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Chili

Admiration et respect pour Pedro Miras, un Chilien entre exil, arts et philosophie

Pedro Miras est survenu le jeudi 30 novembre 2017 au Chili. Né à Santiago du Chili, le 4 janvier 1927, Pedro Miras Contreras, fut doyen de la Faculté de Beaux Arts, ancien académicien et directeur du Département de Théorie des Arts à l’Université du Chili. Patrice Vermeren, professeur émérite au département de philosophie de l’Université Paris 8 et professeur honoraire à l’Université du Chili, a souhaité lui rendre hommage, et exprimer son respect et son admiration.

Photo : Peinture de Krisha Fuentes – Pedro Miras/Isis Díaz L

« J’apprends par Claudia Guttierez que mon ami Pedro Miras a rendu l’âme. Et je suis infiniment triste. Lui n’était jamais triste. Il avait la philosophie joyeuse. Son corps l’avait depuis un certain temps comme abandonné, mais l’esprit était intact. Il avait gardé son intelligence lumineuse, sa lucidité féroce, son humour toujours aussi corrosif, fût-il souvent bienveillant. J’ai toujours éprouvé pour lui depuis le premier jour de notre rencontre de l’admiration et du respect. Il incarnait pour moi tout à la fois l’Humanité et les humanités.

À Paris, où il était en exil, exclu de l’université de son pays par la dictature militaire et accueilli par le CNRS français, il aura été, avec Patricia Bonzi et Cristina Hurtado, l’acteur central de notre réseau philosophique franco-chilien qui avait pour base le Collège international de philosophie, le Centre de recherches politiques de la Sorbonne et le département de philosophie de l’Université Paris 8. De retour avec la transition démocratique à l’Université du Chili, où il aura mis sa dignité à reprendre sa carrière interrompue, il a été de tous les évènements qui ont marqué ce dernier quart de siècle la scène philosophique franco-chilienne, de l’opération « Un avion de livres pour le Chili » au colloque « Spinoza et la politique de Santiago », et de la création de la première chaire UNESCO de philosophie en hommage à Humberto Giannini.

Je me souviens d’une soirée d’hiver parmi bien d’autres chez Humberto et Luisa, avec Pedro et Patricia et José Echeverría, où il avait chanté des airs de tango et d’opéra, et où il n’était question, entre deux piscos, que de l’aperception immédiate chez Maine De Biran et des Essais de Michel de Montaigne : j’avais été une fois de plus saisi par l’immense connaissance qu’avaient Pedro et ses amis de la culture française et universelle, littérature, beaux-arts et philosophie mêlés, bien supérieure à la mienne. Admiration de Pedro Miras, parce qu’il était, à l’image des érudits de la Renaissance, pénétré par les humanités. Mais aussi respect pour un homme qui avait le souci, en toutes circonstances, de l’humanité. Il ne parlait jamais de sa résistance à la dictature, comme tous ceux qui, comme Georges Canguilhem, se refusent à faire étalage de ce qu’ils considèrent comme des actions et des paroles nécessaires pour la préservation d’une dignité partagée. Sauf dans le dernier entretien qu’il nous avait accordé, à Gustavo Celedon et à moi-même, et qui a été filmé.

Dans « Memoria e historia », le très beau texte qu’il nous avait donné pour un livre publié l’année dernière aux éditons Lom avec Fedra Cuestas, il a écrit : « Digamos que buena parte de nuestros recuerdos aspira a la comunicación, y que de esta forma el acervo cultural del grupo se acrecienta, su propia historia, su identidad. Es entonces un deber nuestro, de aquellos que hemos sobrevivido estos últimos cuarenta años, el sacar de la luz, desde las remembranzas a los quebrantos, todo aquello que pueda intentarse, con su verdad, en nuestra historia contemporánea. Pues al no querer nombrar una situación como lo que verdaderamente fue – dictadura en vez de gobierno militar, o señalar la conveniencia de no mirar al pasado sino a futuro – lo que se pretende es borrar de esa totalidad de recuerdo, acto y proyecto, que conforman tanto nuestra identidad personal como colectiva, parte importante de su base fundamental, que es la memoria ». Admiration et respect pour Pedro Miras : tel est le message que je voudrais transmettre à sa femme et à son fils en ce jour de tristesse, pour l’enterrement de mon ami Pedro, qui n’était, quant à lui, jamais triste. »

Patrice VERMEREN
Professeur émérite au département de philosophie de l’Université Paris 8
Professeur honoraire à l’Université du Chili

« Le Chili veut des changements. Écrivez-le en majuscules » : Beatriz Sánchez révolutionne la politique du pays

Sept mois lui ont suffi. Après avoir fait l’une des carrières politiques les plus brillantes des dernières décennies au Chili, Beatriz Sánchez est passée du journalisme à la politique et a remporté 20 % des voix en tant que candidate à la présidence du Frente Amplio, la nouvelle coalition politique de gauche qui, après les résultats du premier tour, est passée de 2 à 20 députés et a élu son premier sénateur.

Photo : Frente Amplio

Avec un style direct, reconnaissant qu’elle « ferait toujours attention à ne pas être à proprement dit politique », Sánchez a fait face à une campagne difficile qui a été menée dans l’ombre des sondages et de la plupart des analystes chiliens, qui avaient de manière générale affirmé qu’elle ne réaliserait pas plus de 10 %. Dans les urnes, ce nombre a été multiplié par deux et a presque atteint le score d’Alejandro Guillier, le candidat qui représente plusieurs partis du gouvernement de Michelle Bachelet. Lors du second tour le 17 décembre, il fera face à l’ex-président Sebastián Piñera qui a quant à lui remporté 36 % des voix et que beaucoup de sondages donnent gagnant. Bien qu’elle ne soit pas arrivée au second tour, Sánchez incarne les espoirs d’un électorat qui a tourné le dos aux partis traditionnels chiliens. Son poids politique pèse désormais sur le choix du prochain président du Chili.

