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Amérique latine

Conversation avec Mario Vargas Llosa autour de l’Amérique latine au Monde festival 2018

Dans le cadre du Monde festival, dont la 25e édition se tiendra du 5 au 7 octobre 2018 à Paris, le Prix Nobel de littérature Mario Vargas Llosa conversera avec le journaliste du Monde chargée du suivi de l’Amérique latine, Paulo Paranagua. Une conversation sur le thème de l’Amérique latine, entre populisme et libéralisme. La rencontre aura lieu samedi 6 octobre 2018 au Palais Garnier, de 15 h 30 à 16 h 30.

Photo : Fronteiras do Pensamento

Prix Nobel de littérature, l’écrivain péruvien Mario Vargas Llosa n’a pas trouvé son inspiration uniquement dans son pays natal, mais aussi dans d’autres nations d’Amérique latine, comme le Brésil ou la République dominicaine, sans oublier des figures universelles, comme le peintre Paul Gauguin et la féministe Flora Tristan. Son œuvre romanesque, disponible aussi bien dans la prestigieuse Bibliothèque de la Pléiade qu’en livre de poche, évoque les vieux démons latino-américains, les dictateurs, les guérilleros, les populistes, les élans révolutionnaires et messianiques ou encore le militarisme. Chroniqueur infatigable de l’actualité, son dernier ouvrage rend hommage aux libéraux qui l’ont influencé. Avec lui, nous parlerons aussi bien de littérature que de politique : comment peut-on être latino-américain ?

D’autres rencontres se tiendront du 5 au 7 octobre dans le cadre du Monde festival, avec Barbara Hannigan, Juliette Armanet, la tribu Guédiguian, Chimamanda Ngozi Adichie, Charline Vanhoenacker, Pierre de Villiers, Pierre Hermé, Roberto Saviano, Kamel Daoud et bien d’autres…

Aimer ! C’est le thème de la 5e édition du Monde Festival qui s’ouvre le 5 octobre à Paris avec le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda et son dernier film, Une affaire de famille, Palme d’or 2018 à Cannes. Deux autres films seront projetés en avant-première : Un amour impossible, de Catherine Corsini et, pour clôturer le festival, En liberté !, le nouvel opus de Pierre Salvadori.

Les 6 et 7 octobre laisseront la place aux débats : sur les nouvelles relations amoureuses (Le big data va-t-il tuer le hasard des rencontres ? Aux origines de #metoo), les technologies (Intelligence artificielle et émotions : un amour de robot ?) l’école (Donner l’envie d’apprendre, un jeu d’enfant ?) l’environnement (Pour l’amour de ma Terre, S’aimer comme des bêtes ), l’économie, les médias (Comment informer sous la présidence d’Emmanuel Macron ?), la politique (Y a-t-il une vie après la politique ?)… Et samedi soir, rendez-vous à La Nuit de l’amour aux théâtre des Bouffes du Nord, avec André Comte-Sponville, Barbara Cassin, Carolin Emcke…

D’après le Monde festival

Retrouvez la programmation du festival et achetez vos billets

Amnesty France donne la parole à des Mapuche venus de part et d’autre de la Cordillère des Andes

L’association EFiGiES, qui vise à créer de la solidarité entre étudiants, doctorants et jeunes chercheurs en Études Féministes, Genre et Sexualités à travers une mise en commun de savoirs et d’informations, adresse un message à toutes celles et tous ceux qui demeurent solidaires du peuple mapuche en résistance de part et d’autre de la Cordillère des Andes, message que nous avons souhaité reproduire ici. Elle propose également de rencontrer deux femmes mapuche au sujet des luttes pour le Territoire-Terre en octobre prochain.

Photo : Cedoc Perfil

Au Chili, l’escalade de violence que nous avions déjà dénoncée l’an dernier envers le peuple Mapuche dans la IXe région ne cesse de s’amplifier avec de violentes perquisitions dans les communautés accompagnées de tirs de gaz lacrymogènes, des enfants blessés par des balles de plomb et de caoutchouc et des arrestations arbitraires de mineurs. Cette persécution policière s’accompagne d’une criminalisation judiciaire avec l’utilisation de témoins cagoulés, la manipulation de preuves, des détentions préventives de plus d’un an avant les jugements qui se terminent souvent par des non-lieu ainsi que des menaces et des filatures de leurs propres défenseur.e.s. Rappelons que, dans ce contexte, nous avons appris en juin dernier que le gouvernement de M. Piñera a envoyé plusieurs groupes de «carabineros» (policiers militaires) dans des camps d’entraînement anti-terroristes aux États-Unis et en Colombie.

La situation des communautés mapuche au sud de l’Argentine est aussi alarmante, particulièrement dans la province de Chubut où a disparu en août 2017 le jeune argentin Santiago Maldonado lors d’une vaste perquisition opérée par la police militaire dans le territoire de la communauté mapuche Pu Lof en Résistance, du département de Cushamen. Cette disparition et la réapparition deux mois plus tard du corps de Santiago Maldonado dans la rivière voisine de la communauté a permis de révéler l’ampleur de la répression dont souffrent, depuis des décennies, les communautés mapuche au sud de l’Argentine.

À la suite de cet événement, une centaine d’organisations de peuples autochtones, Amnesty International, le Service de paix et justice (Serpaj) et l’Assemblée permanente de droits humains (APDH) ont adressé un communiqué au gouvernement argentin pour dénoncer la «stigmatisation et la persécution à l’encontre du peuple mapuche». Le communiqué intitulé «La lutte indigène n’est pas un délit» interpellait le gouvernement en déclarant : «Le ministère de la Sécurité considère les revendications territoriales mapuche comme des menaces pour la sécurité publique […] L’État privilégie en fait les intérêts des entreprises pétrolières et criminalise le peuple mapuche.»

Dans le cadre de la journée internationale des peuples indigènes des Amériques, le 12 octobre prochain, nous invitons Mme Natividad Llanquileo, avocate mapuche et présidente du CID SUR (Centre de recherche et de défense SUR), à Temuco, IXe région du Chili à venir témoigner de la grave situation des droits humains en territoire mapuche (Wallmapu). Dans ce même contexte, nous invitons également M. Mauro Millan, Lonko (responsable) de la communauté mapuche Pillan Mawiza, située dans la province de Chubut en Patagonie argentine, et Mme Ana Margarita Ramos, anthropologue et chercheuse, à venir également témoigner de la situation peu médiatisée des peuples autochtones d’Argentine.

Dès à présent nous vous informons que, grâce au soutien des membres de la Région Amériques d’Amnesty International France, leur séjour en France débutera par une conférence le jeudi 11 octobre, de 19 heures à 22 heures, au siège d’Amnesty International, 72-76 boulevard de la Villette, 75019 Paris (Mo Colonel Fabien). L’accueil aura lieu à partir de 18h30, en raison d’un code d’accès mis en place à partir de 19 h.

