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Uruguay

Le magistrat français Louis Joinet menacé de mort par un commando secret uruguayen

Le vendredi 17 février, le magazine uruguayen Brecha révélait qu’un commando inconnu avait menacé de mort treize personnalités liées à la défense des droits humains en Uruguay dont le magistrat  français Louis Joinet.

Photo : Libération

Montevideo, Uruguay, septembre 2015. Le général Pedro Barneix est mis en examen par la juge Beatriz Larrieu pour l’assassinat politique de Aldo Perrini, un jeune militant de gauche, en 1974 durant la dictature militaire (1973-1985). Lorsque la police arrive à son domicile pour l’arrêter, il annonce qu’il monte mettre ses chaussures, rentre dans sa chambre et se tire une balle dans la tête. Dix-sept mois plus tard, en février 2017, treize personnalités reçoivent dans leur boite mail un message de menaces : « Le suicide du général Barneix ne restera pas impuni, nous n’accepterons aucun autre suicide dû à des jugements injustes. Dorénavant, pour chaque suicide, nous tuerons trois personnes choisies au hasard dans la liste suivante… » C’est signé « Commando général Barneix ». Suivent les noms de magistrats, avocats et auteurs uruguayens, brésiliens et italiens, tous liés à la défense des droits humains. Parmi les menacés, le magistrat français Louis Joinet.

Louis Joinet.   Co-fondateur du Syndicat de la magistrature en France, Louis Joinet est aussi l’un des rédacteurs de la loi Informatique et libertés à l’origine de la CNIL. Il est connu au niveau international en tant qu’expert indépendant pour sa lutte contre l’impunité dans les violations aux droits humains et pour avoir participé à l’élaboration de la Convention contre les disparitions forcées. S’il est menacé par ce commando, c’est parce qu’il a dénoncé, lors d’un débat organisé au Sénat en France, les crimes commis par les militaires uruguayens durant la dictature, et s’est rendu en Uruguay en 1975, mandaté par la FIDH (Fédération internationale pour la défense des droits humains) pour enquêter sur les violations commises par les militaires sous la dictature. Il est possible qu’il s’agisse d’un groupuscule de militaires et d’agents des services secrets.

Les personnes menacées.   En plus de Louis Joinet, sont menacés Jorge Menéndez, ministre de la Défense uruguayen ; le juge Jorge Diaz ; l’ancienne juge Mirtha Guianze ; l’ancienne ministre adjointe aux Affaires étrangères Bella Herrera ; les avocats Oscar López, Pablo Chargoñia et Juan Errandonea, Federico Alvarez, Juan Fagundez et Hebe Martinez Burlé ; l’écrivaine Luz Ibarburu ; le Brésilien Jair Kirshke et l’Italienne Francesca Lessa. Tous sont liés à la défense des droits humains en général et en Uruguay en particulier.

Dernière minute (4 mars 2017).   Suite à cet article, nous avons reçu les précisions suivantes sur les personnes menacées par le Commando : Jorge Menéndez (ministre de la Défense),  Jorge Diaz (procureur dans l’unité Droits humains), Mirtha Guianze (ex procureure), Belela Herrera, Oscar López, Pablo Chargoñia, les avocats et magistrats Juan Errandones, Alvarez Petraglia, Juan Fagundez,  Hebe Martínez, Jair Kirschke et Louis Joinet.    Luz Ibarburu est la mère décédée du disparu Juan Pablo Regagno ; un observatoire des affaires portant sur les crimes du terrorisme d’État porte son nom ; des membres de cet observatoire, des chercheurs, des avocats de défense des droits humains et des membres de l’université giaf ont également été menacés.   Pour plus d’information, visiter le site de l’association franco-uruguayenne Donde Están ? (Où sont-ils ?) qui a émis un communiqué qui condamne énergiquement ces menaces.

La réaction de Louis Joinet.   Contacté par Espaces Latinos, Louis Joinet confirme les menaces à son égard et signale qu’il a demandé à M. Guillermo Dighiero, ambassadeur de l’Uruguay en France, « de bien vouloir transmettre sa plainte au Procureur général de la Nation uruguayenne pour qu’il ouvre une enquête afin d’identifier les membres de ce commando et les poursuivre pour que justice soit faite ».

