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El Salvador

Les enjeux de la nouvelle présidence de Nayib Bukele au Salvador

Nayib Bukele va devenir le président salvadorien le plus jeune de l’histoire du pays. Il promet de nouvelles et innovantes pratiques politiques afin d’affronter les problèmes liés à l’insécurité, la pauvreté et la migration. 

Photo : WikiCommons

Nayib Bukele, 37 ans, sera investi président du Salvador le 1er juin 2019. Il sera le chef d’État le plus jeune de l’histoire salvadorienne, jouissant d’un soutien populaire sans précédent pour appuyer son mandat. Bukele devra faire face à certains problèmes auxquels le pays fait face en ce moment, tels que l’insécurité, la précarité économique et le chômage. Ces sujets sont difficiles à aborder dans son nouveau mandat et nombre de Salvadoriens se retrouvent contraints de quitter leur pays en direction des États-Unis. 

D’après les organismes internationaux, le Salvador était le pays le plus violent en termes de taux d’homicides et de morts violentes en 2018, rappelant les conflits armés ayant eu lieu dans d’autres nations ; par conséquent, la violence est le principal problème à traiter. Elle est générée la plupart du temps par les gangs comme la Mara Salvatrucha qui contrôlent les quartiers, volent, extorquent et tuent. À la surprise générale, un porte-parole de la Mara a affirmé que le groupe serait prêt à négocier avec le nouveau gouvernement et même à arrêter les homicides et les extorsions. Bukele propose de fournir des opportunités aux jeunes risquant d’intégrer les gangs, d’améliorer les forces de sécurité et de réinsérer les ex-membres des gangs. 

Le deuxième sujet est celui de la corruption, dans laquelle les trois prédécesseurs sont impliqués pour détournement et blanchiment de fonds. Le nouveau président propose de créer une Commission internationale contre l’impunité au Salvador en présence de l’ONU et la OEA. 37,8% de la population est touchée par la pauvreté et le Salvador détient un des taux de croissance économique les plus bas d’Amérique latine ; Bukele suggère de créer au Salvador plus d’opportunités d’emploi pour que les citoyens n’aient pas besoin d’émigrer. Par ailleurs, il suggère de moderniser le secteur agricole au nord du pays, qui est la zone la plus pauvre du pays, et de construire un aéroport afin de promouvoir le tourisme et le système ferroviaire de transport de passagers et de marchandises. Cependant, pour y parvenir, il faudra affronter deux obstacles : pallier le déficit de recettes fiscales et arriver à faire face à la force de l’opposition qui s’est constituée en une Assemblée de députés et a déjà montré son hostilité envers certaines politiques de Bukele. Le dialogue et les alliances seront ainsi essentiels dans la conduite des projets du nouveau président.

La cérémonie d’investiture, avec la présence de 900 gardes de police, se déroulera sur la place Gerardo Barrios à San Salvador, située dans l’une des zones les plus délictueuses où les gangs ont commis 10 homicides. Elle accueillera diverses délégations internationales, à l’exception du président du Honduras, Juan Orlando Hernández, de celui du Nicaragua, Daniel Ortega et du président du Venezuela, Nicolás Maduro, qui n’ont pas été invités, au vu des différends que Bukele entretient avec eux. Afin de prévenir toute attaque ou acte terroriste, avec 900 agents de police qui surveilleront tout le périmètre, dont 400 autour de la place où la cérémonie aura lieu, ainsi que des francs-tireurs dans des lieux stratégiques. Il y aura aussi des pelotons de déminage, des patrouilles des unités d’élite.

Andrea RICO

Nayib Bukele, le nouveau président du Salvador vient rompre le traditionnel bipartisme

Issu de la gauche, cet ancien maire de San Salvador, à 37 ans, gouvernera le pays à droite. Jeune et futur papa, ancien maire proche des millenials et quasi-chef d’entreprise qui a atterri en politique grâce à ses sympathies pour le Front de gauche Farabundo Martí pour la Libération Nationale, Nayib Bukele a remporté les élections présidentielles de dimanche dernier au Salvador avec plus de 53% des voix. Ironie du sort, son arrivée à la présidence rompt le traditionnel bipartisme, face à la Grande Alliance pour l’Unité Nationale (GANA) de droite. Nous traduisons ici un article publié par El Clarín.

