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Amérique latine

Retour sur les décisions prises au Forum des présidents des parlements d’Amérique centrale et des Caraïbes

La 35ème session du Forum des présidents des parlements d’Amérique centrale et des Caraïbes (FOPREL), qui s’est tenue du 14 au 17 novembre à la Chambre des Représentants de Rabat, avait pour but d’encourager le dialogue et la coopération entre les pays d’Afrique, d’Amérique centrale et des Caraïbes.

Photo : Libération Maroc

Le FOPREL (pour Foro de Presidentes de Poderes Legislativos de Centroamérica y la Cuenca del Caribe) a été créé en 1994 dans le but d’harmoniser les Constitutions des pays membres. Il a depuis mis en place des mécanismes de consultations entre les présidents des institutions législatives, pour faire face aux défis économiques, politiques, sociaux et écologiques de la région. Le parlement marocain a, pour sa part, rejoint cette assemblée parlementaire en qualité d’observateur en 2014.

Les présidents des parlements des dix pays membres d’Amérique centrale et des Caraïbes – à savoir le Guatemala, le Belize, le Salvador, le Honduras, le Nicaragua, le Costa Rica, la République dominicaine, le Mexique, le Chili et Porto Rico – étaient présents pour cette 35ème édition du Forum. Laura Tucker Longsworth, qui en est la Présidente temporaire, a d’ailleurs rappelé que cette assemblée doit faire figure de « plateforme modèle » et encourager des initiatives collectives de ce type.

Le Forum incite et soutient également les études parlementaires fondées sur l’échange d’expériences à l’échelle de la région, en vue d’optimiser l’efficacité et la cohérence des institutions législatives respectives des pays membres. L’immigration, en tant que question actuelle et sensible, était au cœur du programme de la manifestation.

Résolution majeure adoptée à l’occasion de ce 35ème FOPREL , la « Déclaration de Rabat » a été approuvée à l’unanimité. Elle porte sur la question du Sahara occidental, dont le statut en tant que territoire reste encore à déterminer. Cette ancienne colonie espagnole au Maroc est la source d’un conflit régional important depuis que le Front Polisario l’a déclarée indépendante en 1976, sous le nom de République Arabe Sahraouie Démocratique. L’Algérie, qui avait soutenu le mouvement et qui s’est battue contre les forces marocaines en 1976, est opposée à la souveraineté du Royaume de Mohammed VI sur la zone. Les tensions étant toujours vives, la Déclaration appelle à appuyer les efforts pour parvenir à une solution pacifique, définitive et négociée, à travers le dialogue et le respect des décisions du Conseil de sécurité de l’ONU ; tout en préservant la souveraineté et l’intégrité territoriale du Maroc.

Les représentants des pays membres ont également évoqué un enjeu majeur : le climat. La question est d’autant plus urgente dans la région que plusieurs îles des Caraïbes ont été dévastées par les ouragans et les séismes en septembre dernier. Outre les risques naturels, ceux-ci n’ont pas manqué d’attirer l’attention sur le fait que les changements climatiques impliquent de même de lourdes conséquences socio-économiques. Le FORPREL a souligné à ce titre les principes et les objectifs des institutions législatives des pays membres et du Maroc, à savoir l’accès généralisé au développement, la promotion des ressources et l’intégration économique fondée sur le développement durable. Les parlementaires d’Amérique centrale et des Caraïbes ont d’ailleurs affirmé leur soutien au Maroc pour la réussite de la 22ème Conférence des Parties de la convention Cadre sur les changements climatiques (COP22).

À l’issue du Forum, les pays membres ont adopté une déclaration parlementaire conjointe sur « le rôle des parlements devant la migration intra-régionale », ainsi que plusieurs résolutions portant sur des questions de sécurité régionale et de coopération économique.

Bonnie DUPONT

Benjamin Netanyahou a effectué, la semaine dernière, une visite d’État en Argentine, en Colombie et au Mexique. Amérique latine : terre promise d’Israël ?

Le chef du gouvernement israélien, Benjamin Netanyahou, a effectué du 11 au 14 septembre 2017 une visite inédite en Argentine, en Colombie et au Mexique. Certes ces trois pays ont des relations diplomatiques avec les autorités de Tel-Aviv. Ce voyage officiel a pourtant un côté insolite. C’est en effet la première fois qu’un président israélien se déplace en Amérique latine. Quelles sont les raisons à l’origine des visites de septembre 2017 ?

Photo : Times of Israel

Pourquoi donc n’y a-t-il pas eu de rencontre de ce type jusqu’ici ? Et a contrario quelles sont les raisons à l’origine des visites de septembre 2017 ? Argentine, Colombie et Mexique, comme d’ailleurs tous les pays latino-américains, ont des relations diplomatiques lointaines avec Israël. Les échanges économiques sont normaux. Israël est par ailleurs un fournisseur d’armements ancien et bien installé dans le paysage militaire latino-américain. Les relations ne sont jamais sorties de ces couloirs, ceux d’une normalité sans relief. Au tournant de la décennie 2010 ces rapports avaient perdu densité et pertinence. La quasi-totalité des Sud-américains avait en effet reconnu en 2011 la Palestine comme État. Mahmoud Abbas avait réalisé une tournée dans la région, matérialisant ce rééquilibrage. Parallèlement Argentine, Bolivie, Brésil et Venezuela avaient développé une relation diversifiée avec l’Iran.

Une diplomatie différente des gouvernements progressistes

Une inflexion avait été prise à l’initiative de gouvernements progressistes issus d’élections gagnées de 1998, au Venezuela, à 2006 en Équateur. Les nouvelles majorités avaient mis en chantier une diplomatie différente de celle pratiquée par leurs prédécesseurs. Moins occidentale, elle visait à fabriquer des complémentarités entre pays du sud. Israël dans cette configuration relevait de l’espace occidental. Le président Lula avait visité Israël, mais dans un paquet régionalisé incluant la Palestine et le Liban. Il avait, en 2010, pris une initiative, critiquée en Israël, avec la Turquie sur le dossier nucléaire iranien. Le président Chávez du Venezuela avait sermonné publiquement Israël pour ses interventions à Gaza. L’un et l’autre, avaient été taclés par Israël. Le Brésil avait été qualifié de « nain » diplomatique en février 2016 pour avoir refusé comme ambassadeur un des animateurs de la colonisation de la Cisjordanie.  Le Venezuela ayant expulsé l’ambassadeur d’Israël en 2009 avait été qualifié au cours de la polémique de pays antisémite.

L’Amérique latine a changé de couleur politique

La première explication permettant de comprendre la démarche latino-américaine de Benjamin Netanyahou, est donc celle-là. Les forces conservatrices et libérales aujourd’hui sont aux commandes, à Buenos Aires, Brasilia et Lima. Elles renforcent celles qui, à Bogota et Mexico, avaient résisté à la vague progressiste. Ces partis et leurs gouvernants, à la différence de leurs prédécesseurs, ont des sympathies occidentales. Il y avait donc là un créneau permettant de partir à la reconquête du terrain cédé au début de ce millénaire, à l’international et aux Nations Unies. Opportunité saisie par le premier ministre israélien.

