José Antonio Kast, le nouveau président du Chili continue la construction du mur séparant le pays avec le Pérou

Quelques jours seulement après son investiture, le président chilien Kast, allié de Donald Trump, a réalisé une allocution dans le nord du pays pour annoncer le début de la construction d’un mur à la frontière péruvienne afin de freiner l’entrée illégale des migrants. Ce projet, baptisé « Plan bouclier frontalier », répond à l’une des trois grandes promesses de campagne du président chilien d’ « endiguer l’immigration ». C’est un durcissement sans précédent de la politique migratoire envers les étrangers en situation irrégulière, que le président présente comme l’une des principales causes de l’augmentation de la criminalité dans le pays. Il a ainsi promis de renvoyer les 336 000 immigrés irréguliers par tous les moyens possibles. 

Ainsi, depuis la mi-mars, le gouvernement déploie 500 km de tranchées de trois mètres de profondeur, accompagnées de clôtures électrifiées et de murs pouvant atteindre cinq mètres de haut à la frontière péruvienne et dans la région de Tarapacá, à la frontière bolivienne. Pour l’instant, seulement les tranchées ont été creusées. Cependant, on devrait voir naître un mur dans les mois à venir. 

Lors de son allocution au Nord du Chili, Kast a déclaré « Il ne s’agit pas simplement d’une tranchée ; c’est bien plus que cela : c’est un système ». A terme, le gouvernement prévoit de déployer un système de surveillance complet, alliant présence militaire, drones et caméras infrarouges. Le dispositif mise aussi sur le développement de nouvelles technologies inédites dans le dispositif sécuritaire chilien, telles que  les drones équipés de la reconnaissance faciale. Ce vaste programme permettrait dans les années à venir, de stopper toute immigration irrégulière dans le pays. 

En plus de ce projet, le gouvernement a soumis plusieurs projets de loi anti-migratoire depuis avril. Par exemple, le gouvernement a suspendu un plan de régularisation de 182 000 migrants mis en place par l’ancien président Gabriel Boric avant la fin de son mandat. Il a aussi soumis un projet de loi au Congrès qui souhaite transformer l’entrée des migrants clandestinement en un crime, et non plus en un délit. Cela permettra à l’avenir de punir plus durement les immigrés. 

Cette nouvelle politique radicale du gouvernement d’extrême droite fait peser un climat d’inquiétude parmi les immigrants irréguliers qui vivent avec la peur constante d’être renvoyés chez eux. José Antonio Kast n’hésite pas à envoyer des avertissements menaçants à ces populations  : « Si vous ne partez pas de manière volontaire, nous vous expulserons avec ce que vous avez sur le dos, et vous ne pourrez plus jamais revenir au Chili ». Face à cette menace d’expulsion et à la perspective d’être renvoyés sans rien, certains ont choisi de quitter le pays avant d’y être contraints par le gouvernement. Cependant, le Haut Commissaire aux Réfugiés des Nations Unis souligne que ces départs préventifs restent plus faibles que ce qu’il était prévu. A ce jour, il compte le départ préventif de 2000 personnes. 

Deux mois après le début des travaux, la politique migratoire de José Antonio Kast est encore loin d’atteindre son objectif affiché de mettre fin à l’immigration clandestine. Le projet représente un coût important pour les finances publiques, alors même que le Chili traverse une période marquée par des restrictions budgétaires. Son principal concepteur, le sénateur Cristian Vial, estime le montant total des travaux à près de 340 millions d’euros. À cette somme s’ajoutent des frais d’entretien conséquents : les tranchées devront être régulièrement restaurées en raison des conditions climatiques extrêmes du désert et des pluies saisonnières qui risquent d’endommager les infrastructures. 

Au-delà du cas chilien, ce durcissement des politiques migratoires s’inscrit dans une tendance plus large observée en Amérique du Sud avec la progression des partis de droite et d’extrême droite. Par exemple, la favorite aux élections présidentielles au Pérou,  Keiko Fujimori a elle aussi promis d’expulser tous les immigrés. Cela pose des questions sur de potentielles dérives dans le respect des droits humains en Amérique du Sud.