénonçant pas le traité signé par le groupe 5+ avec l’Iran. D’Argentine, Benjamin Netanyahou a envoyé des signaux anti-iraniens aux dirigeants des États-Unis qui doivent en débattre au Congrès le 15 octobre 2017. La Colombie, engagée dans un processus de paix intérieure exemplaire est menacée de sanctions par le Département d’État pour son laxisme à l’égard du narcotrafic. Le Mexique a été publiquement dénoncé par Donald Trump comme bouc émissaire des difficultés commerciales des États-Unis, d’autre part vecteur de maladies, de clandestins, et de trafics de toutes sortes. Contraints par les circonstances, les uns et les autres ont donc décidé, en attendant une éventuelle alternance à Washington, de mutualiser positivement l’impasse  diplomatique et commerciale dans laquelle les a placés Donald Trump.

Jean Jacques KOURLIANDSKY

À Paris, Journée internationale des victimes de disparitions forcées dans le monde

Pour commémorer la Journée internationale des disparus dans le monde, la Fédération euro-méditerranéenne contre les disparitions forcées, Amnesty International France, le Collectif des familles des disparus en Algérie, Association de Parents et Amis de Disparus au Maroc, le Forum marocain pour la Vérité et la Justice, le Collectif argentin pour la mémoire, et le Collectif Paris-Ayotzinapa invitent le public à assister et à exprimer son soutien en participant aux différentes manifestations.

Photo : Collectif pour la mémoire

La journée internationale des victimes de disparitions forcées a été proclamée par les Nations unies en 2010 et célébrée depuis 2011. Le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU avait déjà, en 2006,  adopté la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, votée ensuite par l’assemblée générale en décembre de cette même année. Utilisée par de nombreux États, la pratique de la disparition forcée n’a cessé de croître ces dernières années partout dans le monde, et particulièrement dans la région euro-méditerranéenne. Pourtant, la disparition forcée est un crime continu, un crime contre l’humanité, privant ses victimes de liberté et leurs familles de toutes informations.

Pour commémorer la journée internationale, la Fédération euro-méditerranéenne contre les disparitions forcées, Amnesty International France, le Collectif des familles des disparus en Algérie, Association de Parents et Amis de Disparus au Maroc, le Forum marocain pour la Vérité et la Justice, le Collectif Argentin pour la Mémoire, et le Collectif Paris-Ayotzinapa invitent le public à assister et à exprimer son soutien en participant le vendredi 1er septembre 2017, à la conférence sur le thème Vérité et Justice  au siège d’Amnesty International France, à partir de 18 h 30, entrée libre.  Avec la participation de S.E. François Croquette, ambassadeur pour les droits de l’Homme ; Geneviève Garrigos, ancienne présidente d’Amnesty International France ; Emmanuel Decaux, ancien président du comité des disparitions forcées des Nations Unies ; Nassera Dutour, présidente de la FEMED (Fédération euro-méditerranéenne contre les disparitions forcées) ; Rachid El Manouzi, vice-président de la FEMED ; Alicia Bonet-Krueger du Collectif argentin pour la mémoire ; Taher Mokhtar, militant des droits de l’Homme égyptien, et du Collectif Paris-Ayotzinapa. La conférence sera suivie de projections et d’une discussion ouverte. Le samedi 2 septembre 2017 de 14 h à 20 h au sit-in, place de la République (métro République) à Paris (stands de documentation, projections, exposition, musique…)

De son côté, l’Association des ex-prisonniers politiques chiliens en France, dont la devise est « Vérité, justice et mémoire », a présenté le 25 août dernier à la Maison de l’Amérique latine, son Archive orale, un fonds constitué d’une centaine de témoignages qui composent une image assez complète et fidèle de l’époque de l’Unité Populaire. La présentation a été suivie d’une discussion avec le philosophe Miguel Benasayag.

