« Les Voyages de Tereza », un film brésilien du réalisateur Gabriel Mascaro en salle cette semaine

«Les voyages de Tereza,dit le réalisateur Gabriel Mascaroest un film sur le droit de rêve mettant en scène une protagoniste âgée qui décide de ne pas accepter le destin que quelqu’un d’autre, en l’occurrence l’État, a tracé pour elle. Je voulais réaliser un film qui soit une ode à la liberté, mettant en scène une septuagénaire rebelle confrontée à son isolement imminent dans une colonie pour personnes âgées, et proclamant qu’il n’est jamais trop tard pour trouver un nouveau sens à la vie ».

Dès le début du film, nous sommes étonnés d’être dans un registre réaliste, mais extrêmement policé. Les vieux, dès 75 ans doivent quitter leur maison et leur vie pour aller dans une colonie (que nous ne verrons d’ailleurs pas). Theresa après une vie de labeur veut découvrir le ciel. Elle va échapper aux recherches et voyager sur le fleuve en faisant des rencontres. Elle va même jouer dans un casino flottant. Sa rencontre avec sœur Roberta vendeuse de bibles lui donnera une idée de la liberté.

« Le film nous emmène dans une Amazonie à la fois magique et industrielle, presque surréaliste et profondément politique, continue le réalisateur. J’ai aussi voulu contrer l’idéalisation de la faune amazonienne en montrant l’exploitation des animaux (la transformation industrielle de viande d’alligator, les combats de poissons) mais aussi en accentuant l’imagerie du capitalisme et de la culture pop ».

La rencontre merveilleuse entre ces deux actrices, très connues au Brésil, Denise Weinberg et Mirian Socarrás, a quelque chose de magique, grâce à leur désir de liberté. Gabriel Mascaro, primé à Berlin l’an passé, nous offre une Theresa joyeuse et pleine d’espoir. À voir en salle dès le 11 février prochain.

Les Voyages de Tereza est un film sur le droit de rêver, mettant en scène une protagoniste âgée qui décide de ne pas accepter le destin que quelqu’un d’autre, en l’occurrence l’État, a tracé pour elle. Je voulais réaliser un film qui soit une ode à la liberté, mettant en scène une septuagénaire rebelle confrontée à son isolement imminent dans une colonie pour personnes âgées, et proclamant qu’il n’est jamais trop tard pour trouver un nouveau sens à la vie.

Je trouve qu’il est inhabituel de voir des protagonistes âgés au cinéma, en particulier dans les dystopies et les films fantastiques. On a souvent l’impression que la rébellion contre le système est une affaire de jeunesse, comme si la quête de maturité et la recherche de sa place dans le monde devaient être des rites de passage réservés uniquement aux lycéens ou aux jeunes adultes. Ici, je voulais montrer la vitalité du corps âgé. Ce film se déroule dans une société obsédée par la productivité, où les citoyens sont invités à s’exiler du reste de la communauté lorsqu’ils atteignent un certain âge. Je le vois comme une fable presque dystopique, mais en même temps inspirante, sur Tereza, une femme de 77 ans pour qui le moment de « partir » vient d’advenir.

Refusant d’accepter cette « euthanasie sociale », Tereza se lance dans un voyage à la recherche de la liberté et d’un rêve de longue date. Son voyage commence véritablement lorsqu’elle s’enfuit sur un bateau qui l’emmènera au cœur de l’Amazonie et au plus profond de son âme. Au lieu de m’en tenir à un seul genre, j’ai voulu créer une interaction entre le lyrique et le ludique dans une sorte de délire post-tropical. Il n’est pas nécessaire qu’une voiture volante apparaisse à l’écran pour créer un décalage dans l’espace et le temps. Les changements culturels ou comportementaux peuvent être le signe d’une dystopie encore plus radicale qu’une technologie ou un gadget.

Petit, je vivais dans une maison avec beaucoup de monde et mes grands-parents ont toujours fait partie de ma vie. Ma grand-mère a appris à peindre à 80 ans, après le décès de mon grand-père, et voir ce genre de choses a changé ma perspective sur le vieillissement. Cela m’a montré comment les personnes âgées peuvent partir à la découverte d’elles-mêmes et opérer des changements significatifs, voire impressionnants ou étonnants. Les récits auxquels nous sommes habitués dépeignent la vieillesse comme une période d’isolement douloureux ou de déclin physique. Dans de nombreux cas, le passé devient une force motrice dans ces histoires, motivant le protagoniste à rechercher un but ultime, peut-être pour lui permettre de mourir en paix. Ces histoires sont souvent empreintes d’une nostalgie et d’une fatalité sous-jacentes, où la mort façonne inconsciemment la tension narrative. Mon film raconte un voyage, avec des éléments d’aventure et de fantaisie, et une re-connexion avec son désir de liberté. C’est un « boat-movie » sur le vieillissement et les rêves, avec des femmes âgées au centre de l’intrigue.

Je connaissais l’Amazonie grâce à un projet de formation de cinéastes autochtones appelé « Video in the Villages », auquel j’ai participé en tant que professeur quand j’étais plus jeune. J’ai également eu récemment l’occasion d’assister à un festival de cinéma à Goa, en Inde, où j’ai vu un immense casino flottant au milieu d’un grand fleuve. J’avais déjà le scénario de ce film en cours d’élaboration, et cela m’a amené à penser que l’Amazonie serait un endroit très pertinent pour reproduire un « état du monde » unique qui pourrait accueillir et approfondir le récit du film. J’ai ainsi voulu que l’Amazonie devienne un personnage à part entière, et cela s’est concrétisé lors des corrections apportées au scénario après mon voyage.

Il est curieux que l’Amazonie, telle qu’elle est représentée au cinéma et à la télévision en dehors du Brésil, soit encore si idéalisée. Je voulais remettre en question cette représentation romantique et biaisée de « poumon de la planète ». Le film nous emmène dans une Amazonie à la fois magique et industrielle, presque surréaliste et profondément politique. J’ai aussi voulu contrer l’idéalisation de la faune amazonienne en montrant l’exploitation des animaux (la transformation industrielle de viande d’alligator, les combats de poissons) mais aussi en accentuant l’imagerie du capitalisme et de la culture pop. En effet, le film accorde une place particulière à un escargot enchanté qui émet une bave bleue dotée de pouvoirs magiques permettant d’ouvrir de nouvelles voies et de voir l’avenir. L’escargot symbolise une contradiction poétique qui peut également être associée à la vieillesse : lent dans ses mouvements, mais infini en possibilités.

Denise Weinberg est une excellente actrice qui jouit d’une solide réputation dans le théâtre brésilien et d’une présence croissante au cinéma. Sur le plateau, elle m’a surpris par sa capacité profonde et radicale à étudier le texte et à s’approprier le personnage. Rodrigo Santoro est un acteur que j’admire depuis mon enfance. J’avais 16 ans lorsque j’ai eu l’occasion de le voir sur scène présenter un film dans ma ville. J’ai été profondément marqué par la différence entre son apparence sur scène et à l’écran. Le désir de réaliser un film avec lui s’est, je pense, mélangé avec mon désir de réaliser des films tout courts. Et nous avons enfin eu cette occasion. Lorsque Tereza se voit empêchée de voyager à bord de bateaux de passagers, elle fait appel à Cadu, le personnage incarné par Rodrigo Santoro. Cadu est un voyageur au cœur brisé. L’idée était de montrer un homme souffrant de la distance qui le sépare de son amour, à l’opposé de la façon dont les films associent généralement ce type de personnage à la liberté masculine d’un voyageur loin des pressions de la vie quotidienne.