S’il ne vous est pas possible de participer à cette rencontre, nous sommes prêts à accueillir vos propositions de rencontres et entretiens avec Mme Natividad Llanquileo les vendredi 12 et samedi 13 octobre et le lundi 15 octobre avant son départ en Suisse jusqu’au 21 octobre. Et ensuite jusqu’au 29 octobre.

D’après l’association EFiGiES

Appels d’Amnesty International sur les situations de violence au Venezuela et au Nicaragua

«Les autorités doivent cesser de réprimer pénalement et de tuer les jeunes vivant dans la pauvreté» au Venezuela, titre Amnesty International dans un communiqué de presse diffusé cette semaine, afin de dénoncer le recours à la force du gouvernement. L’ONG a également lancé une pétition appelant à libérer l’étudiante belgo-nicaraguayenne Amaya Eva Coppens accusée d’avoir été parmi les meneurs qui ont érigé des barricades et d’avoir incendié un bâtiment de l’université de León. Nous reproduisons ici ces appels.

Photo : Xinhua

L’État vénézuélien utilise la force meurtrière dans l’intention de tuer les personnes les plus vulnérables et les plus exclues socialement. Il viole ainsi leurs droits et les traite comme des criminels en raison des conditions dans lesquelles elles vivent, alors qu’il devrait mettre en œuvre des politiques de lutte contre la criminalité basées sur la prévention et conformes aux normes internationales relatives aux droits humains, a déclaré Amnesty International dans un rapport publié le 20 septembre.

«Le gouvernement du président Nicolas Maduro devrait garantir le droit à la vie, au lieu de prendre la vie de jeunes Vénézuéliens. Les jeunes qui vivent dans la pauvreté devraient tous avoir les mêmes possibilités que les autres en ce qui concerne leur avenir, et ils ne devraient pas vivre dans la crainte d’être considérés par la police et l’armée comme des ennemis à éradiquer», a déclaré Erika Guevara-Rosas, directrice du programme Amériques d’Amnesty International.

Le rapport intitulé This is no way to live: Public security and the right to life in Venezuela souligne la responsabilité de l’État vénézuélien en ce qui concerne des violations du droit à la vie et à l’intégrité physique de milliers de personnes. L’État ne garantit pas la vie et la sécurité de la population alors que l’insécurité a atteint un niveau très inquiétant, et il applique en outre des mesures répressives en utilisant des méthodes militaires, prétendument pour combattre la criminalité. En conséquence, plus de 8 200 exécutions extrajudiciaires ont été recensées entre 2015 et juin 2017.

L’an dernier, au moins 95 % des victimes d’homicides – homicides commis par des criminels et par les forces de sécurité – ont été de jeunes hommes âgés de 12 à 44 ans qui vivaient dans les zones les plus pauvres du pays. Près de 90 % des homicides recensés ont été commis au moyen d’une arme à feu dans des zones urbaines ou rurales présentant un niveau élevé d’activités illicites, par exemple des activités minières illégales.

En 2016, le Venezuela a enregistré le taux d’homicides le plus élevé de son histoire, plus de 21 700 personnes ayant perdu la vie en raison de l’insécurité régnant dans le pays. Dans la mesure où pour chaque personne tuée dans le contexte de violences par armes à feu on dénombre en moyenne trois ou quatre survivants, Amnesty International estime qu’entre 65 000 et 87 000 personnes ont été victimes de violences cette année-là. Des chiffres non officiels indiquent que le Venezuela se plaçait en 2017 au quatrième rang des pays les plus violents au niveau mondial, avec un taux d’homicides de 89 pour 100 000 personnes.

Amnesty International note que malgré la mise en œuvre d’au moins 17 plans pour la sécurité au cours des 17 dernières années, l’État n’a pas respecté ses obligations concernant la prévention de la violence armée et de ses conséquences. L’État n’a en outre pas respecté son obligation d’enquêter sur les violations des droits humains, d’en sanctionner les responsables et de fournir une réparation aux victimes. Bien au contraire, les autorités ont publiquement déclaré que le fait de tuer des personnes dans le cadre d’opérations de sécurité est une pratique efficace, alors que cela constitue une évidente régression par rapport aux garanties relatives aux droits humains et va à l’encontre de la législation sur les méthodes policières.

Le Venezuela traverse depuis plusieurs années une grave crise des droits humains. Amnesty International a régulièrement attiré l’attention sur de graves violations des droits à la santé et à la nourriture, sur la pratique persistante d’arrestations motivées par des considérations politiques, de la torture et d’autres traitements cruels, inhumains ou dégradants, et sur le recours à des tribunaux militaires pour juger des civils, entre autres violations des droits civils et politiques.

L’augmentation considérable du nombre de personnes s’enfuyant dans d’autres pays, principalement des pays du continent américain, représente l’un des effets les plus notables de ces violations massives des droits humains et de l’absence de sécurité publique. Selon l’ONU, 2,3 millions de personnes ont fui le Venezuela depuis 2014.

«Le Venezuela traverse actuellement l’une des pires crises des droits humains de son histoire. La liste des crimes de droit international commis contre la population ne cesse de croître. Il est très inquiétant de constater qu’au lieu d’appliquer des politiques publiques efficaces de protection de la population et de lutte contre l’insécurité, les autorités vénézuéliennes utilisent un langage guerrier pour tenter de légitimer l’utilisation d’une force excessive de la part de la police et de l’armée et, dans de nombreux cas, l’utilisation de la force meurtrière avec l’intention de tuer», a déclaré Erika Guevara-Rosas.

«Le gouvernement doit de toute urgence lancer un programme national visant à réduire le nombre d’homicides, et mettre en œuvre une stratégie en matière de maintien de l’ordre incluant des lignes directrices sur la proportionnalité et le caractère différencié du recours à la force et aux armes à feu qui soient pleinement conformes aux normes internationales relatives aux droits humains.»

Amnesty International demande aux autorités vénézuéliennes de mettre en œuvre une politique de sécurité publique garantissant le respect du droit à un procès conforme aux normes d’équité, en supprimant notamment les lenteurs procédurales et les autres dysfonctionnements qui minent le système pénal vénézuélien. Les autorités doivent combattre l’impunité qui prévaut dans les affaires de violations des droits humains et d’homicides, et veiller à ce que les proches des victimes obtiennent une réparation équitable, notamment une indemnité appropriée, un soutien psychologique et des garanties de non-répétition.