Le Collectif argentin pour la mémoire annonce l’ouverture d’un « Centre de culture et mémoire latino-américaine » à Fontenay-sous-Bois, associée à la mémoire historique et la solidarité internationale, avec le soutien de la mairie. L’objectif : mettre à disposition du public toute l’information liée aux circonstances et aux raisons de la création du Foyer des réfugiés latino-américains à Fontenay ; faire valoir la relation d’amitié et de solidarité entre la mairie, la Maison du citoyen et la communauté latino-américaine ; informer sur la situation politique actuelle et les liens entre la France et l’Amérique du Sud.

Bonne nouvelle enfin : le 28 août dernier, une Cour de cassation argentine a voté pour le maintien en prison de Alfredo Astiz, connu comme l’Ange blond de la mort, pour disparitions et crimes contre l’humanité commis pendant la dictature argentine. Il avait déjà été condamné en absence à la perpétuité par la justice française pour la disparition des deux religieuses françaises Alice Domon et Léonie Duquet. Seul le corps de cette dernière avait été rejeté sur une plage du Río de la Plata dans lequel les prisonniers politiques étaient jetés vivants depuis des avions militaires.

Jac FORTON

Amnesty France : 72-76 boulevard de la Villette, métro Colonel Fabien ou Belleville. Collectif argentin pour la mémoire  /  Asexppch

 

Tour de piste aux sommets des quelques gouvernements latino-américains

L’actualité américaine dans la « grande presse » européenne se résume aux États-Unis et au Venezuela. Pendant ce temps, les présidents des autres pays gouvernent sans attirer l’attention. Et pourtant, il s’est passé bien des choses en Amérique latine depuis notre dernier news hebdo du 27 juillet. Ci-dessous, un résumé de quelques informations de ce mois d’août.

Photo : France-24

Michel Temer est président du Brésil sans avoir recueilli un seul vote ; en Argentine, le président Mauricio Macri est cité dans les Panama Papers, un opposant mapuche a disparu et une dirigeante sociale est en prison depuis plus d’un an malgré les recommandations d’Amnesty et de la CIDH ; des proches de Juan Manuel Santos de Colombie sont impliqués dans le scandale Odebrecht-Lavage express ; 36 journalistes ont été assassinés pendant le mandat de Peña Nieto au Mexique ; Pedro Pablo Kuczynski du Pérou gouverne par  décrets (112 jusqu’à présent) ; au Chili, des pressions de la droite veulent que l’on libère les assassins de la dictature de Pinochet… Il est difficile dans la presse européenne de trouver des articles de première page sur ce que l’analyste politique Alfredo Mancilla appelle « l’Amérique invisible »… Nous essayons de pallier à ce manque d’informations.

Argentine : le président Mauricio Macri résiste aux difficultés

Plusieurs problèmes affligent le président Mauricio Macri. Lors d’une répression violente de la police contre des activistes mapuches, l’un d’entre eux a disparu depuis 15 jours. Santiago Maldonado a été observé par plusieurs témoins lorsque des policiers l’ont emmené vers une camionnette, mais la ministre de la Sécurité, Patricia Bullrich, prétend que ce véhicule n’était pas présent sur le site. Or, il existe une vidéo qui prouve qu’il était bien là et que les policiers s’avançaient en criant « Feu ! Feu ! Escopette ! ». Amnesty et la CIDH (1) ont demandé au gouvernement de tout faire pour retrouver Maldonado. Une dirigeante sociale indigène, Milagro Sala, est toujours en prison « préventive » depuis deux ans à Jujuy. La CIDH, Amnesty et les Nations Unies ont demandé sa libération ou son procès maintenant. Le gouverneur de la province et le président Macri ont décidé d’ignorer les recommandations de la CIDH, ce qui est illégal car contre les traités internationaux signés par l’Argentine.

