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Équateur

En Equateur, visions contradictoires sur la liberté d’expression

Depuis sa mise en place en 2013, la « loi organique de la communication » (LOC) revient encore aujourd’hui sur le débat de l’opinion publique après que le président de l’Équateur Lenín Moreno a annoncé la mise en place d’un « processus national » de dialogue pour intégrer des réformes pour cette loi trop controversée et attaquée par l’opposition depuis sa mise en place par l’ancien président Rafael Correa.

Photo : EDH

Une loi pour ou contre la liberté d’expression ? Ce sont deux visions qui s’opposent concernant la manière dont la presse devrait agir dans un pays. Pour ceux qui sont en faveur de la loi organique de la communication, ils argumentent en disant que c’est une voie pour la démocratisation de l’information, la défense de la liberté d’expression, la protection des petits réseaux de communication et la lutte contre la censure. À l’inverse, d’autres considèrent que cette loi est pour l’État un moyen destiné à faciliter le contrôle de l’information plus efficacement. C’est le cas de Guadalupe Fierro, président de l’Union nationale de journalisme qui considère que cette loi n’aurait pas dû être appliquée. En revanche, la surintendance de communication, organisation non gouvernementale, considère cette loi comme un outil important pour maintenir une gamme plus large de moyens de communication, de même que la démocratisation de celle-ci et le maintien de la liberté d’expression.

Le point le plus controversé est celui de l’attaque contre les oligarchies de l’Équateur et contre les actionnaires des firmes banquières. La loi établie que « les institutions du système financier privé, ainsi que les sociétés de communication privées à caractère national, leurs dirigeants et actionnaires principaux, ne peuvent être titulaires, directement ou indirectement, d’actions et participations, dans des sociétés extérieures à l’activité financière ou de communication ». C’est-à-dire qu’il serait incompatible d’être un dirigeant ou un actionnaire dans une institution financière et administrateur ou actionnaire important dans un média. De plus, avec cette loi, l’État équatorien contrôle la répartition de la diffusion de chaque réseau d’information, par exemple : « Les fréquences radioélectriques destinées à l’exploitation des stations de radio et de télévision de signal ouvert seront réparties également en trois tiers, réservant le premier aux médias publics, puis aux  médias privés, et enfin le derniers tiers aux médias communautaires. »

M. Fierro et l’opposition considèrent que, selon la norme, la communication a été définie comme un service public, conduisant à « l’expropriation d’un droit qu’appartient à des personnes en la  transféreront à la tutelle de l’État ». Par conséquent, pour continuer avec le discours de campagne, « d’ouverture au dialogue et au respect de la liberté d’expression », le président Lenín Moreno, sans encore définir une date, insiste sur son appel au « processus national » de dialogue pour les réformes qu’il faudrait faire au sein de la loi organique de la communication pour arriver à un accord satisfaisant les différentes parties.

Jonathan CORONEL

Amnesty International dénonce les persécutions contre les peuples indigènes en Équateur

Quechua, Shiwiar, Awa, Shuar, Achuar, Sápara, Huaorani, Secoya, Cofán, Siona, Epera, Chachi… L’Équateur, pays de 15 millions d’habitants, compte treize nationalités indigènes officiellement reconnues depuis 1998. Dans son rapport annuel, Amnesty International dénonce les persécutions menées à l’encontre de ces populations qui, aujourd’hui encore, peinent à se faire entendre. 

Photo : Pascal Saury/Équateur Mondialisation

Dans son rapport annuel, l’ONG souligne que les droits fondamentaux et les droits humains des peuples indigènes en Équateur étaient toujours restreints en 2017. Malgré leur reconnaissance officielle par l’État en 1998, ces communautés restent extrêmement fragiles, menacées par la convoitise des industries minières, pétrolières ou agro-industrielles dans la course pour l’appropriation des richesses et des terres.

Selon l’Institut équatorien de statistique et de recensement (INEC), ces peuples indigènes représentaient 7 % de la population en 2001. L’Organisation des Nations Unies estime ce chiffre à 43 %, un écart qui illustre les relations compliquées du pays avec ses minorités. Le faible chiffre obtenu par l’INEC peut s’expliquer par le fait que le recensement se fonde sur la méthode de l’auto-définition : seules sont comptabilisées les personnes qui « ont accepté d’être indigènes malgré les multiples complications sociales que signifie faire partie de cette population ». Selon le député Gerónimo Yantalema, membre du mouvement indigène en Équateur, le fait que les chiffres de l’INEC soient plus bas est dû au fait que l’espagnol est la langue exclusive du recensement.

Dans son rapport, Amnesty International souligne que plusieurs organisations indigènes, accompagnées de différentes associations de défense des droits de l’homme, ont dénoncé des incursions sur le territoire du peuple Sápara devant la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme (CIDH). Ces territoires sont en effet très prisés par les industries pétrolières et minières. L’ONG dénonce aussi les appels d’offre public émis par l’État dans le cadre d’un projet d’extraction de pétrole sur le territoire du peuple Kichwa de Sarayaku, sans même consulter ces populations au préalable. Parallèlement, l’organisation rappelle que le leader indigène, Agustín Wachapá, était toujours en liberté conditionnelle en mai dernier, après quatre mois de détention préventive pour incitation à la violence, dans la province Morona Santiago en 2016.

Ces minorités indigènes n’ont jamais accepté passivement la situation qui leur était imposée depuis la colonisation, elles ont toujours manifesté pour leurs droits et pour la reconnaissance de leur(s) identité(s). Au début des années 60, au moment de la restauration du régime démocratique en Équateur, les quichuas de la montagne ont créé une organisation dont le nom signifie « le réveil des Indiens de l’Équateur ». Au même moment, d’autres associations commencent à voir le jour et s’unissent dans l’espoir de toucher le gouvernement. En 1995, le parti Pachakutik (ou Mouvement de l’unité plurinationale) est créé pour représenter les intérêts du mouvement indigène mené par la Confédération des nationalités indigènes de l’Équateur (CONAIE) qui regroupe tous les peuples originaires du pays. Ce parti a joué un rôle décisif, entre « obéissance » et « désobéissance » civile : le passage par la voie électorale contribue à une nouvelle participation populaire dans les gouvernements locaux, mais les rébellions se maintiennent en Équateur (appels aux blocages, marches).