Photo : Enlace Judio

Bukele, témoignant d’une ambition politique marquée, a été exclu du FMLN, mais sa persévérance lui a permis de se faire une place à la GANA, un parti totalement opposé à celui qui l’a conduit au mandat municipal, d’abord de Nuevo Cuscatlán (2012-2015) et plus tard de San Salvador (2015-2018). Connu pour être «l’hirondeau», à cause de l’emblème de son parti, Nayib Bukele, l’ancien maire charismatique de San Salvador, a réussi à devenir président avec un discours irrévérent envers la politique traditionnelle galvaudée. 

Bukele, qui aime porter des jeans, des chaussettes de couleurs vives (à la Jean Trudeau ?) et très souvent la casquette à l’envers, s’est présenté sous le drapeau bleu ciel de la Grande Alliance pour l’Unité Nationale (Gana, conservatrice). Par des phrases courtes réclamant des politiques qu’ils «rendent ce qu’ils ont volé», ou affirmant que «l’argent porte ses fruits quand personne ne le vole», il a sympathisé avec les jeunes, avec qui il n’a cessé de rester connecté via les réseaux sociaux pendant la campagne, faisant ses promesses de campagne par Facebook Live. En tant que maire de San Salvador, il s’est identifié comme faisant partie des «millenials»[1], au point de projeter sur la place El salvador del Mundo un film de la série animée Dragon Ball, de participer à des compétitions de paintball ou à des manèges à sensation. 

«À partir de demain, il nous revient à tous de commencer à construire le Salvador que nous voulons. Le Salvador que nous souhaitons ne dépend pas d’un groupe, d’un président, mais il dépend de chacun de nous», a-t-il déclaré lors de la célébration de sa victoire sur une place de la capitale. 

Bukele est né le 24 juillet 1981, fils du feu chef d’entreprise Armando Bukele, un docteur en chimie industrielle et représentant de la communauté salvadorienne d’origine arabo-palestinienne, et d’Olga Ortez. Il a deux frères, Yamil et Karim Bukele. Il a fait des études de Droit à l’université jésuite centro-américaine de San Salvador (UCA), même si ses opposants ont mis en doute l’obtention de son diplôme sachant qu’il s’est consacré, depuis ses 18 ans, au travail dans une entreprise de son père. Le président élu est marié avec Gabriela Rodríguez et le couple attend un bébé. 

Des racines qui arrivent jusqu’au FMLN

La famille Bukele sympathisait avec les principes de justice sociale que brandit la guérilla de gauche du Front Farabundo Martí pour la Libération Nationale (FMLN) dans les années 1980, et finit par abriter certains de ses dirigeants malgré le risque d’emprisonnement ou même de mort que cela représentait. 

D’après le livre Qui est Nayib Bukele ?, du journaliste Geovani Galeas, par un après-midi de 1987, le candidat a fait pénétrer secrètement chez lui le chef de file guérillero Schafik Handal, un des cinq commandants de la direction du FMLN. C’est ainsi qu’il a hérité de sa famille la sympathie pour l’ancienne guérilla qui, après la fin d’une guerre civile de douze ans, s’est convertie en parti politique en 1992. 

En 1999, d’après une agence de publicité de sa famille, Bukele a travaillé pour une campagne présidentielle que le FMLN n’a pas réussi à remporter, avec l’ex-commandant Facundo Guardado comme candidat. 

C’est en 2011 qu’il s’est présenté au FMLN pour le mandat municipal de Nuevo Cuscatlán, une commune de dix mille habitants voisine de la capitale, où Bukele a intégré la politique, gagnant l’élection de mars 2012. En novembre 2014, dans le cadre de la Journée mondiale des villes, l’ONU l’a invité pour parler de sa gestion novatrice de Nuevo Cuscatlán. 

Face à sa popularité, le FMLN l’a présenté comme candidat pour récupérer la mairie de San Salvador, qui était aux mains de la droite, lequel arriva à ses fins pour la période 2015-2018. En tant que maire de San Salvador, ses projets phares ont été la mise en place de l’éclairage public dans toute la capitale et la rénovation d’une partie du centre historique. 