La situation économique n’est pas vraiment florissante non plus : les investissements étrangers (la grande promesse de Macri) sont tombés de 64 % selon la CEPAL (agence des Nations Unies), la fuite des capitaux (libérés par Macri) est massive et la pauvreté augmente rapidement. Selon des informations de l’Université de Buenos Aires, l’indice Gini qui mesure les inégalités dans la société (1 = égalité complète, 0 = inégalité complète) a beaucoup baissé passant de 0,53 sous les Kirchner à 0,44 depuis l’élection de 2015 ! Malgré une forte baisse de popularité, le président Macri s’en sort plutôt bien des primaires aux élections législatives du 22 octobre prochain. Sa principale opposante, Cristina Fernández de Kirchner a pourtant réalisé pour la province de Buenos Aires, un score presque identique à celui du candidat officiel Esteban Bullrich, ce qui annonce un retour en force à la politique de l’ancienne présidente. De plus, de nouveaux documents montrent que le président aurait très sous-évalué sa fortune personnelle.

Chili : la campagne pour les élections présidentielles et législatives a commencé

Les élections présidentielles et législatives auront lieu le 21 novembre prochain, second tour si nécessaire le 17 décembre. Le système binominal imposé par la Constitution pinochetiste de 1980 et profondément injuste (30 % des voix donnaient 50 % des sièges !), vient d’être modifié. Il y aura une mesure de proportionnelle, le nombre de députés passe de 120 à 150, celui des sénateurs de 38 à 50. Suite aux primaires de juillet dernier, plusieurs coalitions se disputeront la présidence. Les deux principales restent la Nueva Mayoría (Nouvelle majorité, NM, centre gauche) représentée par le journaliste Alejandro Guillier, et Cambiemos (Changeons, droite) dont le candidat est l’ancien président Sebastián Piñera. La candidate de la Démocratie chrétienne, Carolina Goic, estimant que la NM est « trop gauchisante », a décidé de la quitter et de se présenter seule, ce qui provoquera peut-être la victoire de la droite. Le Frente Amplio (gauche) sera représenté par Beatriz Sánchez. Il y aura aussi plusieurs candidatures indépendantes. Du côté positif, la présidente Michelle Bachelet a réussi à faire passer une loi dépénalisant l’interruption volontaire de grossesse dans trois cas spécifiques, une promesse de campagne il y a 4 ans.

Brésil : La vérité sur Luis Inacio Lula da Silva

Pour Ricardo Amaral, ancien membre du cabinet du président Lula da Silva, « la condamnation de Lula est politique, une aberration juridique », car « elle n’est basée sur aucune preuve, ni sur la loi ni sur la vérité. La police a effectué des raids violents, confisqué des documents, des agendas, des téléphones, des ordinateurs et même les tablettes de ses petits-enfants ! Elle a violé les comptes bancaires de Lula et sa famille et intercepté ses communications téléphoniques » (2). Sans jamais trouver de comptes secrets, d’entreprises offshore ou de preuves qui le lient au scandale Petrobras. Le procureur Sergio Moro reconnait qu’il ne possède aucun élément de preuve, seulement « une conviction ». Le juge dénonce un crime de blanchiment d’argent dans une affaire où il n’y a pas eu de transaction financière !

Il est clair qu’il s’agit de « casser Lula » et de l’empêcher de participer aux élections de 2018 pour lesquelles il est largement porté vainqueur. Pour Afrano Silva Jardím, maître en Droit Processuel de l’Université de l’État de Rio de Janeiro (3), « Lula a été condamné pour avoir reçu ce qu’il n’a pas reçu et pour avoir blanchi l’argent qui ne lui a pas été donné ». On fait mieux comme preuves… Tout cela soutenu par un Congrès dont 40 % des membres ont été mis en examen… Réponse de Lula : « Il ne sert à rien d’en finir avec Lula. Le problème n’est pas Lula, ce sont les millions de Brésiliens qui n’acceptent pas le retour en arrière » des politiques sociales.

