Le premier ministre espagnol Pedro Sánchez a réuni ces 17 et 18 avril les dirigeants de gauche du monde entier pour fédérer la gauche internationale et coordonner un véritable « front anti-trump »
Réunis à Barcelone à l’initiative du premier ministre espagnol, plusieurs dirigeants de gauche du monde entier ont participé à un forum baptisé « Mobilisation progressiste internationale », sous l’égide de l’Internationale socialiste. Lors de cette manifestation, un sommet de “défense de la démocratie” le samedi 18 avril a rassemblé une douzaine de chefs d’État de gauche, dont les présidents du Brésil, Luiz Inacio Lula da Silva ; de la Colombie, Gustavo Petro ; de l’Uruguay, Yamandú Orsi ; de l’Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa, et la dirigeante irlandaise Catherine Connolly. On y retrouvait aussi l’ex-président du Chili Gabriel Boric.
La rencontre, quatrième du genre, s’inscrit dans une initiative lancée en 2024 par le Brésil et l’Espagne pour fédérer le progressisme international dans un contexte de montée de l’extrême droite et d’augmentation des velléités bellicistes. En parallèle, un rassemblement de responsables européens d’extrême droite s’est déroulé à Milan, renforçant la nécessité pour la social-démocratie de s’affirmer à l’échelle globale. “Le contexte est clair, la démocratie ne peut pas être tenue pour acquise”, a déclaré Pedro Sánchez lors du discours inaugural prononcé samedi matin. Il a présenté ce rassemblement comme celui d’ “un groupe de pays prêts à faire tout ce qui est nécessaire pour protéger et renforcer le système démocratique”.
Cette rencontre a également été marquée par la présence de la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum, qui revêt un caractère symbolique. Il s’agit de la première visite en Espagne de la présidente depuis son investiture en octobre 2024. Ce voyage intervient après des signes d’apaisement des relations bilatérales pour donner suite à la demande d’excuses formulée par le Mexique à la Couronne espagnole pour les exactions liées à la conquête. Le 16 mars 2026, le roi Felipe VI a reconnu les “nombreux abus” durant la conquête espagnole des Amériques, ce que Mme Sheinbaum a considéré comme “un geste de rapprochement”. À son arrivée pour la réunion, elle a également assuré devant les journalistes qu’il n’y avait pas de “crise diplomatique” entre le Mexique et l’Espagne.
Une grande variété de sujets
Les intervenants ont évoqué de nombreux sujets pour tenter d’apporter des réponses communes et de se constituer comme un véritable front international de gauche. Pedro Sánchez s’est dit favorable à une réforme de l’ONU. « Nous pensons que le moment est venu pour que l’Organisation des Nations unies soit renouvelée, réformée et, pourquoi pas bien sûr, dirigée par une femme. Ce n’est pas seulement une question de justice, c’est aussi une question de crédibilité », a-t-il lancé, en référence à la possible nomination de Michelle Bachelet au poste de secrétaire générale des Nations Unies. Les dirigeants du Brésil, de l’Espagne et du Mexique ont également exprimé leurs inquiétudes communes pour Cuba et se sont engagés à organiser une réponse humanitaire pour les habitants de l’île. Enfin, dans son discours final, Sánchez a réaffirmé son refus de la guerre, en faisant référence à ses prises de position sur les tensions au Moyen-Orient et la guerre menée par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran.
Ces priorités traduisent la volonté de structurer un front progressiste face à l’influence de Donald Trump, comme le soulignent de nombreux médias. Cette opposition marquée apparaît dans un contexte où l’influence du président des États-Unis est très forte, notamment sur les questions géopolitique. “Nous ne pouvons pas nous lever chaque matin ou aller nous coucher chaque soir en attendant le tweet d’un président menaçant le monde”, a affirmé le président Lula.
Si aucune échéance concrète ni nouvelle réunion n’ont été annoncées, les dirigeants ont affiché lors de leurs interventions des objectifs communs : la défense des institutions et du multilatéralisme, l’inquiétude vis-à-vis de la polarisation et de la désinformation à l’oeuvre sur les réseaux sociaux, et la lutte contre les inégalités dans tous les domaines. Il s’agit désormais de savoir si cette coordination se traduira par des mesures concrètes.
Lola ALFARO