Exclusion et passage à droite

Des divergences de Bukele avec la direction de l’ancienne guérilla résulta son exclusion en 2017, année où il fonda Idées nouvelles, un mouvement qu’il a tenté de légaliser comme parti politique, mais qui ne satisfaisait pas aux exigences de la loi électorale. 

Après cette tentative frustrante, il a cherché une place au Centre démocratique (CD) pour se présenter sous sa bannière aux élections présidentielles, mais le parti a été supprimé sans atteindre le minimum de cinquante mille voix valides aux législatives de 2018. 

À la dernière minute, le président maintenant élu a choisi la possibilité qu’il lui restait : essayer de parvenir à la présidence main dans la main avec la GANA, dont la direction lui a jeté une passerelle pour atteindre l’autre rive, la Maison présidentielle, le 1er juin prochain, quand il sera officiellement nommé président du gouvernement salvadorien. 

Contre le bipartisme

Durant sa campagne, Bukele a condamné les vingt ans de pouvoir de l’Alliance républicaine nationaliste (Arena) de droite et presque dix ans du FMLN. «Ce sont toujours les mêmes (Arena et FMLN) qui pensent que notre peuple ne se réveillera jamais, qui ont essayé de nous dire inlassablement que bien faire les choses était impossible», a-t-il soutenu lors de sa clôture de campagne. Bukele avait anticipé alors qu’il en finirait avec le bipartisme, pour laisser «derrière l’après-guerre une bonne fois pour toutes». 

Sous la bannière de la GANA, Bukele est devenu le premier mandataire à gouverner le Salvador avec une formation politique différente d’Arena, parti qui a dirigé pendant vingt ans le pays (1989-2009), et le FMLN, au pouvoir depuis 2009. Son vice-président sera Félix Ulloa, un avocat de 67 ans, diplômé de l’Université Complutense de Madrid en Espagne. Ulloa a été magistrat du premier Tribunal suprême électoral (1994-1999) créé après les accords de paix qui mirent fin à la guerre civile. 

D’après El Clarín
Traduit par Lou Bouhamidi


[1]Ce terme désigne les personnes nées dans les années 1980 (ndlr). 

Retour de l’extrême droite aux présidentielles salvadoriennes de 2019 ?

Au Salvador, les élections législatives, soit 84 députés, et municipales  262 municipalités au total du 4 mars dernier montrent un net revers pour le FMLN (Front Farabundo Martí de libération nationale, gauche) au pouvoir, et le retour du Parti ARENA (Alliance républicaine nationaliste) qui espère reprendre la présidence lors des élections d’avril 2019.

Photo : Criterio

Le fort recul du FMLN [1] au pouvoir depuis 2015 serait dû à trois raisons majeures : l’usure habituelle d’un parti au pouvoir, un mécontentement populaire exprimé par une abstention massive (70 %) et les menaces états-uniennes d’expulser des dizaines de milliers de migrants. N’ayant pas de majorité au Congrès (aux mains des oligarchies), avec un pouvoir judiciaire et les grands médias clairement dans l’opposition, toutes les tentatives de réformes des structures économiques et sociales ont été neutralisées.

Les résultats

Les électeurs devaient élire 84 députés au Congrès unicaméral. ARENA (extrême droite) obtient 38 sièges, FMLN (gauche) 22, PCN 10, GANA 9, PDC 3 (tous les trois à droite), CD 1, autre 1. Quant aux 262 municipalités, ARENA en contrôlera 138 (où vivent 66 % de la population) dont celle de la capitale, San Salvador, arrachée au FMLN. Ce dernier ne contrôlera plus que 69 mairies (15 de moins qu’en 2015). Ensuite, le PCN obtient 27 mairies (9 de plus) et GANA 24.

