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Nicaragua

Au Nicaragua, les évêques appellent à garder espoir. Des belles paroles ?

À l’occasion des festivités nationales, la Conférence épiscopale du Nicaragua a adressé un message de soutien «aux fidèles chrétiens catholiques, et aux hommes et aux femmes de bonne volonté». Un message d’encouragement et d’accompagnement spirituel bienvenu dans le climat social très tendu au Nicaragua. 

Photo : La Croix

Dans une déclaration commune, les évêques du Nicaragua ont rappelé que «la vérité et le pardon sont les fondements et le chemin vers la paix». Ils ont choisi de s’exprimer dimanche 15 septembre, à l’occasion de la fête nationale commémorant l’indépendance du Nicaragua, mais aussi de la fête de la Vierge des Douleurs. «Après près d’un an et demi de souffrance et de douleur, nous avons vécu dans notre propre chair la Passion de Notre Seigneur Jésus Christ», déclarent-ils. 

Sans pointer du doigt ni porter d’accusation, le message des évêques vise avant tout à soutenir spirituellement les catholiques en leur proposant de se poser les bonnes questions dans une situation de crise dont le pays n’arrive pas à se sortir. Se présentant comme des compagnons de route, ils proposent des réponses éclairées par la foi.  

Le texte met à plat les interrogations existentielles qui tourmentent les esprits : «Comment pardonner tant de cruauté subie, et est-il impossible de panser toutes ces blessures ?», «Est-il possible d’aimer ceux qui ferment les portes de leur cœur  au Christ ? Comment garder l’espérance quand tout porte à croire qu’il n’existe aucun pouvoir capable de résoudre notre crise ? Que faire quand la voix de la société civile ne compte pas ? » L’épiscopat se fait porte-parole des masses citoyennes qui demandent du changement et des réformes profondes. «Les inégalités économiques, le chômage et la corruption semblent être des maux endémiques difficiles à corriger, condamnant plusieurs groupes sociaux à être injustement exclus et à rester invisibles, comme le sont les migrants, les femmes, les jeunes, les personnes handicapées, les groupes ethniques, etc…» 

Dans leur message, les évêques mettent en lumière le cas de conscience que rencontrent les catholiques nicaraguayens qui travaillent pour des institutions qui ne correspondent pas à leur valeur mais qui les tiennent par la faim. 

Ces questions sont aussi essentielles pour trouver un terrain ferme où entreprendre la reconstruction de la société nicaraguayenne  :  «Comment contribuer à la résolution de problèmes sociaux et politiques urgents et répondre au grand défi de la pauvreté et de l’exclusion ? Comment le faire dans un pays qui traverse une crise politique, sociale et économique profonde, dans lequel semble s’initier une nouvelle étape, avec les défis qu’elle introduit pour le vivre-ensemble démocratique ? ». 

Selon eux, une des racines du malaise au Nicaragua est la crise de confiance qui, en agissant comme un  «virus», a contaminé toutes les relations quotidiennes. Perte de confiance en les autorités, perte de confiance en les institutions, perte de crédit quant à la viabilité des projets politiques… Cette méfiance s’est répandue, introduisant des tensions dans les familles, éloignant chacun de son prochain et créant des groupes fermés et isolés.  «C’est impossible de grandir dans la méfiance  !», soulignent les évêques. 

Au contraire, il faudrait valoriser la confiance avec la «culture de la rencontre» qui induit l’attitude plus active de prendre soin de l’autre, le faire grandir avec sa liberté.  «Il ne s’agit pas seulement de « tolérer » autrui mais de « célébrer » nos différences, en les exprimant  librement, avec prudence et respect, pour enrichir la richesse de nos idées et valeurs» écrivent les évêques, en reprenant des principes souvent mis en valeur par le Pape François. 

Les évêques s’adressent tout spécialement aux jeunes, qu’ils encouragent à continuer d’apporter leur pierre à l’édifice national «par leurs études et leurs formations, avec leur énergie et leur soif de justice et de liberté avec tous les moyens pacifiques à leur portée». Pour cela, ils se réfèrent au discours du Pape François, au cours des Journées Mondiales de la Jeunesse à Rio de Janeiro  en 2013 : «Ne vous placez pas en queue de l’histoire, soyez les protagonistes ! Manifestez-vous en avant ! Marchez en avant ! Bâtissez un monde meilleur, un monde de frères, un monde de justice, d’amour, de paix, de fraternité solidaire !». 

Les évêques appellent les fidèles à ne pas baisser les bras et à garder espoir. Ils donnent des exemples de figures saintes qui ont aimé sans limite dans l’adversité de régimes oppresseurs : Saint Oscar Romero et Frère Odorico d’Andrea. Ils affirment qu’aujourd’hui plus que jamais, le Nicaragua doit être capable d’aimer «en réponse au système de haine et de mort en place, qui dissimule l’action de Dieu»

Cécile MÉRIEUX,
Cité du Vatican

Notre opinion

Ces belles paroles suffiront-elles à mettre en oeuvre suffisamment de moyens pour redresser la situation politique et économique d’un pays en crise ? Derrière l’exhortation à l’amour universel, on peut aussi y voir une incitation ténue à l’insurrection, et un appel à l’aide dirigé à la jeunesse. Espérons que l’assise religieuse ait un impact sur les décisions politiques.