Quels sont les objectifs de Beatriz Sánchez et du Frente Amplio ?

« Vivre plus heureux », répond l’ancienne candidate à la BBC dans l’une des salles de réunion utilisée pendant sa campagne ; un lieu sans fioritures, où les jeunes circulent en shorts et en sandales. Sur l’un des murs on peut lire son nom écrit en papier avec des lettres de couleur. « Je connais la société dans laquelle je vis, je ne me fais pas d’illusions et je ne veux pas non plus transformer la société. Ce que je dis, ce que nous cherchons, c’est que cette société agite nos drapeaux par bon sens. Nous voulons que les gens comprennent qu’un système de retraite individuel ne donnera jamais de bonnes pensions et que ce qu’il faut faire, c’est que chacun apporte ce qu’il a ou ce qu’il peut et qu’il reçoive ce dont il a besoin. Nous voulons que la liberté de choix des individus soit respectée. Parce que cette liberté de prendre des décisions aujourd’hui n’existe pas. Si nous avons une inégalité structurelle, si dans une ville comme Santiago, je peux voir quelle vie va avoir une personne, selon la commune (la municipalité) où elle est née, de quelle liberté parle-t-on ? Nous voulons que les opportunités soient les mêmes pour tous afin que chacun ait réellement la liberté de tracer son propre chemin. »

Vous avez canalisé un mécontentement qui existe au Chili et dans d’autres parties du monde. Qu’est-ce qu’il y a de commun dans ce mécontentement ?

« Je pense qu’il y a un mécontentement selon la réalité de chaque pays, mais il se passe quelque chose au niveau mondial. Ce n’est pas un hasard si les différents mouvements se sont élevés contre l’écart qui existe entre ceux qui prennent les décisions et ceux qui les vivent. Je pense qu’il y a une forte déconnexion entre les gens qui sont au pouvoir et ce que les gens vivent. Cela s’observe dans le monde entier et au Chili. »

Avant le 29 novembre prochain, Beatriz Sánchez annoncera si Guillier pourra compter ou non sur le soutien du Frente Amplio, la coalition qui l’a portée comme candidate, et qui est composée d’anciens leaders étudiants et des secteurs de la gauche opposés aux gouvernements formés depuis 1989 par les socialistes, les radicaux, les démocrates-chrétiens et, ces dernières années, les communistes.

« Je ne sens pas maître des votes, je n’y crois pas, je n’y ai jamais cru. Ce que nous allons faire, c’est abandonner une position. Si les membres du « Frente Amplio » ont bien démontré quelque chose au cours de ces mois de campagne, c’est que nous, nous prenons des engagements et nous les tenons. S’il y a eu une organisation politique dans ce pays qui a été responsable, c’est bien nous », dit-elle au sujet de la Nueva Mayoría du gouvernement, qui est apparue divisée lors des élections.

Indépendamment de la décision de sa candidate, le Frente Amplio a déjà annoncé qu’il serait « l’opposition » contre toute nouvelle administration et qu’il n’assumerait aucune charge au sein du gouvernement. Mais il est déjà présent au Congrès et Sánchez elle-même continuera en politique, bien qu’elle n’ait pas encore décidé de quelle manière.

Comment ferez-vous lors de votre arrivée au pouvoir pour ne pas tomber dans les travers de l’élite que vous critiquez ?

« Nous devons prendre conscience qu’il ne faut pas y tomber. Les politiques publiques doivent être faites comme si un individu était l’objet de cette politique publique. Il faut faire les choses avec amour et, aujourd’hui, c’est quelque chose qu’on a perdu. Nous avons fait un travail de campagne très intense dans la rue, pas sur scène ; nous avons décidé de nous regarder dans les yeux. J’ai distribué les flyers car j’aurais aimé qu’ils me soient distribués ainsi. C’est la façon de s’adresser aux gens qui compte : pas depuis un podium en disant je sais ce que vous voulez et je vais vous l’apporter ; ils veulent qu’on écoute ce qu’ils ont à dire. »

« La Béa », comme disent ses partisans, a dépassé de loin les autres candidats indépendants pour la présidentielle et a fait une performance similaire à celle de Marco Enríquez-Ominami en 2009 ; bien que, contrairement à Sánchez, MEO était déjà député et venait d’une famille politique. Enríquez-Ominami s’est représenté cette année mais n’a cette fois obtenu que 5,7 % des voix.

Avez-vous peur de répéter ce processus, d’être un phénomène ?

« Ce n’est pas simple de transformer des mouvements sociaux pour les représenter dans un espace de pouvoir qui a des règles différentes… Il y a des risques, mais je crois que nous pouvons surmonter ce risque, nous allons signaler la limite. Et nous n’allons pas perdre la rue, parce que c’est notre engagement. J’étais très heureuse quand j’ai demandé aux candidats élus s’ils allaient prendre des vacances et qu’ils m’ont répondu que non. Ils sont déjà de nouveau dans la rue, parce qu’ils veulent remercier, rendre visite à tous ceux qui leur ont ouvert leurs portes. Maintenant, bien sûr, il y a toujours le risque que cela se perde. »

Qu’allez-vous faire des différences qui peuvent naître au sein de votre propre coalition ?