Jac FORTON

Plus d’informations sur le site de Donde Estan ? ainsi que sur les sites des journaux Brecha et El Pais d’Uruguay, et Pagina12 d’Argentine. Louis Joinet a publié en 2013 Mes raisons d’Etat – Mémoires d’un épris de justice aux éditions La Découverte, 351 p., 22 euros.

Tabaré Vásquez élu président au deuxième tour des élections présidentielles

La coalition de gauche Frente Ámplio (Front élargi) a remporté dimanche 30 novembre, le second tour des élections présidentielles, loin  devant le Partido Nacional. C’est la troisième victoire consécutive de la gauche en Uruguay. Avec 53,6 % des voix, Tabaré Vásquez, le candidat du Frente Ámplio (FA) l’emporte assez facilement devant les 41,1 % de Luis Lacalle Pou du Partido Nacional. C’est le meilleur résultat d’un candidat à la présidence depuis la fin de la dictature (1973-1985). Le président élu succède à « Pepe » Mujica également du FA (2010-2015) qui succédait au même Tabaré Vásquez (2005-2010).  « Aujourd’hui, les Uruguayens ont dit oui à plus de libertés, plus de droits, à une meilleure démocratie,  un meilleur développement économique, à la santé et l’éducation, à une plus grande intégration interne et externe ».

Ce n’est pas vraiment une surprise car le Frente Ámplio peut montrer un bilan plutôt positif de ses 10 années de gouvernement et les acquis sociaux sont importants : parmi eux, de véritables programmes sociaux et une préoccupation envers les quartiers populaires, la construction de 50 000 logements sociaux, la réduction de la pauvreté (de 40 % en 2004 à 10 % aujourd’hui). Sur le plan économique, une croissance continue depuis 2005, l’augmentation des salaires et la chute du chômage (6 %) ont bien sûr contribué à la victoire sous le thème « croissance avec distribution et équité ». Si les syndicats ont quatre fois plus d’adhérents qu’il y a 10 ans, c’est qu’ils se sont renforcés grâce à la conquête de plusieurs  droits, tels les huit heures pour les peones ruraux (travailleurs ruraux), une réforme des relations du travail alors qu’auparavant le marché du travail était complètement dérégulé. Plus hors du commun, le mariage pour tous et la régulation de la vente de la marihuana en pharmacie.

Le programme social à venir contient un Système national de soins destiné aux enfants, aux personnes âgées et aux handicapés. Un impôt plutôt bien accueilli par les travailleurs : l’impôt sur la concentration des biens ruraux.  Voté en 2007, il vise à réduire la concentration de la terre dans quelques mains : il taxe toute propriété de plus de 2000 ha de terres, que le propriétaire soit uruguayen ou étranger. Une enquête avait révélé que la population des campagnes avait baissé de 25 % entre 2000 et 2011 ! La nomination précoce de Danilo Astori comme ministre de l’Économie rassure les élites économiques, Astori se montrant plutôt orthodoxe dans la conduite des finances. Ce qui pourrait l’opposer parfois, au nouveau vice-président, Raúl Sendic, plutôt favorable à des politiques de développement…  Il avait déjà été ministre de l’Économie du premier gouvernement Vásquez puis était devenu  vice-président de Mujica.

L’influence de Pepe Mujica

Le président actuel passera l’écharpe présidentielle à son successeur le 1er mars 2015 mais il deviendra sénateur et compte bien influer sur les politiques du gouvernement de Tabaré Vásquez. Il en a les moyens puisque son parti, le Mouvement de participation populaire (MPP) a reçu le plus de vote à l’intérieur de la coalition de gauche. Il existe des différences de vision entre les deux hommes, sur la politique internationale par exemple : Mujica est favorable à une intégration latino-américaine alors que Vásquez serait favorable à une certaine « flexibilisation » du MercoSur ce qui permettrait à l’Uruguay de signer des accords de libre échange hors du bloc économique, par exemple avec l’Europe ou les États-Unis. Le MPP a aussi gagné une majorité au Sénat et à la Chambre des députés ce qui lui donnera un poids important et une véritable influence dans la coalition des nombreux partis et mouvements qui composent le Frente Ámplio. Parmi les nouveaux députés de gauche, on note Macarena Gelman, petite-fille du poète Juan Gelman, qui avait disparu et que son grand-père avait retrouvé en Uruguay il y a peu.