 Lou BOUHAMIDI

Lutte des opposants au président Ortega pour la libération des prisonniers politiques

Les opposants du président nicaraguayen Daniel Ortega réclament la libération de 89 prisonniers politiques au gouvernement nicaraguayen comme il l’avait promis. Le non-respect de sa parole entraînerait la privation des bénéfices économiques par l’Union européenne et les États-Unis.

Photo : El Periodico

L’opposition exigeant la libération des prisonniers a annoncé que le gouvernement de Daniel Ortega n’a pas tenu parole et que ceux-ci sont encore détenus. Cependant, le gouvernement affirme que plus de 490 détenus ont déjà été absous dans le cadre d’une loi d’amnistie. « La table de négociation a reçu une annonce du gouvernement concernant la libération sous 90 jours de tous les détenus dans le cadre des manifestations » a annoncé l’envoyé spécial de l’Organisation des États Américains (OEA), Luis Angel Rosadilla, lors d’une conférence de presse.

Sur ce, le gouvernement a ajouté que les opposants arrêtés aux manifestations anti-gouvernementales du printemps et de l’été 2018 étaient déjà en liberté, sous la condition que les opposants ne reprennent pas des actes qui amènent à des manifestations, d’après la loi d’amnistie. La répression par la Police nationale et des groupes pro-gouvernementaux armés a fait plus de 325 morts et 2 000 blessés. Ainsi le gouvernement se dit engagé dans la libération dans le cadre de négociations et, de cette manière, la communauté internationale lèverait aussi les sanctions économiques.

En cas de non-respect de cette parole, des acteurs internationaux comme les Etats-Unis et l’Union Européenne pourraient endurcir des sanctions économiques. Ces sanctions auront un délai jusqu’au 18 juin. En outre, l’application de la Nica Act, la loi instituant des sanctions économiques à cause de la répression contre l’opposition pourrait être endurcie en cas de non-respect, d’après un annoncé de l’ancien diplomate, Mauricio Díaz. Ces pénalités auront des conséquences graves dans l’économie après avoir eu une chute l’année dernière de 3,8% du PIB et la perte de plusieurs emplois.

Le Comité International de la Croix Rouge (CICR) accompagnera la négociation entre les deux camps qui s’est conclue mercredi. Par ailleurs, les deux parties ont convenu également d’un programme de négociation et d’un appel à la communauté internationale pour régler les sanctions. D’après l’accord, « au moment souhaité, d’un commun accord entre les parties, il sera demandé à la communauté internationale de suspendre les sanctions pour faciliter le développement humain, économique et social du Nicaragua, au bénéfice des secteurs les plus vulnérables de la population ».

Des centaines de personnes sont détenues dans les prisons ; beaucoup sont des journalistes, des étudiants, des dirigeants syndicaux ou des paysans. Ils sont soumis à des abus, parfois à la torture. « Le président Daniel Ortega n’a démontré aucune réelle volonté de rendre justice aux victimes de la répression brutale exercée par la Police nationale et par des bandes d’individus armés lors des manifestations de 2018 » s’exclame José Miguel Vivanco, directeur de la division Amériques de Human Rights Watch. « La remise en liberté récente de dizaines de personnes qui étaient détenues dans le contexte des manifestations, dont beaucoup sont maintenant assignées à résidence et risquent toujours des poursuites judiciaires, ne peut faire oublier le fait que pas un seul policier ne fasse l’objet de la moindre enquête criminelle pour les passages à tabac, les viols, les arrachages d’ongles, les manoeuvres d’étouffement et les autres atrocités qui ont été commises ». En effet, c’est le témoignage d’un rapport basé sur des recherches de sources officielles, de documents judiciaires, de déclarations, photos, vidéos ou relevés médicaux.

« Le seul moyen de réduire les abus généralisés, de permettre aux Nicaraguayens de rentrer d’exil, de mettre fin à la censure et de restaurer l’indépendance du système judiciaire passe par l’application d’une pression soutenue par la communauté internationale qui devrait inclure des sanctions ciblées et une forte insistance pour que les responsables d’abus soient amenés à rendre des comptes », a affirmé José Miguel Vivanco.

Andrea RICO

Le président nicaraguayen Daniel Ortega se fait rattraper par les acteurs internationaux

Le président Daniel Ortega continue à s’accrocher au pouvoir grâce au soutien des forces armées, de la police et des juges du pays, et ce malgré la pression de la rue, continuant ainsi une crise sociopolitique profonde et violente.

Photo : laprensa.ni

Après la répression virulente déployée contre les opposants au pouvoir, le mois de juin annonce un approfondissement de la crise économique pour la population avec, entre autres, une série de hausse de prix de biens de consommation, comme la suppression de subventions envers les secteurs économiques les plus vulnérables, ce qui risque de dégrader encore plus le climat social.

De plus, le 13 juin marque la date limite du délai de 6 ans établi par la clause 15.21 de l’accord-cadre de la loi dite du Grand Projet Océanique. En d’autres termes, ceci signifie la caducité de la concession du Grand Canal Interocéanique achetée par Wang Jing –l’entrepreneur du projet– et par conséquent son annulation de facto, laissé à l’abandon à cause de l’enlisement dans lequel le pays s’est enfoncé.