Amnesty International
Service de presse

Amnesty réclame également la libération de l’étudiante belgo-nicaraguayenne Amaya Eva Coppens

L’ONG Amnesty International a réclamé mercredi la libération de l’étudiante belgo-nicaraguayenne Amaya Eva Coppens, incarcérée depuis le 10 septembre dernier à León (nord-ouest du Nicaragua) après des actions de protestation contre le régime de Daniel Ortega.

Photo : Amaya Eva Coppens/Amnesty International

«Il est évident que les autorités du Nicaragua font tout pour bâillonner les opinions divergentes. Les protestations contre le régime sont réprimées violemment, avec des centaines de morts depuis avril. Des personnes courageuses comme Amaya, qui élèvent leur voix contre cette répression démesurée, sont poursuivies et enfermées», souligne Wies De Graeve, directeur d’Amnesty International Vlaanderen. Amaya Coppens, 23 ans, est accusée d’avoir été parmi les meneurs qui ont érigé des barricades et d’avoir incendié un bâtiment de l’université de León, où elle est étudiante en 5e année de médecine. Une pétition a été ouverte sur le site d’Amnesty

La situation difficile des personnes LGBTI en Amérique latine s’améliore très lentement

Les récentes mobilisations des femmes latino-américaines pour le droit à l’avortement ont mis sur le devant de la scène les questions liées à la liberté de disposer de son corps dans un certain nombre de pays du continent. Comme l’a montré le refus du Sénat argentin d’autoriser un avortement libre, ces questions se heurtent en Amérique latine à une partie de la société qui refuse la libéralisation des mœurs. Au côté de l’avortement, un autre grand sujet de société dans son rapport au corps et à la sexualité est aujourd’hui l’homosexualité et les minorités sexuelles.

Photo : Carlos Rasso/Radio Canada

Dans ce domaine, l’Amérique latine, comme le reste du monde, est confrontée à des mouvements défendant les droits LGBTI. Les législations actuellement en vigueur sur le continent américain sont très diverses et il est difficile d’en faire un compte-rendu clair en peu de mots. Toutefois, nous pouvons dégager quelques grandes lignes qui caractérisent les droits LGBTI en Amérique latine.

Commençons par noter que plusieurs pays ont des législations criminalisant le comportement des personnes LGBTI. Il existe plusieurs «façons» de discriminer ces personnes dans la loi. Selon un rapport de la Commission interaméricaine des droits de l’homme de 2015 sur les violences contre les personnes LGBTI, onze pays de l’Organisation des États américains (OEA) continuent de criminaliser les relations sexuelles entre personnes majeures, consentantes, de même sexe. Ces législations utilisent la criminalisation de la sodomie, mais également des formules vagues comme «délit contre l’ordre naturel» ou «délits anti-naturels».

Ce même rapport indique que certains autres pays ont dans leur législation des articles qui peuvent discriminer les personnes LGBTI. Ainsi des législations prohibant les conduites «indécentes» sans définir ce qu’est l’indécence ouvrent la porte à la condamnation des personnes homosexuelles, bisexuelles et transsexuelles, de la même manière que les lois protégeant la «morale publique».

Ces dispositions législatives existent dans de nombreux pays des Caraïbes, mais également au Guyana par exemple. Ce pays considère l’homosexualité comme un attentat à la pudeur sanctionné par deux ans de prison et que la sodomie peut valoir la prison à perpétuité. Que ces lois soient peu appliquées ne les empêche pas de créer un climat social discriminant et de favoriser les violences contre les personnes sortant de la norme.

Outre la criminalisation dont les personnes LGBTI peuvent être victimes, l’égalité des droits n’est pas toujours garantie par les États, et plusieurs pays continuent à refuser aux minorités sexuelles ce qu’ils accordent aux autres citoyens.

Ainsi, au Paraguay, la Constitution interdit toute forme d’union civile entre personnes de même sexe, et la Bolivie, le Pérou, le Suriname et le Venezuela ne permettent pas non plus une union civile pour les couples homosexuels. Le Chili a quant à lui mis en place une union civile, mais refuse le mariage aux couples LGBTI.

La plupart des législations criminalisant ou discriminant les minorités ont été introduites au moment de la colonisation, en application de la loi de la métropole, que ce soit le Royaume-Uni, l’Espagne, la France, le Portugal ou les Pays-Bas. Le maintien de ces lois, ensuite, est souvent dû à l’importance des croyances religieuses dans ces pays, et à l’influence grandissante des églises évangéliques dans les pays latino-américains et caribéens compliquent le combat des défenseurs des droits LGBTI.

Par ailleurs, d’autres éléments jouent en défaveur des personnes LGBTI en Amérique latine. Tout d’abord, la relative impunité et l’invisibilisation de ces communautés. En effet, les personnes victimes de violences ou de discriminations ne recourent que rarement à la justice pour faire respecter leur droit. La défiance envers la justice et les forces de l’ordre est suffisamment forte pour décourager les personnes LGBTI de recourir aux institutions de l’État en cas de violation de leurs droits, que ces violations soient liées ou non à leur identité ou leur orientation sexuelle.

Ensuite, la négligence des autorités sur le thème des droits LGBTI ne permet souvent pas d’avoir une idée exacte de la situation : l’aspect discriminant, homophobe, transphobe ou autre n’est pas forcément pris en compte. Les corps de femmes trans victimes de meurtres peuvent être enregistrés comme «homme habillé avec des vêtements de femme» par exemple, et ces cas sortent des statistiques officielles.

Bien évidemment, la violence directe reste très présente. Entre janvier 2013 et mars 2014, 594 personnes LGBTI ou perçues comme telles ont été assassinées en Amérique latine et dans les Caraïbes à cause de leur identité sexuelle, réelle ou supposée. De plus, dans plusieurs cas, les forces de l’ordre sont impliquées dans ces crimes, que ce soit en Amérique centrale comme dans les Caraïbes et en Amérique du Sud. Les exemples de violence exercée par les forces de sécurité sont nombreux sur tout le continent. Ces violences peuvent être des exécutions sommaires, des actes de tortures, de barbarie, etc.

Outre ces violences, les autorités sont également responsables de nombreuses violations des droits tels que l’usage excessif de la force ou la détention arbitraire. D’après Amnesty International, le Brésil est le pays le plus mortifère pour les personnes transsexuelles et d’autres pays, tels que l’Argentine, le Honduras, le Salvador, la République dominicaine ou le Venezuela connaissent de hauts niveaux de violence qui se maintiennent malgré les politiques publiques. Cela mène l’organisation à pointer du doigt la tolérance de ces pays envers les discours haineux qui pourraient expliquer le maintien de ces violences.