Malgré leur reconnaissance officielle en 1998, ces minorités peinent encore à se faire entendre. Depuis toujours, la défense de leur terre et, plus profondément, la défense de la Mère Terre, est le principal facteur de mobilisation. En Équateur comme dans de nombreux pays, ces terres et ces populations se sont senties menacées par les entreprises d’élevage de bétail et d’exploitation de bois, puis par les industries pétrolière et minière, qui ne cessent de gagner du terrain. Depuis 2007, la Déclaration des droits des peuples autochtones adoptée par l’ONU affirme le droit à l’autodétermination pour les 370 millions d’autochtones dans le monde et dispose notamment que les peuples indigènes ne peuvent être expulsés de leur terre. On ne parle alors plus de « peuples expulsés », mais, avec beaucoup de retenue et d’ironie, de « populations contraintes de s’en aller ».

Marion GONNET

Référendum en Équateur : la réélection illimitée du président rejetée

¿Sí o No? C’est le qui l’a emporté lors de la consultation populaire organisée le 4 février dernier, avec une moyenne de 67,5 % après le dépouillement de 98,4 % des votes, pour les sept questions soumises. Le président Lenín Moreno remporte donc la victoire face à son prédécesseur et « ennemi politique n°1 », Rafael Correa, dont le rêve de revenir à la présidence en 2021 s’effondre.

Photo : Pagina 12

Le point clé du vote était en effet la suppression de la réélection indéfinie introduite en décembre 2015, qui aurait permis au père de la « révolution citoyenne », qui a régné pendant une décennie, de revenir aux prochaines élections. Cette victoire de Lenín Moreno ouvre la voie à une « décorréisation » totale de l’État.

Les sept questions du référendum et les résultats

1. L’amendement de la Constitution pour sanctionner « toute personne reconnue coupable d’actes de corruption et déclarée inapte à participer à la vie politique du pays », Oui 73,91 % – 2. L’élimination de la réélection indéfinie « afin que toutes les autorités de l’élection populaire ne puissent être réélues qu’une seule fois pour le même poste » Oui 64,32 % – 3. La restructuration du Conseil pour la participation citoyenne et le contrôle Social, « ainsi que la fin de la période constitutionnelle de ses membres actuels ». Oui 63,15 %. – 4. La suppression de toute prescription pour « crimes sexuels contre les enfants et les adolescents » Oui : 73,72 % – 5. L’interdiction de l’exploitation minière métallique « à tous ses stades, dans les zones protégées, et les centres urbains » : Oui : 68,79 % – 6. L’abrogation de la « loi de la plus-value » Oui: 63,2 % et  7. L’ « augmentation des zones protégées d’au moins 50 000 hectares, et la réduction de 1 030 hectares à 300 hectares de la zone d’exploitation pétrolière autorisée par l’Assemblée nationale dans le Parc national de Yasuní » Oui  67,44 %.

Réactions de Rafael Correa

Il a essayé de voir les résultats d’une manière positive, en disant que si 36 % des électeurs se sont opposés à la limite des mandats, cela montre que son mouvement politique est toujours le plus important en Équateur. Pour renforcer sa victoire, Moreno dépendait en grande partie d’une alliance avec des partis d’opposition conservateurs, dont le soutien à l’avenir pourrait être mis en doute. D’après ce que nous connaissons de l’histoire équatorienne, la situation peut complètement changer en deux mois. Lenín Moreno, comme tout médiocre, cherche à plaire à tout le monde. La seule chose qui les unit est la haine envers Correa, sûrement pas l’amour de la patrie. Pour le charismatique mais polémique Rafael Correa, Lenín Moreno est un « traître » qui s’est vendu à l’opposition de droite. Il affirme qu’avec cette consultation « anticonstitutionnelle » son successeur cherche à instaurer un « présidentialisme absolu ». Il n’écarterait par la possibilité de promouvoir une Assemblée constituante pour destituer Lenín Moreno et rédiger une nouvelle Constitution. « Le combat continue » a-t-il déclaré.

Rafael Correa, qui se dit victime de « persécution et harcèlement », doit se présenter devant le Parquet lundi pour témoigner sur des irrégularités présumées dans la vente de pétrole à la Chine et à la Thaïlande pendant son administration. « Ils vont inventer un crime pour me disqualifier. C’est la nouvelle stratégie de la droite pour détruire les dirigeants progressistes comme ils l’ont fait avec Dilma [Rousseff, ex-présidente du Brésil], Lula [son prédécesseur] ou Cristina [Kirchner, ex-présidente d’Argentine] », a t-il  affirmé à l’AFP.

Déclarations de Lenín Moreno

Lenín Moreno, qui a été son vice-président de 2007 à 2013, est devenu depuis sa prise de fonction le plus sévère critique de M. Correa, chantre d’un « socialisme du XXIᵉ siècle », qu’il accuse d’avoir gaspillé la manne pétrolière et d’avoir dirigé un gouvernement corrompu. Il a convoqué en novembre ce référendum, considéré comme une claire invitation à tourner la page du corréisme.

La victoire de Moreno permettra au gouvernement, selon l’analyse de la firme Quantum, de promouvoir « un agenda de politiques publiques de consensus national » et d’adopter des mesures économiques pour réduire progressivement le déficit public et améliorer la compétitivité. En plus d’un possible retour de Correa à la première ligne de la politique, les Équatoriens ont évité une phase d’instabilité. « Les décisions que nous prenons aujourd’hui seront fondamentales pour l’avenir du pays, pour que nos enfants vivent protégés, pour que les corrompus ne recommencent pas à se moquer de nous […] pour la protection de la nature, pour la relance économique », a déclaré M. Moreno après avoir voté dans une université du nord de Quito.

Catherine TRAULLÉ

Référendum en Équateur : un scrutin national à portée régionale. Le point de vue de Jean-Jacques Kourliandsky

Une liste de sept questions portant sur des sujets aussi divers que la reconduction de mandat, la législation sur l’environnement, ou encore la criminalité, a été posée aux Équatoriens lors d’un scrutin référendaire ce 4 février. Dans un contexte de rivalité entre l’ancien président Rafael Correa et l’actuel Lenín Moreno, la possibilité ou non de se porter candidat de manière indéfinie pour un mandat politique aura été l’enjeu majeur de ce scrutin référendaire. En toile de fond, l’Équateur dessine également ses orientations nationales face à des voisins régionaux dont les gouvernements de gauche ont été balayés par une vague conservatrice. Nous reproduisons ici une interview consacrée au point de vue de Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l’IRIS, sur la situation.