Brésil : la vérité sur le président Michel Temer

Le procureur général Rodrigo Janot a ouvert deux procédures contre le président Michel Temer : pour obstruction à la justice et association illicite. Temer venait d’échapper à une autre procédure pour corruption de députés grâce au vote de ces mêmes députés. Après la confession de Joesley Batista, propriétaire de la plus grande entreprise frigorifique du Brésil, le procureur avait accusé Temer de corruption passive : « Un politique qui est un délinquant n’est pas un politique, c’est un délinquant » ! Mais les « alliés » de Temer l’avaient sauvé. Contre-attaque de Temer : il veut virer Janot « parce qu’il porte atteinte au Brésil ». Pour la justice, les « révélations » d’accusés pour corruption ne sont pas des preuves. Ce sont des déclarations destinées à diminuer leurs peines de prison. Mais si c’est valable pour Michel Temer, pourquoi ne le serait-ce pas pour Lula considéré coupable sur les seules déclarations d’hommes mis en examen. Où sont les preuves ?

Guatemala : le président Jimmy Morales appliquera la peine de mort

Le 15 août, l’Hôpital Roosevelt de la capitale était attaqué par des membres de la Mara Salvatrucha venus délivrer un des leurs. Ils laissèrent derrière eux 7 morts et une douzaine de blessés. Les Maras sont ces groupes de jeunes extrêmement violents qui sévissent dans plusieurs pays d’Amérique centrale. Répondant aux demandes d’application de la peine de mort pour ces assassinats, le président Jimmy Morales a déclaré que « puisque la peine de mort est une mesure contemplée par la Constitution, il respectera la décision de la justice si celle-ci condamne quelqu’un à cette peine ». La peine de mort est prévue par l’article 18 de la Constitution et seul un vote du Congrès peut l’abolir.

Pérou : des présidents accusés de corruption en prison ou en exil

Les déclarations de Marcelo Odebrecht, propriétaire de la firme brésilienne du même nom, relatives aux pots-de-vin distribués dans toute l’Amérique latine en échange de contrats juteux ou au titre de soutien aux campagnes électorales, touchent aussi les ex-présidents péruviens Alan García, Alejandro Toledo et Ollanta Humala, sans oublier la candidate à la présidence, Keiko Fujimori. Étrangement, seuls Humala et son épouse Nadine Heredia, ont été mis en « détention provisoire pour 18 mois » en attendant les résultats de l’enquête. Toledo est aux États-Unis, García et Fujimori ne sont pas inquiétés… D’autre part, le président actuel, Pedro Pablo Kuczynski subit de fortes pressions pour qu’il libère l’ex-dictateur Alberto Fujimori « pour raisons médicales ». Les organisations de défense des droits humains rappellent qu’une condamnation pour crimes contre l’humanité ne peut être amnistiée. Le président hésite car le fujimorisme est très puissant et son gouvernement plutôt faible…

Colombie : toujours les pots-de-vin d’Odebrecht – la justice souhaite entendre le président Juan Manuel Santos

La justice colombienne souhaite entendre le président Juan Manuel Santos et plusieurs anciens et actuels ministres pour une affaire de corruption liée au procès Odebrecht du Brésil. Cette société aurait remis d’importantes sommes d’argent à plusieurs ministres ou autorités colombiennes pour bénéficier de contrats pour la construction d’une route. Marcelo Odebrecht aurait également donné de l’argent illégal à l’actuel président Santos pour sa campagne de réélection en 2014. Oscar Iván Zuluaga, candidat présidentiel à l’époque est également dans le viseur de la justice.

Paraguay : manœuvres militaires avec les États-Unis

Le Commando Sud des États-Unis, créé pour « travailler » sur l’Amérique latine, propose des formations pour les nations alliées des États-Unis. Les exercices militaires conjoints sont le moyen pour le pays du nord de rappeler au Sud qui commande ! « Fuerzas Comando 2017 » est le titre des exercices militaires qui se déroulent au Paraguay sous la direction du Commando Sud des États-Unis dans lesquels les deux pays seraient sur un pied d’égalité. Défense de rire… Au programme : « équipes d’assaut combinées, installation de troupes à Cerritos (dont la population est indigène donc dangereuse mais surtout dans une zone de puits de pétrole), francs-tireurs et combats en zone urbaine » (4). 18 pays participent aux manœuvres. Pour se défendre de qui, ce n’est pas clair. Le seul pays américain qui ait jamais envahi un autre sont… les États-Unis qui ont souvent envahi des pays américains…

Jac FORTON

(1) CIDH : Commission interaméricaine des droits humains.  (2) Dans un article publié par ALAI le 14 août 2017.  (3) Cité dans le même article qu’en (2).  (4) Voir un article de Abel Irala sur ALAI du 17 juillet 2017 et sur www.southcom.mil.