En outre, ce mois-ci, la pression politique internationale risque de sanctionner et ostraciser davantage encore le régime. L’investiture le 1er juin du président Bukele au Salvador voisin, élu en marge du bipartisme traditionnel, risque de modifier les rapports de force en Amérique centrale, et ce en défaveur d’Ortega.

De plus, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo devra rendre le 21 juin un rapport concernant les actes d’atteinte aux droits humains, de corruption et de blanchiment d’argent par les fonctionnaires et des forces de l’ordre nicaraguayens. S’il considère que les avancements effectués sont insuffisants, de nouvelles sanctions pourront alors être appliquées, bien que la nature de celles-ci demeure vague. Au vu de l’ampleur de la répression menée depuis un an et du secrétisme adopté par le cercle proche du pouvoir, ce rapport risque de jouer en sa défaveur, d’autant plus que sa publication coïncide avec la libération des prisonniers politiques du pays. Il faut rappeler que le régime est particulièrement vulnérable face aux sanctions de l’administration étasunienne, qui ont déjà sévi sur Rosario Murillo (la première dame), des hauts fonctionnaires, ainsi que sur BanCorp, une institution bancaire pilier du régime.

Du 26 au 28 juin, la 49e Assemblée générale de l’Organisation des États Américains à Medellín pourraient, dans le cadre de l’article 21 de la Charte Démocratique Inter-Américaine, renvoyer le Nicaragua de cette même organisation régionale si le gouvernement ne respecte pas les accords signés lors du dialogue national. Ce renvoi impliquerait également une limitation des prêts de la Banque Interaméricaine de Développement, augmentant encore plus la pression financière dans le pays et le mécontentement social déjà au plus haut.

Malgré l’adversité à laquelle Ortega-Murillo et leurs proches font face, ils ne semblent pas être enclins à négocier une solution à la crise, de par l’emprise du FSLN (Front sandiniste de libération nationale, fondé en 1961) sur les institutions, de l’éventuelle intervention de l’administration étasunienne et des organisations régionales, et de l’usage tous azimuts de la répression par le gouvernement.

Alice DREILLARD

La crise continue au Nicaragua, le danger pour les opposants reste omniprésent

La crise du Nicaragua continue et le gouvernement d’Ortega est toujours aussi répressif. Depuis avril 2018, la répression a fait 325 morts, et environ 62.000 Nicaraguayens se sont exilés. Jeudi 16 mai, l’un des opposants détenus, Eddy Montes, est décédé suite à un accident.  

Photo : Reuters Oswaldo Rivas

Suite à cette crise qui perdure, le gouvernement s’est engagé à libérer les prisonniers politiques, à restaurer les libertés publiques et à permettre aux exilés de revenir dans leur pays. Mais malgré ces engagements, aucun accord n’est respecté, la crise continue de s’accentuer, ce qui laisse le pays dans une impasse sociopolitique. Socialement, la précarité de la vie quotidienne devient inévitable et insupportable pour les habitants. La malnutrition et la pauvreté continuent de s’étendre. Économiquement, l’effondrement du commerce continue de manière  sidérante. Pratiquement tous les économistes prévoient que le ralentissement ne va que s’approfondir. Au premier trimestre de 2019, la production industrielle a chuté. Le prix de l’essence et le chômage ont augmenté. La stratégie de Daniel Ortega-Murillo est celle de négocier directement avec les représentants des grandes entreprises afin d’éviter une dépression économique majeure. 

En ce qui concerne l’opposition, celle-ci cherche à trouver des alliés pour acquérir la confiance et l’appui de la société nicaraguayenne et ainsi mettre fin à la dictature. Or, lors de manifestations en 2018, des centaines d’opposants au pouvoir de Daniel Ortega ont été arrêtés par les forces de l’ordre puis mis en détention à la prison Modelo. Ce centre pénitencier de haute sécurité, situé à vingt kilomètres au nord de la capitale Managua, a récemment vu l’un de ses détenus mourir lors d’un accident.  

Eddy Montes, un opposant américano-nicaraguayen était détenu dans cette prison depuis des manifestations auxquelles il avait participé en 2018. Jeudi 16 mai 2019, après avoir été blessé au cours d’un «affrontement» avec un membre du personnel de la sécurité, cet opposant de 57 ans est décédé. Selon le ministère de l’Intérieur, l’incident aurait commencé lorsqu’ «un groupe de prisonniers s’est jeté sur le personnel de sécurité et a lutté avec l’une des sentinelles avec la claire intention de lui prendre son arme réglementaire. Au cours de cette lutte, un coup est parti et a atteint le détenu». Le ministre de l’Intérieur, Luis Cañas a annoncé qu’après l’accident, le blessé avait été transféré vers un hôpital où les médecins ont tenté de le réanimer.   

Suite à cette disparition, à Matagalpa, la ville d’ Eddy Montes, des dizaines de personnes se sont rassemblées avec des photos du défunt pour réclamer que justice soit faite. Selon les médias locaux, des forces antiémeutes ont alors été déployées. Concernant la réaction du  gouvernement face à cette tragédie, Luis Almagro, secrétaire général de l’Organisation des États américains, a condamné les événements survenus dans la prison. Il en a profité pour rappeler que le gouvernement nicaraguayen s’est engagé le 29 mars à libérer les opposants détenus dans un délai de 90 jours. 