Au passage il a rappelé le lien fondateur unissant Israël aux communautés juives, en particulier au Mexique et surtout en Argentine, où ils seraient près de 300 000. Ont été associés à ces approches, les évangélistes pentecôtistes, proches des  dirigeants latino-américains occidentalistes et libéraux, alliance matérialisée en novembre 2016 par la visite à Jérusalem du président guatémaltèque, Jimmy Morales. Le Premier israélien a signalé des parentés sécuritaires porteuses de coopérations. L’Argentine a été la cible d’attentats visant des établissements juifs en 1992 et 1994 ; la Colombie peine à sortir de décennies de conflits internes dramatiques, et le Mexique connaît lui aussi un moment de grandes violences.  Plusieurs accords, économiques, commerciaux et touristiques, de recherche et développement, ont été par ailleurs paraphés avec les responsables des pays visités. Le commerce bilatéral Israël – Amérique latine est en effet marginal. Il ne représente que 4 % des échanges globaux d’Israël. Il en va de même pour les trois pays latino-américains qui n’effectuent qu’un commerce minimal avec l’État hébreu. En ces temps de grisaille conjoncturelle dynamiser les échanges ne fait pas de mal.  Il n’y avait pas là pourtant matière à mobiliser les sommets de l’État.

La proximité idéologique ?

Le choix des pays ciblés n’est pourtant pas ici encore déterminant. Le Brésil, dirigé par un agrégat d’intérêts néo-libéraux n’était pas dans l’agenda, alors qu’il est de loin le premier partenaire économique dans la région. Benjamin Netanyahou a bien prévu de rencontrer le président brésilien, mais à New York à l’ouverture des travaux de l’Assemblée générale de l’ONU. L’Argentine a effectivement connu une alternance en 2015. Une Argentine qui avait cherché à s’accorder avec l’Iran sous Cristina Fernández de Kirchner. Mais Colombie et Mexique sont gouvernés depuis plusieurs années par des présidents libéraux amis des États-Unis et de l’Europe. Pourquoi donc ne pas les avoir visités plutôt ?

Le facteur Trump

La variable déterminante est de toute évidence autre. Une variable qui a imposé la convergence de facteurs porteurs -diplomatiques, économiques et commerciaux, idéologiques-, restés en sommeil jusque-là. Une variable ayant émergé récemment avec une force et des retombées déstabilisatrices pour Israël comme pour  l’Argentine, la Colombie et le Mexique : l’accession aux responsabilités d’un président nord-américain, Donald Trump, aux décisions et opinions imprévisibles, génératrices d’incertitudes. Israël, Argentine, Colombie, Mexique sont dirigés par des responsables en sympathie naturelle avec les États-Unis et leurs valeurs  traditionnelles, fondées sur la solidarité occidentale et la promotion des libertés commerciales. Donald Trump a déçu Israël en ne dénonçant pas le traité signé par le groupe 5+ avec l’Iran. D’Argentine, Benjamin Netanyahou a envoyé des signaux anti-iraniens aux dirigeants des États-Unis qui doivent en débattre au Congrès le 15 octobre 2017. La Colombie, engagée dans un processus de paix intérieure exemplaire est menacée de sanctions par le Département d’État pour son laxisme à l’égard du narcotrafic. Le Mexique a été publiquement dénoncé par Donald Trump comme bouc émissaire des difficultés commerciales des États-Unis, d’autre part vecteur de maladies, de clandestins, et de trafics de toutes sortes. Contraints par les circonstances, les uns et les autres ont donc décidé, en attendant une éventuelle alternance à Washington, de mutualiser positivement l’impasse  diplomatique et commerciale dans laquelle les a placés Donald Trump.

Jean Jacques KOURLIANDSKY

À Paris, Journée internationale des victimes de disparitions forcées dans le monde

Pour commémorer la Journée internationale des disparus dans le monde, la Fédération euro-méditerranéenne contre les disparitions forcées, Amnesty International France, le Collectif des familles des disparus en Algérie, Association de Parents et Amis de Disparus au Maroc, le Forum marocain pour la Vérité et la Justice, le Collectif argentin pour la mémoire, et le Collectif Paris-Ayotzinapa invitent le public à assister et à exprimer son soutien en participant aux différentes manifestations.

Photo : Collectif pour la mémoire

La journée internationale des victimes de disparitions forcées a été proclamée par les Nations unies en 2010 et célébrée depuis 2011. Le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU avait déjà, en 2006,  adopté la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, votée ensuite par l’assemblée générale en décembre de cette même année. Utilisée par de nombreux États, la pratique de la disparition forcée n’a cessé de croître ces dernières années partout dans le monde, et particulièrement dans la région euro-méditerranéenne. Pourtant, la disparition forcée est un crime continu, un crime contre l’humanité, privant ses victimes de liberté et leurs familles de toutes informations.

Pour commémorer la journée internationale, la Fédération euro-méditerranéenne contre les disparitions forcées, Amnesty International France, le Collectif des familles des disparus en Algérie, Association de Parents et Amis de Disparus au Maroc, le Forum marocain pour la Vérité et la Justice, le Collectif Argentin pour la Mémoire, et le Collectif Paris-Ayotzinapa invitent le public à assister et à exprimer son soutien en participant le vendredi 1er septembre 2017, à la conférence sur le thème Vérité et Justice  au siège d’Amnesty International France, à partir de 18 h 30, entrée libre.  Avec la participation de S.E. François Croquette, ambassadeur pour les droits de l’Homme ; Geneviève Garrigos, ancienne présidente d’Amnesty International France ; Emmanuel Decaux, ancien président du comité des disparitions forcées des Nations Unies ; Nassera Dutour, présidente de la FEMED (Fédération euro-méditerranéenne contre les disparitions forcées) ; Rachid El Manouzi, vice-président de la FEMED ; Alicia Bonet-Krueger du Collectif argentin pour la mémoire ; Taher Mokhtar, militant des droits de l’Homme égyptien, et du Collectif Paris-Ayotzinapa. La conférence sera suivie de projections et d’une discussion ouverte. Le samedi 2 septembre 2017 de 14 h à 20 h au sit-in, place de la République (métro République) à Paris (stands de documentation, projections, exposition, musique…)

De son côté, l’Association des ex-prisonniers politiques chiliens en France, dont la devise est « Vérité, justice et mémoire », a présenté le 25 août dernier à la Maison de l’Amérique latine, son Archive orale, un fonds constitué d’une centaine de témoignages qui composent une image assez complète et fidèle de l’époque de l’Unité Populaire. La présentation a été suivie d’une discussion avec le philosophe Miguel Benasayag.

Le Collectif argentin pour la mémoire annonce l’ouverture d’un « Centre de culture et mémoire latino-américaine » à Fontenay-sous-Bois, associée à la mémoire historique et la solidarité internationale, avec le soutien de la mairie. L’objectif : mettre à disposition du public toute l’information liée aux circonstances et aux raisons de la création du Foyer des réfugiés latino-américains à Fontenay ; faire valoir la relation d’amitié et de solidarité entre la mairie, la Maison du citoyen et la communauté latino-américaine ; informer sur la situation politique actuelle et les liens entre la France et l’Amérique du Sud.

Bonne nouvelle enfin : le 28 août dernier, une Cour de cassation argentine a voté pour le maintien en prison de Alfredo Astiz, connu comme l’Ange blond de la mort, pour disparitions et crimes contre l’humanité commis pendant la dictature argentine. Il avait déjà été condamné en absence à la perpétuité par la justice française pour la disparition des deux religieuses françaises Alice Domon et Léonie Duquet. Seul le corps de cette dernière avait été rejeté sur une plage du Río de la Plata dans lequel les prisonniers politiques étaient jetés vivants depuis des avions militaires.