Quelle est la place actuelle de l’Amérique latine en France ?

Des artistes et intellectuels latino-américains travaillant en France et de latino-americanistes français lancent un appel par une lettre ouverte à M. Emmanuel Macron, président de la République. Si vous souhaitez ajouter votre nom à la liste des signataires, un simple mail suffit en ajoutant votre profession. 

Monsieur le Président de la République,

L’Amérique latine aura été la grande absente de la campagne électorale. L’Europe, l’Afrique, la Méditerranée, le Proche et le Moyen-Orient constituent un étranger proche qui s’impose à notre pays. Mais l’oubli d’un Nouveau Monde, s’il était confirmé, serait dommageable à la France. La Cinquième République est porteuse d’universel. La France ne pourrait sans péril pour elle-même, ses intérêts, ses alliances proches, ses principes, oublier la pluralité du monde. Et donc ce qu’elle doit à l’Amérique latine. Paraphrasant le propos de l’un de vos prédécesseurs, il est vrai d’affirmer que la France ne saurait « sans se renier, se scléroser, se détourner des sources vives » qu’elle partage avec l’Amérique latine.

L’Amérique latine a valeur d’étalon diplomatique et politique. À toutes les époques de son histoire, la France a su lui tendre la main et accueillir avec profit celle qui lui était donnée. Le général de Gaulle avait littéralement offert la « mano » de la France aux Latino-Américains au cours d’un voyage continental effectué en 1964 du Mexique au Chili. François Mitterrand avait adressé en 1982 un salut fraternel aux peuples d’Amérique latine. Parce que « nous avons », avait-il dit, des « buts communs », reflets « de sources communes ». La présence sur notre territoire d’artistes, d’écrivains, de scientifiques latino-américains témoigne d’une attraction puissante et toujours actuelle. Octavio Paz, prix Nobel mexicain, avait en 1984 rappelé « l’influence féconde que la culture européenne a exercée sur la pensée, la sensibilité et l’imagination de nos meilleurs écrivains, artistes et réformateurs sociaux et politiques ».

La plupart ont cultivé le « prétexte de Paris », pour approfondir et élargir le terreau des sources que nous avons en partage. Littéraires avec Jorge Amado, Alejo Carpentier, Julio Cortázar, Gabriel García Márquez, Pablo Neruda, César Vallejo, Mario Vargas Llosa. Artistiques avec Diego Rivera, Tarsila do Amaral, Jesús Rafael Soto, Joaquín Torres García, Wifredo Lam. Politiques avec Simón Bolivar, José de San Martín, Francisco de Miranda, Raúl Haya de la Torre, Celso Furtado. Parmi beaucoup d’autres. Nombreux sont encore ceux qui viennent en France, parfois y vivent et contribuent à la création de richesses intellectuelles et matérielles.

La réciprocité et l’échange ont été très tôt au cœur de cette relation intense, et porteuse de fruits inattendus. Il suffit d’évoquer quelques personnalités ayant toutes contribué à penser que l’avenir de la France – et de l’Europe – passait aussi par le reflet renvoyé par le Nouveau Monde latino-américain : Montaigne, Charles Marie de La Condamine, Voltaire, Fernand Braudel, Claude Lévi-Strauss, Roger Caillois, André Breton, Jules Supervielle, Georges Bernanos, Pierre Monbeig, Georges Clémenceau, Jean Jaurès. Tous ont tiré de leur rencontre avec l’autre « latino-américain », un « plein d’usages et raisons », qu’ils ont utilement greffé sur nos savoirs.