« L’une des choses que j’ai apprise, c’est que la politique est profondément humaine, et qu’elle traverse différents états. Je pense donc qu’il va y avoir des tensions entre nous, des visions différentes. Nous avons élaboré un programme participatif et c’était très difficile, mais ce n’est pas une raison pour nous arrêter là. »

Que diriez-vous à ceux qui ne comprennent pas cette volonté de changement dans l’un des pays qui a le plus progressé en Amérique latine, notamment dans le domaine de l’éducation, qui a l’un des taux d’homicides les plus bas… ?

« Que je tiens à souligner tout ce qui a été fait. Je ne méprise pas ce qui a été accompli depuis que nous avons retrouvé la démocratie ; au contraire, je pense que de grandes choses ont été faites, mais nous sommes arrivés à une forme d’ordre social, de pacte social qui sont au point mort, qui ont déjà donné les résultats qu’on attendait. Si maintenant nous voulons continuer à réduire réellement la pauvreté, si nous voulons nous retrouver sur les places publiques et ne pas avoir des places pour les riches et des places pour les pauvres, une santé pour les riches et une santé pour les pauvres, nous devons modifier le pacte. Ce n’est pas pour mépriser ce qui a été fait, ni pour le jeter à la poubelle. Tout ce fantasme de repartir à zéro est faux, on ne part jamais de zéro, personne ne peut tout détruire pour tout reconstruire ; ce que nous voulons, c’est transformer ce qui existe déjà. »

Le candidat Piñera a dit que le Chili « n’est pas le Venezuela, mais… attention »

« J’ai vu que les gens riaient de cette appellation de « Chilizuela » et j’ai pensé que c’était bien qu’il ne prenne pas cela au sérieux. Je pense que cela relève d’une stratégie de la peur. Ils ont dit que le projet de la Nueva Mayoría de Bachelet était d’aller vers le Venezuela, et rien n’est plus éloigné de la vérité. »

Pensez-vous que les sondages ont mal interprété le soutien à Bachelet et à ses réformes, qui ont généralement été très rejetées au Chili, tout comme ils se sont trompés dans les prévisions de votre score ?

« Je crois que les sondages ont parfaitement minimisé l’adhésion des Chiliens à l’actuelle présidente. Mais ce n’est pas cela le plus inquiétant : le plus inquiétant, et cela s’applique également à notre mouvement, c’est la lecture qui a été faite de cette minimisation. Ces enquêtes ont fait dire que les gens n’adhéraient pas à nos idées et que, au Chili, on ne désirait pas de changements. Après les élections, j’ai une vision totalement différente : le Chili veut des changements et cela peut être écrit en majuscules, en gras et avec un point d’exclamation. »

Traduit par Marlène LANDON
D’après un article de la BBC

Présidentielles de toutes les surprises au Chili : la droite recule, la gauche avance

La Coalition Chile Vamos du candidat Sebastian Piñera (droite) a gagné le premier tour avec un résultat beaucoup plus bas que prévu, devant Alejandro Guillier de la coalition Nueva Mayoría (centre gauche, au pouvoir) qui devance de deux petits points Beatriz Sánchez du Frente Amplio (gauche). Quasi disparition de la Démocratie chrétienne (DC). Tous les sondages sont faux.

Photo : Tele 13

Sebastián Piñera, Chile Vamos            36,62 %
Alejandro Guillier, Nueva Mayoría         22,70 %
Beatriz Sánchez, Frente Amplio           20,27 %
José Antonio Kast, Indépendant             7,93 %
Carolina Goic, Démocratie chrétienne     5,88 %
Marco Enriquez-Ominami, PRO             5,71 %
Eduardo Artés, Unión Patriótica              0,51 %
Alejandro Navarro, PAIS                        0,36 %

La première surprise est le raté majuscule des six principales agences de sondages qui ont tous leurs chiffres faux. À tel point que certains analystes se demandent s’il n’y a pas eu une campagne organisée : systématiquement donner un candidat largement vainqueur dans les sondages et un autre toujours perdant, a-t-il pu influencer les indécis et ceux et celles qui votent finalement « dans le sens du vent ». Piñera était ainsi systématiquement entre 40 et 45 % et Sánchez ne dépassait jamais les 10 %.

La deuxième surprise est le bas score des candidats des grands partis et les bons scores des extrêmes. À droite, Sebastián Piñera, qui se voyait élu au premier tour, atteint difficilement 37 % au lieu des 45 % prévus, et la coalition au pouvoir de Alejandro Guilier n’obtient que 22,70 %. Par contre, la gauche de Beatriz Sánchez (20,27 % au lieu de 8 % dans les sondages) talonne Guillier et José Antonio Kast (extrême droite), obtient presque 8 % au lieu des 3 % des sondages.

Troisième surprise, l’émergence du Frente Amplio (FA) comme troisième parti national. Béatriz Sánchez devançait même Alejandro Guillier dans plusieurs grandes villes dont Santiago et Valparaiso. Ses 20 % rendent le FA incontournable dans les négociations qui vont se développer. L’indifférence envers les grands partis s’observe aussi dans le nombre d’électeurs qui sont restés chez eux. À peine 47 % d’entre eux sont allés voter…

Autre surprise, la quasi disparition de la Démocratie chrétienne. Faisant normalement partie de la coalition Nueva Mayoría au pouvoir [1], la présidente de la DC, Carolina Goic avait refusé de participer à la primaire de la coalition en dénonçant en juin dernier sa « gauchisation » suite à la nomination par Guillier de Karol Cariola, « esta chica communista » (cette gamine communiste, comme l’appelle Goic) comme son porte-parole. Goic avait alors décidé de se présenter séparément, affaiblissant ainsi la coalition. Avec ses 5,88 % de voix, la DC est balayée de la scène politique. Goic vient d’annoncer qu’elle démissionnait et appelait à voter Guillier.