Eulalie PERNELET 

Après un an de dictature au Nicaragua, une résistance opprimée mais vaillante

Voilà un an déjà que le Nicaragua est plongé dans l’obscurité. Le 18 avril 2018, le pays est entré dans une crise politique et sociale sans précédent dans son histoire récente. Lors de contestations contre une réforme de la Sécurité sociale, le gouvernement de Daniel Ortega, au pouvoir depuis 2006, réprima par le sang et la violence les manifestants. Le pays le plus pauvre de l’Amérique latine est depuis anéanti.

Photo : Freddy Rios

Durant cette période, les violences politiques ont fait plus de 325 morts. Le gouvernement autoritaire ne s’est pas pour autant arrêté là puisqu’il a emprisonné plus de 600 adversaires opposés. Depuis un an, plus de 60 000 Nicaraguayens ont émigré. La répression intense, l’économie paralysée et la peur diffuse participèrent à faire sombrer le pays dans cette crise. Pour «commémorer» cette année «d’insurrection civique et pacifique», l’opposition avait lancé un appel à manifester. Or les demandes d’autorisation de manifestation ont toutes été rejetées par les autorités.

Dans les années 1980, la révolution guévariste du Nicaragua avait été une réussite. À ce moment-là, le Nicaragua des Sandinistes proposait un projet politique fondé sur plus de justice sociale. Les plus pauvres, dont ceux du monde ouvrier, étaient alors davantage écoutés. L’éducation et la santé se développaient pour être accessibles au plus grand nombre. Durant cette période, Ortega était l’un des commandants de cette révolution. Or aujourd’hui, son gouvernement sandiniste est à l’opposé de cette ancienne dynamique de développement.

Avant la crise de 2018, le pays avait une croissance annuelle du PIB de 4 à 5%. La Banque mondiale avait annoncé que la pauvreté avait reculé d’environ 25% en 2016. Mais avec la récession des populations, le PIB a chuté de 3,8% en 2018, 294 000 emplois ont alors été détruits. L’économie du pays n’a pas l’air de s’améliorer cette année, puisque le Fonds monétaire international prédit une nouvelle chute de 5% du PIB. Malgré cette crise économique, les sanctions internationales et une opposition qui ne désarme pas, Daniel Ortega s’accroche encore au pouvoir.

Cependant, ces derniers jours, le gouvernement répressif du Nicaragua est revenu sur ses emprisonnements excessifs. Mardi 16 avril, l’État a annoncé la libération conditionnelle de 636 prisonniers à l’occasion de la Semaine sainte. Parmi eux, 13 opposants avaient été emprisonnés pour avoir pris part à des manifestations antigouvernementales. Le ministère de l’Intérieur a annoncé que tous les prisonniers libérés «vont bénéficier d’un régime d’assignation à résidence». En décembre et en février, le gouvernement avait déjà procédé à ce type de remises en liberté pour 2908 personnes.   

Eulalie PERNELET

Soirée de sensibilisation le vendredi 26 avril à Lyon

Vendredi 26 avril, un groupe de Nicaraguayens à Lyon vous propose une soirée culturelle. Elle débutera avec le vernissage de l’exposition Regards de résistance sur la résistance citoyenne pacifique actuelle. Cette exposition multidisciplinaire d’art contestataire aura lieu à 19h. À 20h30, la soirée se poursuivra avec la projection du documentaire Nicaragua, une révolution confisquée, un documentaire d’analyse de Gilles Bataillon et Clara Ott qui porte sur la révolution sandiniste.

En 1979, au Nicaragua, à cause de cette révolution, la famille Somoza doit quitter le pays. Cet exil suscita un grand espoir dans le peuple nicaraguayen opprimé par 50 ans de dictature. Neuf mois plus tard, la vague révolutionnaire déboucha sur une guerre civile mettant les Sandinistes au pouvoir. Le documentaire apporte des thématiques politiques et sociales sur les idéaux revendiqués par Daniel Ortega, mais aussi par ses opposants.

L’exposition Regards de résistance met en lumière les nouvelles formes de participation citoyenne de la société nicaraguayenne. En réponse à cette crise sociopolitique, cette société remet en question, par de nouveaux moyens, les mécanismes de pouvoir traditionnels. Un nouveau regard artistique émerge alors. Plein de contradictions, il prend pour la première fois les sujets féministes au sérieux. Les œuvres présentées sont celles de plus de 100 artistes qui expriment leur souffrance pour les morts et les disparus de la répression. L’exposition suggère un avenir pour le Nicaragua de demain.

Pour participer à cette soirée, organisée par le collectif de solidarité avec le peuple du Nicaragua, rendez-vous à Espaces Latinos, 4 rue Diderot à Lyon. Pour réserver un nacatamal à 8 euros (plat traditionnel nicaraguayen), veuillez remplir ce formulaire.