Une opposition sans grand projet

Si la victoire semblait inéluctable, c’est aussi parce que l’opposition n’avait pas vraiment de programme enthousiasmant.  Le candidat Lacalle Pou avait choisi pour slogan  « Por la positiva », d’esprit constructif certes mais peu agressif face à un gouvernement qui répondait déjà aux attentes de la population. « La tâche d’un gouvernant est d’ouvrir le monde à l’Uruguayen qui travaille », disait-il. Pour le Frente Ámplio, c’était un appel à réintroduire le néolibéralisme dans les politiques nationales, suspicion confirmée par le fait que le Parti Colorado de Pedro Bordaberry, nettement  à droite, a appelé à voter pour lui.

Tabaré Vásquez, un homme tranquille et charismatique

Le nouveau président (à partir du 1er mars 2015) est issu d’une famille très humble, étudie à l’école publique et termine des études de médecine en 1968. Il se spécialise dans la lutte contre le cancer. Il est élu en 1989 à la mairie de Montevideo, la capitale de l’Uruguay, premier maire de gauche, puis à la présidence du pays en 2005, premier président de gauche depuis la fin de la dictature. « Nous ne voulons pas gouverner pour vous mais avec vous », lance-t-il à la foule, « Nous ne voulons pas que vous nous suiviez mais que vous nous accompagniez, que si nous allons dans le bon sens, vous nous le disiez, mais si nous n’allons pas dans le bon sens, vous nous le disiez aussi pour que nous puissions corriger le cours ! » Le soir de sa victoire, il s’exclame : « Faites la fête, Uruguayens, car cette victoire est la vôtre ! »

Jac FORTON

Composition du nouveau gouvernement : Président : Tabaré Vásquez – Vice-président : Raúl Sendic (Pour une description de ces deux dirigeants, voir notre article du 20 octobre 2014). Intérieur : Eduardo Bonomi, 66 ans, du MPP. / Affaires étrangères : Nin Novoa, 66 ans, du Frente Liber Seregni, ancien vice-président lors du premier mandat du nouveau président (2005-2010). Issu du Parti national, il était passé au Front élargi (au début fin des années 90) dont il était sénateur de 2000 à 2005 et depuis 2010 à aujourd’hui. / Secrétaire de la présidence : Miguel Ángel Toma, 62 ans, avocat, issu du Parti Colorado, ex directeur du Service civil. / Économie : Danilo Astori, 74 ans, actuel vice-président ; considéré comme économiste rigoureux, déjà ministre du même ministère sous Vásquez I, rassure un peu le patronat dans ce gouvernement de gauche./ Défense : Eleuterio Huidobro, 72 ans, du CAP-L, ex-dirigeant des Tupamaros, homme de confiance de Mujica. / Agriculture, élevage et pêche : Tabaré Aguerre, 57 ans, indépendant, proche de Pepe Mujica, reconduit à son poste. / Santé Publique : Jorge Basso, 64 ans, du Parti Socialiste, déjà directeur de Santé publique de 2005 à 2009. / Travail : Ernest Murro, 63 ans, ex directeur de la Banque de prévision sociale. / Éducation : Maria Julia Muñoz, 64 ans, indépendante, ancienne ministre de la santé entre 2005 et 2010. / Logement : Eneida de León, 71 ans, du MPP, architecte proche du président Mujica. / Industrie : Carolina Cosse, 52 ans, du MPP, ingénieure, également ‘mujiquiste’. / Transport : Victor Rossi, 71 ans, Parti Front Liber Seregni, également un ancien de la première administration Vásquez, est reconduit dans son poste.. / Développement social : Marina Arismendi, 65 ans, du Parti Communiste, déjà ministre sous Vásquez I. Ellesera en charge du nouveau Système de soins prévu dans le programme du candidat Vásquez. / Tourisme et Sports, Lilián Kechichian, 62 ans, du Frente Liber Seregni, démocrate-chrétienne. Garde son ministère où elle fut nommée en 2012.