Photo : IRIS

Quels étaient les enjeux de ce scrutin référendaire qui s’est déroulé ce dimanche en Équateur ? Avec 64 % de voix en faveur du « oui », comment analyser cette victoire des partisans de l’actuel président Lenín Moreno ?

L’analyse que l’on peut faire de ces résultats est plus complexe que celle rapportée dans la presse au lendemain de ce scrutin. Sept questions étaient posées aux électeurs. La plus importante, effectivement, concernait la réélection éventuelle du président de la République, mais d’autres portaient sur la condamnation de crimes contre les mineurs, d’infractions liées à la législation environnementale, ou encore l’élection des membres du conseil participatif, la lutte contre la corruption. Sur l’ensemble des sept questions, le résultat n’est pas homogène. Un « oui » ultra-majoritaire (73 %) l’emporte sur la nécessité d’appliquer des peines maximales aux crimes commis contre des mineurs. En revanche, le score a été plus faible concernant l’abrogation d’un impôt sur les plus-values avec 63 %.

La question de la réélection qui était la seconde question posée aux électeurs se trouve dans la fourchette basse avec 64% contre 35% de non. C’était la question la plus importante posée aux électeurs. L’intérêt de cette consultation a donc été réduit par les observateurs à cette unique question. Il est vrai qu’il s’agissait de la question aux incidences politiques les plus lourdes de conséquences et qui a, à juste titre, mobilisé électeurs et partis politiques.

La presse évoque l’avènement d’une « ère post-Correa » avec l’impossibilité pour l’ancien président de se représenter. Au-delà de la suppression du mandat illimité, quelles autres mesures déclinées lors de ce référendum tendent vers une évolution significative du système politique équatorien ?

Au-delà de la question donnant la possibilité pour d’anciens présidents de se représenter, il y avait d’autres sujets sur lesquels les citoyens équatoriens étaient interrogés, comme celui des limitations apportées à l’extraction de matières premières, notamment de pétrole dans les parcs nationaux protégés, et en particulier celui de Yasouni. Cette question était très importante pour l’Équateur et le « Oui » l’a emporté à 67 %.

Mais la question centrale était effectivement celle de l’interdiction pour un président de se représenter de manière indéfinie. La victoire du « oui », et donc l’interdiction de la réélection présidentielle indéfinie, interdit la candidature de l’ex-président Rafael Correa aux prochaines présidentielles. Ce qui interpelle sur son futur politique. Le jeu politique équatorien sera donc redistribué. On va s’en apercevoir dans les prochaines semaines, puisque le parlement sera saisi des résultats de ces questions référendaires pour les intégrer à la loi fondamentale.

À ce moment-là, il sera pertinent d’observer le comportement des députés issus du parti Alianza País, qui initialement rassemblait les partisans du président Correa et ceux de l’actuel chef de l’État Lenín Moreno. Les uns et les autres se sont divisés, et sont donc membres de formations différentes. Mais, jusqu’à présent, les uns et les autres votaient de manière relativement cohérente. La redistribution du jeu politique est incontournable, conséquence du référendum, chacun ayant pris des positions différentes. La fracture va donc se concrétiser entre les partisans de Rafael Correa et ceux de Lenín Moreno. La cohabitation sera de facto impossible pour les deux groupes au sein d’une même formation et/ou coalition. Lenín Moreno sera sans doute contraint de « fabriquer » une majorité avec ses adversaires de droite – en tout ou partie -, de la présidentielle de 2016. Ils ont, en effet, appelé à voter « oui » au référendum du 4 février [1].

Lenin Moreno, ancien allié et ex-vice-président de Rafael Correa et actuel chef de l’État, a célébré cette victoire, déclarant, entre autres, que « maintenant, les partis et mouvements politiques sont face au grand défi de se renouveler ». L’Équateur entre-t-il également dans une période de règlements de comptes politiques à l’instar du Brésil et d’autre pays de la région ?

Oui, assurément, mais sur des dynamiques politiques internes propres à l’Équateur. Il y a une rivalité personnelle entre l’ancien et l’actuel dirigeant équatorien, et celle-ci a pesé dans cette division et répartition des rôles qui sont apparues à l’occasion de la consultation de ce dimanche. Cela dit, cette reconfiguration a également pour enjeux les orientations du pays, y compris sur le plan régional. L’ex-président Rafael Correa considère qu’il faut approfondir l’orientation qu’il avait dessinée jusqu’ici, quitte à aller vers la confrontation avec ses voisins de la région – Chili, Pérou, Brésil -, gouvernés par des équipes conservatrices.

Pour Lenín Moreno, il faut a contrario composer avec un environnement hostile afin de préserver l’essentiel des acquis sociaux de ces dernières années, l’héritage du parti Alianza País. Cela passe par la négociation de compromis avec le patronat local, les associations écologiques et indigènes, qui étaient en conflit avec l’ex-chef de l’État, ainsi que l’élargissement de négociations engagées avec les grands blocs commerciaux, avec l’Union européenne, ouvertes par son prédécesseur, et aujourd’hui les États-Unis, premier partenaire commercial de l’Équateur.

D’après l’IRIS

[1] Les partis « Creo » de Guillermo Lasso et Parti social-chrétien de Jaime Nebot.

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Entre référendum, démission, affaire Assange et plan social : retour sur l’actualité équatorienne

Les dernières nouvelles depuis l’Équateur mettent le pays au premier plan de la scène internationale. La nationalité équatorienne pour Julian Assange, la démission de Rafael Correa de son parti Alianza País, la fièvre de la préparation de la consultation populaire le 4 février, et le plan social de Lenín Moreno.

Photo : Julien Assange, Rafael Correa/Wikileaks

Contre toute attente, au vu de ses propos pendant la campagne présidentielle, et bien qu’il considère Assange comme un hacker, le président de l’Équateur, Lenín Moreno, a maintenu la défense du fondateur de Wikileaks en reprenant l’argument de Correa selon lequel il doit être protégé pour éviter toute atteinte à son intégrité. Mais le scénario ne se passe pas comme prévu, le Royaume-Uni ayant rejeté la demande de l’Équateur d’accorder un statut diplomatique à l’activiste informatique, l’empêchant ainsi d’accéder au privilège de l’immunité. Le gouvernement équatorien cherche actuellement d’autres alternatives. La ministre des Affaires étrangères, María Fernanda Espinosa a mentionné, entre autres, une éventuelle médiation devant les organisations internationales. « Toute alternative sera réalisée dans le strict respect des normes du droit international et en dialogue avec le Royaume-Uni » , a-t-elle assuré, rappelant les bonnes relations que l’Équateur entretient avec lui.