Le vote en France

C’est la première fois que les 40 000 Chiliens résidant à l’étranger avaient le droit de voter ; une réforme proposée par la présidente Michelle Bachelet en 2016. Les 847 votes émis à Paris donnent le Frente Amplio vainqueur (Sánchez, 355 voix), suivi de la Nueva Mayoría (Guillier, 308 voix) et de Chile Vamos (Piñera, 93 voix).

Issue incertaine au second tour

À droite, Piñera fait la cour à José Antonio Kast, un candidat qui, selon ses propres mots, « aurait volontiers pris le thé avec le général Pinochet ». Il va aussi courtiser un secteur de la DC dont l’aile droite pourrait très bien voter pour lui. Bref, Piñera va devoir se droitiser pour gagner des voix.

De son côté, Guillier aussi a besoin de chercher des alliances. Il a déjà reçu le soutien officiel de la DC et celui d’un autre candidat, Marco Enriquez-Ominami mais il lui faut maintenant convaincre le Frente Amplio. Celui-ci pourrait appeler à voter Guillier si la Nueva Mayoría incorpore d’importantes parties de son programme dans le sien. Anti-néolibéral, il n’envisage cependant pas d’entrer dans un gouvernement Guillier. Bref, celui-ci devra pencher vers la gauche s’il veut gagner. En chiffres, toute la droite réunie pourrait obtenir 45 % des voix, le centre gauche et la gauche réunie approchent les 50 %. Vu le grand nombre d’abstentions et d’indécis, l’incertitude règne dans les deux camps. Sebastián Piñera n’est pas encore président, mais Alejandro Guillier non plus. La clé du résultat final est dans les mains du Frente Amplio et les négociations seront serrées… Second tour le 17 décembre.

Jac FORTON

[1] La Nueva Mayoría est en fait l’ancienne coalition Concertation des Partis pour la Démocratie, issue de la lutte politique contre Pinochet, plus le PC.

Présidentielles au Chili : fin de la transition démocratique et percée de Frente Amplio

Une page de l’histoire chilienne a été tournée dimanche 19 novembre 2017. Sebastián Piñera, le candidat des droites, est poussivement arrivé en tête de la présidentielle, avec 37 % des suffrages exprimés. Il avait déjà été élu de 2010 à 2014. Il était alors le représentant d’une droite présentable, sans compromission avec la dictature. Il avait même participé, laissait-il dire, à des manifestations contre le général-président Augusto Pinochet. Mais ce qui était un atout en 2010, l’est-il encore en 2017 ? Pour lui, comme pour son adversaire de centre gauche, Alejandro Guillier, soutenu par la présidente sortante, Michelle Bachelet ?

Photo : El Líbero

La consultation du 19 novembre acte un changement d’époque. L’anti-pinochétisme ne fait plus recette. De 1989 à 2013, bon an mal an, il a donné le pouvoir à une coalition de formations réformistes unies par le souvenir de combats menés en commun pendant la dictature. Les formations de la « Concertation » avaient négocié les conditions de la transition et accepté comme pour toute tractation de ce type, des compromis avec les partisans de Pinochet, civils et surtout militaires. Les Chiliens, conscients de la difficulté de l’exercice, avaient sanctionné dans les urnes ces accords transitionnels. Démocratie chrétienne (DC), Parti Pour la Démocratie (PPD), Parti socialiste (PSCH), Parti radical social-démocrate (PRSD), ont gagné les élections de 1989, 1993, 1999-2000, 2005. Puis celles de 2013 dans la « Nouvelle Majorité » avec le Parti communiste.

Ces alliances peinaient de plus en plus à se perpétuer. Dès 2010, des élus socialistes l’ont abandonné. Le député socialiste Marco Enríquez Ominami a le premier claqué la porte de la Concertation. Il a mené bataille aux présidentielles de 2009 et 2013 au nom d’une formation qui, bien qu’improvisée, a obtenu un succès inattendu. DC, PPD et PS sont entrés en phase de conflits internes latents et permanents. Au point d’arriver à la veille des présidentielles de 2017 en ordre dispersé et concurrentiel. La DC a rompu le contrat et décidé de présenter une candidate, Carolina Goic. Le PPD, après un baroud d’honneur de l’ex-président Ricardo Lagos, a renoncé. Un socialiste dissident, Alejandro Navarro, a lancé sa candidature présidentielle, sans l’aval de sa formation d’origine. Et finalement un indépendant, sans affiliation partisane, le journaliste Alejandro Guillier, a par défaut porté les couleurs de Fuerza de la Mayoria, appellation de l’Union entre le PC, le PPD, le PS et le PRSD. Il a obtenu 22,6 % des suffrages exprimés, le seuil minimal lui permettant d’accéder au deuxième tour.