Jac FORTON

Amnesty France : 72-76 boulevard de la Villette, métro Colonel Fabien ou Belleville. Collectif argentin pour la mémoire  /  Asexppch

 

Tour de piste aux sommets des quelques gouvernements latino-américains

L’actualité américaine dans la « grande presse » européenne se résume aux États-Unis et au Venezuela. Pendant ce temps, les présidents des autres pays gouvernent sans attirer l’attention. Et pourtant, il s’est passé bien des choses en Amérique latine depuis notre dernier news hebdo du 27 juillet. Ci-dessous, un résumé de quelques informations de ce mois d’août.

Photo : France-24

Michel Temer est président du Brésil sans avoir recueilli un seul vote ; en Argentine, le président Mauricio Macri est cité dans les Panama Papers, un opposant mapuche a disparu et une dirigeante sociale est en prison depuis plus d’un an malgré les recommandations d’Amnesty et de la CIDH ; des proches de Juan Manuel Santos de Colombie sont impliqués dans le scandale Odebrecht-Lavage express ; 36 journalistes ont été assassinés pendant le mandat de Peña Nieto au Mexique ; Pedro Pablo Kuczynski du Pérou gouverne par  décrets (112 jusqu’à présent) ; au Chili, des pressions de la droite veulent que l’on libère les assassins de la dictature de Pinochet… Il est difficile dans la presse européenne de trouver des articles de première page sur ce que l’analyste politique Alfredo Mancilla appelle « l’Amérique invisible »… Nous essayons de pallier à ce manque d’informations.

Argentine : le président Mauricio Macri résiste aux difficultés

Plusieurs problèmes affligent le président Mauricio Macri. Lors d’une répression violente de la police contre des activistes mapuches, l’un d’entre eux a disparu depuis 15 jours. Santiago Maldonado a été observé par plusieurs témoins lorsque des policiers l’ont emmené vers une camionnette, mais la ministre de la Sécurité, Patricia Bullrich, prétend que ce véhicule n’était pas présent sur le site. Or, il existe une vidéo qui prouve qu’il était bien là et que les policiers s’avançaient en criant « Feu ! Feu ! Escopette ! ». Amnesty et la CIDH (1) ont demandé au gouvernement de tout faire pour retrouver Maldonado. Une dirigeante sociale indigène, Milagro Sala, est toujours en prison « préventive » depuis deux ans à Jujuy. La CIDH, Amnesty et les Nations Unies ont demandé sa libération ou son procès maintenant. Le gouverneur de la province et le président Macri ont décidé d’ignorer les recommandations de la CIDH, ce qui est illégal car contre les traités internationaux signés par l’Argentine.

La situation économique n’est pas vraiment florissante non plus : les investissements étrangers (la grande promesse de Macri) sont tombés de 64 % selon la CEPAL (agence des Nations Unies), la fuite des capitaux (libérés par Macri) est massive et la pauvreté augmente rapidement. Selon des informations de l’Université de Buenos Aires, l’indice Gini qui mesure les inégalités dans la société (1 = égalité complète, 0 = inégalité complète) a beaucoup baissé passant de 0,53 sous les Kirchner à 0,44 depuis l’élection de 2015 ! Malgré une forte baisse de popularité, le président Macri s’en sort plutôt bien des primaires aux élections législatives du 22 octobre prochain. Sa principale opposante, Cristina Fernández de Kirchner a pourtant réalisé pour la province de Buenos Aires, un score presque identique à celui du candidat officiel Esteban Bullrich, ce qui annonce un retour en force à la politique de l’ancienne présidente. De plus, de nouveaux documents montrent que le président aurait très sous-évalué sa fortune personnelle.

Chili : la campagne pour les élections présidentielles et législatives a commencé

Les élections présidentielles et législatives auront lieu le 21 novembre prochain, second tour si nécessaire le 17 décembre. Le système binominal imposé par la Constitution pinochetiste de 1980 et profondément injuste (30 % des voix donnaient 50 % des sièges !), vient d’être modifié. Il y aura une mesure de proportionnelle, le nombre de députés passe de 120 à 150, celui des sénateurs de 38 à 50. Suite aux primaires de juillet dernier, plusieurs coalitions se disputeront la présidence. Les deux principales restent la Nueva Mayoría (Nouvelle majorité, NM, centre gauche) représentée par le journaliste Alejandro Guillier, et Cambiemos (Changeons, droite) dont le candidat est l’ancien président Sebastián Piñera. La candidate de la Démocratie chrétienne, Carolina Goic, estimant que la NM est « trop gauchisante », a décidé de la quitter et de se présenter seule, ce qui provoquera peut-être la victoire de la droite. Le Frente Amplio (gauche) sera représenté par Beatriz Sánchez. Il y aura aussi plusieurs candidatures indépendantes. Du côté positif, la présidente Michelle Bachelet a réussi à faire passer une loi dépénalisant l’interruption volontaire de grossesse dans trois cas spécifiques, une promesse de campagne il y a 4 ans.

Brésil : La vérité sur Luis Inacio Lula da Silva

Pour Ricardo Amaral, ancien membre du cabinet du président Lula da Silva, « la condamnation de Lula est politique, une aberration juridique », car « elle n’est basée sur aucune preuve, ni sur la loi ni sur la vérité. La police a effectué des raids violents, confisqué des documents, des agendas, des téléphones, des ordinateurs et même les tablettes de ses petits-enfants ! Elle a violé les comptes bancaires de Lula et sa famille et intercepté ses communications téléphoniques » (2). Sans jamais trouver de comptes secrets, d’entreprises offshore ou de preuves qui le lient au scandale Petrobras. Le procureur Sergio Moro reconnait qu’il ne possède aucun élément de preuve, seulement « une conviction ». Le juge dénonce un crime de blanchiment d’argent dans une affaire où il n’y a pas eu de transaction financière !

Il est clair qu’il s’agit de « casser Lula » et de l’empêcher de participer aux élections de 2018 pour lesquelles il est largement porté vainqueur. Pour Afrano Silva Jardím, maître en Droit Processuel de l’Université de l’État de Rio de Janeiro (3), « Lula a été condamné pour avoir reçu ce qu’il n’a pas reçu et pour avoir blanchi l’argent qui ne lui a pas été donné ». On fait mieux comme preuves… Tout cela soutenu par un Congrès dont 40 % des membres ont été mis en examen… Réponse de Lula : « Il ne sert à rien d’en finir avec Lula. Le problème n’est pas Lula, ce sont les millions de Brésiliens qui n’acceptent pas le retour en arrière » des politiques sociales.

Brésil : la vérité sur le président Michel Temer

Le procureur général Rodrigo Janot a ouvert deux procédures contre le président Michel Temer : pour obstruction à la justice et association illicite. Temer venait d’échapper à une autre procédure pour corruption de députés grâce au vote de ces mêmes députés. Après la confession de Joesley Batista, propriétaire de la plus grande entreprise frigorifique du Brésil, le procureur avait accusé Temer de corruption passive : « Un politique qui est un délinquant n’est pas un politique, c’est un délinquant » ! Mais les « alliés » de Temer l’avaient sauvé. Contre-attaque de Temer : il veut virer Janot « parce qu’il porte atteinte au Brésil ». Pour la justice, les « révélations » d’accusés pour corruption ne sont pas des preuves. Ce sont des déclarations destinées à diminuer leurs peines de prison. Mais si c’est valable pour Michel Temer, pourquoi ne le serait-ce pas pour Lula considéré coupable sur les seules déclarations d’hommes mis en examen. Où sont les preuves ?

