Le prestige de la Chine progresse fortement en Amérique latine, tandis que celui des États-Unis chute et celui de l’Europe décline

Le géant asiatique est la seule superpuissance à gagner en prestige auprès des Latino-Américains, selon une enquête menée par la fondation allemande Friedrich-Ebert-Stiftung, le magazine Nueva Sociedad et le groupe Diálogo y Paz, et publiée cette semaine. La Chine gagne de nouveaux soutiens dans la région (en hausse de six points), tandis que l’image positive des États-Unis chute (en baisse de dix-sept points) et celle de l’Europe décline, notamment sous l’effet de l’Allemagne et de la France. 12 000 personnes ont participé à cette enquête dans dix pays.

Intitulée « Naviguer dans l’incertitude : Perspectives latino-américaines sur l’Europe et le monde », cette enquête rend compte de la période actuelle marquée par le désordre mondial et une incertitude extrême. Elle brosse le portrait de la perception du monde par dix pays : l’Argentine, le Brésil, la Bolivie, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, le Guatemala, le Mexique, l’Uruguay et le Venezuela. Elle permet également d’apprécier l’évolution de ces perceptions ces dernières années, puisqu’il s’agit de la deuxième enquête, après celle menée en 2021-2022.

Les auteurs soulignent que, parmi les sept puissances/pays les mieux notés, seule la Chine a vu sa réputation s’améliorer au cours des quatre dernières années. Les autres perdent du terrain. L’analyse ajoute que « les principaux pays occidentaux sont ainsi confrontés à un problème de déclin de leur réputation dans la région, même s’ils restent en tête du classement ». L’Espagne arrive en tête avec près de 31 % de mentions positives, suivie de près par les États-Unis et l’Allemagne. Mais la tendance est claire : leur popularité est actuellement en baisse.

Naviguer sur TikTok, faire des achats sur Shein et conduire une voiture électrique BYD sont des pratiques de plus en plus courantes pour des millions de citoyens d’Amérique latine. Au cours des deux dernières décennies, la Chine a renforcé sa présence pour devenir le premier partenaire commercial de l’Amérique du Sud, tandis que les États-Unis conservent cette position au Mexique et en Colombie.

La Chine est une fois de plus la réponse la plus fréquente (36 %) à la question de savoir quel pays pourrait servir de meilleur modèle pour le développement de leur pays. Elle est suivie par le Japon (31 %) et les États-Unis, quasiment à égalité. Les auteurs soulignent le résultat particulier du Venezuela, où les modèles chinois et américain apparaissent pratiquement au coude à coude. Les enquêtes ont été menées avant que Trump ne mette un terme au chavisme par une attaque militaire et avant que les États-Unis, aux côtés d’Israël, ne s’engagent dans une guerre contre l’Iran.

Les auteurs d’AMLAT Radar 2026 soulignent que les Latino-Américains ne considèrent pas la Chine comme une menace, mais plutôt comme « une option pragmatique liée à l’importance accordée à l’éducation, à la science et à la technologie ».

Les États-Unis sont perçus avant tout comme une puissance militaire et économique. L’atteinte à la réputation de Washington « reflète les conséquences de la politique inopportune et agressive de l’administration Trump visant à imposer une sphère d’influence américaine », indique le rapport. Cette politique a engendré la tutelle américaine actuelle sur le Venezuela, des ingérences pour garantir la victoire de son candidat aux élections (comme en Argentine et au Honduras) ou pour empêcher la poursuite d’un allié tel que Jair Bolsonaro au Brésil, le recours à la force militaire pour détruire des embarcations soupçonnées de trafic de drogue, et l’inscription des cartels de la drogue sur la liste américaine des organisations terroristes.

Les Latino-Américains perçoivent l’Europe comme s’étant progressivement éloignée de l’Amérique hispanophone et lusophone. Si elle conserve une certaine notoriété, elle souffre d’une « image associée au passé, manquant de dynamisme et d’un rôle clair et novateur pour l’avenir ». Ce constat intervient après plusieurs années durant lesquelles l’Europe a été confrontée à sa première guerre sur son sol depuis des décennies, celle d’Ukraine. Mais cela marque aussi le moment où, enfin, l’Union européenne et le Mercosur ont créé l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde, qui entrera en vigueur dans quelques jours. Les auteurs soulignent le peu d’estime que les Mexicains portent à leur voisin, les États-Unis : trois fois moins qu’à la superpuissance asiatique. À l’inverse, au Brésil, autre géant d’Amérique latine, l’opinion est tout autre.

Dans neuf des dix pays analysés, l’impact des politiques de Trump est considéré comme négatif, une opinion particulièrement répandue au Mexique. Le Venezuela fait exception, où l’effet est perçu comme légèrement positif. Interrogés sur le dirigeant en qui ils ont le moins confiance, les Mexicains placent Donald Trump en tête du classement de la méfiance (25 %), suivi du Russe Vladimir Poutine (12 %), du Vénézuélien Nicolás Maduro (5 %) et, presque à égalité, du Chinois Xi Jinping.

Ils mettent également en lumière certains résultats emblématiques. C’est le cas du Brésil, où une diplomatie très visible coexiste avec une société qui exprime le plus de doutes quant à la politique étrangère de son pays. Les Chiliens se distinguent par leur rejet de l’immigration, un facteur qui a contribué à la victoire électorale de l’ultraconservateur José Antonio Kast. Par ailleurs, les Mexicains et les Chiliens sont les plus réticents à accepter que les États-Unis considèrent la région comme leur arrière-cour, une opinion qui explique probablement, selon l’analyse du sondage, les taux d’approbation élevés des présidents Claudia Sheinbaum et Gustavo Petro.