L’élément le plus novateur aura été la candidature d’une journaliste sans passé politique connu. Et le plus surprenant est que Beatriz Sánchez (c’est son nom) ait recueilli, sous l’étiquette Frente Amplio, plus de 20 % des suffrages exprimés. Elle a réussi à capter un électorat jeune, né avec la démocratie, et ayant depuis quelques années signalé une impatience sociale montante à l’égard des majorités de culture transitionnelle. En 2014, faute de perspective porteuse, leurs porte-paroles, étudiants pour la plupart, avaient rallié le PC et le centre gauche. Ils ont en 2017 exclu cette éventualité et lancé une option aux référents indignés de type « podemiste » à l’espagnole. Cette poussée contestataire est doublement révélatrice. Révélatrice de l’acquis social des gouvernements de la « Concertation », le recul de la pauvreté : 50 % depuis 1989. La couverture de base est assurée. Mais les anciens pauvres veulent des services publics, des universités, des hôpitaux, accessibles à tous, et de meilleure qualité. Révélatrice aussi de revendications démocratiques exigeantes. Les jeunes électeurs nés sous la démocratie n’ont que faire des prudences de leurs ainés. Faute de réponse satisfaisante à leurs attentes, très souvent ils mettent les générations plus âgées, « démocrates » comme « pinochétistes », dans le même sac.

Faute d’aggiornamento, l’espace progressiste a donc implosé en candidatures antagonistes. Ce qui rend les additions hasardeuses pour le deuxième tour. L’abstention est devenue majoritaire, passant de 49 % en 2013 à 53,5 % en 2017 avec une pointe à 65 % dans le nord du pays. Les sondeurs se sont heurtés à une réalité qui ne cadre plus avec les comportements antérieurs. L’institut CEP donnait Sebastián Piñera, le candidat des droites à 44 %, et Beatriz Sánchez à 8,5 %. Adimark, société concurrente, les donnait respectivement à 33 % et 11 %. Le résultat des législatives qui se déroulaient le même jour confirme cette rupture historique. La coalition des droites Chile Vamos a sensiblement accru le nombre de ses députés. Ils étaient 43, soit 35,8 % du total ; ils seront désormais 71,  soit 46 % du total. La coalition Frente Amplio fait une percée. L’ex « Nouvelle Majorité » a fait les frais de ce double mouvement. Elle a perdu la majorité qu’elle détenait jusque-là au Congrès des députés. Plusieurs de ses chefs historiques ont été éliminés par les électeurs : les démocrates chrétiens Andrés Zaldívar, Juan Carlos Latorre et Ignacio Walker ; les socialistes Camilo Escalona et Osvaldo Andrade ; les PPD, Gonzalo Navarrete et Jorge Tarud. 50 % des élus sont des nouveaux venus.

Les réflexes et postures hérités de la transition démocratique relèvent bel et bien du passé. « Aujourd’hui », a commenté de façon pertinente Alejandro Guillier, « c’est le futur qui a triomphé, et non le passé ». Ce qui rend d’autant plus incertain le pronostic du deuxième tour. Les partis du futur peuvent-ils, vont-ils passer un compromis avec les familles politiques relevant du passé ?

Jean-Jacques KOURLIANDSKY*

  • Cet article a été publié sur le site de l’Institut des recherches internationales (IRIS) dont Jean-Jacques Kourliansky est membre. Il nous a autorisé à le reproduire ici.

Clôture de la campagne présidentielle et mise en place des stratégies après les élections

Quelques semaines après des élections en Argentine, un nouveau suffrage se tiendra en Amérique du Sud. Cette fois-ci, ce sont les électeurs chiliens qui seront appelés aux urnes ce dimanche 19 novembre pour le premier tour des élections présidentielles. Reste à savoir si la droite l’emportera, comme dans le pays voisin.

Photo : 24horas.com

Outre l’élection du président, sera également en jeu le renouvellement des sièges de la chambre des députés et de la moitié du Sénat. D’autre part, aura lieu la mise en place d’un nouveau système électoral à la proportionnelle. Ce système vise à renforcer le Congrès, comme nous l’avons expliqué dans notre newsletter du 10 novembre dernier, tout en augmentant le nombre de parlementaires, la participation féminine, et en réduisant les obstacles pour les candidats indépendants comme pour la création des partis politiques.

À quelques heures de la clôture de la campagne électorale, les différents candidats préparaient leurs dernières apparitions publiques et leurs derniers actes de campagne. C’était le cas de l’ex-président Sebastián Piñera, candidat de Chile Vamos, qui a fait sa dernière apparition publique ce jeudi 16 novembre dans le parc Renato Poblete. Toujours à Santiago, Alejandro Guillier, de la coalition La Fuerza de la Mayoría, a rencontré ses sympathisants dans le parc Almagro, tandis que José Antonio Kast, du parti Independiente a choisi San Bernardo pour clôturer sa campagne.

Le vent souffle en faveur de la droite sur le Chili. Sebastián Piñera reste toujours en tête, comme nous l’avions déjà signalé la semaine dernière. Selon les derniers sondages de CADEM, CEP et ADIMARK, publiés par El Mercurio, il remporterait les élections avec des résultats qui pourraient pratiquement atteindre 44 % des voix selon le CEP. Avec la moitié des suffrages, voire jusqu’à 20 % selon le CEP, se place Alejandro Guillier, sénateur d’Antofagasta, représentant de la coalition La Fuerza de la Mayoría ; des estimations qui traduisent la division de la gauche. Celui-ci est suivi, en troisième position, par la candidate de Frente Amplio, la journaliste Beatriz Sánchez, qui obtiendrait jusqu’à 15 % des suffrages selon ADIMARK.

Au-delà de la fiabilité des sondages, il faut tenir compte de la tendance abstentionniste au Chili. Contrairement à ce qui se passe en Argentine, le vote n’y est pas obligatoire. Selon de nombreux analystes, cela pourrait être l’une des causes du taux d’abstention historiquement bas au Chili ; un taux atteignant les 65 % lors des dernières élections municipales. La fiabilité des sondages pourrait être mise à mal si cette tendance se poursuivait ce dimanche.