D’après la Commission interaméricaine des droits de l’homme, les crimes contre les personnes LGBTI se caractérisent par un «haut niveau de violence et de cruauté» en comparaison aux crimes ne visant pas ces personnes. La Commission donne l’exemple des mutilations, des décapitations, des lapidations, des brûlures, des empalements et des actes de tortures pré-mortem qui sont beaucoup plus courants dans les cas de crimes contre des personnes LGBTI. De plus, les actes humiliants, dégradants, et les viols sont plus courants lors de ces crimes.

Il est malgré tout important de noter que la situation s’améliore dans de très nombreux pays d’Amérique latine. En premier lieu, la société semble être de plus en plus ouverte sur ces questions et le nombre de personnes intolérantes semble baisser. Ainsi la chaîne de télévision CNN Espagne a mené une enquête sur la perception de l’homosexualité en Amérique latine. Selon cette chaîne, seulement 14 % des personnes interrogées reste très ou plutôt favorable à la criminalisation de l’homosexualité, et une infime minorité se sentirait un peu ou très mal à l’aise en sachant que son voisin est homosexuel. Toutefois, ces chiffres sont à considérer avec précaution, pour deux raisons : il ne s’agit pas d’une enquête statistique très poussée et ce «sondage» ne concerne que l’homosexualité et non les autres minorités sexuelles.

Un autre élément important est le rapide développement des initiatives législatives. Depuis 2010, les avancées se multiplient : dès 2009, l’Argentine a autorisé de facto le mariage homosexuel en considérant que le droit au mariage était un droit constitutionnel. Ce fut le premier pays latino-américain à ouvrir le mariage aux couples homosexuels, et le premier mariage gay latino-américain fut célébré à Ushuaïa le 28 décembre 2009. De la même manière, l’Union civile ou un statut proche existe au Brésil depuis 2004, en Colombie et dans les États de Mexico et de Coahuila (2007), en Argentine et en Uruguay (2008), en Équateur (2009)…

Outre le droit au mariage et/ou à l’union civile, l’adoption par les couples homosexuels, l’intégration dans l’armée ou la possibilité de changer de nom et de sexe pour les personnes transgenres se développent également : il est ainsi possible d’adopter en Uruguay (2009), en Argentine et au Brésil (2010), en Colombie (2015) et à Mexico (2010) par exemple. En France, l’adoption n’a été possible qu’avec la loi sur le mariage de 2013.

Certains pays ont fait partie de «l’avant-garde» sur ces questions dans les différentes institutions internationales. Ainsi, le Brésil a présenté la première déclaration sur la dépénalisation universelle de l’homosexualité au Conseil des droits de l’homme de l’ONU en 2003. Ce pays, avec l’Argentine, a également fait partie du groupe de travail qui a permis l’adoption en 2009 de la «Déclaration relative aux droits de l’homme et à l’orientation sexuelle et l’identité de genre». En 2011, l’Afrique du Sud et la Colombie portent un projet visant à faire reconnaître les droits LGBT comme des droits humains. Le projet avorte, mais en 2014, le Chili, la Colombie et l’Uruguay réussissent à faire adopter un texte sur la protection des personnes LGBT contre les violences et les discriminations par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

Ce leadership international s’accompagne également d’avancées importantes dans les législations des pays latino-américains, sur des sujets qui restent sensibles, y compris dans les sociétés occidentales. Avant même que la législation française ne permette librement le changement de sexe, plusieurs pays latino-américains autorisaient le changement d’identité librement ou sans recourir à de la chirurgie. Les premières lois autorisant le changement de sexe datent de 2006 au Panama. Aujourd’hui, la modification de l’état civil est possible dans la majorité des pays du continent.

Cela reste toutefois impossible au Venezuela, au Mexique (à l’exception du district de Mexico), au Suriname, au Salvador, au Paraguay, au Nicaragua, au Guyana, au Guatemala et au Costa Rica. Encore une fois, une géographie apparaît nettement. Les pays centraméricains sont en effet beaucoup plus rétifs à reconnaître aux communautés LGBTI leurs droits. Toutefois, les minorités sexuelles d’Amérique latine et des Caraïbes poursuivent la lutte pour obtenir une égalité en droit et en fait, et obtiennent des résultats. Espérons que cette dynamique se poursuive pour que bientôt l’orientation sexuelle ne soit plus une source d’inquiétude et de souffrance.

Rai BENNO
Depuis Santiago du Chili

Les relations entre l’Amérique latine et l’Europe au diapason de l’Espagne ?

Les 17 et 18 juillet 2018 s’est tenue la deuxième rencontre entre l’Union européenne et la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC) à Bruxelles, dans un silence médiatique absolu, révélateur de la crise des processus d’intégration, sur les deux rives de l’Atlantique.

Photo : Ministère des Affaires étrangères croate/Flickr

L’information la plus intéressante est venue d’Espagne. Josep Borrell, ministre espagnol des Affaires extérieures depuis quelques semaines, soit depuis l’alternance surprise à Madrid le 1er juin 2018 entre Populaires (droite) et PSOE (socialistes) de Pedro Sánchez, a rencontré son homologue vénézuélien, Jorge Arreaza, et l’a fait savoir. Son secrétaire d’État en charge de l’Amérique latine, Juan Pablo de la Iglesia, a parallèlement échangé avec le vice-ministre cubain des Affaires étrangères, Abelardo Moreno.

L’Espagne de Mariano Rajoy (parti populaire) n’avait plus de relations «normales» avec le Venezuela depuis plusieurs mois. Les ambassadeurs respectifs avaient été rappelés à Madrid et à Caracas fin janvier 2018. Seuls les opposants vénézuéliens étaient reçus avec courtoisie et amitié au palais de la Moncloa (résidence et lieu de travail du président du gouvernement).

L’Espagne impulsait une politique de sanctions européennes à l’égard du Venezuela et de ses autorités. Les gouvernants européens avaient en effet donné une suite favorable à ces initiatives espagnoles en novembre 2017. Au fil des mois, l’Union européenne a mis en place une politique de sanctions, fermant toute autre issue que celle d’une escalade progressivement aggravée ; une politique au nom du respect des droits de l’homme et des libertés démocratiques bafouées par les autorités vénézuéliennes, diagnostic légitimant les décisions ingérentes prises par le collectif européen.

Depuis plusieurs mois, un ancien président du gouvernement espagnol, José Luis Rodríguez Zapatero, avec l’appui du gouvernement de la République dominicaine, s’efforçait de construire une sortie de crise négociée. Mettant de côté les arguments légitimant l’interventionnisme européen, il privilégiait la recherche d’un compromis faisant l’économie des sanctions, mutuellement accepté entre acteurs antagonistes.