On rappelle que Julian Paul Assange, né le 3 juillet 1971 à Townsville, est un informaticien et cybermilitant australien, fondateur, rédacteur en chef et porte-parole de WikiLeaks. Il a publié, sur le site WikiLeaks (« leaks » signifie « fuites » en anglais), plusieurs millions de documents confidentiels relatifs aux modes opératoires de l’armée américaine en Irak, et a également dénoncé les circuits de corruption des dictateurs africains ou de certaines compagnies russes offshore. Il fait l’objet de poursuites judiciaires pour espionnage, menées par les autorités américaines, qui l’exposent à une peine de prison à vie, et potentiellement à la peine capitale. Chelsea Manning, membre de l’armée américaine et principale source des documents publiés sur Wikileaks (avant son changement de sexe, elle était Bradley Edward Manning, de sexe masculin), a été condamnée à 35 ans de prison pour espionnage ; le président Obama a réduit cette peine à la fin de son mandat. Devant la menace d’une extradition aux États-Unis, elle vit réfugiée à l’ambassade d’Équateur à Londres depuis juin 2012.

Démission de l’ex-président Rafael Correa de son parti

Rafael Correa, quitte le parti Alianza País (AP), qu’il avait créé en 2006 et avec lequel il a gouverné pendant 10 ans (2007-2017) et ce, après la décision du tribunal électoral équatorien de maintenir le président Lenín Moreno à la direction actuelle du mouvement. « Mais les convictions, les gens, la Révolution et le futur sont avec nous »,  a-t-il déclaré sur son compte Twitter. Sa démission, attendue, marque un point de non-retour dans la lutte pour le pouvoir que l’ancien président entretient avec son successeur à la présidence, et ancien vice-président, Lenín Moreno. La députée Gabriela Rivadeneira, alliée de Correa et qui a également quitté le parti, a ajouté que Correa prendra la tête d’une nouvelle formation, « la Révolution Civique ». Mais le conseil électoral équatorien a refusé le 16 janvier l’enregistrement du nouveau parti de Correa, en faisant valoir « des violations légales et réglementaires ». Quoi qu’il en soit, si le « oui » l’emportait à la consultation populaire du 4 février, et ratifiait donc l’impossibilité de se représenter à vie, Correa n’aurait plus aucune option pour reprendre le pouvoir.

La consultation populaire se prépare

En prévision du référendum, le Conseil national électoral (CNE) de l’Équateur a effectué ce dimanche 21 janvier une simulation de vote pour garantir son bon déroulement. Une seconde simulation est prévue le dimanche 28 janvier. Celles-ci visent, entre autres, à apprécier la capacité des invalides à aller voter, l’accessibilité au vote dans les régions les plus isolées uniquement joignables par voie fluviale ou aérienne, le bon fonctionnement du matériel (scanners), pour ne pas retarder de 3 ou 4 jours le résultat, comme cela a déjà pu se produire. Des observateurs invités par le CNE appartenant à l’Union des nations sud-américaines (Unasur), à  l’Organisation des États américains (OEA), à l’Union interaméricaine des organisations électorales (Uniore) et à l’Association mondiale des organisations électorales (OEA) participent à ces simulations. Rappelons que ce sont 13 026 598 électeurs à l’intérieur et à l’extérieur du pays qui auront le droit d’aller aux urnes le 4 février, 395 178 d’entre eux étant enregistrés à l’étranger.

Le plan social de Lenín Moreno

Dans le cadre du programme social de Lenín Moreno, la vice-présidente María Alejandra Vicuña a présenté le mardi 16 janvier le projet « Moins de pauvreté, plus de développement » qui vise à réduire la pauvreté de 5 % dans le pays d’ici l’année 2021. C’est son premier acte officiel en tant que vice-présidente. Avec ce projet, l’État augmentera ce que les bénéficiaires du Bonus de développement humain reçoivent, selon leurs conditions familiales, et pourra atteindre jusqu’à 150 dollars. Les principaux déterminants du montant que recevra chaque bénéficiaire seront le nombre et l’âge des enfants dans le ménage, et le statut socio-économique du noyau familial. L’État devrait investir 64 millions de dollars dans ce projet, pour « empêcher des milliers d’enfants de travailler. Les enfants doivent étudier, ils doivent jouer, ils doivent être heureux ! » Cette initiative fait partie du plan « Toda Una Vida », qui concentre les principaux projets d’État proposés par le président Lenín Moreno, visant à protéger et à soutenir les citoyens du pays depuis leur naissance jusqu’à leur mort.

Catherine TRAULLÉ

Les Équatoriens aux urnes pour un référendum convoqué par Lenín Moreno

La campagne pour le référendum, lancée par l’actuel président Lenín Moreno, a pour objectif, entre autres amendements de la Constitution, de supprimer le droit à la réélection indéfinie qui avait été actée durant le régime de son prédécesseur, Rafael Correa. Elle crée un climat politique instable en ce début d’année 2018, par la confrontation entre Lenín Moreno et l’ancien président qui lutte pour le « No ». Le référendum est fixé au 4 février prochain.

Photo : LaRed21

L’Équateur aura vécu en 2017 l’une de ses années les plus intenses dans le domaine politique et social. Elle est née au cœur d’une campagne électorale présidentielle disputée, après une décennie au pouvoir de Rafael Correa et de sa Révolution Citoyenne, qui a finalement vu l’élection de Lenín Moreno, ancien vice-président de Correa, membre du même parti Alianza País, face au représentant de la droite, Guillermo Lasso, battu avec trois points de différence. Moreno a d’abord embrassé les causes du socialisme, mais dans son empressement à réconcilier le pays il a appelé à un « dialogue national » avec tous les secteurs, se rapprochant même du plus antagoniste. C’est ainsi qu’il a ouvert un fossé irréconciliable avec son mouvement et l’ancien président, dont il a par ailleurs rapidement critiqué et discrédité la gestion financière.