Les erreurs du gouvernement FMLN

Le bilan du président Salvador Sánchez Cerén n’est pas si négatif si l’on se rappelle qu’il existe aujourd’hui une meilleure distribution des revenus et une nette diminution de la violence des bandes criminelles, les maras.  Malgré les progrès sociaux réels, les organisations de base avaient attiré son attention sur le manque d’écoute envers les revendications sociales. Le retrait des subventions au système de pension, ou les taxes sur les téléphones par exemple, ont affecté classes moyennes et secteurs populaires. Le candidat présidentiel du FMLN pour les élections présidentielles de l’année prochaine, Gerson Martínez, estime que, si le peuple a envoyé un message clair à tous les partis (70 % d’abstention), la leçon est particulièrement destinée au FMLN : « Le parti et la direction [le gouvernement] ont des responsabilités : le gouvernement pour avoir pris des décisions erronées et s’être éloigné du peuple, et le parti pour ne pas avoir réagi et corrigé ces erreurs. » Il demande au parti d’effectuer des changements et de développer un processus de rénovation.

La droite contrôle tout !

Suite à ces élections, les partis de droite (ARENA, PCN et PDC) nommeront très vite les membres des institutions : le Congrès, la Salle constitutionnelle, le procureur de la République, les magistrats de la Cour des comptes et le procureur de défense des Droits de l’Homme. Leur influence atteindra aussi le Pouvoir judiciaire et le Ministère public.

Un des candidats favoris d’ARENA pour la présidentielle de 2019, l’homme d’affaire Javier Simán, a déjà donné une idée de l’orientation de la politique du parti : le rapprochement avec les États-Unis. Depuis Washington où il se trouve « en visite pour montrer aux États-Unis que nous travaillons pour un changement », il a déclaré qu’il était « important de maintenir une discussion permanente [avec les USA] et d’avoir une équipe de haut niveau au sein de l’ambassade, qui puisse informer les congressistes US sur ce qu’il se passe dans notre pays. Cela a été négligé. [Avec le FMLN], l’ambassade salvadorienne a été absente de l’environnement politique à Washington ».

Bientôt les présidentielles

En avril 2019, les électeurs éliront leur nouveau président. À gauche, le président Sánchez Cerén a déjà annoncé « des modifications » dans le parti « pour changer beaucoup des choses que la population estime mauvaises » et ainsi peut-être gagner les élections. À droite, les trois principaux partis sont déjà convaincus qu’ils seront les vainqueurs. Le parti ARENA a demandé à ses alliés de voter pour leur candidat aux prochaines primaires. Ce n’est pas sûr qu’ils accepteront. Les jeux sont donc encore loin d’être faits…

Jac FORTON

[1] FMLN : Frente Farabundo Martí para la Liberación Nacional (gauche). ARENA : Alianza Republicana Nacionalista (extrême droite). PCN : Partido de Concertación Nacional (droite). PDC : Partido Demócrata Cristiano (droite). GANA : Gran Alianza por la Unidad Nacional (centre). CD : Cambio Democrático.

Au Salvador, Teodora Vázquez condamnée à trente ans de prison pour une fausse couche

Accusée d’homicide aggravé après avoir subi un avortement involontaire, Teodora Vázquez, femme salvadorienne, avait été condamnée à une peine de trente ans de prison. Après dix ans d’emprisonnement, elle a été libérée la semaine dernière, suite à la décision prise par la Cour de Justice qui a réduit sa peine. Néanmoins, elle reste coupable aux yeux de la justice car, du point de vue de la loi salvadorienne, l’avortement est considéré comme un délit, sans aucune exception, même en cas de viol ou d’inceste, ou de danger  pour la santé de la femme. Les accusées peuvent encourir jusqu’à 40 ans de prison. Le site Konbini a mis en ligne un reportage consacré à Teodora Vásquez.

Photo : Radio Canada

Depuis 1997, le Salvador possède une des plus sévères lois pour les femmes qui pratiquent l’avortement et pour ceux qui les assistent. Actuellement, le pays a un des indices de grossesse les plus hauts parmi les pays d’Amérique Latine, et environ 30 % de ces femmes sont des adolescentes. Une étude du Ministère de la Santé sur les grossesses des filles et des adolescentes au Salvador en 2015 révèle que, toutes les vingt-et-une minutes, une fille ou une adolescente apprend qu’elle est enceinte.

Les conditions de pauvreté, l’abus sexuel et l’éducation sont les facteurs qui expliquent cette logique, et c’est l’extrême législation anti-avortement qui peuvent les amener à ruiner ces vies. Néanmoins, cela reste une loi qui touche les plus démunies, et la seule solution pour la contourner peut sembler couteuse et consiste à pratiquer un avortement secret dans une clinique privée. S’il est évident qu’une loi anti-avortement ne réduit pas les taux de grossesse, elle augmente en revanche le nombre d’avortements clandestins, très dangereux pour la vie et la santé de la femme.