La police s’en prend à des manifestants et à des journalistes au Nicaragua

Des policiers anti-émeutes s’en sont pris violemment samedi à Managua à plusieurs journalistes et à des dizaines d’opposants au gouvernement du président Daniel Ortega qui s’apprêtaient à manifester pour réclamer la libération de tous les «prisonniers politiques», selon France 24 dont nous reproduisons ici un article.

Photo : Infobae

Pourchassés par les forces de l’ordre, les manifestants et les journalistes venus couvrir le rassemblement avaient trouvé refuge dans les locaux d’une banque, dans le sud de la capitale, lorsque les policiers ont pénétré sur le parking et ont fait usage de leurs armes.

«Ils attaquent l’édifice avec des gaz lacrymogènes et ils tirent», a témoigné un vidéaste de l’AFP, Luis Sequeira. Ce dernier avait déjà été agressé une heure auparavant par des policiers qui lui ont volé son matériel et ont tenté de l’interpeller.

Peu après l’incident, qui n’a pas fait de blessé, les journalistes, dont des reporters de l’AFP, ont réussi à quitter les lieux, mais la zone était toujours bouclée par la police, ont-ils témoigné.

Selon l’opposition, au moins 30 personnes ont été interpellées pour avoir tenté de participer à la manifestation lancée à l’appel du bloc d’opposition Unidad Nacional Azul y Blanco (UNAB).

Parmi elles, figurent un ancienne guérillera sandiniste, Monica Baltodano et sa sœur, Sofana Arce, selon leur famille. Deux membres de la délégation de l’opposition, qui participe depuis le 27 février aux pourparlers avec le gouvernement, auraient également été arrêtés.

Des centaines de policiers anti-émeutes avaient été déployés tôt dans la matinée à Managua afin d’empêcher les participants de se joindre à la manifestation, la première organisée par l’opposition depuis octobre, date à laquelle les rassemblements d’opposants ont été interdits par la police. Elle visait à réclamer la libération de tous les détenus emprisonnés pour avoir participé à des manifestations anti-gouvernementales.

Plus de 600 «prisonniers politiques» sont toujours détenus dans le pays, selon l’opposition qui considère comme «insuffisante» la libération de 150 opposants depuis la reprise du dialogue. La police avait annoncé vendredi qu’elle n’autoriserait pas cette marche.

Après trois jours de blocage, l’opposition a accepté jeudi de reprendre les négociations avec le gouvernement à la suite de la promesse du pouvoir de libérer des opposants. Seul le représentant des étudiants n’a pas rejoint la table des pourparlers, ces derniers réclamant «des faits».

Ce dialogue vise à trouver une issue à la crise politique qui secoue le pays depuis près de onze mois et a fait plus de 325 morts, essentiellement dans les rangs de l’opposition.

L’ex-guérillero Daniel Ortega, âgé de 73 ans, est au pouvoir depuis 2007. Il est accusé par ses opposants d’avoir mis en place avec son épouse et vice-présidente Rosario Murillo une dictature corrompue et népotique.

D’après France 24

Le Nicaragua contraint de négocier avec l’opposition sous l’ombre des États-Unis

Depuis une semaine, les dirigeants de l’Alliance civique de l’opposition réclament la présence de «garants internationaux» afin de négocier une sortie de la crise politique qui frappe le pays depuis des mois. Par ailleurs, les récentes déclarations de Donald Trump, dans le contexte de la crise au Venezuela, font planer une menace latente sur la table des discussions où se joue l’avenir de l’ex-guérillero sandiniste et actuel président du Nicaragua, Daniel Ortega.

Photo : Presidencia El Salvador/Flickr

Tout a commencé en avril dernier, dans plusieurs villes du pays, avec une quarantaine de morts et une centaine de blessés. Aujourd’hui, les victimes de la répression policière –plus de 300 morts– font partie du lourd bilan de l’explosion sociale déclenchée il y a dix mois par l’annonce d’un décret sur la réforme des retraites.

Destiné à réduire de 76 millions de dollars le déficit de la Sécurité sociale, ce projet de réforme a nécessairement fourni un nouveau sujet d’affrontement qui a fait déborder le vase de la grogne générale : chômage en hausse, augmentation des tarifs d’électricité et du carburant, réduction de l’aide familiale, et surtout une liberté d’expression inexistante avec presque 700 opposants derrière les barreaux.

Après les émeutes de l’année dernière, voyant l’épée de Damoclès au-dessus de sa tête, Daniel Ortega avait fait marche arrière sur sa réforme, trop conscient d’être «arrivé à ce moment fatal où le peuple ne peut plus supporter ni ses maux ni [ses] remèdes», selon les mots de l’historien Louis Madelin (1871-1956). Ainsi acculé par la plus violente mobilisation sociale depuis son retour au pouvoir, en 2007, en guise d’apaisement M. Ortega avait déclaré à la télévision nationale que «le gouvernement [était] d’accord pour reprendre le dialogue pour la paix, pour la stabilité, pour le travail, afin que [le] pays ne soit confronté à la terreur [qu’il vit] en ces moments».

