« Donald Trump espère que Delcy Rodriguez devienne la sous-traitante des États-Unis au Venezuela »

Deux jours après le séisme géopolitique qui a secoué le Venezuela, quelle est la situation à Caracas ? Éclairage avec Thomas Posado, expert de la région et maître de conférences en civilisation latino-américaine à l’Université de Rouen.

« On observe une étrange normalité dans les rues vénézuéliennes », explique Thomas Posado. « Les institutions militaires, judiciaires et politiques restent loyales à ce qu’étaient les institutions de Nicolás Maduro, qui sont désormais celles de Delcy Rodríguez, son ancienne vice-présidente » devenue présidente par intérim. Sous pression militaire et menacée directement par le président américain, cette dernière a plaidé dimanche pour des relations « équilibrées et respectueuses » avec les États-Unis. Faut-il dès lors voir en Delcy Rodríguez, un personnage plus souple et davantage compatible avec l’administration Trump que ne l’était Maduro ? « Idéologiquement, il n’y a aucune raison qu’elle soit différente » affirme le spécialiste. « Donald Trump espère que Delcy Rodriguez devienne la sous-traitante des États-Unis au Venezuela. Mais rien dans sa trajectoire politique ne permet de supposer cela. Elle a toujours été une militante loyale du chavisme et s’inscrit dans la même idéologie que Maduro ».

Malgré l’attachement idéologique de la nouvelle présidente en intérim du Venezuela, le contexte actuel rend le rapport de force plus favorable aux États-Unis « au vu de ce qu’ils sont capables de faire au mépris du droit international ». Selon Thomas Posado, le contexte politique, les menaces personnelles et la pression militaire intense américaine pourraient faire basculer Delcy Rodriguez et la contraindre à se subordonner à Donald Trump.

« Il y a d’un côté la première puissance du monde, de l’autre côté le Venezuela, qui est un pays qui doit faire neuf fois la Belgique en termes de superficie, qui a une armée au cinquantième rang mondial, donc qui ne ferait pas le poids face aux États-Unis, mais qui pourrait opposer une résistance importante et emmènerait les États-Unis dans un bourbier si guerre il y avait ». Le scénario le plus probable pour le Venezuela reste cependant d’éviter la confrontation directe en accordant les privilèges demandés par les États-Unis estime le spécialiste de la région. « Et visiblement, Donald Trump est très gourmand là-dessus ».

Car ce qui intéresse avant tout Donald Trump, ce sont les réserves de pétrole enfouies au Venezuela. Le pays détient en effet les plus importantes réserves prouvées de pétrole au monde, devant l’Arabie saoudite et les États-Unis – 300 milliards de barils, presque un cinquième des réserves mondiales. Pour autant, cette production d’or noir est aujourd’hui très faible. « 1 million de barils par jour, c’est beaucoup moins qu’il y a 10 ans lorsque le pays produisait 2,3 millions de barils par jour ». Pour expliquer cette tendance, Thomas Posado avance deux facteurs principaux : « Un mauvais entretien des infrastructures pétrolières par l’exécutif Maduro qui n’a pas investi particulièrement et qui a fait face à une fuite de la main-d’œuvre qualifiée en raison de la crise migratoire, et des sanctions états-uniennes qui rendent le commerce du pétrole et le renouvellement des infrastructures extrêmement difficiles. »

Des leviers techniques et politiques, dans les mains des États-Unis, premier client du Venezuela. Donald Trump espère pouvoir redynamiser la production et conclure un deal avec Delcy Rodriguez, afin de pouvoir activer ses compagnies pétrolières américaines au Venezuela. Un accord entre les deux parties reste toutefois lointain, estime Thomas Posado : « Rien n’est acté. On a toujours des menaces du côté des États-Unis, et une affirmation de la défense de Nicolás Maduro du côté vénézuélien. Donc, pour arriver à un accord entre ces deux positions, il faudra voir ce qui va se passer dans les prochaines semaines. Un accord n’est absolument pas certain. »

Cette opération menée au Venezuela marque-t-elle un nouveau tournant dans la politique internationale de Donald Trump ? Faut-il y voir les prémisses d’un nouvel impérialisme américain en Amérique Latine ? Le président Donald Trump a justifié samedi l’opération de capture de son homologue vénézuélien Nicolás Maduro par la nécessité de restaurer la suprématie incontestée des États-Unis sur l’ensemble des Amériques, faisant ainsi directement référence à la doctrine Monroe.

« C’est un terme qui a été utilisé par la Maison-Blanche dans la doctrine de sécurité nationale qui correspond à un certain nombre d’actions cohérentes depuis le début du second mandat de la part de Donald Trump. On parle du Groenland, on peut parler d’ingérence électorale en Argentine ou au Honduras, on peut parler d’ingérence judiciaire au Brésil, on peut parler de la pression pour renégocier les contrats autour du canal de Panama, la suspension des aides à la lutte contre le narcotrafic en Colombie, sous fond de tensions avec le président Petro. »

« On voit désormais, avec ce deuxième mandat de Donald Trump, une priorité accordée pour restaurer l’Amérique latine comme arrière-cours d’une puissance impérialiste des États-Unis, comme c’était le cas au XXe siècle » conclut le spécialiste de la région. Donald Trump a par ailleurs évoqué ce week-end, une potentielle opération militaire en Colombie.

.