La collection “Voix de la Terre” des éditions Actes Sud accueille le récit d’une autrice argentine, Moira Millán, weychafe de la nation mapuche, défenseuse des droits humains, de son peuple et de la Terre.
Née en 1970 en Patagonie argentine, Moira Ivana Millán est une militante mapuche. Écrivaine, réalisatrice, féministe, elle lutte activement pour la récupération des terres appartenant aux peuples autochtones. Cofondatrice du Mouvement des femmes indigènes et des diversités pour le Bien Vivre, elle milite pour un modèle de société alternatif, basé sur la reconnaissance de l’égalité entre tous les êtres vivants. Son courage n’a d’égal que la persécution qu’exerce aujourd’hui le gouvernement de Javier Milei sur les peuples autochtones d’Argentine, remettant en cause leur existence même.
Aimer la terre, comme on aime une femme. Ou le mal aimer. Et si la lutte d’un peuple pour protéger un territoire ancestral était aussi un combat subtil pour préserver la sagesse de femmes-médecines reliées au vivant ? Dans ce récit historique où colonisation et cosmovision, vie et mort, amour et désaccords, corps et territoires ravivent les antagonismes, l’autrice autochtone nous livre une histoire émouvante, entremêlant le combat d’un peuple et la rencontre amoureuse improbable d’une Mapuche et d’un colon irlandais exilé.
Nul doute pour autant : il faut résister à l’envahisseur britannique, à cet empire matérialiste et patriarcal. En ce début du XXe siècle, l’arrivée du train en Patagonie sonne le glas de tout un pan de l’histoire mapuche. Avec son lot d’expropriations, de dévastations et de violences, la construction du chemin de fer, symbole de la modernité occidentale, bouleverse l’équilibre des communautés autochtones. “Peuple de la terre”, les Mapuches, et en particulier les femmes, puiseront alors leurs forces dans les énergies vitales et ancestrales de la nature.
La guerrière mapuche a connu la pauvreté ; adolescente, elle est partie au Brésil comme missionnaire, et les mouvements sociaux de Lula l’ont profondément marquée. Aujourd’hui, elle observe avec inquiétude les incendies qui ravagent sa terre natale, la Patagonie. Il lui a fallu beaucoup de temps pour ouvrir les yeux. Elle a vécu cette expérience entre seize et dix-huit ans, période durant laquelle elle s’est rendue au Brésil dans le cadre d’une mission d’évangélisation et a découvert les mouvements sociaux de Lula. Dès lors, elle a entrepris un voyage aux sources pour renouer avec son peuple.
Mapuche signifie « peuple de la terre ». C’est pourquoi Millán s’inquiète des deux récents incendies qui ont ravagé la Patagonie argentine. Les flammes, en janvier dernier, ont brûlé près de 230 000 hectares, et le président Javier Milei a été critiqué par l’opposition pour sa réaction. « La violence institutionnelle est déployée sur nos territoires et contre le peuple mapuche », dénonce la militante. Et elle conclut : « Nous ne pouvons pas nous permettre la lâcheté et la résignation. Nous devons sortir et lutter. »
D’après Médias Argentine
Traduit par Espaces Latinos
Le train de l’oublie – Itinéraire d’une guerrière mapuche en Patagonie. Éditions Actes-Sud dans la collection « Voix de la Terre ». Traduit par Amanda Prat Giral, 480 p., 25 euros.