Guatemala : le président Jimmy Morales appliquera la peine de mort

Le 15 août, l’Hôpital Roosevelt de la capitale était attaqué par des membres de la Mara Salvatrucha venus délivrer un des leurs. Ils laissèrent derrière eux 7 morts et une douzaine de blessés. Les Maras sont ces groupes de jeunes extrêmement violents qui sévissent dans plusieurs pays d’Amérique centrale. Répondant aux demandes d’application de la peine de mort pour ces assassinats, le président Jimmy Morales a déclaré que « puisque la peine de mort est une mesure contemplée par la Constitution, il respectera la décision de la justice si celle-ci condamne quelqu’un à cette peine ». La peine de mort est prévue par l’article 18 de la Constitution et seul un vote du Congrès peut l’abolir.

Pérou : des présidents accusés de corruption en prison ou en exil

Les déclarations de Marcelo Odebrecht, propriétaire de la firme brésilienne du même nom, relatives aux pots-de-vin distribués dans toute l’Amérique latine en échange de contrats juteux ou au titre de soutien aux campagnes électorales, touchent aussi les ex-présidents péruviens Alan García, Alejandro Toledo et Ollanta Humala, sans oublier la candidate à la présidence, Keiko Fujimori. Étrangement, seuls Humala et son épouse Nadine Heredia, ont été mis en « détention provisoire pour 18 mois » en attendant les résultats de l’enquête. Toledo est aux États-Unis, García et Fujimori ne sont pas inquiétés… D’autre part, le président actuel, Pedro Pablo Kuczynski subit de fortes pressions pour qu’il libère l’ex-dictateur Alberto Fujimori « pour raisons médicales ». Les organisations de défense des droits humains rappellent qu’une condamnation pour crimes contre l’humanité ne peut être amnistiée. Le président hésite car le fujimorisme est très puissant et son gouvernement plutôt faible…

Colombie : toujours les pots-de-vin d’Odebrecht – la justice souhaite entendre le président Juan Manuel Santos

La justice colombienne souhaite entendre le président Juan Manuel Santos et plusieurs anciens et actuels ministres pour une affaire de corruption liée au procès Odebrecht du Brésil. Cette société aurait remis d’importantes sommes d’argent à plusieurs ministres ou autorités colombiennes pour bénéficier de contrats pour la construction d’une route. Marcelo Odebrecht aurait également donné de l’argent illégal à l’actuel président Santos pour sa campagne de réélection en 2014. Oscar Iván Zuluaga, candidat présidentiel à l’époque est également dans le viseur de la justice.

Paraguay : manœuvres militaires avec les États-Unis

Le Commando Sud des États-Unis, créé pour « travailler » sur l’Amérique latine, propose des formations pour les nations alliées des États-Unis. Les exercices militaires conjoints sont le moyen pour le pays du nord de rappeler au Sud qui commande ! « Fuerzas Comando 2017 » est le titre des exercices militaires qui se déroulent au Paraguay sous la direction du Commando Sud des États-Unis dans lesquels les deux pays seraient sur un pied d’égalité. Défense de rire… Au programme : « équipes d’assaut combinées, installation de troupes à Cerritos (dont la population est indigène donc dangereuse mais surtout dans une zone de puits de pétrole), francs-tireurs et combats en zone urbaine » (4). 18 pays participent aux manœuvres. Pour se défendre de qui, ce n’est pas clair. Le seul pays américain qui ait jamais envahi un autre sont… les États-Unis qui ont souvent envahi des pays américains…

Jac FORTON

(1) CIDH : Commission interaméricaine des droits humains.  (2) Dans un article publié par ALAI le 14 août 2017.  (3) Cité dans le même article qu’en (2).  (4) Voir un article de Abel Irala sur ALAI du 17 juillet 2017 et sur www.southcom.mil.

Quelle est la place actuelle de l’Amérique latine en France ?

Des artistes et intellectuels latino-américains travaillant en France et de latino-americanistes français lancent un appel par une lettre ouverte à M. Emmanuel Macron, président de la République. Si vous souhaitez ajouter votre nom à la liste des signataires, un simple mail suffit en ajoutant votre profession. 

Monsieur le Président de la République,

L’Amérique latine aura été la grande absente de la campagne électorale. L’Europe, l’Afrique, la Méditerranée, le Proche et le Moyen-Orient constituent un étranger proche qui s’impose à notre pays. Mais l’oubli d’un Nouveau Monde, s’il était confirmé, serait dommageable à la France. La Cinquième République est porteuse d’universel. La France ne pourrait sans péril pour elle-même, ses intérêts, ses alliances proches, ses principes, oublier la pluralité du monde. Et donc ce qu’elle doit à l’Amérique latine. Paraphrasant le propos de l’un de vos prédécesseurs, il est vrai d’affirmer que la France ne saurait « sans se renier, se scléroser, se détourner des sources vives » qu’elle partage avec l’Amérique latine.

L’Amérique latine a valeur d’étalon diplomatique et politique. À toutes les époques de son histoire, la France a su lui tendre la main et accueillir avec profit celle qui lui était donnée. Le général de Gaulle avait littéralement offert la « mano » de la France aux Latino-Américains au cours d’un voyage continental effectué en 1964 du Mexique au Chili. François Mitterrand avait adressé en 1982 un salut fraternel aux peuples d’Amérique latine. Parce que « nous avons », avait-il dit, des « buts communs », reflets « de sources communes ». La présence sur notre territoire d’artistes, d’écrivains, de scientifiques latino-américains témoigne d’une attraction puissante et toujours actuelle. Octavio Paz, prix Nobel mexicain, avait en 1984 rappelé « l’influence féconde que la culture européenne a exercée sur la pensée, la sensibilité et l’imagination de nos meilleurs écrivains, artistes et réformateurs sociaux et politiques ».

La plupart ont cultivé le « prétexte de Paris », pour approfondir et élargir le terreau des sources que nous avons en partage. Littéraires avec Jorge Amado, Alejo Carpentier, Julio Cortázar, Gabriel García Márquez, Pablo Neruda, César Vallejo, Mario Vargas Llosa. Artistiques avec Diego Rivera, Tarsila do Amaral, Jesús Rafael Soto, Joaquín Torres García, Wifredo Lam. Politiques avec Simón Bolivar, José de San Martín, Francisco de Miranda, Raúl Haya de la Torre, Celso Furtado. Parmi beaucoup d’autres. Nombreux sont encore ceux qui viennent en France, parfois y vivent et contribuent à la création de richesses intellectuelles et matérielles.

La réciprocité et l’échange ont été très tôt au cœur de cette relation intense, et porteuse de fruits inattendus. Il suffit d’évoquer quelques personnalités ayant toutes contribué à penser que l’avenir de la France – et de l’Europe – passait aussi par le reflet renvoyé par le Nouveau Monde latino-américain : Montaigne, Charles Marie de La Condamine, Voltaire, Fernand Braudel, Claude Lévi-Strauss, Roger Caillois, André Breton, Jules Supervielle, Georges Bernanos, Pierre Monbeig, Georges Clémenceau, Jean Jaurès. Tous ont tiré de leur rencontre avec l’autre « latino-américain », un « plein d’usages et raisons », qu’ils ont utilement greffé sur nos savoirs.