Le temps court vite dans l’actualité politique du Chili. Aujourd’hui, la une des journaux laisse place aux différentes stratégies que les partis voudraient mettre en place au lendemain des élections. Du côté de la droite, il semble évident que le candidat Piñero obtiendrait le soutien des groupes les plus proches de lui idéologiquement. Moins évidente semble être la stratégie à suivre par les groupes de gauche et centre gauche. À quelques heures des élections, il semble évident que les candidats appellent uniquement à voter en leur faveur. Néanmoins, selon El Mercurio, celui qui atteindra la deuxième position — réservée à Alejandro Guiller selon l’ensemble des sondages — doit se dépêcher afin de rassembler les soutiens des uns et des autres. Une situation qui semble, selon El Mercurio, loin d’être facile à résoudre à cause du spectre complexe des sensibilités qui s’opposent au candidat Piñero.

El Mercurio rappelle la situation lors des dernières élections présidentielles : d’un côté, le candidat Piñero ; de l’autre, le candidat de gauche Frei. À cette occasion, le candidat le plus proche de Frei idéologiquement, Marco Enríquez-Ominami, aujourd’hui en faveur du Parti progressiste, et qui avait remporté 20 % des voix, n’avait demandé le vote pour Frei que quatre jours avant le second tour. Trop tard, selon de nombreux analystes, puisque c’est Piñero qui aura éventuellement remporté la victoire. C’est pour cela que le candidat Ominami a déjà déclaré être prêt à apporter son soutien à Guillier dès le lendemain des élections.

Cependant, la gauche est très divisée par rapport à cette décision, voire à l’intérieur de chacun de ses partis, comme l’illustrent les déclarations des membres du Parti démocratique. Certains sont en faveur d’un soutien à Alejandro Guillier, tel Aldo Cornejo ou Mario Benegas, tandis que pour la candidate du parti, Carolina Goic, cela n’est pas si clair. Le même phénomène se produit au sein de Frente Amplio : certains de ses membres se méfient des négociations pour la création d’un gouvernement progressiste et préfèrent plutôt continuer à s’organiser tout en s’opposant à un gouvernement de droite. Selon El Mercurio, il faudra donc attendre dimanche pour connaître les intentions des uns et des autres partisans de la gauche.

Mario PÉREZ MORALES

Présidentielles au Chili : nouveau système électoral, vers quel paysage politique ?

Avec la récente mise en place de la réforme du système électoral, le Chili attend d’ici quelques jours le premier tour des élections présidentielles. L’évolution des pourcentages issus des sondages, le récent débat entre les candidats à la présidence, et l’importante tendance abstentionniste de la population, permet d’éclaircir le  futur paysage possible de la vie politique chilienne.

Photo : Publimetro

Pourrait-on parler d’un retour de la droite ? D’une perte des forces de la coalition de gauche ? D’un renouvellement de la scène politique ou bien d’un phénomène d’alternance entre la gauche et la droite qui se maintient depuis 2006 ? Les prochaines élections du 19 novembre représentent aussi un renouvellement de la chambre des députés et de la moitié du Sénat. Le nouveau système électoral à la proportionnelle vise à renforcer le Congrès, tout en augmentant le nombre des parlementaires, la participation féminine, la diminution des barrières pour les candidats indépendants comme pour la création des partis politiques.

Après une interruption de dix-sept ans de dictature militaire incarnée par Pinochet, c’est en 1990 que le Chili retrouve une vie démocratique. Dès l’arrivée de la démocratie, la droite a gouverné pendant une seule période, celle de Sebastián Piñera entre 2010 et 2014. L’actuelle présidente Michelle Bachelet avait occupé le mandat précédent (2006-2010) et celui d’après aussi, c’est à dire, le mandat actuel au Chili qui a débuté en 2014. Jusqu’à aujourd’hui, l’ancien président Piñera est le candidat le plus probable à remporter les élections, soutenu par la coalition politique entre le parti Chile Vamos et Amplitud. Le candidat poursuit sa campagne pour être réélu malgré son passé scandaleux impliquant plus d’une dizaine de cas de corruption. Il pourrait remporter 45 % des voix selon la dernière étude électorale de la CADEM, une plate-forme de l’opinion publique chilienne.

Piñera, le plus fort candidat de la droite, devra affronter le plus fort candidat de la gauche : Alejandro Guillier, sénateur d’Antofagasta, sociologue, journaliste professionnel et figure majeure de la crédibilité à la télévision dans les années 1990 et 2000. Il s’est lancé comme candidat indépendant et a reçu le soutien de plusieurs partis politiques tels que le PC, le PS et d’autres partis proches de la gauche. Il affirme sa volonté de continuer avec la ligne politique déjà établie par la présidente Bachelet dans le domaine de l’éducation, et de poursuivre dans la voie pour une nouvelle constitution. Lors d’une conférence, le candidat a récemment présenté son programme politique, divisé en trois axes : une croissance inclusive, une participation majeure de la citoyenneté et une réelle décentralisation du pouvoir. Alejandro Guillier se positionne comme le deuxième candidat favori puisque, selon les derniers sondages, il pourrait remporter 23 % des voix.