Il avait été à deux doigts de réussir en février dernier. Le contexte international et interaméricain, les pressions des États-Unis, avaient finalement pesé sur la dérobade de l’opposition au dernier moment ; ce qu’il avait regretté, signalant sa déception dans une lettre ouverte, et en étant présent à Caracas, le 20 mai dernier, comme observateur électoral, considérant opportune la décision de participer prise par un secteur de l’opposition. Au cours d’une conférence de presse, il avait précisé sa pensée de la façon suivante : ces élections ne sont pas démocratiquement exemptes de critiques. Pour autant, les opposants qui ont décidé de les boycotter ne peuvent pas se contenter de la politique de la chaise vide. Ils doivent proposer des alternatives crédibles. Quelles sont-elles ? Personne ne le sait, avait-il conclu.

Au terme de sa rencontre avec son homologue vénézuélien, Josep Borrell a signalé comme positif le travail effectué par José Luis Rodríguez Zapatero, tout en signalant qu’il ne s’agissait pas d’une initiative gouvernementale espagnole. Le commentaire, tout comme les rencontres entre ministres espagnol, vénézuélien et cubain, sont révélateurs d’une approche différente. Espagnole sans doute, mais peut-être aussi européenne.

La machine diplomatique européenne, de fait, fonctionne par délégation. Sur l’Afrique, la France donne le « la ». Avec l’Est européen, c’est l’Allemagne qui est en première ligne ; et sur l’Amérique latine, l’Espagne. Si l’on regarde l’évolution de la relation Europe/Cuba, on notera une adéquation entre coopération et tensions, qui correspond aux alternances électorales. Coopération à l’époque PSOE de Felipe González, suspension de la coopération après l’accession au pouvoir de José María Aznar, rétablissement ultérieur après l’arrivée aux responsabilités de J. L. Rodríguez Zapatero.

Chaque situation électorale bien sûr a ses caractéristiques particulières. Pedro Sánchez dirige un gouvernement minoritaire. L’Union européenne n’a plus aujourd’hui la cohérence qui était la sienne avant les élargissements à l’est. Et le président des États-Unis d’aujourd’hui est un certain Donald Trump.

Il n’empêche. Les têtes à têtes de Bruxelles annoncent à tout le moins un climat différend. Avec Cuba sans doute. Et vraisemblablement avec le Venezuela.

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

L’Amérique latine à l’Elysée dans le cadre de la « Semaine » de l’Amérique latine et des Caraïbes

Ce mardi 29 mai, les Nouveaux Espaces Latinos étaient une fois de plus invités au palais de l’Élysée à l’occasion du lancement de la cinquième édition de la semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes en France le 25 mai dernier. Elle s’achèvera le 10 juin prochain, avec une riche programmation et sous la tutelle d’un secrétariat général qui devrait pérenniser cette initiative qui dynamise dans toute la France la présence latino-américaine.

Photo : Espaces Latinos

Un des temps forts de cette manifestation reste, outre les réceptions au Sénat et à la Maison de l’Amérique latine de Paris, celle au Palais de l’Élysée. Dans nos newsletters, dont vous pouvez consulter les archives depuis 2012, nous avons toujours consigné les temps marquants ainsi que les interventions des diverses personnalités et leurs discours dont, à deux reprises, celui de l’ancien chef de l’État François Hollande.

En tant que média spécialisé, nous avons suivi les préparatifs de cette cinquième «Semaine» depuis le début de l’année. Nous étions en contact avec le secrétariat général ainsi qu’avec les responsables des grandes manifestations qui figurent désormais dans le programme officiel. Nous ignorions que le nouveau président de la République, M. Emmanuel Macron, souhaitait aussi s’inscrire dans la tradition en organisant le mardi 29 mai dernier une réception à l’Élysée. D’ailleurs, le carton d’invitation de l’Élysée nous est parvenu une semaine à l’avance seulement, alors que nous avons reçu ceux des autres grandes manifestations un mois auparavant.

À 18 h précisément, une centaine de personnalités était dans la grande salle de réception de l’Élysée. L’attente a été bien longue et, à la place du chef de l’État, est arrivé M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Après d’explications confuses pour signaler que M. Macron ne serait pas des nôtres et qu’il lirait le discours que le président avait préparé. Un bon discours, lyrique, sincère, très bien intentionné, sans éluder les points délicats de certains pays latino-américains et en soulignant au passage les points qui unissent Français et Latino-Américains à travers l’histoire, les relations politiques et économiques, et en particulier le domaine culturel où la littérature joue un rôle essentiel. Au sein des Nouveaux Espaces Latinos, nous sommes bien placés pour le savoir, puisque la littérature occupe une place centrale dans nos festivals annuels.

Nous regrettons de pas pouvoir reproduire ce discours ici. En revanche, grâce au site de la semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes en France, nous vous invitons à visionner la vidéo du discours de Mme Caroline Dumas, ambassadrice de France et secrétaire générale de la manifestation annuelle, et surtout à découvrir la riche programmation qu’en peu de temps elle et son équipe ont réussi à composer pour donner une belle continuité à cette initiative si nécessaire. Dès l’an prochain, nous programmerons notre festival Primavera Latina parallèlement à la sixième édition de la « Semaine », en espérant que le président de la République fasse un nouveau discours afin de souligner les liens entre Latino-Américains et Français.

Januario ESPINOSA

Regarder l’allocution de Mme Caroline Dumas

Coopération États-Unis – Amérique latine : la Chine de plus en plus proche

Le 2 mai dernier, Pékin et Saint-Domingue ont annoncé la mise en place d’un accord exclusif de coopération et de reconnaissance mutuelle. Exit Taipeh, qui perd petit à petit le dernier carré de pays avec lesquels elle entretenait des relations diplomatiques privilégiées. Restent fidèles à la Chine nationaliste, le Guatemala, le Honduras, Haïti, le Nicaragua, le Paraguay, et le Salvador. En 2017 en effet, Panama avait franchi le pas après le Costa-Rica qui avait signé en 2011 un accord de libre échange avec la Chine communiste, prolongeant la reconnaissance officielle de 2007.

Photo : Chine Magazine

Mais derrière Taiwan relégué au rang de région économique de la Chine continentale au même titre que Macao ou Hong Kong, ce sont les États-Unis qui perdent influence et rayonnement commercial. Certes, Taipeh n’est plus le partenaire chinois privilégié par Washington, mais reste malgré tout un point d’appui protégé. Intervenant après bien d’autres, le choix diplomatique de la République dominicaine est révélateur d’un changement d’époque.

Deuxième puissance économique du monde, la Chine a développé sa présence internationale y compris en Amérique latine. Ses présidents successifs ont «ouvert le bal» au tournant du millénaire. Ils ont été suivis assez vite par les ministres du gouvernement central, puis par diverses autorités locales, et enfin par des acteurs économiques, privés comme publics. Dès 2010, un accord de libre échange avait été négocié et signé avec le Pérou.

