« Je suis Cuba, et personne d’autre », pourrait conclure tout observateur attentif à la lecture des récents propos du président de Cuba, Miguel Díaz-Canel Bermúdez, lors de sa conférence de presse du 5 février à La Havane, concernant le décret présidentiel signé par Donald Trump le 1er février dernier pour bloquer les importations de pétrole vers l’île et l’asphyxier davantage économiquement.
Il ne l’a pas dit exactement en ces termes, mais cette déclaration pourrait être considérée comme la contrepartie à la riposte face à l’agression et au blocus que les présidents américains qui ont occupé la Maison Blanche depuis janvier 1959 ont perpétrés contre cette petite île des Caraïbes afin de détruire sa souveraineté et son indépendance. Ce message ne s’adresse pas seulement au président républicain, qui siège pour la deuxième fois dans le Bureau ovale, scrutant la carte de l’île verte en forme d’alligator étalée sur son bureau, analysant avec soin comment l’annexer après l’avoir eue à portée de main pendant 67 ans – à seulement 145 kilomètres, soit l’équivalent du Maryland ou de la Virginie – mais, comme on dit, il n’arrive pas encore à s’y prendre.
Par ailleurs, l’explication du président cubain s’adresse aussi à ces amis qui, avec ou sans mauvaises intentions, conseillent d’accepter la proposition de mettre les revendications, demandes et propositions de chaque pays sur la table des négociations, arguant que la situation économique et sociale à Cuba est grave, délicate et difficile à résoudre sans ressources économiques et financières, et que la seule issue est de dialoguer avec Trump.
Les dirigeants cubains apprécient tous ces conseils, même si cela ne signifie pas qu’ils les suivront. Non par simple caprice, mais parce que l’expression « solution diplomatique » demeure très ambiguë si elle n’est pas accompagnée d’un programme précis d’enjeux et d’objectifs satisfaisant les deux parties, garantissant l’équité et la parité dans les contreparties, et respectant les principes fondamentaux d’indépendance, de souveraineté, de non-ingérence dans les affaires intérieures de chaque partie négociatrice, de respect mutuel, de collaboration, d’égalité à tous égards et de non-discrimination, ainsi qu’une ferme volonté d’aplanir les différends afin de parvenir à une coexistence naturelle et durable.
Lorsqu’une proposition est faite dans un climat de pression et de peur, elle perd toute sa valeur, devient invraisemblable et, de fait, prend l’apparence d’un chantage. Elle projette une ombre d’arrogance, un narcissisme politique déconnecté des principes moraux et éthiques, et qui méprise le dogme du « rien par la force », un dogme que les conflits militaires, y compris les deux guerres mondiales, n’ont pas réussi à déloger de la conscience collective.
Le problème est que la voie choisie par Donald Trump est pavée de conditions et de radicalisme. En privilégiant les critères et les volontés comme seul cadre de dialogue, on passe de la négociation à l’imposition, ce qui est inacceptable pour le gouvernement révolutionnaire. Dans le cas de Cuba, ce principe est aussi solide que les racines du palmier royal, et le président Díaz-Canel l’a réaffirmé à ses voisins du Nord le 5 février, non pas pour rejeter la possibilité d’un dialogue – bien au contraire – mais pour préciser la nature de la négociation envisagée : parvenir à des accords qui règlent les différends de manière mutuellement avantageuse, équilibrée, sans préjudice ni cession d’indépendance ou de souveraineté.
C’est, pour ne citer qu’un exemple actuel, ce qui a prévalu au Mexique entre les gouvernements d’Andrés Manuel López Obrador et de Claudia Sheinbaum, et ceux des États-Unis sous Joe Biden et Donald Trump, sur des questions complexes telles que le trafic de drogue, le trafic d’armes, la sécurité nationale, l’imposition de droits de douane, l’accord commercial trilatéral avec le Canada, le partage des eaux et les différends frontaliers.
Malgré les tensions, les parties sont parvenues à des accords, même si un climat de suspicion persiste, notamment en raison des relations historiques complexes profondément enracinées dans les événements regrettables de 1846-1848. À cette époque, le Mexique fut spolié de la moitié de son territoire et sa frontière nord déplacée de deux mille kilomètres vers le sud, en direction du Rio Grande, laissant les États-Unis propriétaires de près de sept États mexicains, qui constitueraient à eux seuls la cinquième économie mondiale.
Lors de la conférence susmentionnée, le président cubain a réitéré la possibilité de négociations hypothétiques à l’intention de ses amis, et même de ceux qui s’en préoccupent – y compris le Secrétaire général de l’ONU et d’autres hauts responsables susceptibles d’orienter le dialogue vers un dialogue exempt de chantage et de démonstrations de force. Si vous n’avez pas entendu ou lu ce passage, je vais résumer ses idées, qui, en réalité, constitueraient la base d’un véritable dialogue. Ces idées ont été répétées car il les a exprimées à maintes reprises sans que l’autre partie ne les entende, ce qui témoigne de la solidité des liens d’amitié. Il a notamment déclaré :
Cuba est disposée à dialoguer avec les États-Unis malgré le contexte historique… Il existe un ordre du jour des sujets à aborder. Cuba est ouverte au dialogue sur toutes les questions qui doivent être traitées. « À quelles conditions ? Sans pression ; le dialogue est impossible sous la pression. Sans conditions préalables, sur un pied d’égalité. Sur la base du respect de notre souveraineté, de notre indépendance, de notre autodétermination, sans aborder les questions qui nous blessent et que nous pourrions percevoir comme une ingérence dans nos affaires intérieures. » « Dans un dialogue de ce type, une relation civilisée entre voisins peut se construire, une relation qui pourrait apporter des avantages mutuels à nos peuples, aux peuples des deux nations. Les Cubains ne haïssent pas le peuple américain ; nous reconnaissons les valeurs du peuple américain, les valeurs de son histoire, les valeurs de sa culture. » Telle est la position claire de La Havane.
Heriberto M. Galindo Quiñones, ancien ambassadeur du Mexique à Cuba sous la présidence d’Ernesto Zedillo Ponce de León, qui, au-delà de ses opinions personnelles, prône le dialogue, a judicieusement déclaré : « Pour commencer, il faut lever le blocus et apporter un soutien à la relance de l’économie cubaine, avec des retombées concrètes pour le peuple et la nation tout entière.»
Or, les cartes sont sur la table, et Díaz-Canel les a une fois de plus révélées : le jeu cubain est un jeu espagnol classique ; celui de Trump est américain. La différence réside dans le fait que le premier n’a pas de joker et exclut toute forme d’esquive, tandis que le jeu de son adversaire peut en contenir jusqu’à huit et influencer le raisonnement. Parallèlement, le président Díaz-Canel a clairement exposé le donnant-donnant de Cuba : la fin de la guerre économique et le respect de sa souveraineté et de son indépendance en échange de relations de bon voisinage et de coopération. Les motivations de Trump restent floues et, comme au Venezuela, il continue d’être guidé par le désir d’une capitulation cubaine, qu’il n’obtiendra jamais.
Revue POLITIKA
Traduit par LATINOS