Une « frontière de verre » sépare et unit la France, l’Europe à l’Amérique latine. La latinité est l’héritage paradoxal d’une histoire contrastée, fondatrice d’un dialogue inscrit dans la durée. Permettez-nous de citer une fois encore Octavio Paz, intellectuel ayant jeté des ponts lucides et fructueux entre les deux rives de notre « occidentalité » européenne : « Latino-Américains, nous parlons espagnol et portugais […]. Nos coutumes, nos institutions, nos arts, et nos littératures viennent directement de l’Espagne et du Portugal. Mais à peine affirmons-nous que nous sommes une prolongation ultramarine de l’Europe que les différences sautent aux yeux ».

Cette différence est une source potentielle d’enrichissement partagé. Il convient de la cultiver. Dans l’intérêt supérieur des uns, en France et en Europe, comme des autres, en Amérique latine. Celle-ci a été étroitement liée à l’Alliance française depuis ses origines. Les affinités latines, l’admiration pour les idéaux, les arts et les lettres français, l’attraction exercée par Paris sont vives. Pour beaucoup, la France demeure la porte d’entrée vers l’Europe. La proximité qui nous a été donnée peut être un levier de projets communs dans le domaine des créations artistiques et intellectuelles, de la formation, des échanges culturels, de la recherche scientifique, du développement comme de la conception d’un monde de paix et de dialogue. D’autant plus utiles en cet univers de concurrences et de dominations exacerbées, qu’elle s’efforce de poser les fondements d’une relation allant au-delà de la diplomatie des affaires et de l’économie.

Je signe ! J’envoie mon nom et qualité à ce mail

Premiers signataires : Mercedes Alfonso (comédienne),  Danielle Almendros (biographe), Cecira Armitano-Nahory (critique d’art), Diana Baroni (musicienne), Olga Barry (éditorialiste), Françoise Barthélémy (journaliste), Catherine Bodet (médiation scientifique), André Bonvalot (Solidarité-Pérou Doubs), Jean-Paul Bostbarge (enseignant), Michel Bourguignat (expatrié français au Chili), Diana Burgos-Vigna (universitaire), Raul Caplan (universitaire), Frédéric Couderc (écrivain), Fabienne Crespo-Montero (enseignante), Maria da Conceição Coelho Ferreira (maître de conférence),  Suzete De Paiva Lima-Kourliandsky, (présidente de l’association ALMAA), José Del Pozo (historien), Jean-Paul Deler (géographe), François Delprat (professeur émérite), Marilza Demelo-Foucher (journaliste, docteur en économie), Patrick Deville (écrivain), Alfonso Díaz Uribe (sculpteur),  Françoise Dubuis (enseignante), Michel Dubuis (professeur des universités), Philippe Dujardin (politologue), Violanne Dupic (enseignante), Januario Espinosa (directeur d’Espaces Latinos), Victor Hugo Espinosa (ingénieur), Jac Forton (journaliste), Carlos Gabetta (journaliste), Edicto Garay Oyarzo (maître de conférence), Christian Girault (géographe), Tito González (directeur de Maison de culture), Alexis Guardia (économiste), Chantal Guillet (enseignante), Jean-Pierre Guis (photographe), Sandra Hernandez Davila (chanteuse), Anne-Claire Huby (éditeur), Jhon Jairo Ocampo Cantillo (master études latino-américains), Jean-Jacques Kourliandsky (chercheur), Thierry Lesprit (ingénieur), Alain Liatard (spécialiste de cinéma), Nicole Malaret (maître de conférence), Marcos Malavia (dramaturge), Maria José Malheiros (architecte), Eveline Mana (maître de conférence), Eduardo Manet (écrivain), Christine Marest Blanc-Bernard (chorégraphe), Sylvie Mongin Algan (metteur-en-scène), Maria Isabel Mordovich (écrivain), Isabelle Moulis (ethnologie du patrimoine), Maurice Nahory (conseiller de coopération culturelle), Ewerton Oliveira (pianiste), Marilú Ortiz de Rozas (écrivain et journaliste), Veronique Ovaldé (écrivain), Juan Pablo Pallamar (doctorant), Rodolfo Parada (artiste musicien), Daniel Pecaut (chercheur), Gabriel Puricelli (sociologue), Jorge Reyes (cinéaste), Romain Robinet (historien), Nicole Rochaix-Salmona (maître de conférences), Irène Sadowska-Guillon (journaliste), Pierre Salama (économiste), Carole Sanchez (maître de conférence), Aconcha Sanz (peintre), Marian Semilla Duran (professeur des universités), Carlos Schwartz (médecin), Michel Seruzier (économiste), Audibert Silvestre (éditeur-imprimeur), Simele Soares Rodrigues (maître de conférence), Ángel Pablo Tello (professeur), Catherine Traullé (médecin), Eduardo Valenzuela (directeur de dialogue citoyens), Carole Zalberg (écrivain)…

Visite des présidents du Pérou et du Guatemala pour la clôture de la Semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes en France

Les présidents du Pérou, Pedro Pablo Kuczynski et du Guatemala Jimmy Morales effectuent cette semaine une visité officielle en  France. A Paris ils participeront au forum économique dans le cadre de la clôture de la Semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes en France. Des ministres du Mexique, Costa Rica et Brésil figurent aussi parmi les personnalités  invitées.

Pedro Pablo Kuczynski est un technocrate à la trajectoire nationale et internationale. Âgé  maintenant de 78 ans, il a été ministre de l’Énergie et des Mines (1980-1982), et de l’Économie (2005-2006), ainsi que président du conseil des ministres (2005-2006). Né à Lima d’un père allemand d’origine polonaise et d’une mère française, PPK a grandi à Iquitos, où son père, Maxime, dirigeait la léproserie de San Pablo et où sa mère était professeur. Le cousin de PPK, le cinéaste français Jean-Luc Godard a passé quelque temps à Lima lorsqu’il était jeune, auprès du futur président du Pérou. Sa jeunesse a été très éloignée de la politique et même de l’économie. Peut-être influencé par son cousin, Kuczynski avait des aspirations artistiques.  En 1962 il a épousé une Américaine, Jane Dudley Casey, fille d’un politique, avec laquelle il a eu trois enfants. Divorcé en 1995, il a plus tard épousé Nancy Ann Lange, cousine de l’actrice Jessica Lange, avec laquelle il a eu une fille, Suzanne.

Dans les années 90, pendant le fujimorisme, il a quitté le premier plan de la scène politique et a travaillé dans différentes compagnies multinationales. Il revint à l’État sous la présidence d’Alejandro Toledo (2001-2006). Il ne fut ministre de l’Économie qu’une année, les mesures de privatisation et de libéralisation qu’il avait prises ayant entraîné beaucoup de contestations. Il a continué de soutenir le gouvernement et a été réintégré en 2005 comme président du conseil des ministres. En 2011, à l’âge de 73 ans, il s’est présenté pour la première fois à la présidence de la République pour l’Alliance pour le Grand Changement (Alianza por el Gran Cambio), et est arrivé troisième, avec 18,5 % des voix, derrière Ollanta Humala et Keiko Fujimori. Au second tour il avait soutenu Keiko Fujimori, qui avait perdu face à Ollanta Humala.