Une « frontière de verre » sépare et unit la France, l’Europe à l’Amérique latine. La latinité est l’héritage paradoxal d’une histoire contrastée, fondatrice d’un dialogue inscrit dans la durée. Permettez-nous de citer une fois encore Octavio Paz, intellectuel ayant jeté des ponts lucides et fructueux entre les deux rives de notre « occidentalité » européenne : « Latino-Américains, nous parlons espagnol et portugais […]. Nos coutumes, nos institutions, nos arts, et nos littératures viennent directement de l’Espagne et du Portugal. Mais à peine affirmons-nous que nous sommes une prolongation ultramarine de l’Europe que les différences sautent aux yeux ».

Cette différence est une source potentielle d’enrichissement partagé. Il convient de la cultiver. Dans l’intérêt supérieur des uns, en France et en Europe, comme des autres, en Amérique latine. Celle-ci a été étroitement liée à l’Alliance française depuis ses origines. Les affinités latines, l’admiration pour les idéaux, les arts et les lettres français, l’attraction exercée par Paris sont vives. Pour beaucoup, la France demeure la porte d’entrée vers l’Europe. La proximité qui nous a été donnée peut être un levier de projets communs dans le domaine des créations artistiques et intellectuelles, de la formation, des échanges culturels, de la recherche scientifique, du développement comme de la conception d’un monde de paix et de dialogue. D’autant plus utiles en cet univers de concurrences et de dominations exacerbées, qu’elle s’efforce de poser les fondements d’une relation allant au-delà de la diplomatie des affaires et de l’économie.

Je signe ! J’envoie mon nom et qualité à ce mail

Premiers signataires : Mercedes Alfonso (comédienne),  Danielle Almendros (biographe), Cecira Armitano-Nahory (critique d’art), Diana Baroni (musicienne), Olga Barry (éditorialiste), Françoise Barthélémy (journaliste), Catherine Bodet (médiation scientifique), André Bonvalot (Solidarité-Pérou Doubs), Jean-Paul Bostbarge (enseignant), Michel Bourguignat (expatrié français au Chili), Diana Burgos-Vigna (universitaire), Raul Caplan (universitaire), Frédéric Couderc (écrivain), Fabienne Crespo-Montero (enseignante), Maria da Conceição Coelho Ferreira (maître de conférence),  Suzete De Paiva Lima-Kourliandsky, (présidente de l’association ALMAA), José Del Pozo (historien), Jean-Paul Deler (géographe), François Delprat (professeur émérite), Marilza Demelo-Foucher (journaliste, docteur en économie), Patrick Deville (écrivain), Alfonso Díaz Uribe (sculpteur),  Françoise Dubuis (enseignante), Michel Dubuis (professeur des universités), Philippe Dujardin (politologue), Violanne Dupic (enseignante), Januario Espinosa (directeur d’Espaces Latinos), Victor Hugo Espinosa (ingénieur), Jac Forton (journaliste), Carlos Gabetta (journaliste), Edicto Garay Oyarzo (maître de conférence), Christian Girault (géographe), Tito González (directeur de Maison de culture), Alexis Guardia (économiste), Chantal Guillet (enseignante), Jean-Pierre Guis (photographe), Sandra Hernandez Davila (chanteuse), Anne-Claire Huby (éditeur), Jhon Jairo Ocampo Cantillo (master études latino-américains), Jean-Jacques Kourliandsky (chercheur), Thierry Lesprit (ingénieur), Alain Liatard (spécialiste de cinéma), Nicole Malaret (maître de conférence), Marcos Malavia (dramaturge), Maria José Malheiros (architecte), Eveline Mana (maître de conférence), Eduardo Manet (écrivain), Christine Marest Blanc-Bernard (chorégraphe), Sylvie Mongin Algan (metteur-en-scène), Maria Isabel Mordovich (écrivain), Isabelle Moulis (ethnologie du patrimoine), Maurice Nahory (conseiller de coopération culturelle), Ewerton Oliveira (pianiste), Marilú Ortiz de Rozas (écrivain et journaliste), Veronique Ovaldé (écrivain), Juan Pablo Pallamar (doctorant), Rodolfo Parada (artiste musicien), Daniel Pecaut (chercheur), Gabriel Puricelli (sociologue), Jorge Reyes (cinéaste), Romain Robinet (historien), Nicole Rochaix-Salmona (maître de conférences), Irène Sadowska-Guillon (journaliste), Pierre Salama (économiste), Carole Sanchez (maître de conférence), Aconcha Sanz (peintre), Marian Semilla Duran (professeur des universités), Carlos Schwartz (médecin), Michel Seruzier (économiste), Audibert Silvestre (éditeur-imprimeur), Simele Soares Rodrigues (maître de conférence), Ángel Pablo Tello (professeur), Catherine Traullé (médecin), Eduardo Valenzuela (directeur de dialogue citoyens), Carole Zalberg (écrivain)…