En 2016, un projet de loi a été présenté par le parti de gauche Libération Nationale (FMLN), soutenu par les organisations féministes salvadoriennes, qui cherchait a réformer la loi en permettant l’avortement si la grossesse est le résultat d’un viol, de la traite de personnes, ou si la vie future du fœtus n’est pas considérée comme viable. Mais la réponse du parti de droite ARENA a été de proposer une augmentation à 50 ans de prison pour délit d’avortement.

Aujourd’hui, au milieu d’une pression croissante de la part des citoyens, des activistes, des ONG et de l’ONU, l’objectif est la décriminalisation totale de l’avortement. Les législateurs et les députés commencent à envisager une diminution des restrictions. La refonte de cette loi pourrait signifier une avancée sociale concernant les droits des femmes, mais il ne faut pas oublier le poids considérable que représente l’Église catholique dans ce débat, car le Salvador reste un pays traditionnellement catholique.

Le cas de Teodora Vázquez a fortement retenu l’attention de la population et des organismes nationaux comme internationaux. Mais c’est un cas résolu parmi d’autres qui ne le sont pas : il y a toujours au moins 27 femmes derrière les barreaux accusées du même crime, c’est-à-dire d’avoir subi un avortement spontané ou d’avoir dû faire face à la mort d’un fœtus mort parce qu’elles ont souffert de complications pendant la grossesse.

Karla RODRÍGUEZ

Le site Konbini news propose un reportage en ligne. Hugo Clément et Clément Brelet les ont rencontrées et ont tenté de comprendre comment une telle loi pouvait exister. Visionner le reportage : Konbibi-ElSalvador

Le Nicaragua accorde l’asile politique à l’ancien président du Salvador, Mauricio Funes

Le Nicaragua a annoncé ce 6 septembre avoir accordé l’asile politique à l’ex-président du Salvador Mauricio Funes (2009-2014), ainsi qu’à sa famille. Il est accusé dans son pays natal de détournements de fonds et enrichissement illicite.

L’ancien président est poursuivi par le procureur général de la République pour des délits présumés de détournements de fonds, négociations illicites, enrichissement illicite et trafic d’influence au détriment de l’administration publique, commis durant son mandat présidentiel 2009-2014. Il fait également l’objet, avec sa compagne, d’une plainte au civil pour enrichissement illicite, n’ayant pu justifier l’origine d’une somme de près de 730 000 dollars. Une audience est prévue le 12 septembre. Il faut noter que Mauricio Funes est déjà au Nicaragua depuis plus de trois mois.
Dans une interview que Funes a accordée à deux médias liés au gouvernement de Daniel Ortega, il a déclaré que « la droite » et « l’oligarchie » de son pays, voulaient le tuer civilement, et même physiquement, ce pourquoi sur le conseil de la direction du FMLN (Front Farabundo Martí de libération nationale), son parti actuellement au pouvoir, il a demandé l’asile politique au Nicaragua. « Je suis confronté à une procédure judiciaire,  mais, il s’agit en fait d’un processus politique » a-t-il ajouté. Le journal officiel du Nicaragua a détaillé que Mauricio Funes, premier président de gauche à avoir dirigé le Salvador, avait assuré dans sa demande d’asile que « sa vie et son intégrité physique étaient en danger, ainsi que celles de sa famille, en raison de sa lutte pour la démocratie, la paix, la justice et les droits de l’homme, et en raison de son appartenance politique ».

Les partis latino-américains condamnent l’asile accordé à Funes dans la déclaration finale de San Salvador, au terme de la réunion de l’UPLA (Unión de Partidos Latinoamericanos), à laquelle participaient les représentants de 19 partis d’Amérique latine. Par ailleurs, Alfredo César, représentant du Parti conservateur du Nicaragua, a déclaré « nous ne voulons pas que le Nicaragua commence à être perçu comme le refuge des fonctionnaires accusés de corruption ou poursuivis par la Justice » en ajoutant que le député du Congrès du Guatemala, Luis Rabbe, requis par la justice de son pays, est également en train de faire des démarches pour obtenir l’asile au Nicaragua. Le président du parti salvadorien ARENA, Jorge Veiled, estime que, indépendamment de la déclaration des partis latino-américains, Funes  est déjà condamné par la communauté internationale.