C’est donc sur la base de ses déclarations que les discussions décisives ont débuté le mercredi 27 février autour de la table des négociations. Entreprises, étudiants, paysans, organisations civiles et syndicats se sont regroupés sous le nom d’Alliance civique pour la justice et la démocratie (ACJD).Cette plateforme de l’opposition avait demandé comme préalable la libération de tous les opposants emprisonnés ainsi que la présence, en tant que «garants internationaux», de l’Organisation des États américains (OEA) et de l’Organisation des Nations unies (ONU). De fait, en reprenant le dialogue, l’ancien guérillero sandiniste tente de temporiser pour conserver la présidence jusqu’à la fin de son mandat en 2021, comme l’affirment les membres de l’opposition, dont Azahalea Solis : «Ortega a accepté de reprendre le dialogue parce que la résistance civile continue fermement, à cause de son isolement international et de la situation [de crise] au Venezuela, et parce que l’économie est en chute libre.»

C’est ce que confirment les analystes. En 2018, le PIB a chuté de 4%, provoquant la perte de 300 000 emplois et, selon les prévisions des chefs d’entreprise pour cette année, le PIB peut encore reculer jusqu’à 11%. Ce sont des chiffres alarmants qui, certes, pourraient faire exploser le taux de chômage, mais surtout accélérer le déclin de l’administration Ortega. Dans ces conditions donc, on peut très difficilement prévoir comment l’ex-guérillero sandiniste pourra trouver une stratégie pour renouer avec son peuple et sortir de la crise.

À cela s’ajoutent les sanctions financières imposées par les États-Unis contre son épouse et vice-présidente, Rosario Murillo, et contre un membre de son cabinet. Dans ce contexte délétère, il n’est pas inutile de rappeler que, depuis onze ans à la tête du pouvoir (auxquels s’ajoute son expérience dans les années 1980), M. Ortega a eu suffisamment de temps pour réussir sa gestion en mettant en place les mesures nécessaires à un développement dynamique, dans tous les domaines, pour assurer l’avenir de son peuple.

Mais, comme beaucoup d’hommes politiques, il justifie l’échec de son administration en faisant appel à la théorie du complot : ce sont les rouages des États-Unis qui ont fait voler en éclats son programme, avec l’objectif de se débarrasser de l’idéal gauchiste qui a gouverné pendant les vingt dernières années dans plusieurs pays d’Amérique latine.

Or, il faut bien reconnaître que sur ce point-là M. Ortega n’est pas loin de la réalité. Le conseiller étasunien à la sécurité, John Boston, a affirmé le 20 février dernier que les jours de M. Ortega «étaient comptés». Il y a une semaine, dans un discours sur Maduro et la crise vénézuélienne, Donald Trump avait affirmé que «les jours du communisme étaient comptés au Venezuela, mais aussi au Nicaragua et à Cuba». Une déclaration péremptoire destinée à accélérer la chute d’Ortega car, pour Washington, le Nicaragua fait partie, avec le Venezuela et Cuba, d’une «troïka de la tyrannie».

Tandis que ses opposants réclament son départ en l’accusant d’avoir instauré une dictature, Dora Téllez constate pour sa part que «l’affaiblissement de Maduro affaiblit Ortega». L’ex-combattante sandiniste considère également le dialogue avec l’opposition comme le prélude de la fin du président nicaraguayen : «il s’assied à la table des négociations avec la corde au cou»[1].

Eduardo UGOLINI


[1] Pour plus de détails sur l’origine du «sandinisme», la carrière politique de Daniel Ortega et l’influence historique des États-Unis, vous pouvez consulter l’article intitulé «Des dizaines de morts à l’origine du rassemblement «pour la paix et la justice» au Nicaragua».

Nouvelles attaques contre les libertés démocratiques au Nicaragua

Poursuivant sa politique consistant à museler toute expression critique vis-à-vis du gouvernement Ortega-Murillo, une majorité de députés à l’Assemblée nationale du Nicaragua a voté le 12 décembre le retrait de la personnalité juridique du Centre nicaraguayen des droits humains (CENIDH). Le procédé expéditif adopté, qui de surcroît viole les règles administratives en vigueur dans le pays, constitue un pas de plus dans le verrouillage des libertés démocratiques et révèle, s’il en était encore besoin, le glissement accéléré, au cours des huit derniers mois, vers un État policier. Nous reproduisons ici un communiqué rédigé par le Collectif Guatemala.

Photo : El Diario de Victoria

Cette mesure, qui a également touché l’organisation politique «Hagamos Democracia» (et avant l’ONG «Centro de Información y Servicios de Asesoría en Salud» dirigée par Ana Quirós, citoyenne nicaraguayenne d’origine costaricienne expulsée du pays il y a peu, ainsi que l’Instituto de Estudios Estratégicos y Políticas Públicas – IEEP), s’inscrit dans le prolongement de mesures visant à criminaliser systématiquement les formes d’opposition collectives ou individuelles : tout d’abord, la loi anti-terroriste adoptée au mois de juillet, qui sanctionne par de lourdes peines de prison le soutien et/ou le financement de toute manifestation (considérée arbitrairement comme une tentative de déstabilisation du régime) ; ensuite l’obligation de demander l’autorisation de manifester, sachant que le gouvernement refuse systématiquement les demandes déposées par la société civile. Le CENIDH était justement à l’origine d’une demande d’autorisation, le 10 décembre, en vue de commémorer, comme dans de nombreux pays, la déclaration universelle des droits de l’homme.