Jimmy Morales, né James Ernesto Morales Cabrera le 18 mars 1969 à Guatemala, est un acteur, écrivain, producteur, réalisateur et homme d’État guatémaltèque. Entré en politique en 2001, il est nommé, le 10 mars 2013, secrétaire général du Front de convergence nationale (Frente de Convergencia Nacional, FCN) et est élu président de la République du Guatemala le 25 octobre 2015. Lors de notre article de le cette époque nous signalions que le candidat Jimmy Morales eut l’habileté de se placer aux côtés des citoyens en déclarant :Je fais partie des mécontents de ce système et je m’engage fermement au côté de la clameur populaire pour commencer à faire les choses autrement… Cette clameur veut une réforme de la loi électorale et des partis politiques et exige des changements ”.

Il a aussi promis de “donner leur indépendance aux pouvoirs et aux institutions nationales, bref d’éradiquer la culture de corruption et d’impunité au Guatemala. Morales n’a aucune expérience politique ni de véritable parti organisé pour le soutenir, ainsi que peu de députés au Congrès. Il faudra qu’il s’allie avec un ou d’autres partis et son choix sera un signe de son orientation politique. Le côté plus sombre du nouveau président est que son parti fut créé en 2008 par des vétérans militaires de la guerre civile et qu’il est soutenu par le général José Luis Ayuso, ancien président de l’Association des vétérans et militaires du Guatemala, un groupe d’anciens militaires d’extrême droite. On sait aussi que Morales est un conservateur très religieux, proche des évangéliques. Après sa victoire au premier tour, il avait déclaré que “certains diront que c’est la chance, d’autres que c’est providentiel ; je préfère penser que Dieu nous a aidés et nous a bénis.

Le Forum économique international de l’Amérique latine et des Caraïbes vise à faire dialoguer les leaders des secteurs public et privé ainsi que les représentants des organisations internationales impliquées en Amérique latine. Après avoir examiné les perspectives macro-économiques du continent latino-américain, ce IXe Forum analysera l’impact des nouvelles politiques économiques et commerciales à l’échelle mondiale sur le développement des pays de la région, la nouvelle géographie des accords commerciaux, et le processus d’intégration régionale.

Le Forum se penchera également sur l’importance d’investir dans les compétences et la formation de la jeunesse latino-américaine, y compris en encourageant l’esprit d’entreprise des jeunes. Cet événement est organisé de manière conjointe par le ministère de l‘Économie et des Finances français, le Centre de développement de l’Organisation de coopération et de développement économiques ainsi que par la Banque interaméricaine de développement.

Services des presse

Voir site « La Semaine »

Déclaration conjointe M. Pedro Pablo Kuczynski, président de a République du Pérou et M. Emmanuel Macron président de la France

Paris, 8 juin 2017

Mesdames et Messieurs,

J’ai eu le plaisir de recevoir Monsieur le Président Kuczynski et je le remercie de cette visite qui nous a permis d’évoquer à la fois les sujets bilatéraux, régionaux et plusieurs points d’intérêt mutuel. J’aurai moi-même le plaisir de me rendre à mon tour à Lima en septembre prochain, à l’occasion de la réunion du Comité international olympique où sera désignée la ville hôte des Jeux olympique de 2024.

Le Pérou est un pays partenaire important avec lequel nous coopérons sur de nombreux dossiers que nous avons évoqués et sur lesquels nous poursuivrons justement la coopération, qu’il s’agisse des satellites, de la coopération technologique, des coopérations économiques que nous souhaitons développer en matière de transport, d’eau et d’autres domaines.

Durant cet entretien, le président m’a confirmé aussi l’engagement total du Pérou, et je m’en félicite, pour la préservation des acquis de l’Accord de Paris. Nous sommes l’un et l’autre pleinement engagés non seulement dans le plein respect de l’Accord de Paris, mais également dans une volonté qui nous unifie d’aller au-delà des engagements qui sont le strict minimum.

Le président péruvien m’a également fait part de son point de vue sur la situation politique en Amérique latine que la France suit avec beaucoup d’attention et pour laquelle nous accompagnerons les bonnes volontés en tant que de besoin. Il a notamment exprimé sa préoccupation vis-à-vis de la situation au Venezuela sur laquelle nous continuerons ensemble à échanger.

Je remercie une fois encore le président pour sa visite avant donc, dans quelques semaines, de lui rendre cette politesse en le visitant à Lima.

Emmanuel MACRON

Plutôt que des murs, des programmes socio-économiques pour l’ Amérique centrale

Début mai, le Congrès des États-Unis a approuvé un budget de 665 millions de dollars pour l’Amérique centrale, destinés à la lutte contre la violence endémique et le manque de développement économique, raisons principales de la migration massive vers le pays du Nord. L’ONG étatsunienne WOLA analysera le bon usage de cet argent.

photo : WOLA

Pour WOLA (Washington Office for Latin America), le succès ou l’échec de l’aide US dépendra du bon usage de cet argent et, surtout, de la volonté des gouvernements à réaliser les réformes nécessaires. Cette aide est principalement dirigée vers le Guatemala, le Honduras et le Salvador, trois des pays considérés comme les plus violents au monde et d’où partent des milliers de candidats à l’immigration.

La lutte contre la corruption

Ce budget considère une aide spécifique à la CICIG, la Commission internationale contre l’impunité au Guatemala (une agence des Nations unies) et à la MACCIH, Mission de soutien à la lutte contre la corruption et l’impunité au Honduras. Il s’agit de renforcer les capacités des institutions locales et d’assister les enquêtes dans un combat implacable contre la corruption à tous les niveaux, y compris dans les sphères proches des Congrès et des gouvernements. C’est ainsi que les services des procureurs généraux et les ministères publics des trois pays bénéficieront d’une partie de l’aide. La corruption est un des éternels fléaux qui rongent les institutions de ces trois pays et indignent la population qui n’hésite plus à descendre en masse dans la rue pour exprimer sa colère. On peut rappeler que le président Otto Molina du Guatemala et sa vice-présidente Roxana Baldetti ont dû démissionner suite à de vastes manifestations populaires d’indignation devant la corruption de leur gouvernement.

Dissuader l’immigration

Vu la corruption chronique existant dans ces pays, le Congrès US prévient que l’aide est conditionnée au respect de 12 critères : les gouvernements et les institutions bénéficiaires doivent démontrer un véritable engagement à renforcer l’État de droit, combattre la corruption, attaquer la pauvreté et réduire les inégalités, principales causes qui poussent des milliers de Centraméricains à émigrer vers les États-Unis. Il ne s’agit donc pas de grande générosité de la part du Congrès US mais de l’intérêt du pays à maîtriser l’immigration. Construire un mur entre le pays et le reste de l’Amérique latine comme l’a décidé le président Donald Trump ne sert à rien s’il n’y a pas aussi des programmes et des politiques sociales et économiques qui permettent aux habitants de l’Amérique centrale de vivre et travailler en paix dans leur propre pays. Pour Adriana Beltrán, coordinatrice de ce projet chez WOLA, « Les familles qui fuient l’Amérique centrale vers les États-Unis le font suite à la violence et à la pauvreté » qui ravagent ces États.

Création d’un Moniteur centraméricain

WOLA annonce la création d’une institution, le Moniteur centraméricain, qui suivra de près l’usage des fonds octroyés en travaillant en étroite collaboration avec des ONG locales connues pour leur intégrité : la Fondation Myrna Mack au Guatemala, l’Institut universitaire d’opinion publique (IUDOP) au Salvador et l’Institut universitaire en démocratie, paix et sécurité (IUDPAS) au Honduras. Les fonds octroyés pour l’année 2017 se montent à 280 millions de dollars pour l’assistance au développement, 104 millions pour le Fonds de soutien économique, 225 millions pour développer la sécurité et 3 millions d’assistance militaire. La CICIG recevra 6 millions, la MACCIH, 5 millions, et les ministères publics des trois pays de 6 à 11 millions chacun. Une partie du budget devra obligatoirement être dédiée à la protection des défenseurs des droits humains, des journalistes, des syndicalistes et des membres de l’opposition politique.

