Venezuela : Donald Trump, le shérif qui viole le droit international par Jean-Christophe Ploquin, rédacteur-en-chef à « La Croix »

La capture du président vénézuélien Nicolás Maduro envoie un signal clair : les États-Unis n’ont pas renoncé à leur stratégie interventionniste à travers le monde. La question se posait depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche il y a un an : son slogan « L’Amérique d’abord » signifiait-il un repli isolationniste de son pays ? La réponse est non. En juin 2025, déjà, les États-Unis ont bombardé sans préavis des sites nucléaires en Iran, en appui de leur allié israélien. Cette fois, l’opération se déroule dans leur « arrière-cour », l’Amérique latine, qui a été définie comme une priorité dans la Stratégie nationale de sécurité dévoilée le mois dernier. Au nom de leurs intérêts, ils se montrent prêts à frapper n’importe où et n’importe quand sur la planète.

Nicolás Maduro en a donc fait les frais. Son éviction est une date importante dans la vie des Vénézuéliens. Ce dirigeant autoritaire et sans scrupule s’est accroché au pouvoir après deux élections controversées – et même truquées, en 2024. Depuis son arrivée au pouvoir, environ huit millions d’habitants, soit un quart de la population, ont fui la crise économique et politique, principalement vers l’Amérique latine et les États-Unis. Son armée a partie liée au trafic de cocaïne, qui transite par le territoire avant d’inonder les marchés nord-américain et européen. La pression internationale sur son régime était très forte et personne ne le regrettera, à part des alliés peu recommandables – Russie, Iran, Cuba…

L’intervention décidée par Donald Trump, dans le rôle du shérif, est néanmoins très inquiétante. C’est une atteinte à la souveraineté d’un État indépendant et une intervention stupéfiante dans ses affaires internes. Même en brandissant un mandat d’arrêt lancé par la justice américaine, la capture de Nicolás Maduro viole le droit international. Cette action obéit à la même logique que le déclenchement de la guerre contre l’Ukraine décidée par Vladimir Poutine en 2022. Avec l’objectif identique d’obtenir un changement de régime. C’est un signal d’alarme pour de nombreux dirigeants de la région.