Adaptée de l’œuvre de Roberto Bolaño, la nouvelle création de Julien Gosselin s’est installé cet été au Palais des Papes. Un spectacle monumental articulant théâtre, cinéma et musique, à découvrir en ligne sur Arte TV et en janvier prochain au Théâtre de l’Odéon à Paris.
Julien Gosselin, aujourd’hui directeur du Théâtre de l’Odéon, revient à Avignon treize ans après s’y être fait connaître avec une adaptation des Particules élémentaires de Michel Houellebecq. Sa nouvelle création entrelace des textes de l’écrivain chilien Roberto Bolaño avec Les Chants de Maldoror de Lautréamont, pour explorer les liens entre littérature et mal, sous la forme d’une course-poursuite avec celui-ci. Le spectacle dure environ 5 h 45 et mêle vidéo tournée en direct, cinéma, théâtre, performance et musique électronique. Créé dans la Cour d’honneur du Palais des Papes, il a été diffusé le 18 juillet dernier en version écourté à trois heures et disponible sur Arte TV avant d’être joué au Théâtre de l’Odéon à Paris du 15 janvier au 6 février prochain, puis à la Maison de la Culture d’Amiens les 13 et 14 février.
Le poète est-il le complice du meurtrier ? L’artiste la vigie du criminel ? Quels liens entretiennent la littérature et le mal, l’art et le crime ? Dix ans après 2666, Julien Gosselin s’engouffre à nouveau dans l’œuvre de Roberto Bolaño – accompagné, cette fois, du spectre de Maldoror, allégorie d’un mal se tenant entre les hommes et les dieux, surgi des chants du jeune Lautréamont. De cette littérature foisonnante, Julien Gosselin compose un théâtre-monde où s’enchevêtrent les époques, les langues et les continents. De l’Uruguay qui vit grandir Lautréamont au Chili de Pinochet, du Paris des poètes maudits aux nuits de Mexico, des cercles littéraires de Santiago aux chambres d’écrivain de Barcelone, le public navigue entre les confins de l’Amérique latine et de l’Europe pour mieux débusquer les zones où l’art et le mal cheminent côte à côte.
Entre les poèmes, le sang. Sous la scène, la boue. Maldoror précipite le spectateur dans les dangereux abîmes de l’écriture, là-bas, à la lisière de la beauté et des ténèbres, là où le théâtre rencontre sa part maudite. Pour le critique d’I/O Gazette, c’est un choc en forme de retrouvailles : dix ans après l’avoir découvert avec 2666, Pierre Lesquelen retrouve Gosselin dans un geste qu’il juge plus abouti et plus généreux que jamais : « En 2016, j’ai vu « 2666 », qui a été l’une des expériences de théâtre les plus irremplaçables, les plus viscérales de ma jeune vie de spectateur. Et c’était déjà un texte de Bolaño. Dix ans plus tard, j’ai eu l’impression de voir un artiste qui avait encore grandi, plus généreux, plus fluide, plus inventif : ce spectacle, c’est la synthèse augmentée de tous les spectacles de Gosselin. J’étais un peu plus réticent sur ses dernières propositions, que ce soit Musée Duras ou Extinction, qui étaient pour moi des spectacles contredisant l’ambition première de Gosselin. Lui qui a dit, dès sa première mise en scène : « je ne veux pas me donner d’obligation métaphorique ». Et là, je trouve que c’est passionnant, parce que c’est une sorte d’épopée méditative, comme celle que Julien Gosselin sait très bien faire, comme par le passé, lorsqu’il avait monté Don DeLillo. C’est une expérience de l’infini pour les personnages, pour les acteurs et les actrices, et pour les spectateurs et spectatrices. Moi, j’aime qu’on se perde, qu’on vive cette enquête sans fin dont parle le texte, et j’ai trouvé ce spectacle absolument magnifique. »
Impressionnée mais partagée, Fabienne Pascaud journaliste de Télérama salue la prouesse scénique et l’audace de la mise en scène, tout en s’interrogeant sur une esthétique qu’elle juge démesurée, presque écrasante : « La démarche consistant à convoquer le public, qu’il y avait déjà dans Extinction, est formidable. Julien Gosselin, c’est l’homme qui essaie de dépasser toutes les limites, un peu pour montrer « j’ai la plus grosse » – un côté qui se retourne presque contre lui. Parce que certes, c’est admirable : on est suffoqué ; moi qui suis une vieille festivalière, j’ai rarement vu la Cour d’honneur aussi bien empoignée, aussi possédée que ça par Julien Gosselin, par ses écrans, ses fumigènes, un peu comme si le théâtre était un monstre à l’Alien qui attrape tout. Mais moyennant quoi, c’est une esthétique du colossal, presque fasciste, dans ce qu’elle dénonce elle-même. Il flirte avec ça, et c’est intéressant, parce qu’à la fin, il montre combien l’artiste est l’allié du démon. »
Service de presse d’Avignon