Résultats : Chambre des députés (99) / Frente Ámplio : 16 / Partido Nacional : 10 / Partido Colorado : 4 / Partido Independiente : 1
Sénat (30) Frente Ámplio : 50 / Partido Nacional : 32 / Partido Colorado :13 / Partido Independiente : 3 / Partido Unidad Popular : 1
Présidence Tabaré Vásquez pour le Frente Amplio : 53,6 % / Luis Lacalle Pou pour le Partido Nacional : 41,1 %

Le Front centre gauche remporte le premier tour

Tabaré Vásquez du Frente Amplio (FA) remporte le premier tour des élections présidentielles avec 47,8 % des voix, devançant confortablement Luis Lacalle Pou du Partido nacional (PN, centre droite, 30,9 %), Pedro Bordaberry du Partido colorado (PC, droite, 12,9 %), Pablo Mieres du Partido Independiente obtient 3 % ; le petit parti Assemblée populaire, une scission du Frente Amplio, a obtenu 1,3 % et le PERI (Partido Ecolo Radical Intransigente) 0,7 %.

Même si tous les électeurs de droite votaient pour Lacalle Pou lors du deuxième tour le 30 novembre, Vásquez devrait pouvoir l’emporter. Le thème de campagne du FA était « Qu’il ne s’arrête pas ! » Qui ? Le gouvernement et son programme social et économique… Le succès du FA se doit au sentiment qu’ont la majorité des Uruguayens que leur sort s’est amélioré pendant ses deux mandats précédents avec Tabaré Vásquez déjà (2005-2010) puis avec José ‘Pepe’ Mujica (2010-mars 2015).

Pour ne rien gâter, il est probable que la croissance économique atteigne les 3 ou 4% en 2015, une bonne nouvelle pour l’économie donc pour les emplois. Le président Mujica a mis en exergue « l’énorme valeur du travail des entreprises publiques qui ont beaucoup investi… Par exemple, l’entreprise de production de l’énergie UTE n’a pas laissé une seule école rurale du pays sans électricité et a amené cette énergie jusqu’à des endroits qui la réclamaient depuis 50 ans ! »

Mujica est connu pour ses réformes sociétales telles que la dépénalisation de l’avortement, le mariage homosexuel et, au niveau international,  la légalisation du cannabis. L’opposition de droite a d’ailleurs annoncé qu’en cas de victoire, elle pourrait très bien faire annuler ces lois. Le FA conserve la majorité au Parlement. Les citoyens élisaient aussi leur nouveau Parlement composé de 99 députés et 30 sénateurs. À la Chambre haute, le Frente Amplio remporte 50 sièges, le Partido Nacional 32, le Partido Colorado 13, le Partido Independiente  3 et l’Unité populaire 1. Au Sénat, le FA garde ses 15 sièges, le PN 10, le PC 4 et le PI 1. À noter que la députée ayant obtenu le plus de voix est Macarena Gelman, fille de parents disparus durant la dictature et petite-fille du poète Juan Gelman. Les électeurs devaient aussi répondre à un referendum provoqué par le Parti colorado qui proposait que l’âge d’imputabilité pénale actuellement de 18 ans soit descendu à 16 ans. Les Uruguayens ont voté contre à 53 %…

Jac FORTON

Élections en Uruguay : probable victoire du centre gauche

Les élections présidentielles du dimache 26 octobre n’apporteront sans doute pas de surprise : le Frente Amplio de Tabaré Vásquez devrait gagner. L’étonnant parcours de Raúl Sendic fils. Le président Mujica ne pouvant constitutionnellement pas se représenter, les élections internes du Frente Amplio, parti de centre gauche au pouvoir depuis 9 ans, ont donné l’avantage à Tabaré Vásquez, ancien président de l’Uruguay de 2005 à 2010. Il avait alors rompu une longue série de présidents provenant des deux partis traditionnels, les partis de droite Colorado et Nacional.

Les candidats par ordre de préférence dans les sondages : Tabaré Vásquez, Frente Amplio (centre gauche, 40 à 43 %) ; Luis Alberto Lacalle Pou, Partido Nacional (centre droite, 28 à 32 %) ; Pedro Bordaberry, Partido colorado 13 à 17 %) ; Pablo Mieres, Partido Independiente (2,5 à 4 %) ; Gonzalo Abella, Unidad Popular (1,2) ; César Vega, Partido Ecologista Radical Intransigente (- 1 %) ; Rafael Fernández, Partido de los Trabajadores (- 1%) ; José Luis Vera, Partido de la Concertación. Les 2,5 millions d’électeurs devront également élire 99 députés et 30 sénateurs.

