Donald Trump : « Sortir d’Ormuz par La Havane ou Mexico ? »

Ormuz est toujours bouché, alors que pour le président Donald Trump le temps presse. Dans six petits mois, le 3 novembre 2026 la Chambre des représentants est renouvelée en totalité ainsi qu’un tiers du Sénat. Faute de résultat satisfaisant pour les États-Unis dans le Golfe, les électeurs pourraient bouder les candidats républicains. Laissant Donald Trump « gros Jean comme devant ». On imagine mal le locataire de la maison Blanche rester inerte jusqu’au 3 novembre. Mais que peut-il faire pour sortir du piège dans lequel il s’est fourré ? Comment peut-il tirer ses baskets du bourbier d’Ormuz ? Les sorties possibles ou probables du détroit n’ont pas été écrites par l’intéressé. Il faut donc essayer de les imaginer en révisant son mode d’action passé. Et tout bien pesé les petits cailloux lui permettant de se faufiler hors du pétrin labyrinthique persan sont peut-être quelque part entre La Havane et Mexico.

Les voies de la géopolitique n’ont pas de continuité territoriale pour le Premier magistrat des États-Unis. La priorité des priorités est l’affichage d’un évènement final le mettant en valeur. Les différentes étapes d’une crise peuvent marquer des avancées, ou des reculs. Seul compte l’ultime coup de sifflet. Un échec intérieur peut être compensé par un succès international. Ou inversement un revers extérieur peut être effacé par une victoire inattendue sur un autre théâtre. Quelle que soit la fin de partie de Golfe arabo-persique, le bilan de Donald Trump sera peu présentable : absence de victoire militaire et diplomatique claire et nette, perte de prestige international pour les États-Unis et leur président, désorganisation de l’économie mondiale, hausse des prix du pétrole et du gaz, partout, y compris à Washington.

La seule solution, déjà utilisée par le chef étatsunien, est de tirer un ou plusieurs jokers, redistribuant les cartes et les règles du jeu. Certains sont attendus, comme porter au maximum médiatique la diabolisation des migrants. Boucs émissaires disponibles à tout moment ils ont servi à plusieurs reprises, dès son premier mandat. Le président dispose d’une réserve de qualificatifs prêts à échauffer les esprits sur le sujet. Et à la différence des Iraniens, leurs capacités de réponse sont minimales : ils n’ont ni mines, ni drones. Mais cela suffira-t-il ? Si le Golfe se mue en mer des Sargasses, engluant porte-avions, frégates et destructeurs, d’autres contrefeux seront nécessaires. Les migrants vaincus sans péril et donc sans gloire, n’offrent qu’une maigre pitance médiatique. Il est donc pertinent de penser que l’urgence stratégico-climatique pourra éventuellement conduire le président Trump à virer de bord lof pour lof.

Mais quel nouveau vent va-t-il taquiner ? Surprise, beaucoup de bêtes noires ont été visées par Trump depuis sa prise de fonction. Elles forment une sorte d’index de condamnés en sursis. Sursis qui pourrait être suspendu par les vents contraires d’Ormuz. Compte tenu d’un calendrier pressant, de la nécessité d’agir vite et si possible de façon spectaculaire, les coups de menton en direction des européens, ne suffiront pas. Certes retirer 5 000 soldats d’Allemagne, menacer l’Espagne, ironiser sur la France, soulage celui qui a un gros poids iranien sur l’estomac. Mais ce soulagement est personnel plus que collectif. En fond de tiroir le « gros coup » réalisé le 3 janvier dernier avec l’enlèvement du président vénézuélien, Nicolas Maduro, sans bavure, c’est-à-dire sans mort d’un soldat étatsunien, en quelques heures, pourrait apparaître comme une bouée de sauvetage pouvant être regonflée.

Mais où ? En Amérique latine sans doute. Parce que les latino-américains n’ont que le droit et le verbe pour affronter une intervention militaire étrangère. Mais le Venezuela a déjà servi. Panamá échaudé par l’opération « Juste cause », du président George Bush, le 20 décembre 1989, a capitulé dès les premières remontrances de Donald Trump en févier 2020. Le Brésil est un morceau trop gros à avaler. La Colombie aurait pu être élue pour sauver le soldat Trump. Mais elle est en élections présidentielles avec deux candidats d’extrême-droite, en position d’éligible. Alors qui ? Argentine, Bolivie, Équateur, Paraguay, Salvador et sept autres en adhérant au « Bouclier des Amériques », ont rendu hommage à Donald Trump et à ses oukases prédateurs le 7 mars.