Catherine TRAULLÉ

La droite récule lors des élections en Amérique centrale

L’année 2014 est une année d’élections présidentielles en Amérique : la Colombie et le Panama en mai, l’Uruguay et le Brésil en octobre, la Bolivie en décembre. Mais les premiers pays à élire leurs présidents furent le Salvador et le Costa Rica, le 2 février.

 Le Costa Rica : la surprise

Le PLN (Parti de libération nationale, droite) a traditionnellement dirigé le Costa Rica. Tout le monde donnait son candidat, Johnny Araya, maire de la capitale San José, gagnant d’avance, le deuxième tour devant l’affronter à un candidat surprise, José Villalta, du Front Ample (FA), résolument à gauche et donné vainqueur dans un des sondages. Cela faisait longtemps qu’un candidat de gauche n’avait plus eu la possibilité de gagner des élections dans ce pays plutôt conservateur. Les autres sondages signalaient Luis Solis du Parti action citoyenne (PAC, centre, une dissidence du PLN) en troisième position, loin derrière.

Mais c’est Luis Solis du PAC qui crée la surprise : au premier tour des élections, il passe en tête avec quelques milliers de voix d’avance sur Araya, Villalta n’obtenant que la troisième place. Il faut dire que ce dernier fut l’objet d’une campagne classique de la droite : faire peur ! Le PLN l’a accusé de « communiste », de « chaviste », et déclaré que Villalta voulait que le Costa Rica se joigne à » l’ALBA gauchiste »(1), etc.

Cette campagne de dénigrement idéologique a réussi puisque Villalta n’a obtenu que 17 % des voix mais Araya n’avait pas compris que les Costaricains étaient également très mécontents de la présidente sortante, Laura Chinchilla, de son propre parti « qui a été incapable de réduire la pauvreté ». C’est aussi elle qui avait signé le traité de libre commerce avec les États-Unis, ce genre de traité ne bénéficiant pas vraiment au peuple comme l’ont déjà découvert d’autres pays. Les électeurs ont donc voté pour Luis Solis. Cet historien et politologue de 56 ans se dit « progressiste mais pas de gauche », veut prendre ses distances avec le néolibéralisme sauvage et donne comme modèle « le président Lula du Brésil et n’importe quel pays capitaliste moderne avec justice sociale », ce qui lui fait préférer « la Finlande comme société pour son éducation, sa distribution des richesses, d’inclusion des citoyens « . Son objectif : « arrêter l’augmentation des inégalités sociales tout en restant dans le centre idéologique »(2). Il se dit favorable à une révision du traité de libre commerce avec les États-Unis auquel il s’était opposé mais se démarque clairement de l’ALBA (1) qu’il ne veut pas rejoindre. Pour Villalta, « la lutte est maintenant entre la droite qui vole et la droite qui ne vole pas » ! Deuxième tour, le 6 avril.

 Luis Solis (PAC, Parti action citoyenne, centre) 30,95 % /Johnny Araya (PLN, Parti Libération nationale, droite) 29,59 % /José Villalta (FA, Front Ample, gauche) 17 % / Otto Guevara (ML, Mouvement libertaire, centre droite) 11 % / Rodolfo Piza (PUSC, Parti unité social chrétien, droite) 6 %

 Analyse

Les jeux semblent faits puisque même si les 11 % du ML votent PLN, il est probable qu’une grande partie de l’électorat du FA votera pour Solis, le candidat social démocrate. Celui-ci, visage jusqu’alors inconnu dans la politique nationale, a su se maintenir hors des polémiques droite-gauche Araya-Villalta et se présenter comme un modéré. Ce n’est pas un virage à gauche, loin de là, mais l’électorat s’éloigne clairement d’une droite qui n’a pas pu résoudre des problèmes sociaux qui commencent à toucher ce pays longtemps considéré comme « la Suisse » des Amériques. À noter que le FA sera très présent au Parlement car de un député, il passe à neuf !

Le Salvador : le FMLN de nouveau ?