Jac FORTON

Sites des associations mentionnées : WOLA ; CICIG ; MACCIH  ; Moniteur centraméricain ; Fondation Myrna Mack ; IUDOP ; IUDPAS.

 

Chili et Bolivie ainsi que Venezuela et Colombie militariseraient-ils leurs relations bilatérales ?

Amérique latine : militarisation de la politique. La messe démocratique avait, semble-t-il, été dite et chantée. Depuis la fin des dictatures militaires, l’Amérique latine était entrée dans un cercle vertueux, démocratique, pacifique et libéral. Plusieurs clignotants alertent toutefois sur des remises en question brutales et expéditives.

Photo : Entrelíneas

L’acceptation de règles communes permettant d’affronter pacifiquement les différends politiques, sociaux et diplomatiques, a en effet été récemment écornée de façon répétée ici ou là. Que ce soit en interne ou en relationnel international, le constat est celui de la montée de tentations régulatrices, sécuritaires et militarisées. L’Amérique latine connaît depuis longtemps des contentieux territoriaux en souffrance diplomatique. Il était admis par les uns et par les autres que ces affaires ne pouvaient empêcher les bonnes relations bilatérales. La Cour internationale de Justice (CIJ) était ainsi encombrée de dossiers à la résolution improbable, donnant une raison d’être et de vivre indéfinie à une pléthore de juristes et diplomates. Costa Rica-Nicaragua ; Nicaragua-Colombie ; Guyana-Venezuela ; Bolivie- Chili alimentent ainsi depuis plusieurs années l’ordre du jour et les travaux de la CIJ, représentant au total 50 % de ses dossiers traités en 2017.

Nouvelle légitimité de l’OEA.   L’Organisation des États américains (OEA) a retrouvé son universalité régionale avec la levée de la suspension de Cuba en 2009. Bien que concurrencée par l’invention de nouvelles institutions intergouvernementales -la CEPAL et l’UNASUR notamment-, l’OEA avait acquis une nouvelle légitimité. Ses derniers secrétaires généraux avaient été élus de façon transparente. Le Chilien José Miguel Insulza (de 2005 à 2015) et l’Uruguayen Luis Almagro (depuis 2015) l’avaient même été sans faire figure de candidats parrainés par les États-Unis.

Des incidents frontaliers confus.   Le 19 mars dernier, neuf soldats et douaniers boliviens ont été arrêtés par des carabiniers chiliens. Les deux parties ont présenté des justificatifs différents de l’incident. Pour Santiago, les représentants de la force publique du pays voisin ont pénétré illégalement en territoire chilien. Pour les autorités boliviennes, il se serait agi d’un droit de suite accordé entre les deux pays pour lutter contre les trafics illicites. Par la suite, le 22 mars, plusieurs dizaines de soldats vénézuéliens ont franchi le lit du fleuve Arauca, délimitant la frontière avec la Colombie, et ont planté le drapeau vénézuélien sur l’autre rive, au lieu-dit Bocas del Jujú. Mais deux jours plus tard, ils ont finalement replié bannière nationale et tentes de campagne, et sont retournés en terres non contestées. Ces deux incidents confus et encore mal documentés, ont un point commun. Ils ont pour toile de fond un moment de contestation diplomatique délicat. La Bolivie et le Chili sont effectivement arrivés à un point procédurier critique devant la CIJ, visant deux contentieux territoriaux. L’un concerne les territoires du Pacifique bolivien annexés en 1879 par le Chili. L’autre la gestion d’un cours d’eau frontalier, le Silala. Quant au Venezuela, il faisait l’objet les 28 et 29 mars d’un débat sur l’état de sa vie démocratique devant l’OEA, à la demande de 18 des 34 pays membres, dont la Colombie.

Glissement de la diplomatie vers la gesticulation militarisée.   Ce glissement n’est sans doute pas le fruit de circonstances exceptionnelles. Il reflète un air du temps international. L’arrivée au pouvoir suprême d’un président nord-américain au discours musclé, Donald Trump, a incontestablement levé des interdits. Certes, il s’est jusqu’ici désintéressé des querelles frontalières des uns et des autres au Sud du Rio Grande. Mais il a annoncé une militarisation de sa relation avec le Mexique, avec la construction d’un mur, le déploiement de forces de sécurité pour faire face à ce voisinage « ennemi » et l’adoption de sanctions économiques. La paix en Colombie qui était soutenue par son prédécesseur, Barak Obama, ne le préoccupe en rien. On note en revanche le retour d’un discours agressif contre une Colombie présentée, comme dans les années Reagan, comme pourvoyeuse de stupéfiants. Rien sans doute d’étonnant si aujourd’hui les accords de paix colombiens sont en voie de déstabilisation. Le Venezuela, qui était l’un des accompagnateurs du processus de paix, a donc pris une initiative militaire hasardeuse. Paradoxalement le 28 mars, il a publiquement envisagé de quitter l’OEA, organisation « qui ne sert pas les peuples du continent » selon Nicolas Maduro, le président vénézuélien.

Réactualisation du discours des années de guerre froide ?   En Colombie, les opposants au processus -imposables hostiles au financement du post-conflit ; militaires et policiers refusant de rendre des comptes au même titre que les ex-guérilleros devant la justice transitionnelle ; groupes politiques et sociaux d’extrême-droite conduits par l’ex-président Álvaro Uribe-, ont réactualisé les discours des années de guerre froide, à l’intolérance agressive. Les amis d’Alvaro Uribe ont reconnu le 28 mars l’envoi d’une lettre à Donald Trump, condamnant un accord de paix, présenté comme ouvrant la porte à un régime marxiste-léniniste et à une guérilla amie d’Al-Qaïda et du Hezbolla. Des militaires, à l’initiative du général Luis Herlindo Mendieta, ont annoncé la constitution d’un parti baptisé « Patria Nueva », dont le fonds de commerce politique est l’annulation des accords de paix.

La Colombie n’est pas un cas isolé : la crise économique a aiguisé les contradictions sociales d’un bout à l’autre du sous-continent. Le radicalisme dormant a été bonifié par la victoire de Donald Trump. Les contentieux externes et internes sont lus avec des lunettes de plus en plus sécuritaires et ils opposent à la fois amis et ennemis. Brésil, Honduras, Nicaragua, Paraguay et Venezuela ont vécu et traversent des épisodes d’intolérance internes aigus. Bolivie et Chili, Venezuela et Colombie, peinent eux à préserver des espaces de dialogue civils pour résoudre leurs différends.

Jean-Jacques KOURLIANDSKY 

Les candidats à la présidentielle oublient de parler de l’Amérique latine et ils ont tort

Le propos paraît incongru. Que viendrait faire l’Amérique latine dans l’élection présidentielle française de 2017 ? De fait aucun des candidats déclarés n’en avait parlé la première semaine d’avril. Rien sur les catastrophes naturelles de Colombie et du Pérou. Pas un mot sur les aléas démocratiques du Venezuela et du Paraguay. Rien sur les menaces de déstabilisation du processus de paix colombien. Silence sur les protestations sociales de masse en Argentine et au Brésil. Motus sur les discours anti-mexicains répétés du président des États-Unis, Donald Trump.