La troisième favorite représente la plus grande coalition de gauche récemment constituée au mois de janvier dernier, formée de onze partis, mouvements et organisations sociales : Frente Amplio, avec à sa tête l’ancienne journaliste Beatriz Sánchez. Cette coalition se place en opposition à l’actuel gouvernement, en affirmant de manière critique que l’agenda réformateur présenté en 2014 n’a pas été respecté au cours du mandat de Bachelet. En neuf mois d’existence, cette coalition a déjà souffert d’une série de ruptures internes avec des affrontements entre les dirigeants qui la composent ; ce qui a suscité des interrogations sur le maintien de cette coalition après les élections. Même si Beatriz Sánchez représente une grande coalition entre différents organismes, les derniers sondages montrent que sa campagne a perdu la force qu’elle avait à ses débuts, et peut-être que les électeurs ne sont pas prêts pour soutenir ce nouveau type de force politique composée de plus d’une dizaine d’organismes. Selon les derniers sondages, la candidate pourrait remporter autour de 6 % des voix.

Peut-on parler d’un retour de la droite ? La présence de plusieurs candidats et groupes de gauche en lice donne à la droite une union plus forte autour du candidat Sebastián Piñeda. Selon la dernière enquête du CEP (Centre d’Études Publiques du Chili), 60 % des Chiliens consultés croient en la victoire du candidat de droite, avec un possible deuxième tour face au candidat de centre-gauche, Alejandro Guillier. Même si tous ces pourcentages sont issus de sondages plus ou moins fiables, il faut tenir compte du fait qu’ils se fondent sur l’opinion aléatoire de 1500 à 3000 citoyens, au sein d’un pays de 18 millions d’habitants ; ce qui rend les pourcentages moins exacts, mais ce sont toujours des chiffres approximatifs qui construisent un probable paysage politique. D’un autre côté, il faut prendre en compte la dimension abstentionniste au Chili, même si c’est un phénomène tendanciel dans plusieurs pays du monde. Mais si on examine les dernières élections présidentielles, le Chili est le pays avec le taux de participation le plus bas, selon l’étude de l’Institut International pour la Démocratie et l’Assistance Électorale (IDEA). Pendant les élections présidentielles de 2013, Michelle Bachelet est sortie vainqueur avec un taux d’abstention de 58 % et, pour les dernières élections municipales, ce taux a atteint 65 %. Selon les analystes, ce passage à 58 % ou 65% s’explique par la réforme électorale de 2010 qui a transformé le système de vote obligatoire en un vote facultatif.

Les huit candidats se sont présentés ce lundi 4 novembre sur une chaîne télévisée pour un dernier débat avant les élections. Sebastián Piñera a annoncé son plan politique visant à transformer le Chili en une nation développée en moins de huit ans. De son côté, Guillier a affirmé vouloir poursuivre les réformes établies par Bachelet et combattre le trafic de stupéfiants. Ce dernier objectif a été partagé par tous les candidats, ce qui en a fait le sujet clé de ce débat : tous les candidats ont promis une amélioration du corps policier pour combattre les trafiquants.

Karla Daniela Rodríguez

Felipe Jaramillo, président de ProColombia, fait un bilan à Paris sur l’année France-Colombie

Felipe Jaramillo, psychologue à l’université de Los Andes en Colombie, spécialiste des marchés et diplômé d’un master en Administration publique, est le nouveau président de ProColombia, organisme colombien chargé du commerce, de l’industrie et du tourisme. La semaine dernière, il a tenu une conférence à la Chambre de commerce de Paris sur les relations économiques actuelles entre la Colombie et la France, et son service de communication nous a sollicité afin de reproduire son discours dans notre newsletter de cette semaine.

Photo : Service com de Procolombia

La signature des accords de paix entre le gouvernement colombien et les FARC en 2016 a permis de mettre fin au conflit interne et d’initier la construction d’un avenir apaisé pour la Colombie. Les différents groupes armés ont été démilitarisés et sont progressivement en train de se réintégrer dans la société. Aujourd’hui, les résultats de cette transition commencent à se faire sentir, notamment en termes de croissance touristique. De plus en plus de voyageurs sont attirés par la Colombie et ses richesses naturelles. Les chiffres le confirment : entre 2005 et 2016, le nombre de touristes a augmenté de 12,2 % par an en moyenne, alors que la tendance mondiale était de 3,9 %. À ce jour, le tourisme représente pour la Colombie la deuxième source de devises étrangères.

Les territoires restés isolés pendant cinq décennies en raison des conflits armés sont désormais accessibles. Dans ces régions, la nature a su conserver tout son charme d’antan, grâce à la préservation de l’écosystème. On le voit par exemple à la qualité de l’eau et plus particulièrement des rivières. Elles constituent l’un des plus grands trésors du pays. Notre pays détient à lui seul 10 % de la biodiversité mondiale, abritant 20 % des espèces d’oiseaux de la planète et plus de 50 000 espèces de plantes et d’animaux. Il occupe le premier rang mondial pour les orchidées, le deuxième chez les amphibiens, les papillons et les poissons d’eau douce, le troisième pour les palmiers et les reptiles et le quatrième chez les mammifères.

L’année France-Colombie est l’occasion de célébrer l’amitié qui lie nos deux pays. Au-delà du secteur touristique, c’est par différents moyens d’expressions communs tels que l’art, la mode, la musique, la culture dans toute son entièreté et sa diversité que les deux pays se sont retrouvés. À Paris, la Colombie a pu montrer son talent aux yeux du monde ! Ainsi, la collaboration entre Esteban Cortazar, styliste colombien de renom, et l’enseigne Colette, dont la réputation n’est plus à démontrer, a permis à la célèbre boutique d’arborer fièrement les couleurs de notre pays, à mi-chemin entre tradition et modernité.