De père en fils… toujours les mêmes noms…

Ces élections voient une série de noms bien connus des Uruguayens qui ont l’impression que la politique se fait de père en fils ! Pedro Bordaberry du Parti Colorado, est le fils de José María Bordaberry, dictateur de l’Uruguay de 1973 à 1976 et accusé de la disparition de deux parlementaires, Zelmar Michelini et Héctor Gutiérrez. Le fils défend le père… Luis Alberto Lacalle Pou est le fils de Luis Alberto Lacalle, président du pays de 1990 à 1995. Raúl Sendic, colistier du candidat Tabaré Vásquez, est le fils de Raúl Sendic, fondateur du premier syndicat agricole des années 60 et un des  fondateurs des Tupamaros, une guerrilla des années 70-80 du siècle dernier. Sendic père fut emprisonné par la dictature avec l’actuel président « Pepe » Mujica puis exilé à Cuba et à Paris où il est mort en 1989.  Raúl Sendic fils, diplômé en génétique humaine de l’université de La Havane, est rentré en Uruguay à la fin de la dictature. S’écartant du radicalisme de son père, il fut ministre et président de la compagnie pétrolière uruguayenne ANCAP. Sa relative jeunesse (50 ans) balance les 74 ans de Tabaré Vásquez et pourrait attirer les voix des plus de 200.000 nouveaux jeunes électeurs. Si aucun des candidats n’obtient la majorité au premier tour, les deux premiers s’affronteront lors d’un second tour le 30 novembre prochain. Ce qui permet au candidat Lacalle Pou de penser qu’il peut, au second tour, récupérer tous les votes de droite et l’emporter de justesse. Si le premier semble assurer la victoire de Tabaré Vásquez, rien n’est définitif pour le second tour…

Jac FORTON

2014, année d’élections en Amérique latine

Le Brésil, la Colombie, l’Uruguay et la Bolivie entrent en année d’élections présidentielles. Trois présidents se représentent. La crise « Snowden » a définitivement fracturé les relations Brésil-États-Unis.

BRÉSIL – La présidente Dilma Rousseff se représente en octobre pour un deuxième mandat. Toujours soutenue par le Parti des Travailleurs (PT) et par l’ancien président Lula, elle a toutes les chances de l’emporter. De plus, Rousseff et le PT se sont donnés comme défi de gagner l’État de São Paulo aujourd’hui dominé par le Parti Social Démocrate du Brésil (PSDB) de l’ancien président Henrique Cardoso. Le PT a bien gagné la municipalité de la ville de São Paulo en 2013 mais emporter cet État  de 41 millions d’habitants sur un territoire grand comme la moitié de la France, est un défi majeur. L’atout du PT s’appelle Alexandre Padilha, actuel ministre de la Santé et moteur du nouveau programme social de la présidente “Plus de Médecins” dont l’objectif est de former un grand nombre de médecins brésiliens et d’inviter des médecins étrangers au Brésil (surtout Cubains) de manière à couvrir les régions sans médecins ou à élever le niveau d’attention médicale des simples centres de santé locaux.

Au niveau international, tout laissait croire à un rapprochement historique entre le Brésil et les États-Unis après deux mandats de Lula qui avaient marqué une prise de distance certaine entre les deux pays et le début de l’importance politique du Brésil sur la scène internationale. Sous pression de son ministre des Affaires étrangères, Antonio Patriota, et de l’aile conservatrice de Itamaraty, son ministère, Dilma Rousseff avait accepté de calmer le jeu avec les États-Unis. Lorsqu’en mai 2013, le vice-président des USA Joe Bidden et la présidente se serrent la main en souriant, Bidden est convaincu que le Brésil, désirant renouveler sa flotte militaire aérienne,  allait acheter 36 chasseurs F-18 Super Hornet chez Boeing. Mais les révélations de Edgar Snowden sur l’espionnage de la NSA et tout particulièrement celle du fait que les téléphones personnels de la présidente étaient sur écoute, provoquent sa colère. Elle annule un voyage prévu de longue date aux États-Unis, décide d’acheter  les 36 avions à la Suède (les avions Rafale français étant trop chers et ne correspondant pas aux besoins du Brésil) et fait clairement sentir aux compagnies pétrolières US qu’elles ne seront pas les bienvenues à l’heure d’octroyer les permis d’exploration et d’exploitation des immenses réserves de pétrole situées au large des côtes brésiliennes. Aucune d’entre elles ne postulera…

Ces divers épisodes ont fait remonter l’indice de popularité de la présidente, tombé assez bas après les manifestations populaires de 2013.  Début 2014, les sondages lui donnent la victoire avec 47 % des voix, loin devant ses rivaux Marina Silva (24 %) et Aecio Nieves du PSDB (19 %).