L’affaire Jorge Glas, allié de Correa et vice-président du nouveau gouvernement, mis en détention préventive pour le dossier des pots-de-vin de la société de construction brésilienne Odebrecht, et dont le procès a débuté le 24 novembre à Quito, ainsi que la consultation populaire annoncée par Lenín Moreno, prévue le 4 février, ayant pour objectif, entre autres amendements de la Constitution, de supprimer le droit à la réélection indéfinie, n’ont fait qu’aggraver les relations entre les deux hommes, devenus les pires ennemis politiques. Il faut préciser que Glas a été condamné en décembre à six ans de prison par la Cour nationale de justice, en plus d’une forte amende, pour conspiration criminelle dans le cadre du programme de corruption organisé par Odebrecht. Odebrecht a reconnu avoir délivré 33,5 millions de dollars en pots-devin aux fonctionnaires de l’État équatorien, mais récemment, le procureur général a déclaré que les paiements illégaux avaient atteint 50 millions.

Depuis, l’ancien président, Rafael Correa, fait activement campagne contre le référendum prévu, mais aussi tente d’obtenir l’expulsion du président actuel. Raison pour laquelle, alors qu’il réside en Belgique, il a déjà fait un premier voyage en Équateur, pendant une dizaine de jours, fin novembre.

Comment débute 2018 ?

Rafael Correa est de retour en Équateur depuis ce 5 janvier, pour poursuivre sa campagne du « No » à plusieurs des sept questions posées par le référendum, dont bien entendu celle de la réélection indéfinie, la campagne étant ouverte depuis le 3 janvier. Selon l’analyste David Chávez, sociologue de l’Université centrale de l’Équateur, l’arrivée de Correa génère des inquiétudes dans les secteurs conservateurs, favorables à la consultation, qui connaissent sa popularité et sa capacité à faire campagne.

Lenín Moreno, pour sa part, a déclaré aux journalistes ce mercredi 3 janvier que « depuis hier minuit, soit trois mois après son incarcération,  d’après ce que dit la constitution, le vice-président de la République a cessé d’exercer ses fonctions ». Il a ajouté que, selon la loi équatorienne, il disposait de 15 jours pour présenter au Parlement trois candidats au pouvoir législatif, afin d’élire le nouveau vice-président, mais il a indiqué que cela prendrait « considérablement moins de temps parce qu’un pays ne peut pas se passer d’un vice-président ». De fait, il a proposé trois candidats, en l’occurrence trois candidates, qui sont « des gens de grande valeur, loyaux et en qui il a toute confiance ». C’est María Alejandra Vicuña qui a été désignée vice-présidente, les autres candidates étant la ministre des Affaires étrangères, María Fernanda Espinosa, et la ministre de la Justice, Rosana Alvarado Las.

Vicuña, âgée de 39 ans, est ministre du Développement urbain et du Logement et exerce depuis octobre dernier, par décision du président Lenín Moreno, la fonction de vice-président intérimaire. Elle a été élue avec 70 voix lors d’une séance plénière de l’Assemblée nationale le 6 janvier, en présence de 106 des 137 membres de l’Assemblée nationale. La majorité requise était de 69 voix. Vicuña, qui est psychologue de profession, a 10 ans de carrière dans différents postes publics. Elle a été membre de l’Assemblée à deux reprises (2009-2013 et 2013-2017) et était donc ministre du Développement urbain et du Logement depuis le 24 mai, date à laquelle Moreno est arrivé au pouvoir.

Elle est la seconde femme à occuper un poste aussi important, seulement précédée par Rosalía Arteaga (août 1996 – février 1997), ce qui démontre que les femmes prennent de plus en plus de place dans la vie politique, comme dans les autres secteurs, en Équateur. Ainsi l’Équateur entame 2018 comme en 2017, avec une campagne électorale acharnée, mais cette fois à propos de la consultation populaire proposée par le président Lenín Moreno, dont les résultats sont imprévisibles.

Catherine TRAULLÉ

Visite en Italie et en Espagne du nouveau président équatorien Lenín Moreno

Le président Équatorien Lenín Moreno a effectué ce week-end sa première visite officielle hors du continent américain, depuis sa prise de pouvoir en mai dernier. Après avoir visité l’Italie et le Vatican, il s’est rendu en Espagne, où il a rencontré le roi Felipe VI et le président Mariano Rajoy et a rendu hommage aux quelques 400 000 Équatoriens vivant en Espagne, pour leur contribution à la prospérité espagnole et au développement du pays.

Photo : Casa de S.M. el Rey/Borja Fotógrafo

Les deux dirigeants ont voulu, durant cette visite, souligner les relations amicales qui unissent actuellement les deux pays, par la signature de deux accords bilatéraux. Le premier est un Traité d’Assistance Judiciaire en Matière Pénale, et le second un Memorandum d’Entente entre le Ministère de la Santé Publique Équatorien et le Ministère de l’Hygiène, Services Sociaux et Égalité Espagnol pour promouvoir les programmes d’investigation et d’évaluation de technologies sanitaires. Dans les jours précédents, un autre accord avait été signé entre le Ministère du Développement et celui des Transports et Travaux Publics « pour établir le transfert de connaissance et technologie pour définir un modèle de gestion des aéroports, des ports et des routes ».

Lenín Moreno a également obtenu du président espagnol la garantie qu’il apportera son soutien au projet d’exonération de VISA des citoyens équatoriens dans l’espace Schengen ; une mesure déjà approuvée par l’Union Européenne pour la Colombie et le Pérou. Lenín Moreno a d’autre part appelé les industriels européens à investir en Équateur, en soulignant son désir d’impulser la diversification de l’économie et d’améliorer la productivité, tout en facilitant les procédures administratives et en favorisant la lutte contre la corruption. L’épouse du président Lenín Moreno, Rocío González, a quant à elle inauguré lundi 18 décembre le premier Centre Culturel Équatorien qui a ouvert ses portes à Madrid avec l’exposition « Artesano-Artista », une représentation des principales techniques artistiques du pays.