La Chine a très vite cherché à donner une pérennité à ces échanges humains. Un livre blanc a été publié en 2008. La Chine a consolidé ses rapports avec le Brésil via une appartenance commune au groupe BRIC. La destitution douteuse de la présidente Dilma Rousseff n’a rien changé, du point de vue de la Chine, aux rapports bilatéraux. Michel Temer, chef d’État intérimaire du Brésil a été invité au Sommet BRIC de Shanghaï. Un réseau de consultance et de recherche en espagnol, REDCAEM, a été mis en place en 2015[1]. La CEPAL, Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes, a organisé à Santiago du Chili une première conférence internationale Chine/Amérique latine en 2015. À peine constituée, la CELAC, Communauté d’États latino-américains et caraïbes, a été invitée à Pékin en 2015. Un Forum Chine-Amérique latine (FCC) a été créé. Il s’est réuni au Chili pour la deuxième fois le 23 janvier 2018. Ces différentes rencontres ont été l’occasion de doter le FCC de structures permanentes.

Le repli national effectué par les États-Unis avec Donald Trump a été saisi par Pékin pour bonifier le rapport mutuel. Initiative bien reçue par des dirigeants politiques et des responsables économiques latino-américains déconcertés par le retrait des États-Unis du TPP, (accord de partenariat transpacifique), et la dénonciation de l’ALENA. Rex Tillerson, secrétaire d’État démis par Donald Trump avait lancé l’alerte le 2 février dernier. «Chine et Russie», avait-il déclaré à l’occasion de son unique déplacement en Amérique latine, «constituent une menace commune aux intérêts des pays de l’hémisphère occidental».

Remercié de façon cavalière, il n’a pas été vraiment remplacé, pas plus que la stratégie commune aux Amériques qu’il avait tenté de proposer à son chef. Donald Trump  dénonce la montée en puissance économique et commerciale de la Chine, tout comme celle de l’Europe et de l’Amérique latine. Cette offensive commerciale tous azimuts, sans mode d’emploi réaliste, ouvre la voie à toutes sortes de rapprochements entre la Chine, toujours signalée par les États-Unis comme adversaire principal, et une Amérique latine en quête de nouveaux équilibres.

Le choix de Pékin, assumé sans complexe par la République dominicaine, pourrait en annoncer d’autres. Le Chili a adhéré en 2017 à la banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (AIIB), créée par Pékin en 2015. L’Uruguay est en négociations depuis plusieurs semaines avec la Chine. La Chine a actualisé le livre blanc de ses relations avec l’Amérique latine, le 25 novembre 2016.  Le ministre chinois des affaires étrangères, Wang Yi, a signalé publiquement qu’il négociait un accord de libre échange avec Montevideo le 26 janvier 2018. 2018 devrait voir se multiplier les occasions de rencontres entre décideurs, consultants et universitaires.

Révélateur d’une montée en puissance bilatérale, les liaisons aériennes ont été densifiées. Le 7 avril 2018, Air China a inauguré une liaison directe Panama/Pékin. Celle-ci complète les vols Pékin/São Paulo, via Madrid ; Pékin/La Havane via Montréal ; et les offres concernant le Mexique proposées par les compagnies China Southern Airlines et Hainan Airlines.

De fait, en 2017, la Chine aura été le troisième partenaire commercial de l’Amérique latine. Déjà le premier de l’Argentine, du Brésil, du Chili et de l’Uruguay, le deuxième du Costa-Rica, du Mexique et du Pérou. Les investissements chinois dans la région, toujours en 2017, selon la CEPAL, ont représenté 15% du total. Les trois pays accueillant le plus d’investissements chinois sont, dans l’ordre, le Brésil, le Pérou et l’Argentine. Ces investissements privilégient les secteurs minier, de l’énergie, des télécommunications, des travaux publics. Ces investissements cumulés ont généré la création entre 2001 et 2016 de 254 000 emplois, essentiellement au Brésil, en Équateur et au Mexique. La Chine, enfin, est devenue le banquier de l’Amérique latine. Elle est aujourd’hui son premier créancier, loin devant la Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement.

Ce n’est sans doute qu’un début. Les latino-américains sont intéressés par le grand projet de route de la soie, certes euro-asiatique, mais qui pourrait dépoussiérer les souvenirs du galion des Philippines. D’autant plus qu’ils n’attendent rien de particulièrement positif de la part des États-Unis. Situation insolite et même paradoxale qui est celle de voir la coagulation d’une alliance entre une Chine communiste-libérale et celle de pouvoirs latino-américains libéraux-anti bolivariens …

[1] Red China America Latina

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

«Explorer l’esprit de Mai n’a rien d’une visite au musée Grévin. C’est renouer avec notre présent»

Dans la déferlante médiatique à laquelle nous assistons depuis quelques semaines autour du demi-siècle de Mai 68, nous avons souhaité mettre en avant l’enquête proposée par le mensuel Le Nouveau Magazine littéraire dans son édition de mars dernier, disponible en ligne, où huit Français sur dix saluent les conséquences «positives» du mouvement, sans oublier, bien sûr, d’en critiquer certain aspects. Ceux de notre équipe qui ont vécu la fin des années soixante en Amérique latine se réjouissent que notre militantisme actif né dans les rues de Santiago, Buenos Aires, México ou Rio soit encore présent dans notre quotidien aujourd’hui. Nous retranscrivons ci-dessous, avec son autorisation, l’éditorial de Raphaël Glucksmann, fondateur et directeur du Nouveau Magazine Littéraire, écrit cinquante ans après les événements de mai 1968.

Photo : OIP 

«Liquider l’héritage !» Nicolas Sarkozy résuma, en 2007, l’obsession de tous les conservatismes et de toutes les réactions depuis cinquante ans : «tourner la page de Mai 68». La Rolex solidement attachée au poignet, sous les applaudissements de ses amis du CAC 40 et les vivats de la très ascétique famille Balkany, il réussit même la prouesse de déceler dans la plus grande grève ouvrière de l’histoire l’origine véritable de «l’argent roi». Thatcher ou Reagan ? L’école de Chicago ? Les banquiers ? Non, les lanceurs de pavés du Quartier latin et les autogestionnaires de Lip ! Mai 68 était coupable de tout : la fin de la souveraineté nationale, la délégitimation du travail, le triomphe de l’individualisme, l’éclatement des familles, la faillite de l’école républicaine, le malaise des profs, la colère des flics, les errances du multiculturalisme… Accusé. Condamné. Enterré.