Au pouvoir depuis 2009, le FMLN de Salvador Sánchez Cerén (Front Farabundo Marti de libération nationale, gauche) a largement battu son adversaire Normán Quijeno de ARENA (Alliance républicaine nationaliste, très à droite) par 48 % des voix contre 38 %. L’ancien président Elías Saca du parti Unidad  (trois petits partis de droite) arrive loin derrière avec 11 %.

Sánchez Cerén est un professeur de 69 ans qui fut ministre de l’Éducation du précédent gouvernement FMLN. Il fut membre du commandement supérieur de la guérilla pendant la guerre civile (1980 à 1992) qui opposa par les armes le FMLN et l’ARENA soutenue par les États-Unis, et un des principaux promoteurs d’un dialogue pour une fin de la guerre débouchant sur les Accords de paix de 1992.

Normán Quijano, un dentiste de 68 ans, est membre de ARENA depuis 1983 avec un discours très anti-communiste. Elías Saca, ancien président pour ARENA, en fut expulsé pour disputes internes. Ses 11 % de votes feront toute la différence lors du second tour le 9 mars. Il vient de faire savoir qu’il « ne soutenait aucun des deux partis en lutte »  et qu’il « laissait ses militants décider eux-mêmes pour qui ils allaient voter ». On peut donc encore s’attendre à des surprises…

Sánchez Cerén (FMLN, gauche) 48,8 % / Normán Quijano (Arena, très à droite) 38,9 % / Elías Saca (Unidad, centre droite) 11,4 %

Analyse

Si le Parti Unidad avait décidé de voter pour l’ARENA, il est très probable que cette dernière l’aurait emporté de justesse. Le fait que l’ancien président Saca « laisse ses militants décider » est une façon de ne pas soutenir l’ARENA tout en ne poussant pas à soutenir le FMLN. Les présidents des trois petits partis conformant la Unidad ont suivi leur candidat et laissé leurs membres décider. On peut dès lors penser que le FMLN l’emportera.

Le succès du FMLN se doit certainement en partie au fait que le gouvernement a réussi à convaincre les « maras » (3) de faire une trêve dans leurs violences, faisant tomber celles-ci de moitié. Au lieu des 10 ans de politiques de « main dure » contre la violence des gouvernements ARENA qui n’ont eu aucun succès, Cerén propose « la main intelligente » avec des programmes d’insertion sociale mais une « main ferme » avec les récidivistes.

 Il est à noter que les deux candidats présidentiels ont été invités (séparément) à rencontrer l’ambassadrice des États-Unis, Mari Carmen Aponte, qui dit « maintenir une position de neutralité » et vouloir « une relation forte et productive » entre les deux pays « quel que soit le président élu ». L’ambassade faisant savoir qu’il s’agissait de « conversations privées », il n’y a eu aucun communiqué décrivant les sujets de ces conversations…

 Jac FORTON

(1) ALBA : Alliance bolivarienne des Peuples de notre Amérique, une alliance politico-économique créée par l’ancien président Chavez du Venezuela et qui compte aujourd’hui neuf pays d’Amérique latine et des Caraïbes.
(2) Dans une entrevue accordée au journal espagnol El País du 5 février 2014.
(3) Maras : selon wikipedia, gangs extrêmement violents formés dans les années 1980 par des immigrés clandestins venant du Salvador, du Honduras ou du Guatemala qui fuyaient des conditions de vie difficiles (exclusion économique et sociale forte) voire dangereuses (guerres civiles et dictatures). D’abord fondées aux États-Unis, les maras, se sont implantées dans leurs pays d’origine, notamment à la suite d’expulsions massives des États-Unis.

Les enjeux de l’élection présidentielle au Salvador

Ce dimanche 2 février, les électeurs du Salvador se rendent aux urnes pour choisir leur président pour les cinq prochaines années. Le Salvador est un petit pays de 6 millions d’habitants, coincé entre le Pacifique, le Honduras et le Guatemala en Amérique centrale. Il est surtout connu pour son taux de criminalité très élevé, et ses gangs, les fameuses maras. Ce pays producteur de café et de services, possède un fort taux de chômage et d’emplois précaires, et plus de 40 % de taux de pauvreté. Suite sur RFI>>

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