Cuba, nouveau palier dans l’entreprise impérialiste de Donald Trump

Dans un contexte d’affirmation de l’impérialisme américain, Donald Trump, président des États-Unis, a imposé le 1er mai des sanctions visant à renforcer les mesures restrictives contre les personnes et les entités liées aux secteurs de l’énergie, des mines et d’autres secteurs de l’île sans oublier toute personne reconnue coupable de violations graves des droits de l’homme

Ces nouvelles sanctions, figurant dans un décret présidentiel, visent à renforcer la pression exercée sur le gouvernement de La Havane et les entités qui collaborent avec lui, notamment les banques étrangères et les acteurs financiers qui imposent des restrictions en matière d’immigration, dans un pays en pleine crise économique. Ces sanctions ont pour ambition, selon le président américain,  de prendre le contrôle de Cuba puisque celle-ci “continue de représenter une menace extraordinaire”  pour la sécurité nationale des États-Unis. Cette préoccupation liée à la sécurité et à la politique étrangère des États-Unis devient la nouvelle cible de Trump qui serait “la prochaine étape” après l’opération militaire menée contre l’Iran et qui devrait succomber “bientôt”

Cependant, ces sanctions ne sont pas une nouveauté: depuis le mois de janvier 2026, l’administration de Trump a imposé plus de 240 sanctions contre Cuba. L’île a été de nouveau inscrite sur la liste des États soutenant le terrorisme et a subi l’interception d’au moins sept navires pétroliers, ayant de graves conséquences avec l’économie, du fait que entre 80 et 90 % des importations énergétiques cubaines ont été coupées. Par conséquent, l’économie cubaine se voit presque totalement paralysée et asphyxiée et subit des coupures d’électricité qui se multiplient au fil des semaines. Cette crise est d’autant plus marquée compte tenu de la perte des ressources provenant du Venezuela vers Cuba et la crainte des fournisseurs externes de la perte d’accès au dollar américain.  

La société cubaine est basée sur un modèle façonné par la dépendance, la surveillance et la pauvreté organisée. La doctrine communiste a eu des effets qui dépassent le seul cadre économique, en influençant les habitudes sociales, les incitations économiques et les niveaux de confiance, ainsi que la manière dont est perçu l’effort individuel et l’intervention administrative. Ainsi, il serait réducteur de limiter l’analyse de Cuba à celle d’un régime qui s’effondrerait dès l’interruption des importations de pétrole.  

Cette situation géopolitique a un arrière-goût de la guerre froide: Donald Trump ne s’arrête pas aux sanctions, il menace aussi d’intervenir militairement. Il a garanti, en effet, vendredi dernier qu’il prendrait le contrôle de Cuba presque immédiatement lorsqu’il aura terminé avec l’Iran, selon ses propos.  Le Sénat états-unien n’a pas, lui, cherché à limiter cette décision en rejetant une proposition démocratique visant à encadrer ses actions malgré la crise énergétique à laquelle Cuba fait face. 

De son côté, le gouvernement cubain a évoqué samedi dernier la légalité internationale et ses appuis internes et externes comme réponse à cette menace du président des États-Unis. Cuba est déjà fortement dépendant des décisions venant des États-Unis pour pallier à cette crise énergétique : en mars dernier, celle-ci a été légèrement soulagée  lors de l’arrivée de 100.000 barils de pétrole brut provenant de la Russie, auxquels les États-Unis ont permis le passage. 

Donald Trump a suggéré de mener à bien cette prise de contrôle en faisant intercepter un porte-avions américain “sur le chemin du retour d’Iran” en affirmant que “nous aurons l’un de nos grands bâtiments, peut-être le porte-avions USS Abraham Lincoln (CVN-72), le plus grand au monde ; nous le ferons venir et il s’arrêtera à environ 100 yards des côtes”. Ainsi, Trump envisagerait un plan d’intervention où Washington déploierait un navire militaire après le conflit américano-israélien et contraindrait Cuba à capituler face à cette démonstration de force. “Ils diront ‘merci beaucoup, nous abandonnons’”, déclarait-il. 

La doctrine, que La Havane perfectionne depuis les années de la Guerre Froide, vise à transformer l’ensemble du territoire en un champ de résistance, afin d’élever à des niveaux inacceptables le prix politique et humain de toute occupation prolongée. À l’occasion de la célébration du Primero de Mayo, le gouvernement a transformé celle-ci en une grande mobilisation populaire sous la devise “La Patrie se Défend”, en mobilisant des défilés, auxquels ont participé le dirigeant révolutionnaire Raul Castro, 94 ans, et le président cubain Miguel Diaz-Canel, partant de la Place de la Révolution en direction de la Tribune anti-impérialiste, située en face de l’ambassade des États-Unis. 

Miguel Diaz-Canel a également présenté l’initiative “Ma signature pour la Patrie”, que le régime estime à plus de 6,2 millions de signatures de Cubains en rejet des sanctions. En réaction à la pression extérieure, la cohésion interne se renforce. Le président et le ministre des affaires étrangères cubains ont mis en garde contre une intervention militaire américaine en affirmant qu’une telle intervention ferait face à une résistance massive basée sur la stratégie nommée “guerre de tout le peuple”. 

Cette doctrine consiste à mobiliser toute la population en cas d’invasion pour rendre l’occupation trop coûteuse humainement et économiquement pour les États-Unis. Cette technique s’inspire des tactiques vietnamiennes ainsi que des guerres asymétriques. Malgré les tensions militaires, des discussions diplomatiques sont maintenues et en cours entre les deux pays. 

Cet épisode est révélateur des recompositions géopolitiques mondiales: des soutiens extérieurs se sont manifestés ainsi que des tensions globales. D’un côté, un des plus marquants est le Vietnam qui a affirmé samedi dernier sa solidarité avec Cuba face aux défis auxquels l’île fait face et qui a offert un soutien concret sur des secteurs comme l’agriculture et l’énergie pour contribuer au soulagement des difficultés du peuple cubain. 

Lors de la réunion des ambassadeurs du Mouvement des pays non alignés à l’ONU de New York, le diplomate vietnamien Do Hung Viet a appelé à maintenir la solidarité entre les États membres. Ce dernier a encouragé le mouvement à continuer de soutenir Cuba et a également demandé de rejeter les embargos et les sanctions unilatérales. Il a en outre appelé à soutenir le dialogue entre Cuba et les États-Unis, fondé sur le respect mutuel et la stabilité.  À l’occasion du 51ème anniversaire de la réunification du Vietnam, il a exprimé sa reconnaissance pour le soutien international reçu lors de la guerre du Vietnam pendant la lutte contre le colonialisme et après la guerre, lors de la période de reconstruction. 

Au sein des États-Unis, selon le décret présidentiel, Washington accuse le gouvernement cubain de mettre en œuvre des politiques et des pratiques destinées à porter atteinte aux États-Unis, et jugées contraires aux valeurs morales et politiques des sociétés libres et démocratiques.

Palmira NICOLAS