Créé au début des années 1990, autour de madame Vilma Nuñez de Escorcia, ex-vice-présidente de la Cour suprême de justice durant le gouvernement sandiniste des années 1980, le CENIDH est le principal organisme de défense des droits humains au Nicaragua. Il a accompagné de nombreuses victimes d’atteintes aux droits humains, dans les villes, comme dans les campagnes, quelle que soit leur sensibilité politique et face à tous les gouvernements qui se sont succédé au Nicaragua ces 25 dernières années.

Les fallacieuses raisons administratives invoquées contre le CENIDH ainsi que l’accusation de «délinquante» portée contre madame Nuñez de Escorcia, présidente de l’organisation aujourd’hui âgée de plus de 80 ans, pourraient prêter à rire si elles ne s’inscrivaient dans un contexte de répression généralisé, en vertu duquel plus de 500 personnes sont actuellement emprisonnées pour des raisons politiques. Rappelons également que les deux autres organisations nationales de défense des droits humains (l’Association Nicaraguayenne Pro droits Humains – ANPDH et la Commission Permanente des Droits Humains – CPDH) ont elles aussi fait l’objet de mesures de rétorsion.

Ainsi, en raison des menaces, la CPDH a été obligée de fermer temporairement ses locaux tandis qu’un des représentants de l’ANPDH, témoin des exactions commises par la police et les forces para-policières dans la ville de Masaya au cours du mois de juillet, a été contraint de fuir le pays pour protéger sa vie. Par ailleurs, les diverses organisations internationales (émanant de l’Organisation des Nations unies – ONU ou de l’Organisation des États américains – OEA) se voient systématiquement refuser l’accès aux informations et/ou aux locaux (prisons, tribunaux, morgues, hôpitaux) qui permettraient de vérifier la situation des personnes décédées, blessées, emprisonnées ou disparues lors des manifestations qui ont éclaté à la mi-avril et de la répression qui s’en est suivie.

Finalement, le 13 décembre, l’acharnement des parlementaires fidèles au régime s’est poursuivi contre cinq autres ONG : la Fondación Instituto de Liderazgo de las Segovias (ILLS) ; l’Institut para el desarrollo de la Democracia (IPADE) – fondé par l’ex-ministre de la réforme agraire Jaime Wheelockla Fondación del Río ; le Centro de investigación de la Comunicación (CINCO) – cofondé par Carlos Fernando Chamorro, ex-directeur du quotidien Barricada et actuel directeur du journal en ligne Confidencial – et la Fondación Popolna – dirigée par la Commandante de la révolution sandiniste Monica Baltodano – se sont vues également privées de leur existence légale.

Cette décision a été immédiatement suivie d’effet : à l’aube du 14 décembre, la police s’est introduite par la force dans les locaux de plusieurs des organisations sanctionnées ainsi que dans ceux de Confidencial et a procédé au saccage des installations, dans une évidente volonté d’intimider et leur retirer le peu de ressources dont ces organisations et ces médias disposent pour faire entendre leur voix.

Les organisations signataires dénoncent vigoureusement cette nouvelle atteinte aux libertés collectives et individuelles qui a pour seul objectif de laisser les citoyens sans défense face aux abus répétés du pouvoir en place. C’est pourquoi, elles exigent : le rétablissement du statut légal pour toutes les organisations et l’arrêt de la stigmatisation des défenseur(e)s des droits humains, des journalistes et des citoyens critiques envers le régime ; l’abrogation de la loi anti-terroriste ; la garantie du droit de manifester ; la libération de tout(e)s les prisonnier(e)s politiques ; la fin de l’impunité pour les responsables des crimes commis.

D’après le Collectif Guatemala

Premiers signataires : Collectif de solidarité avec le peuple du Nicaragua (CSPN)  / Centre Tricontinental (Belgique) / Collectif Guatemala / Autoconvocadxs solidarixs / Comité Catholique contre la Faim et pour le développement – CCFD-Terre solidaire / Alerte Honduras

Le Collectif Guatemala est une association à but non-lucratif dont l’objectif est le soutien aux organisations de droits humains et au mouvement social et autochtone guatémaltèques dans leurs efforts pour construire un État de droit.

La décision d’interdire le CENIDH marque l’entrée du Nicaragua dans un régime dictatorial

Paris-Genève, le 13 décembre 2018 – L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’homme rejette l’annulation du statut juridique de quatre organisations par l’Assemblée nationale du Nicaragua, dont le CENIDH, organisation membre de la FIDH et du réseau SOS Torture de l’OMCT. Cette décision démontre que l’Assemblée est devenue un tribunal sommaire dédié à la répression des organisations de la société civile dans ce pays. Nous reproduisons ici un article de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH).

Photo : Le Devoir

Le 12 décembre 2018, l’Assemblée nationale a annulé le statut juridique du Centre nicaraguayen des droits humains (CENIDH), en réponse à une demande urgente adressée le même jour par le ministère de l’Intérieur. Les motifs invoqués pour justifier cette interdiction seraient que le CENIDH aurait dénaturé sa personnalité juridique en n’agissant pas conformément aux buts et objectifs pour lesquels elle lui avait été accordée «comme la réalisation de la paix et de la justice au Nicaragua».