Cela, Nicolas Sarkozy n’était pas le seul à le penser et à le dire : une cohorte d’intellectuels, parfois de gauche, le précédait dans cette bataille. Cela, nous disait-on, «les Français» – les vrais, pas ceux qui lisent Libé ou fréquentent le Café de Flore – le savaient bien. Il n’y avait guère que quelques archéobobos déconnectés aux tempes grisonnantes, à la tête vide et au ventre plein pour rester attachés à ce totem moisi, version postmoderne du perroquet empaillé de Félicité dans Un cœur simple de Flaubert. Un mythe rongé par les vers adoré par des aveugles. À balancer fissa à la poubelle, donc.

Nous-mêmes, qui n’accusions pas les barricades du Quartier latin de tous les cataclysmes, nous avions fini par le concéder, l’admettre, l’intégrer : 68 était «impopulaire». C’est ainsi que se perdent les batailles culturelles. Nous voulions donc savoir pourquoi tant de rejet, pourquoi tant de griefs, comprendre ce qu’on lui reprochait, au juste, cinquante ans après. De quoi Mai 68 était-il le nom, surtout aux yeux des gens qui ne l’avaient pas vécu ? Nous voulions savoir, et nous avons posé la question. Bêtement. Sur la pointe des pieds. Presque honteux. La réponse fut un choc : 68 est plébiscité dans toutes les catégories socioprofessionnelles et à travers les générations. Il séduit les jeunes plus encore que les vieux, les pauvres davantage que les riches. Ce peuple, que les réactionnaires brandissent comme argument d’autorité à chaque débat, vote pour 68. Pour le questionnement et l’ébranlement de l’ordre des choses. Même le sulfureux «Il est interdit d’interdire» est adoubé ! Pareille surprise ne nous exonère pas d’un examen critique de ce dont nous héritons et n’enlève rien au sentiment de vide qui nous habite, nous les enfants de 68. Elle n’efface pas nos questions sur les limites du libéralisme que beaucoup de soixante-huitards ont embrassé ensuite ou nos doutes profonds quant au refus de toute contrainte collective pesant sur nos libertés individuelles, au cœur de l’esprit de Mai. Mais elle valide une intuition, la conviction que les Français ne ressemblent pas à ce qu’Éric Zemmour ou Patrick Buisson disent d’eux. S’ils voient avec autant de bienveillance ou d’envie ce moment de chaos où la marche du monde fit une pause pour laisser libre cours aux rêves les plus fous, c’est que tout aujourd’hui reste possible. Politiquement, intellectuellement, poétiquement. Il y a dans ce regard tendre posé sur le passé une promesse immense pour l’avenir.

En lançant Le Nouveau Magazine littéraire, nous avons fait le pari que le temps n’était plus aux lamentations déclinistes et aux éructations identitaires, qu’il nous fallait, nous aussi, «tourner une page». Et que la page à «tourner» n’était pas celle de 68, mais celle du néo-maurrassisme triomphant des années à peine écoulées. Explorer l’esprit de Mai n’a rien d’une visite au musée Grévin. C’est renouer avec notre présent.

Raphaël GLUCKSMANN
Le Nouveau Magazine Littéraire 

À lire aussi  : 68, mon amour ! L’enquête qui dément les clichés réacs

Jusqu’au 1er juin, le journal Libération donne quotidiennement carte blanche à des écrivains pour évoquer les événements, les souvenirs, l’héritage ou l’imaginaire de chacun des jours deMai.

«Changer le Monde – Changer sa vie» chez Actes Sud

Enquête sur les militantes et les militants des années 68 en France

Cinquante ans après Mai 1968, que sont les militants devenus ? Après avoir jeté toutes leurs forces dans la bataille, cru souvent en l’imminence d’une révolution, suspendu longtemps leurs investissements scolaires, professionnels, voire affectifs pour «faire l’histoire», comment ont-ils vécu l’érosion des espoirs de changement politique ?
La force de ce livre tient à un triple déplacement du regard – de Paris aux régions, des têtes d’affiche aux militants ordinaires, de la crise de mai à la séquence historique  1966-1983 – autant qu’à la richesse du matériau exploité : un dépouillement d’archives le plus souvent inexplorées, comme les documents déclassifiés des Renseignements généraux et des centaines de récits de vie recueillis à Lille, Lyon, Marseille, Nantes et Rennes auprès de militants des syndicats ouvriers, des gauches alternatives et du mouvement féministe.
Cette mosaïque d’histoires constitue la chair de ce livre et permet de brosser un portrait non impressionniste des soixante-huitards, de leur carrière professionnelle, de leur vie affective, de la continuité de leurs engagements, apportant des réponses enfin étayées aux questions sui vantes : la vie des soixante-huitards a-t-elle été bouleversée ou simplement infléchie par le militantisme corps et âme des années 1970 ? En ont-ils tiré profit ou le déclassement social fut-il le prix à payer ? Face aux convictions politiques d’antan, les militants font-ils figure d’apostats ou sont-ils toujours ancrés dans un rapport critique au monde social ? Peut-on dire qu’il existe une génération 68 ou n’est-ce qu’un mythe recouvrant d’un voile épais une hétérogénéité de personnes plus grande qu’on ne l’imaginait ? Plus d’infos sur le site des éditions Actes Sud

Tensions au sein de l’UNASUR : six pays latino-américains suspendent leur participation

Le 20 avril 2018, après plus d’une décennie d’existence et sous l’initiative de l’ancien président du Venezuela Hugo Chávez pour faire face aux États-Unis sur le plan économique et politique, l’Union des Nations sud-américaines (UNASUR) a connu la plus grande crise de son histoire. Six pays  l’Argentine, le Brésil, le Chili, la Colombie, le Paraguay et le Pérou ont décidé de suspendre leur participation au sein de l’organisation.

Photo : Edgar Romero/RT

Les gouvernements des pays déserteurs justifient leur choix ainsi : la présidence temporaire de l’UNASUR, assurée par la Bolivie, conduirait l’organisation dans la mauvaise voie. De même, dans un communiqué, ils expliquent : «Compte tenu des circonstances actuelles, les pays signataires ont décidé de ne pas participer aux différentes instances de l’UNASUR à partir de cette date tant qu’ils n’auront pas, au cours des prochaines semaines, des résultats concrets qui garantissent le bon fonctionnement de l’organisation.»

Depuis janvier 2018, après que le Colombien Ernesto Samper ait quitté le poste de secrétaire général, les différents pays membres n’arrivent pas à aboutir à un consensus pour nommer le nouveau secrétaire, poste convoité par un seul candidat. Le communiqué établi par les différents pays qui abandonnent l’organisme revient sur ce point : «L’impossibilité de nommer un secrétaire général en raison du manque de consensus autour du seul candidat présenté à ce jour a eu de sérieuses conséquences pour l’organisme.»