BOLIVIE – Le président Evo Morales peut, suite à une modification constitutionnelle, se présenter pour un troisième mandat. Il affronte deux grands problèmes : une opposition toujours plus dure de la droite qui se situe surtout dans la région de Santa Cruz (on se souvient de leur tentative de sécession), et une revendication de plus grande autonomie de la part des organisations indigènes qui avaient largement soutenu Morales  lors de son premier mandat mais s’étaient opposées à lui lorsque le président avait voulu ouvrir une route commerciale au beau milieu d’un parc national habité majoritairement par des indiens.
Cependant, ni les premiers ni les seconds n’ont réussi à mettre sur pied une organisation, un mouvement ou un parti capable de s’opposer à Morales. Il leur reste un an pour y parvenir…

URUGUAY – Contrairement à la plupart des pays latino-américains, la Constitution uruguayenne ne permet pas deux mandats présidentiels consécutifs. Le président “Pepe” Mujica du Front Ample (FA) ne peut donc pas se représenter aux élections d’octobre prochain. Le FA projette une élection interne entre l’ancien président Tabaré Vasquez (73 ans) et la sénatrice Constanza Moreira (53 ans) qui propose une relève générationnelle. Le programme de Moreira se veut “un pari à la solidarité avec tous les pays, en particulier ceux avec qui nous partageons une certaine continuité idéologique, par exemple le Brésil, l’Argentine, le Venezuela, l’Equateur et la Bolivie…” L’opposition uruguayenne n’a pas encore commencé ses négociations en vue de proposer son candidat.

COLOMBIE – Les élections auront lieu le 25 mai et le président Juan Manuel Santos espère passer au premier tour pour son second mandat. Il a plusieurs atouts. D’abord, il a largement pris ses distances par rapport aux politiques de son prédécesseur Álvaro Uribe, dont il était pourtant le ministre de la Défense. Plutôt que de continuer dans l’affrontement comme s’y complaisait Uribe, représentant les secteurs oligarchiques, le président Santos a décidé d’œuvrer pour la fin des conflits, au nom des secteurs macro-économiques, car la guerre n’est pas bonne pour le business !
Il a tout de suite normalisé  les relations avec ses voisins vénézuélien et équatorien pour pouvoir dédier son énergie à essayer d’en terminer avec la guerre civile qui déchire le pays depuis 50 ans !

Les négociations de paix entre son gouvernement et la guerrilla des FARC ont lieu depuis début 2013 à Cuba, avec le soutien du Chili et de la Norvège. Les deux parties négocient sur six points fondamentaux dont deux auraient déjà été accordés : la répartition de la terre et la réintégration de la guerrilla dans la vie politique. On ne connaîtra les détails de ces négociations que lorsque des accords auront été convenus entre les deux parties. Si la négociation aboutit à la fin de la guerre, le gouvernement pourra alors s’attaquer au problème des paramilitaires et des narcotrafiquants qui ravagent de grandes régions du pays et ont provoqué la migration interne de dizaines de milliers de petits paysans.

Tous ces candidats présidentiels se réuniront le 25 janvier à Cuba à l’occasion du prochain sommet de la CELAC (Communauté des pays latino-américains et des Caraïbes) dont la présidence passe au Costa Rica, puis à Caracas dans le cadre du Sommet du Mercosur (auquel assistera pour la première fois le nouveau président du Paraguay, Horacio Cartes) et dont la présidence passe à l’Argentine. L’Amérique latine continue sa marche inexorable vers l’intégration économique et politique.

Jac FORTON

Le cannabis en passe de devenir un monopole d’Etat en Uruguay

Déjà l’un des rares pays latino-américains où la consommation de drogue n’a jamais été pénalisée, l’Uruguay s’apprête à devenir le premier pays de la région à abandonner la politique d’interdiction totale de toutes les drogues. Alors que le continent discute de la légalisation des stupéfiants pour limiter la puissance des cartels, le président uruguayen José Mujica est allé plus loin et a fait voter par l’Assemblée nationale un projet de loi transformant  la production et le commerce de cannabis en monopole d’Etat. Suite sur RFI>>