L’Observatoire exprime sa grande préoccupation au sujet des dénonciations faisant état de l’encerclement de l’entrée du siège du CENIDH par la force publique, empêchant les travailleurs d’y entrer et leur disant qu’«ils ne sont plus en règle». L’Observatoire appelle les autorités à respecter et à garantir l’intégrité physique de l’ensemble de l’équipe du CENIDH.

«Cette décision constitue une restriction arbitraire du droit à la liberté d’association en violation des obligations internationales du Nicaragua. Il s’agit clairement d’un acte de représailles pour sa dénonciation active des violations des droits humains depuis sa création en 1990. Nous réitérons notre solidarité avec le CENIDH», a déclaré Dimitris Christopoulos, Président de la FIDH.

«Cet outrage est un exemple du modèle de répression qui vise à anéantir la société civile indépendante au Nicaragua. Depuis trente ans, le CENIDH représente un espoir pour toutes les victimes de violations des droits humains. Sa fermeture semble être un message au peuple nicaraguayen pour qu’il ne dénonce pas les violations et exactions, mais elle ne parviendra pas à réduire au silence le mouvement des droits humains», a déclaré Gerald Staberock, Secrétaire général de l’OMCT.

Le CENIDH est la quatrième ONG à avoir été dépouillée de son statut légal par l’Assemblée nationale au cours des deux dernières semaines, au motif qu’elles feraient partie d’une tentative de coup d’État pour renverser le gouvernement nicaraguayen. Hier, l’organisation «Faisons la démocratie» s’est vue retirer sa personnalité juridique, et le 11 décembre, l’Institut d’études stratégiques et de politiques publiques (IEEPP) perdait elle aussi sa personnalité juridique. Enfin, le 29 novembre, l’Assemblée nationale avait annulé le statut juridique de l’organisation féministe Centro de Información y Servicios de Asesoría en Salud (CISAS).

Dans le but de démanteler le militantisme étudiant, rural et toute opposition politique, le régime Ortega-Murillo a déployé ces derniers mois une violente répression qui a fait plus de 300 morts et des centaines de détenus arbitraires. Comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement veut maintenant réduire au silence la société civile en interdisant les ONG qui lui sont opposées.

Dans ce contexte, l’Observatoire exprime sa préoccupation et condamne fermement la suppression de la personnalité juridique du CENIDH. Nous appelons les autorités à revenir immédiatement sur cette décision et à mettre fin à tous les types de harcèlement contre le CENIDH et d’autres organisations, ainsi que contre tous les défenseur.e.s des droits humains au Nicaragua.

D’après la FIDH

L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’homme (l’Observatoire) est un programme créé en 1997 par la FIDH et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et vise à intervenir pour prévenir ou remédier aux situations concrètes de répression contre les défenseurs des droits de l’homme. La FIDH et l’OMCT sont toutes deux membres de ProtectDefenders.eu, le mécanisme de l’Union européenne pour les défenseurs des droits de l’homme mis en œuvre par la société civile internationale.

Interdiction de manifester au Nicaragua proclamée par le gouvernement de Daniel Ortega

Le président Daniel Ortega et son épouse et vice-présidente Rosario Murillo continuent de régner d’une main de fer sur le Nicaragua. Plusieurs organismes internationaux, dont l’ONU, ont constaté l’ampleur de la répression contre la population. Rencontre avec opposants et sympathisants d’Ortega à travers la reproduction d’un article de France Culture.

Photo : Sputnik-News

Depuis que le président Daniel Ortega a violemment fait dissoudre les manifestations qui ont débuté en avril dernier contre la réforme de la sécurité sociale, plusieurs organismes internationaux, dont l’ONU, ont constaté l’ampleur de la répression contre la population. Les organismes de défense des droits de l’homme chiffrent le bilan à 330 morts, en majorité des étudiants, même si certains évoquent plus de 500 morts. Pour sa part, le régime d’Ortega reconnaît 198 morts, presque tous des policiers selon la version officielle, et se présente en victime d’une tentative de coup d’État.

Ces dernières semaines, le gouvernement, associé à des groupes paramilitaires, exécute une véritable chasse aux opposants : les étudiants qui ont pris part aux manifestations sont arrêtés massivement et emprisonnés. Plusieurs d’entre eux ont dénoncé des tortures et mauvais traitements en prison. Toute trace des protestations a été gommée des rues de Managua. Dans la capitale et dans tout le pays, le pouvoir s’est arrogé le monopole des manifestations. Les militants du Front sandiniste, le parti officiel, et les travailleurs de l’État occupent les ronds-points de la capitale. Toute la ville murmure que ces manifestations ne sont pas spontanées mais rémunérées.

Aujourd’hui, seuls les graffitis à la gloire du couple présidentiel sont admis. Comme les morts, les prisonniers politiques sont ignorés par le discours officiel. Beaucoup de jeunes Nicaraguayens vivent désormais dans la clandestinité pour éviter d’être capturés. Ces derniers jours, les manifestations express contre le régime se sont popularisées, ainsi que les rassemblements dans les églises, afin de contourner l’interdiction de manifester proclamée par le gouvernement.

D’après France Culture

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