Loin d’être une première, l’opération des États-Unis au Venezuela, lors de laquelle les forces armées ont capturé le président vénézuélien Nicolas Maduro, s’inscrit dans une longue histoire d’interventionnisme américain en Amérique latine. Tour d’horizon.
L’histoire de l’interventionnisme américain sur le continent remonte à la doctrine Monroe, en 1823, selon le directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’IRIS, Romuald Sciora. Énoncé en 1823 par le président américain James Monroe, ce principe de politique étrangère a été proclamé après l’indépendance du Mexique et de la plupart des pays latino-américains. La doctrine Monroe stipulait que les puissances européennes ne devaient plus coloniser ni interférer dans les affaires de l’Amérique latine, qui devenait la sphère d’influence exclusive des États-Unis. La doctrine Monroe a depuis fait son grand retour grâce à Donald Trump, qui n’hésite pas à en faire un élément clé de sa politique étrangère.
Par exemple, en décembre dernier, la Maison-Blanche publiait une nouvelle stratégie de sécurité nationale dans laquelle le président américain affirmait son attachement à la doctrine de son prédécesseur, mais aussi son intention de l’actualiser et de la compléter, selon Jonathan Veillette, professeur de science politique au Cégep Édouard-Montpetit. L’administration américaine mettait l’accent sur la protection du territoire américain en appliquant le corollaire Trump, qui propose aux États-Unis de s’affirmer dans la région en rejetant les interférences des pays étrangers, comme la Chine, la Russie et l’Iran, et donc de retrouver l’influence perdue des États-Unis, explique M. Veillette.
En conférence de presse à Mar-a-Lago, samedi, le président américain Donald Trump a d’ailleurs présenté l’opération survenue samedi à Caracas, comme une version bonifiée de la doctrine Monroe. La doctrine Monroe est très importante, mais nous l’avons largement, très largement dépassée, a-t-il déclaré.
On l’appelle maintenant la doctrine Donroe.
Une citation de Donald Trump, président des États-Unis, en conférence de presse à Mar-a-Lago, samedi. Dans le cadre de notre nouvelle stratégie de sécurité nationale, la domination américaine dans l’hémisphère occidental ne sera plus jamais remise en question, a-t-il insisté.
1898 : Cuba
Alors qu’initialement l’objectif de la doctrine Monroe était de prévenir tout retour des puissances intérieures et colonisatrices européennes sur le continent américain, l’interprétation de la doctrine a évolué au cours de la seconde partie 19e siècle, soutient Romuald Sciora. Les dirigeants américains considéraient désormais le continent latino-américain comme étant « leur terrain de chasse », précise-t-il. Cette nouvelle approche s’est d’abord manifestée lors de la guerre hispano-américaine de 1898, un conflit opposant l’Espagne aux États-Unis au sujet entre autres de l’indépendance de Cuba. Il s’agissait de la première guerre colonisatrice des États-Unis et de leur première guerre impérialiste en Amérique du Sud, selon M. Sciora.
1973 : Chili
En 1973, le Chili était gouverné par le socialiste Salvador Allende. Il a fait adopter un ensemble de réformes, dont l’expropriation des compagnies étrangères et la nationalisation des ressources naturelles du pays. Face à la montée du socialisme sous Allende, les États-Unis ont répliqué par un blocus économique qui a paralysé le pays et déstabilisé le gouvernement d’Allende. Le 11 septembre 1973, un coup d’État mené par le nouveau commandant en chef des Forces armées, Augusto Pinochet, renverse le président Allende, qui meurt lors de l’attaque contre le palais présidentiel. C’est vraiment l’épisode le plus marquant, puisqu’il est très clair que c’est la CIA qui a encouragé le coup d’État pour soutenir Pinochet et renverser Salvador Allende, souligne Romuald Sciora.
1989 : Panama
L’opération américaine survenue samedi au Venezuela évoque fortement l’invasion du Panama par les États-Unis en 1989. Le président américain de l’époque, George Bush, avait ordonné l’invasion du Panama pour capturer le chef militaire du pays, le général Manuel Noriega. Il était un ex-collaborateur des services secrets américains et il était poursuivi par la justice américaine pour trafic de drogue. Quelque 27 000 soldats américains, dont 13 000 qui étaient déjà déployés au Panama, ont participé à l’opération Juste Cause. Au total, l’opération aurait fait 500 morts, mais des ONG ont contesté ces chiffres, évaluant plutôt le nombre de morts à plusieurs milliers. Après s’être réfugié dans l’ambassade du Vatican, Manuel Noriega s’est rendu le 3 janvier 1990 et a été transporté en Floride, où il a été condamné à 40 ans de prison pour trafic de drogues et blanchiment de fonds. Il a été détenu pendant deux décennies aux États-Unis, puis en France et au Panama jusqu’à sa mort en 2017.
D’après nos archives