Cette visite a eu lieu alors que l’Équateur traverse une grave crise politique, déjà évoquée dans nos pages ici et , à laquelle Lenín Moreno n’a pas manqué de faire allusion durant sa visite en Espagne. Il a mentionné la condamnation à six ans de prison du vice-président Jorge Glas pour corruption, en assurant que celle-ci marquait l’autonomie de la justice dans son pays. Cependant, il a déploré qu’au même moment, son prédécesseur Rafael Correa ait porté plainte contre le pays, – par l’intermédiaire de l’ex-chancelier Ricardo Patiño – à l’Organisation des États Américains pour « modification constitutionnelle », ce à quoi Lenín Moreno a répondu dans une annonce publique : « Le monde entier peut venir et constater que nous sommes en train d’approfondir notre démocratie, d’en consolider les institutions et de réconcilier le pays entier ».

Léa JAILLARD

Suite de l’épopée Rafael Correa-Lenin Moreno. L’ex-président veut faire expulser le nouveau du parti au pouvoir

L’ex-président équatorien, Rafael Correa, vient de passer dix jours en Équateur pour affronter sur le terrain son pire ennemi politique, le nouveau président Lenín Moreno. La rupture est à un tel niveau que la réunion annuelle du parti du 3 décembre, a été ignorée par les dirigeants pro-gouvernementaux.  Retour sur la guerre politique en Équateur.

Photo : Lenín Moreno et Rafael Correa/Santiago Armas, Presidencia de la República

Rappel de la situation 

Lenín Moreno a pris ses fonctions de président le 24 mai 2017, succédant ainsi à Rafael Correa qui a été à la tête du pays pendant 10 ans, et dont il a été le vice-président de 2007 à 2013. Ils sont tous deux membres du parti au pouvoir, Allianza País (AP). Mais le nouveau président a rapidement critiqué et discrédité la gestion de son prédécesseur, en révélant en particulier une dette du pays s’élevant à environ 50 milliards de dollars. Dès lors a débuté une crise politique, qui s’est inscrite aussi dans le contexte des graves accusations de corruption lancées contre le vice-président Jorge Glas, allié de Correa, actuellement en détention préventive pour le dossier des pots-de-vin de la société de construction brésilienne Odebrecht. Son procès a d’ailleurs débuté le 24 novembre à Quito.

On pourrait définir comme « le nerf de la guerre » le projet de consultation populaire annoncé par Lenín Moreno, qui a pour objectif, entre autres, de supprimer le droit à la réélection indéfinie, résultat d’un amendement inconstitutionnel approuvé par la majorité de Correa dans la législature précédente, et qui empêcherait donc le retour de Correa au pouvoir en 2021. Une autre des sept questions de la consultation qui échauffe les esprits des « corréistes » est celle qui propose  la suppression définitive du CPCCS, le Conseil de la participation citoyenne et du contrôle social ou cinquième pouvoir, fondé par Correa. D’autres questions concernent les taxes sur la spéculation immobilière, la réduction de la zone d’exploitation pétrolière dans la réserve amazonienne protégée de Yasuní ou la restriction de l’exploitation minière dans les zones protégées, la non-prescription des crimes sexuels contre les mineurs et l’annulation de législations approuvées par l’exécutif précédent, certaines également par plébiscite et qui étaient emblématiques du gouvernement de Rafael Correa, (au total sept questions, dont celle de la perpétuité au pouvoir, seront posées).

Depuis, les relations entre les deux hommes ne sont qu’échanges d’insultes et de critiques via la presse et les réseaux sociaux, et le parti AP est déchiré entre les partisans de Moreno et ceux de Correa ; les « corréistes » accusant le président de gouverner avec le programme de l’opposition. Les dissensions entre les deux groupes ont atteint leur paroxysme lorsque, le 31 octobre, l’aile de l’AP fidèle à Correa a rejeté Moreno comme son chef et a nommé l’ex-ministre des affaires étrangères Ricardo Patiño ; une décision qui n’a pas été reconnue par les tribunaux ou le Conseil National Électoral, mais qui illustre la situation du parti au pouvoir.

Arrivée de Correa à Quito

Mettant sa « menace » à exécution, l’ancien président Rafael Correa a quitté la Belgique où il réside depuis juillet dernier avec sa famille, pour revenir en Équateur et intervenir sur place dans cette bataille politique. Avec la « grandiloquence » qui est la sienne, et quelques jours après avoir exprimé, lors d’une interview de l’AFP, qu’il voulait participer au congrès d’Alianza País (qui devait se tenir se tenir le 3 décembre à Esmeraldas dans le Nord-Ouest) pour tenter d’obtenir l’expulsion du président actuel, il a souligné le « très grand dilemme » de quitter sa famille, mais aussi qu’il se sentirait « comme un  traître s’il n’était pas au côté de ses camarades pour mener le combat dans cette importante bataille ». Il a, à de nombreuses reprises, accusé Lenín Moreno d’avoir « trahi le programme gouvernemental d’Alianza País, en gouvernant avec la droite et les banquiers ».

Son arrivée à Quito en avion privé en provenance de Bogotá, dans la nuit du 25 novembre, a attisé les passions. Certains étaient là pour célébrer son retour, d’autres pour le huer. Les affrontements entre les deux partis ont été tels que Correa a dû quitter l’aéroport par une porte dérobée. Il a twitté par la suite : « Je suis arrivé, chère Patrie, fatigué mais heureux ».

Les projets de Correa

Rappelons qu’avec son idéologie bannière de la « révolution citoyenne », l’ancien leader a réalisé la construction d’infrastructures nationales, en ces années de prospérité pétrolière, qui ont permis de donner une place internationale à l’Équateur – notamment par les investissements chinois -, de réduire l’écart social qui sévissait auparavant, et de permettre un meilleur accès à l’éducation et à la santé. Mais, et surtout dans ses dernières années de présidence, un certain nombre de secteurs sociaux, en plus de l’opposition, des hommes d’affaires, des autochtones et des journalistes, ont commencé à exprimer une animosité amère, souvent réduite au silence par l’armure de l’absolutisme politique que la figure charismatique Correa exerçait par les lois et les décrets qui le favorisaient.

Correa devait donc durant son séjour, outre sa participation au congrès d’AP, rencontrer la presse étrangère le 30 novembre, et reprendre contact avec les bases du mouvement en sillonnant le pays. Dans ses meetings, il a constamment fustigé la politique et les décisions de Moreno, qui sont pour lui « une opération minutieuse de destruction de 10 ans de révolution citoyenne ». Il a aussi ardemment pris la défense de Jorge Glas, en proclamant « qu’il y avait un détenu innocent et que l’Équateur avait déjà des prisonniers politiques ». Il n’avait pas l’intention de rencontrer Moreno, sauf si éventuellement l’objectif était de « réactiver l’économie ».

