Cuba a confirmé, lundi 20 avril, qu’une réunion s’était tenue à la Havane avec des représentants de Washington. Cet entretien s’est déroulé dans un contexte tendu, car l’île subit un embargo énergétique depuis janvier. Si la priorité pour Cuba reste la levée du siège énergétique, le dialogue reste fragile.
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Début mars, et pour la première fois depuis 2016, un premier dialogue avait été engagé sur l’île entre Cuba et les États-Unis afin d’apaiser les tensions. La confirmation ce lundi 20 avril d’une autre rencontre officieuse avec les représentants de Washington s’inscrit dans cette tentative de dégel diplomatique face aux tensions croissantes.
Révélée initialement par le média en ligne américain Axios, l’information a été confirmée par Alejandro García del Toro, sous-directeur général chargé des relations bilatérales avec les États-Unis. « Je peux confirmer qu’une réunion entre des délégations cubaine et américaine s’est tenue récemment, ici, à Cuba », a-t-il indiqué dans le quotidien d’État Granma, journal historique du parti communiste cubain. Il a expliqué que la réunion s’est déroulée à haut niveau diplomatique, précisant qu’un « sujet sensible » devait se gérer « avec discrétion » : la délégation américaine était représentée par des secrétaires d’État adjoints, et la délégation cubaine au niveau des vices-ministres.
Le média Axios a précisé le vendredi 17 avril que se trouvait dans cette réunion Raúl Guillermo Rodriguez Castro, petit-fils de l’ancien dirigeant Raul Castro. Sans fonctions officielles au sein du gouvernement, il fait office de chef de la sécurité de son grand-père. Cependant, selon plusieurs médias américains, il aurait rencontré des responsables proches du chef de la diplomatie américaine dans le cadre de conversations secrètes.
Des visions divergentes
Le diplomate cubain a affirmé que la rencontre s’était déroulée dans une atmosphère « respectueuse et professionnelle ». Selon lui, aucune échéance n’a été fixée et aucune demande comminatoire n’a été formulée. Une version qui contraste avec celle rapportée par les médias états-uniens, selon lesquels Washington aurait formulé plusieurs exigences, dont la libération de prisonniers politiques et des réformes d’ouverture économique. Le journal USA Today indique également que les membres de la délégation américaine ont mis en garde leurs interlocuteurs cubains : ils disposeraient d’une « marge de manœuvre très étroite » pour envisager des mesures avant que la situation de l’île ne « s’aggrave de manière irrémédiable ».
De son côté, Cuba demande la fin de l’embargo énergétique : Alejandro García del Toro dénonce une « punition injustifiée infligée à la population cubaine » et parle d’un « chantage international » de Washington contre les pays souhaitant exporter du pétrole à Cuba. Washington a menacé d’imposer des droits de douane aux pays tiers qui vendent du pétrole à Cuba. « La levée du siège énergétique contre notre pays a constitué une priorité absolue contre notre délégation », a insisté le diplomate.
Une crise qui s’aggrave
La rencontre a eu lieu dans un contexte de crise économique et énergétique majeure à Cuba, qui s’aggrave sous la pression des sanctions américaines. Outre l’embargo américain en vigueur depuis 1962, Washington impose depuis janvier à l’île des restrictions drastiques à ses importations de pétrole. Ce blocus a fait vaciller l’économie cubaine, provoquant notamment des coupures de courant, une difficulté d’approvisionnement alimentaire et un rationnement d’énergie pour la population. Plusieurs secteurs clé de l’économie sont affectés, comme le tourisme, les fonds envoyés par la diaspora, ou l’exploitation du nickel et les emblématiques. Cuba doit désormais compter majoritairement sur l’aide humanitaire.
Alors que la tension entre les deux voisins et ennemis idéologiques s’intensifie, le président D.Trump a évoqué la possibilité d’intervenir directement une fois le conflit avec l’Iran réglé. Le président cubain Miguel Díaz-Canel a répondu que les États-Unis n’avaient pas de raison valide pour justifier une action militaire sur l’île ni pour faire basculer le chef du gouvernement. Il a également assuré que le pays était prêt à « se battre » si nécessaire.
Cette rencontre marque donc une nouvelle tentative de dialogue dans une relation historiquement tendue. Si des échanges ont repris, ils restent fragiles, car les divergences restent profondes sur l’avenir politique et économique de l’île. Dans un contexte de crise persistante, l’absence d’avancées concrètes montre qu’un véritable rapprochement dans les relations diplomatiques est difficile à envisager.
Lola ALFARO


