L’écrivain colombien Antonio Ungar invité à la Maison de l’Amérique Latine pour la parution de son nouveau roman « Regarde-moi » aux éditions Noir sur Blanc

Lors d’une rencontre animée par Patrick Straumann et traduite par Marianne Millon, l’écrivain colombien Antonio Ungar était à la Maison de l’Amérique Latine pour s’entretenir ce 14 février 2022 à 19h sur « Regarde-moi », son dernier roman traduit en français par Robert Amutio. Retour sur cette rencontre.

Photo : Caretas

L’auteur de Regarde-moi a commencé par resituer au public son parcours éclectique, de Bogotá et de la forêt amazonienne où il a vécu un temps, à Barcelone et Berlin, en passant par Ramallah et Jaffa. La vie dans la forêt constitue la genèse de son écriture. Il était alors un jeune architecte de vingt-deux ans, ayant déjà écrit quelques nouvelles. Les dix années qui ont suivi cette expérience, il n’a écrit que des brouillons, qu’il ne pensait pas publier. Antonio Ungar écrit beaucoup, mais il publie peu. Regarde-moi a ainsi été réfléchi durant trois ans avant de voir le jour. 

Aujourd’hui, Antonio Ungar a déjà plusieurs romans à son actif, dont Les trois cercueils blancs, prix Herralde et finaliste du prix Rómulo Gallegos, une comédie noire mais non dénuée d’humour sur l’ancien président colombien Álvaro Uribe. Dans Regarde-moi, l’influence de l’architecture se ressent à travers les formes géométriques dessinées dans les promenades du personnage ainsi que l’urbanisme de cette ville dont les plans se précisent au fur et à mesure du livre. S’instaure un suspense qui repose sur le sens de la vue, présent dès le titre Regarde-moi. Ungar renvoie à des films tels que Le locataire de Roman Polanski et suggère que son roman serait facile à adapter au cinéma vu sa dimension visuelle très marquée.

Au vrai, le suspense de ce livre est tel qu’il est préférable de laisser au lecteur le soin de se forger son propre avis, en attendant la venue d’Antonio Ungar aux Belles Latinas en octobre 2022. Signalons que son prochain roman, encore non traduit en français, portera sur la forêt, qui l’a beaucoup marqué. Cela constituera un retour à la réalité colombienne, déjà traitée dans Les trois cercueils blancs à travers la république fictive de Miranda. 

Il faudrait se demander : quel public vise Regarde-moi ? En effet, le roman parlera davantage au public français vu les thèmes abordés de l’immigration et de la paranoïa d’un personnage raciste et obsessionnel. L’auteur avoue avoir ressenti cette paranoïa en Israël, où il a écrit ce roman, dans le contexte des tensions avec la Palestine, de l’émergence de Daesh et des attentats du Bataclan en France. Ainsi, Regarde-moi, comme Les trois cercueils blancs, est un roman politique. En outre, l’obsession du personnage de son dernier roman porte sur des Paraguayens, pays voisin de la Colombie, que le personnage confond avec des « Indiens ou des Arabes ou des Gitans ». Antonio Ungar a avoué être très curieux de la réception de son livre en France, un livre colombien sur un extrémiste français anti-arabes dont on ignore jusqu’à la fin les véritables motivations. 

Antonio Ungar a fini par remercier son traducteur Robert Amutio, qui l’a accompagné avec brio dans la version française de ce livre. Ungar et Amutio s’apprécient mutuellement, et peut-être cela explique-t-il la très bonne qualité de Regarde-moi, qui nous aspire avec lui dans sa fièvre obsessionnelle. Nous espérons recevoir Antonio Ungar lors du festival Belles Latinas en octobre 2022. 

Victorien ATTENOT

Regarde-moi d’Antonio Ungar aux éd.Noir sur Blanc. Traduit de l’espagnol (Colombie) par Robert Amutio. 224 p., 17,50 €.