Interrogé sur son intention de se représenter à la présidence de l’Équateur, Correa a affirmé que son intention première était de se retirer de la politique, mais qu’il laissait désormais la porte ouverte à un retour (la prochaine élection présidentielle est prévue en 2021). « Avec tout ce qui s’est passé, je devrai vraisemblablement revenir en 2021 s’ils ne me disqualifient pas », a-t-il déclaré.

Les réponses de Lenín Moreno  

La rupture est à un tel niveau que la réunion annuelle du parti du 3 décembre, a été ignorée par les dirigeants pro-gouvernementaux. Selon les partisans de Moreno, la véritable réunion annuelle sera organisée, à une date encore indéterminée, après le référendum populaire avec lequel le président pourrait donc briser toute intention de Correa de revenir au sommet du pouvoir. Le Conseil national électoral (CNE) n’a pas non plus reconnu la validité de cette réunion, tout en confirmant Moreno comme chef du parti.

Avant l’arrivée imminente de Correa au pays, Moreno a convoqué le 23 novembre une réunion du conseil d’administration à Guayaquil, au cours de laquelle il a procédé à une purge des membres déloyaux. Et le 29 novembre il a envoyé un décret exécutif au Conseil national électoral (CNE) dans lequel il demandait à l’agence de convoquer la consultation populaire, en soutenant que l’absence d’avis de la Cour constitutionnelle (CC) sur la légalité de la consultation, était à interpréter comme une autorisation de facto en référence à des précédents similaires. Le CNE a répondu favorablement, et la consultation populaire aura lieu le 4 février 2018,  la campagne électorale débutant le 3 janvier. Sur son compte Twitter, le président a salué l’annonce : « aujourd’hui commence la construction de l’avenir que nous rêvons pour nos enfants, nous allons vers un OUI retentissant », a-t-il déclaré.

Le bilan du séjour de Correa en Équateur

Rafael Correa est reparti le 4 décembre pour la Belgique, après 10 jours passés en Équateur. L’ancien président de l’Équateur a perdu de son soutien au sein du mouvement Alianza País (AP). Environ 70 comités de la révolution citoyenne (CRC) ont en effet exprimé leur soutien à la gestion de Lenín Moreno. Le document signé par les comités déclare qu’ils rejettent « tout acte illégal qui a pour but de provoquer des ruptures internes » dans le parti politique officiel. En outre, le texte souligne le soutien « de manière ferme et décisive » à la gestion menée par Lenín Moreno, le reconnaissant comme « vrai président » de l’AP. Bien que les comités disent reconnaître les « réalisations des dix dernières années, dirigées par Rafael Correa », ils ont affirmé leur soutien au référendum appelé « directement et démocratiquement », qui pour l’ancien président est « un coup d’État » de Moreno, et  ne reconnaissent pas la légitimité  du  « leader » d’Alianza País, imposé par les corréistes, Ricardo Patiño.

Rafael Correa a annoncé  le 3 décembre qu’il abandonnait l’idée de créer un nouveau parti politique, mais que « le plan B serait d’intégrer un autre mouvement et de le transformer en un parti qui serait dans la mouvance de la révolution citoyenne », en insistant sur le fait qu’il n’entendait pas être candidat aux élections présidentielles de 2021. Le « choc des Titans » semblerait donc pour l’instant favorable au président Lenín Moreno ?

Catherine TRAULLÉ

Aggravation de la crise politique : le parti majoritaire équatorien divisé entre les partisans de Lenin Moreno et Rafael Correa

Le conflit entre Lenín Moreno, l’actuel président, et Rafael Correa, un « twitter acharné », avec de fréquents échanges de reproches et d’insultes sur les réseaux sociaux, s’est intensifié au fil des mois, alors que le président critique et discrédite la gestion de son prédécesseur, dont il a été le vice-président de 2007 à 2013.

Photo : Lenin/Wikimedia, Lenín Moreno – Rafael Correa

Le mouvement de gauche, qui depuis l’arrivée de Moreno au pouvoir le 24 mai, est profondément divisé entre les partisans de Moreno et ceux de Correa, accuse le président de gouverner avec le programme de l’opposition. La crise politique s’inscrit aussi dans le contexte des graves accusations de corruption lancées contre le vice-président Jorge Glas, allié de Correa, actuellement en détention préventive pour le dossier des pots-de-vin de la société de construction brésilienne Odebrecht, et qui a déclaré dans une interview exclusive accordée à CNN en espagnol, depuis la prison, qu’il était « l’objet de persécution » par le gouvernement de son pays, sous la forme d’une surveillance extra judiciaire par le service de Renseignement.

Lenin Moreno, a été évincé le 31 octobre au sein de son parti Alianza País (AP)

« Lenin Moreno […] perd immédiatement ses fonctions de président du parti », a annoncé un communiqué de la direction nationale de Alianza País, qui demande à l’ex-président équatorien Rafael Correa (2007-2017) d’accompagner son processus de « restructuration ». « Le règlement interne considère comme une faute grave, entre autres, les actions politiques qui profitent objectivement à des personnes ou groupes opposés à la politique de la Révolution Citoyenne », est-il précisé dans le communiqué lu par la secrétaire exécutive, Gabriela Rivadeneira.

Alors que Moreno n’est pas intervenu publiquement après la décision de l’AP, les ministres ont, dans une brève déclaration, ignoré le renvoi de Moreno, qu’ils ont décrit comme «si arbitraire» qu’il ne reflète pas le «sentiment» des bases du parti. « Ils savent très bien que le président d’Alianza País, comme tous ses dirigeants nationaux, sont élus lors d’une convention nationale […] Nous regrettons cette décision, et nous continuerons à travailler en tant que militants de notre organisation », a déclaré Miguel Carvajal (Ministre de la Défense). « Nous avons toujours dit que nous espérions que les différences soient traitées avec un grand esprit démocratique et avec maturité », a t-il ajouté.