Visite des présidents du Pérou et du Guatemala pour la clôture de la Semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes en France

Les présidents du Pérou, Pedro Pablo Kuczynski et du Guatemala Jimmy Morales effectuent cette semaine une visité officielle en  France. A Paris ils participeront au forum économique dans le cadre de la clôture de la Semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes en France. Des ministres du Mexique, Costa Rica et Brésil figurent aussi parmi les personnalités  invitées.

Pedro Pablo Kuczynski est un technocrate à la trajectoire nationale et internationale. Âgé  maintenant de 78 ans, il a été ministre de l’Énergie et des Mines (1980-1982), et de l’Économie (2005-2006), ainsi que président du conseil des ministres (2005-2006). Né à Lima d’un père allemand d’origine polonaise et d’une mère française, PPK a grandi à Iquitos, où son père, Maxime, dirigeait la léproserie de San Pablo et où sa mère était professeur. Le cousin de PPK, le cinéaste français Jean-Luc Godard a passé quelque temps à Lima lorsqu’il était jeune, auprès du futur président du Pérou. Sa jeunesse a été très éloignée de la politique et même de l’économie. Peut-être influencé par son cousin, Kuczynski avait des aspirations artistiques.  En 1962 il a épousé une Américaine, Jane Dudley Casey, fille d’un politique, avec laquelle il a eu trois enfants. Divorcé en 1995, il a plus tard épousé Nancy Ann Lange, cousine de l’actrice Jessica Lange, avec laquelle il a eu une fille, Suzanne.

Dans les années 90, pendant le fujimorisme, il a quitté le premier plan de la scène politique et a travaillé dans différentes compagnies multinationales. Il revint à l’État sous la présidence d’Alejandro Toledo (2001-2006). Il ne fut ministre de l’Économie qu’une année, les mesures de privatisation et de libéralisation qu’il avait prises ayant entraîné beaucoup de contestations. Il a continué de soutenir le gouvernement et a été réintégré en 2005 comme président du conseil des ministres. En 2011, à l’âge de 73 ans, il s’est présenté pour la première fois à la présidence de la République pour l’Alliance pour le Grand Changement (Alianza por el Gran Cambio), et est arrivé troisième, avec 18,5 % des voix, derrière Ollanta Humala et Keiko Fujimori. Au second tour il avait soutenu Keiko Fujimori, qui avait perdu face à Ollanta Humala.

Jimmy Morales, né James Ernesto Morales Cabrera le 18 mars 1969 à Guatemala, est un acteur, écrivain, producteur, réalisateur et homme d’État guatémaltèque. Entré en politique en 2001, il est nommé, le 10 mars 2013, secrétaire général du Front de convergence nationale (Frente de Convergencia Nacional, FCN) et est élu président de la République du Guatemala le 25 octobre 2015. Lors de notre article de le cette époque nous signalions que le candidat Jimmy Morales eut l’habileté de se placer aux côtés des citoyens en déclarant :Je fais partie des mécontents de ce système et je m’engage fermement au côté de la clameur populaire pour commencer à faire les choses autrement… Cette clameur veut une réforme de la loi électorale et des partis politiques et exige des changements ”.