En d’autres temps les candidats manifestaient, fût-ce au détour d’un discours, d’un tract ou d’un entretien, un paragraphe, un mot consacré aux Amériques latines. C’était bien sûr le cas des années Mitterrand. Amérique centrale, Chili, portaient un petit bout du discours programmatique général, sur la paix, et la solidarité internationale. En 2006, Ségolène Royal avait lancé sa candidature de Santiago du Chili. Nicolas Sarkozy avait évoqué en 2007 les batailles démocratiques des Amériques. Jean-Marie Le Pen avait lui défendu la pertinence « d’une alliance de civilisation » avec les Amériques latines, foyer de valeurs occidentales et chrétiennes. Jean-Luc Mélenchon avait soutenu mordicus « l’idéal inépuisable de l’espérance humaniste, de la révolution » bolivarienne vénézuélienne.

En 2017, la diplomatie a été emportée par une avalanche électorale autocentrée. Exit donc avec l’Amérique latine, toute référence à un projet extérieur qu’il soit ambitieux ou minimal. Chômage, délocalisations, crise du monde agricole, évolutions du travail, place de la fonction publique, numérisation du travail et de la société, corruption, endettement, sécurité publique et terrorisme, ont accaparé le débat. Seule l’Europe a émergé quelque peu. Soit comme bouc émissaire de tous les problèmes, soit comme voie magique permettant de résoudre la « vastitude » des maux dont souffre la France. Pour être juste, ici ou là, on a vu en pied de page électoral quelques allusions ciblant des segments électoraux dument identifiés : la défense des chrétiens d’Orient, le risque terroriste, la question palestino-israélienne, un zeste de développement, un brin de Russie poutinienne.

Sic transit gloriam Gallae. L’absence de projet international pour le pays est peut-être le marqueur le plus significatif de la crise de la Vème République. Cette crise, de plus en plus évoquée, voire revendiquée, reflète l’affaissement d’un vivre ensemble. Les forces de la mondialisation déqualifient le français, langue de communication internationale et de travail. La dynamique bruxelloise accentue la « provincialisation » du français. Pourquoi pas ? Encore faudrait-il le dire et le justifier, alors que cela reste dans un déni collectif. Ici, on met en avant une réforme de l’Europe qui deviendrait plus sociale et plus ouverte à la diversité culturelle. Réforme effectivement nécessaire, mais dont on voit mal comment elle pourrait être mise en œuvre, dans le contexte politique qui est celui de l’Union européenne. Là on efface la réalité européenne pour vendre aux électeurs en souffrance la restauration d’une posture souveraine qu’il suffirait d’énoncer pour qu’elle se réalise.

L’Amérique latine a bel et bien valeur d’étalon diplomatique et politique. En effet depuis 1492, date de sa « découverte » par les Européens, elle aura été la périphérie contrôlée de siècle en siècle par les puissants du moment : aux XVIIe et XVIIIe siècles par l’Espagne et le Portugal, au XIXème siècle par le Royaume-Uni et au XXème par les États-Unis. L’abandon par Donald Trump du traité transpacifique voulu par son prédécesseur Barak Obama, et le relais immédiat proposé par le président chinois, Xi-Jinping, annonce sans doute une passation de suzeraineté. A toutes ces époques la France, consciente des enjeux, avait su garder un pied en Amérique latine.

La Ve République de 1958 qui portait un dessein extérieur fort avait fait une place à l’Amérique latine. Le général de Gaulle avait offert « la mano » de la France aux Latino-américains au cours d’un voyage continental effectué en 1964 du Mexique au Chili. François Mitterrand avait adressé en 1982 un message de liberté aux peuples d’Amérique latine au pied du monument de l’indépendance mexicaine. Jacques Chirac a le dernier soufflé sur les cendres de cette ambition en 2003. Il avait bloqué aux Nations unies toute autorisation militaire aux États-Unis en Irak avec l’appui des deux membres latino-américains non permanents du Conseil de sécurité, le Chili et le Mexique.

En 2009, la France, a déqualifié l’Amérique latine. Réintégrant l’OTAN, elle est entrée dans l’anonymat diplomatique. Son chef d’État prenant des vacances aux États-Unis, arborant à l’occasion une chemisette vantant les mérites de la police new-yorkaise, avait refusé de commenter la mort du dictateur Augusto Pinochet. Avec Ingrid Betancourt et Florence Cassez, il avait offert la Colombie et le Mexique ces années-là en boucs émissaires d’un quotidien de plus en plus gris. La France a pratiqué depuis et jusqu’en 2017 une diplomatie latino-américaine à voilure réduite, économique, assimilant le pays à une marque. L’interdiction du survol de l’espace aérien national par l’avion du président bolivien Evo Morales en juillet 2013 a spectaculairement matérialisé la portée du repli. Repli assumé le 21 mars 2017 par un ancien ministre des affaires étrangères qui, en prônant clairement la fusion des libéraux de droite et de gauche, a déclassé le logiciel d’une Ve République en solution de continuité. La France, en oubliant l’Amérique latine, a fait un lapsus révélateur. Celui de la disparition d’une ambition extérieure et au-delà, celui de la pertinence d’un projet collectif national.

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

Un article publié dans le Huffington Post et reproduit avec l’autorisation de l’auteur.

Les Brigades de Paix Internationales en Amérique latine : protection des droits humains et promotion de la non-violence

PBI (Peace Brigades International – Brigades de Paix internationales) travaille depuis plus de trente ans à la protection des droits humains et la promotion de la non-violence. Cette ONG internationale, indépendante et impartiale, est associée avec le Département de l’information publique de l’Organisation des Nations unies. PBI  envoie  des équipes de volontaires sur les zones de conflits pour offrir un accompagnement protecteur aux membres d’associations menacés par la violence politique.

Le travail de PBI sur le terrain est complété par celui de seize groupes nationaux (Amérique du Nord, Europe, Australie). Son action repose sur deux principes : l’impartialité et la non-ingérence dans le fonctionnement des organisations  accompagnées car « la construction d’une paix durable ne peut être imposée de l’extérieur, mais doit venir des acteurs locaux et de leurs aptitudes à construire une paix authentique ». Ce concept PBI a fait la preuve qu’une présence extérieure peut éviter les actes de violence et élargir ainsi l’espace dans lequel pourront oeuvrer les militants locaux. Outre son travail d’accompagnement,  PBI propose aussi avec des organisations locales, « des formations d’éducation à la paix et de travail psychosocial pour renforcer la capacité des participants à résoudre les conflits ». Actuellement, PBI oeuvre à l’ouverture d’un ‘espace pour la paix’ et encourage la régulation non-violente des conflits au Mexique, au Guatemala, en Colombie, au Kenya et au Honduras. PBI est également membre du SIPAZ (Service International pour la Paix) qui travaille au Chiapas (Mexique).

PBI France est une association loi 1901 indépendante. La section française assure la coordination et le développement des réseaux d’appui et d’alerte en France, le suivi des projets sur le terrain et la recherche de fonds et de volontaires. PBI France travaille également à la sensibilisation de l’opinion publique française sur la résolution non-violente des conflits et à l’information sur la situation des défenseurs des droits humains dans les zones où sont implantés les projets. PBI France fonctionne grâce au travail d’une  équipe d’une vingtaine de bénévoles.

La Rédaction

Brigades de Paix internationales

 

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