Désormais, les doutes augmentent quant au futur de l’UNASUR. Après avoir été la première organisation politique de la région, elle y a remporté plusieurs succès. Tout d’abord, elle a permis une union entre la zone andine et le Cône sud, plus la participation des pays comme la Guyane et le Surinam. Même s’ils appartiennent géographiquement à l’Amérique du Sud, ils n’avaient auparavant pas le sentiment de partager culturellement plusieurs aspects avec les autres nations et furent exclus du débat public pendant plusieurs décennies. Ils font aujourd’hui eux aussi partis de l’UNASUR.

Parallèlement, l’organisation internationale a pu faire des progrès dans des domaines comme la défense, la culture et le tourisme. Elle a également servi de garant au cours de plusieurs crises dans la région, à l’exemple des élections législatives vénézuéliennes en 2015 où, grâce à l’intervention de l’UNASUR, une commission de quatre pays (Brésil, Colombie, Équateur et Uruguay) a servi de garant pour la réalisation des élections. Le 6 décembre 2017, le conseil électoral du Venezuela a permi le déroulement des élections, au moment où l’opposition a remporté une victoire dans le pays bolivarien. Ensuite, pendant la crise entre le Venezuela et la Colombie, et plus précisément lors de l’expulsion arbitraire des citoyens colombiens du territoire vénézuélien, l’UNASUR a permis la négociation entre le président colombien Juan Manuel Santos et le président vénézuélien Nicolás Maduro pour essayer d’aboutir à un accord.

Pendant que des gouvernements dits de gauche étaient à la tête de plusieurs pays de la région, l’organisation fonctionnait et avançait correctement, donnant l’impression d’un futur possible et marqué par une profonde collaboration entre les pays sud-américains. Des projets comme celui de la citoyenneté sud-américaine avaient pris de l’importance. Depuis que plusieurs pays ont basculé vers la droite, notamment le Chili et l’Argentine, la continuité de la collaboration entre les nations est en péril. De plus, les grandes tensions qui existent entre le gouvernement du Venezuela qui maintient une crise humanitaire et les autres pays de la région, notamment la Colombie et l’Argentine, ajoutent des difficultés supplémentaires à la résolution des problèmes régionaux et à la bonne collaboration des pays, laissant penser que c’est peut-être la fin de l’aventure pour cet organisme international.

Jonathan Z. CORONEL

Deux journalistes équatoriens et leur chauffeur assassinés par des ex-Farc

Le 26 mars 2018, le journaliste Javier Ortega, 32 ans, le photographe Paul Rivas, 45 ans, et le chauffeur Efrain Segarra, 60 ans, ont été pris en otage par le groupe dissident des FARC, le Frente Oliver Sinisterra, sous le commandement de Walter Patricio Artízala Vernaza, alias Guacho. Les trois hommes travaillaient pour le quotidien équatorien El Comercio. Les faits ont été confirmés le jour suivant par le ministre de l’Intérieur équatorien César Navas. Dix-huit jours après leur enlèvement dans le nord de l’Équateur, à la frontière avec la Colombie, le président équatorien Lenín Moreno, lors d’une brève allocution présidentielle, a confirmé l’assassinat du groupe de journalistes.

Photo : RSF

La fondation pour la liberté de la presse (FLIP) aurait reçu un communiqué de presse du groupe dissident qui confirmerait le meurtre des otages. Selon ce communiqué, la décision prise par le Front Oliver Sinisterra d’assassiner les otages a été mise en œuvre après un échec de sauvetage de la part des forces armées colombiennes et équatoriennes : «Le gouvernement paramilitaire et corrompu de la Colombie et le gouvernement agenouillé équatorien dirigé par ses présidents et ses procureurs ont conclu des accords pour combattre et éliminer notre mouvement. Depuis lors, les troupes et les forces d’intelligence colombiennes, équatoriennes, ont franchi avec insistance leurs frontières dans le but d’assassiner nos troupes, des milliers d’hommes ont cherché la guerre, la répression envers les populations de la zone frontalière, ainsi que nos combattants et familles, qui nous rappellent l’époque de 1964 dans la guerre de Marquetalia».

D’autre part, le premier média qui aurais reçu des preuves du meurtre des otages a été RCN radio. Le média colombien a reçu le communiqué de presse, de même que des photos des corps de trois travailleurs quelques heures avant le délai de douze heures laissé par le président équatorien aux kidnappeurs pour envoyer des preuves de vie. Or RCN n’a pas voulu se prononcer immédiatement tant que la véracité des preuves n’était pas confirmée. Quelques jours auparavant, un faux communiqué d’un groupe dissident confirmait le décès des journalistes. Cependant, vendredi 13 avril au matin, le groupe dissident a réclamé l’aide d’organismes internationaux pour venir récupérer les corps des otages.

Selon la FLIP, Bogotá et Quito auraient fait plusieurs erreurs dans la gestion de la situation. La fondation s’interroge sur la manière avec laquelle les deux gouvernements ont agi, irresponsable et autoritaire face à la menace de vies en péril. Cependant, le résultat rappelle une nouvelle fois la situation délicate dans laquelle se trouve la Colombie, où la période de post-conflit avec les FARC ne fait que commencer et, pour l’instant, le bilan est très négatif. À cela s’ajoute une situation périlleuse au travers des dialogues de paix entamés avec l’autre groupe de guérilla, l’ELN, qui se déroule en Équateur. Javier Ortega, Paul Rivas et Efrain Segarra se rendaient sur place afin d’obtenir plus d’informations sur la situation des territoires situés à la frontière de la Colombie et de l’Équateur, auparavant aux mains des FARC, et dont le contrôle est désormais disputé entre plusieurs groupes de narcotrafiquants et des dissidents de l’ancienne guérilla.

Le vendredi 13 avril, le président Juan Manuel Santos a ordonné au ministre de la Défense, Luis Carlos Villegas, de se rendre en Équateur pour faire face à la grave situation avec, à ses côtés, le directeur de la police, le général Jorge Nieto, et le commandant des forces militaires, le général Alberto José Mejía. Le président Lenín Moreno a, quant à lui, annoncé sur son compte Twitter que, dans les prochaines minutes, il rencontrera le Conseil de sécurité publique de l’État pour analyser les derniers événements et, par la suite, il se rendra dans le pays.

En revanche, les attaques du Front Oliver Sinisterra n’ont pas cessé : le 17 avril, à travers une vidéo reçue par le ministre de l’Intérieur équatorien César Navas, le groupe dissident envoie des preuves de vie d’un couple équatorien pris en otage. Sur cette vidéo, le couple réclame l’aide du président Lenín Moreno pour pouvoir sortir sain et sauf de cette prise d’otage, pendant que Bogotá et Quito ont envoyé environ 80 hommes à la frontière pour trouver «Guacho», le chef du groupe dissident.

Jonathan Z. CORONEL

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