Restent Cuba et Mexique effectivement objet de discours agressifs et répétitifs de Donal Trump depuis un an et demi. Le Mexique est attaqué sur plusieurs fronts, échanges commerciaux, flux migratoires, trafic de stupéfiants. Sur la table des récriminations trumpistes depuis quelques semaines, la renégociation du traité libre-échangiste ACEUM, (Accord Canada, Etats-Unis, Mexique), le laxisme prêté aux autorités à l’égard des narco-délinquants, les relations avec Cuba. Le niveau des exigences est monté d’un cran le 29 avril. Le gouverneur en exercice du Sinaloa, membre du parti présidentiel MORENA, a fait l’objet d’une demande d’extradition. 

Cuba sous sanctions commerciales et financières depuis soixante ans, a été placé en embargo pétrolier. Les États vendant leur huile aux Cubains ont été invités à respecter cette exigence unilatérale. Le Mexique, l’Algérie, la Russie, ont donné suite. Les pays ayant recruté des médecins cubains ont été invités à les renvoyer dans leur pays. Les Bahamas, le Guatemala, le Guyana, le Honduras, la Jamaïque, le Paraguay, ont obtempéré. 

Mais il ne s’agit pas seulement d’exigences ciblées relevant de relations bilatérales. Cuba et Mexique ont été menacés à plusieurs reprises par Donald Trump qui a déclaré que militaires et policiers étatsuniens pourraient intervenir sans autorisation sur leur territoire. Le discours légitimant l’ingérence de Washington sur le continent américain a été planté en novembre 2025. Au nom du corollaire Trump à la doctrine Monroe, les Etats-Unis se sont accordé un droit de regard sur l’hémisphère occidental. Plusieurs groupes délinquants mexicains, ont été qualifiés par l’administration Trump d’organisations terroristes étrangères (FTO), au même titre qu’Al Qaida ou Daech. Le livre blanc de la sécurité nationale 2026, autorise la prise d’initiatives militarisées lorsque les pays voisins ne prennent pas les décisions attendues pour réduire l’impact de la criminalité. C’est en vertu de ce « droit » invoqué au nom de la sécurité nationale des États Unis qu’a été formulée le 29 avril la demande d’extradition du gouverneur en exercice du Sinaloa et de neuf fonctionnaires de son administration.

Au même moment la presse a révélé la présence le 19 avril, non signalée aux autorités fédérales mexicaines, d’agents en armes de la CIA dans l’État de Chihuahua. Les autorités mexicaines ont demandé la communication des éléments justifiant la demande d’extradition. Que se passera-t-il si la présidente Sheinbaum et son gouvernement considèrent infondée ou insuffisamment documentée cette demande ? Le 7 mars dans un hôtel de Miami lui appartenant, D. Trump a officialisé la création d’une ligue d’États acceptant d’agir militairement sous la direction de Washington pour lutter contre le narcoterrorisme.

Toujours en Floride intervenant au cours d’un banquet le 1er mai, Donald Trump a annoncé l’adoption de nouvelles sanctions économiques contre Cuba. Sont visés tous ceux entreprises ou États coopérant avec Cuba dans le secteur énergétique, les minerais, les services financiers, la défense. Ce décret a été présenté comme une décision d’attente. Selon le président une fois terminé le « travail » avec l’Iran, le porte-avions Abraham Lincoln sera positionné à un peu moins de cent mètres des côtes cubaines. Les autorités locales a-t-il ajouté alors diront « Merci beaucoup, on se rend ». Cette déclaration n’a rien de nouveau. Le 17 mars le président étatsunien avait au cours d’une conférence de presse, indiqué avoir « toute sa vie entendue parler de Cuba et des États-Unis. Quand donc les États-Unis vont-ils agir ? Je crois que j’aurai l’honneur de prendre Cuba, je veux dire la libérer ou la prendre ».

Cuba et le Mexique sont de façon avouée et revendiquée en ingérence d’attente. Quand ? A quelle date ? Après la résolution de la troisième guerre du Golfe ? Avant la fin de ce conflit ? Donald Trump agit toujours à l’instinct, en fonction des circonstances. Mais il prend soin de poser au préalable des mines, lui permettant le moment venu de faire sauter celle qui offre les retombées médiatiques et matérielles maximales. Avant l’équipée vénézuélienne, il avait diabolisé le Venezuela, « inventant » l’existence d’un narco-cartel, dit des « soleils », ayant justifié le déploiement d’un porte-avions. L’intervention était annoncée, mais son déclenchement a pris le monde et le Venezuela par surprise. Cuba et le Mexique remplissent les cases préparatoires à une intervention, qui ne serait pas nécessairement de même nature dans les deux pays. L’enjeu des élections de mi-mandat est un élément contraignant l’éventuelle prise de décision. La Floride est une réserve de voix cubaines non négligeable. Tout aussi déterminante sera la sortie d’Ormuz que pourrait trouver, ou ne trouvera pas, Donald Trump, avant le 3 novembre.