Il a aussi promis de “donner leur indépendance aux pouvoirs et aux institutions nationales, bref d’éradiquer la culture de corruption et d’impunité au Guatemala. Morales n’a aucune expérience politique ni de véritable parti organisé pour le soutenir, ainsi que peu de députés au Congrès. Il faudra qu’il s’allie avec un ou d’autres partis et son choix sera un signe de son orientation politique. Le côté plus sombre du nouveau président est que son parti fut créé en 2008 par des vétérans militaires de la guerre civile et qu’il est soutenu par le général José Luis Ayuso, ancien président de l’Association des vétérans et militaires du Guatemala, un groupe d’anciens militaires d’extrême droite. On sait aussi que Morales est un conservateur très religieux, proche des évangéliques. Après sa victoire au premier tour, il avait déclaré que “certains diront que c’est la chance, d’autres que c’est providentiel ; je préfère penser que Dieu nous a aidés et nous a bénis.

Le Forum économique international de l’Amérique latine et des Caraïbes vise à faire dialoguer les leaders des secteurs public et privé ainsi que les représentants des organisations internationales impliquées en Amérique latine. Après avoir examiné les perspectives macro-économiques du continent latino-américain, ce IXe Forum analysera l’impact des nouvelles politiques économiques et commerciales à l’échelle mondiale sur le développement des pays de la région, la nouvelle géographie des accords commerciaux, et le processus d’intégration régionale.

Le Forum se penchera également sur l’importance d’investir dans les compétences et la formation de la jeunesse latino-américaine, y compris en encourageant l’esprit d’entreprise des jeunes. Cet événement est organisé de manière conjointe par le ministère de l‘Économie et des Finances français, le Centre de développement de l’Organisation de coopération et de développement économiques ainsi que par la Banque interaméricaine de développement.

Services des presse

Voir site « La Semaine »

Déclaration conjointe M. Pedro Pablo Kuczynski, président de a République du Pérou et M. Emmanuel Macron président de la France

Paris, 8 juin 2017

Mesdames et Messieurs,

J’ai eu le plaisir de recevoir Monsieur le Président Kuczynski et je le remercie de cette visite qui nous a permis d’évoquer à la fois les sujets bilatéraux, régionaux et plusieurs points d’intérêt mutuel. J’aurai moi-même le plaisir de me rendre à mon tour à Lima en septembre prochain, à l’occasion de la réunion du Comité international olympique où sera désignée la ville hôte des Jeux olympique de 2024.

Le Pérou est un pays partenaire important avec lequel nous coopérons sur de nombreux dossiers que nous avons évoqués et sur lesquels nous poursuivrons justement la coopération, qu’il s’agisse des satellites, de la coopération technologique, des coopérations économiques que nous souhaitons développer en matière de transport, d’eau et d’autres domaines.

Durant cet entretien, le président m’a confirmé aussi l’engagement total du Pérou, et je m’en félicite, pour la préservation des acquis de l’Accord de Paris. Nous sommes l’un et l’autre pleinement engagés non seulement dans le plein respect de l’Accord de Paris, mais également dans une volonté qui nous unifie d’aller au-delà des engagements qui sont le strict minimum.

Le président péruvien m’a également fait part de son point de vue sur la situation politique en Amérique latine que la France suit avec beaucoup d’attention et pour laquelle nous accompagnerons les bonnes volontés en tant que de besoin. Il a notamment exprimé sa préoccupation vis-à-vis de la situation au Venezuela sur laquelle nous continuerons ensemble à échanger.

Je remercie une fois encore le président pour sa visite avant donc, dans quelques semaines, de lui rendre cette politesse en le visitant à Lima.

Emmanuel MACRON

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