Le parti au pouvoir était au bord de la rupture depuis début octobre

Sa date n’est toujours pas fixée. Elle a pour objectif, entre autres, de supprimer le droit à  la réélection indéfinie, résultat d’un amendement inconstitutionnel approuvé par la majorité de Correa dans la législature précédente, qui empêcherait donc le retour de Correa au pouvoir en 2021. Une autre des sept questions de la consultation qui échauffe les esprits des «corréistes » est celle qui propose  la suppression définitive du CPCCS, le Conseil de la participation citoyenne et du contrôle social ou cinquième pouvoir, fondé par Correa. Les partisans de Moreno estiment qu’être contre la consultation populaire est  une attaque contre la démocratie, en empêchant le peuple de s’exprimer.

Correa, accusant Moreno de s’être allié avec l’opposition, de trahir les principes de la soi-disant « révolution citoyenne », et de « porter atteinte à l’unité » du pays, avait en effet averti que si le président « continuait à détruire ce qui avait été accompli », il pourrait « promouvoir une Assemblée constituante pour mettre fin au gouvernement de son successeur, et revenir en tant que candidat ». La décision de la direction nationale de Alianza País d’écarter Lenín Moreno de la présidence du mouvement, et de le remplacer par Ricardo Patiño, ancien ministre des Affaires étrangères de Rafael Correa et ancien conseiller de Moreno lui-même, confirme la lutte interne pour la direction du parti qui a remporté les dernières élections générales, et la lutte pour le pouvoir politique dans le pays.

Lenín Moreno, un nouveau parti, “Somos Ecuador

Il est né de divers organismes sociaux, dont la liste est longue, favorables à la gestion du président Lenin Moreno et à la consultation populaire qu’il a proposée. S’y associent de nombreux collectifs représentant les femmes, les jeunes, les migrants, les mouvements LGBTI et d’autres mouvements considérés comme des acteurs stratégiques pour le développement de l’Équateur. Selon le communiqué de presse « Nous sommes l’Équateur » représente « des centaines de citoyens ordinaires de différentes tendances, qui veulent un consensus pour un Équateur juste, solidaire, et offrant de nombreuses opportunités ».

Catherine TRAULLE

Lenín Moreno, « le président de la paix, du dialogue, de la transparence et de l’égalité sociale » aux Nations unies

Les axes principaux de l’allocution du président équatorien devant la 72e Assemblée générale des Nations unies (ONU) et lors de la séance d’ouverture de la 41e réunion ministérielle de la plénière du G77 + Chine le 22 septembre, ont été les migrations, la corruption, les inégalités sociales, le développement des pays défavorisés et le changement climatique.

Photo : Ecuavisa

Le président Lenín Moreno est perçu comme un président conciliateur, tant devant l’ONU qu’au sein de son pays. Son discours aux Nations unies a été jugé avant-gardiste, en proposant la paix et le dialogue. En référence aux migrations, il a déclaré : « Nous sommes de plus en plus interconnectés, la mobilité humaine enrichit les peuples et contribue à lutter contre la xénophobie. Les murs aux frontières ne sont pas une solution ».

 Les injustices

Il a fermement insisté sur la nécessité de freiner les abus des paradis fiscaux, tout en soulignant que « l’élimination de la pauvreté et des inégalités exige des décisions politiques pour s’attaquer à la distribution injuste des richesses et de l’exclusion ». Pour lui, chaque dollar perdu dans l’évasion fiscale représente moins de ressources pour financer le développement des pays. Il a condamné les inégalités dans un monde où huit familles ont plus de richesses que le reste de l’humanité.

Le changement climatique

À propos du changement climatique, qui cause des catastrophes dévastatrices, il a invité les pays polluants de la planète à assumer leur responsabilité, et à veiller sur les communautés autochtones qu’il faut écouter, puisqu’ils sont les gardiens de la nature. Pour lui, « La décision collective permettra de construire un monde plus humain et plus juste ». Par ailleurs, il a critiqué le blocus économique contre Cuba imposé par les États-Unis et a demandé de respecter la non-ingérence dans les pays.

Lutter contre la corruption

En parallèle de cette assemblée, la ministre des Affaires étrangères, MarÍa Fernanda Espinosa, et le directeur général de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), Yuri Fedotov, ont signé un accord de coopération pour la prévention et la lutte contre la corruption, en travaillant sur trois axes : le renforcement de la lutte mondiale en faveur de la transparence et contre la corruption, l’échange de bonnes pratiques avec la conception d’indicateurs sur la corruption qui pourraient être appliqués par les tous les pays, et des mesures de prévention et d’éducation pour lutter contre la corruption.

ONU Femmes

À signaler que l’épouse du président, Rocío González de Moreno, a rencontré le directeur général d’ONU Femmes, Phumzile Mlambo-Ngcuka, qui a approuvé la proposition de loi présentée par l’exécutif équatorien, loi qui devrait être votée en novembre, contre  la violence sexuelle. En plus de lutter contre la violence sexiste, la législation proposée vise à réduire les féminicides, un fléau présent en Amérique latine et dans le reste du monde.

Des réformes pour renforcer la démocratie au sein de son pays

Ce président conciliateur a confirmé l’appel à une consultation populaire, dont il présentera officiellement le contenu le 2 octobre prochain, et a invité ses concitoyens à faire connaître leurs sujets d’intérêt avant le 26 septembre. Il avait déjà lui-même proposé d’aborder les réformes visant à renforcer la démocratie. L’opposition appelle à des changements dans le domaine de la justice, dans la loi sur la communication qui a sévèrement puni de nombreux médias depuis 2013, et s’interroge, entre autres, sur la réélection présidentielle indéfinie et sur la suppression définitive du CPCCS, le Conseil de la participation citoyenne et du contrôle social ou cinquième pouvoir, fondé par L’ancien président Rafael Correa. Moreno s’est félicité  « qu’un dialogue sain sur les questions ait été ouvert ». Il a remercié le soutien reçu pour sa proposition de consultation populaire. Selon El Ciudadano, les axes de la consultation porteront sur une plus grande participation des citoyens aux décisions nationales, sur des changements politiques visant à améliorer la démocratie, sur la transparence dans le choix des autorités de contrôle et sur le renforcement de l’équilibre entre les fonctions de l’État. Depuis son arrivée au pouvoir, Moreno, bien plus conciliant, s’éloigne de plus en plus de  son prédécesseur, Correa, et tend vers un consensus national.

Catherine TRAULLÉ

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