Toujours dans le cadre de l’année France-Colombie, une plage colombienne a été reproduite sur les berges de Seine cet été, avec différents espaces et animations offrant aux passants un spectacle aux couleurs de la diversité et de la richesse culturelle de la Colombie avec musique, gastronomie, produits régionaux, mais aussi la possibilité de s’y détendre le temps d’une pause lecture consacrée à notre Prix Nobel de Littérature, Gabriel García Márquez.

Nos deux nations ont su consolider un peu plus leurs liens déjà étroits à l’occasion de cette année France-Colombie et les résultats sont évidents : de plus en plus d’entreprises françaises investissent dans notre pays. Depuis 2010 jusqu’en mars dernier, le capital français en Colombie a atteint 1 793 millions de dollars américains. Dans le cadre de cette année de collaboration, nous sommes parvenus à avancer sur l’Accord de Promotion et de Protection des Investissements, dans l’objectif d’établir des règles claires pour les investisseurs des deux nations, avec une protection et un cadre juridique transparent pour le traitement des capitaux qui s’établissent dans chacun des pays.

Les 25 et 26 octobre, toujours dans la capitale française et dans le très emblématique Carreau du Temple, 300 entrepreneurs colombiens, européens et asiatiques participaient à la Convention d’Affaires France-Colombie : un événement organisé par ProColombia pour dynamiser nos échanges commerciaux. De plus, la Colombie était l’invitée d’honneur au Salon du Chocolat qui se tenait du 28 octobre au 1er novembre. Nous remercions la France de nous ouvrir ses portes et de nous servir de vitrine pour montrer au monde le talent et la richesse de notre culture. À travers différents évènements tels que le salon Top Resa, le MIPCOM et Maison & Objet, nos entreprises ont pu montrer l’exigence et l’expérience dont nous faisons preuve. L’année France-Colombie laissera à toute notre équipe un sentiment de reconnaissance profonde envers la France entière pour sa générosité et son hospitalité. Nous remercions également les colombiens qui, par leur participation, ont contribué à convaincre le peuple français que la Colombie est un « grand et beau pays à visiter ».

Felipe JARAMILLO

Site de ProColombia

Le Chili, nouvelle terre d’accueil pour les réfugiés syriens

Le Chili a confirmé ce vendredi l’arrivée de soixante-dix Syriens qui s’étaient réfugiés au Liban dans le cadre d’un programme de réinstallation destiné aux familles victimes du conflit armé en Syrie, soutenu par le HCR.

Photo : El Ciudadano

Les réfugiés syriens – 15 familles, soit 36 adultes et 34 enfants – arriveront au Chili jeudi prochain ; elles constituent le premier groupe sur les 120 personnes victimes de la violence en Syrie qui seront accueillies dans le cadre du Programme de réinstallation des réfugiés syriens, annoncé par la présidente Michelle Bachelet il y a deux ans. L’arrivée de ces familles « représente un défi pour la société chilienne, afin de démontrer la solidarité des Chiliens tendant la main à un peuple qui a souffert d’une cruelle guerre civile », explique Alfredo del Río, coordinateur du programme, dans un communiqué officiel.

Les réfugiés se trouvent actuellement dans différents centres d’hébergement au Liban ; un pays qui a accueilli, depuis le début du conflit, près d’un million de Syriens placés sous la protection du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). « Ces familles ont dû être mises à l’abri afin d’échapper aux conséquences directes d’une guerre et de la violence qu’elle engendre », souligne quant à elle Delfina Lawson à la tête du HCR au Chili.

Les 70 Syriens seront réinstallés au sein des communes de Macul (province de Santiago) et de Villa Alemana (partie centrale du Chili). Dans le but de faciliter leur insertion, ils recevront des cours d’espagnol, seront aidés dans leurs démarches administratives afin de régulariser leur situation, de trouver un emploi et une école pour leurs enfants, le tout sous la tutelle du HCR et du Vicariat pastoral de l’Église catholique. Les 50 Syriens qu’il reste à accueillir le seront, mais aucune date d’arrivée au Chili n’est encore fixée.

Jusqu’en 2015, le Chili a octroyé des visas de tourisme ou de résidence à plus de 300 Syriens. La communauté syrienne au Chili compte 80 000 personnes. En 2008, le Chili a également accueilli 117 Palestiniens qui vivaient en Irak. Actuellement, il n’y a pas de « réfugiés » palestiniens puisque tous ont été nationalisés. La communauté palestinienne au Chili atteint les 300 000 personnes ; ce qui fait d’elle la plus importante à vivre en dehors des territoires occupés par Israël au Moyen-Orient.

D’après EcoDiario,
Traduit par Marlène Landon

Raúl Florcita Alarcón : « J’ai décidé de vivre jusqu’à cent ans et cette candidature fait partie de mes projets »

Pía Figueroa, codirectrice de Pressenza, humaniste de longue date et auteure de plusieurs monographies et livres, a interviewé Raúl Florcita Alarcón, candidat humaniste du Frente Amplio aux prochaines élections présidentielles et législatives chiliennes de novembre, qui postule à un siège au parlement pour Curicó. Elle explique son choix : « Du simple fait de le voir, toujours si énergique et souriant, me reviennent en mémoire plusieurs situations caractérisées par son courage politique et son génie musical, depuis qu’il s’était présenté vêtu d’un smoking et de l’écharpe présidentielle au festival de Viña du temps de Pinochet, jusqu’aux innombrables fois au cours de la campagne pour le « Non » sur le plébiscite, où il nous a fait chanter et danser sa fameuse ‘Valse du Non’  pour dépasser la peur, en passant par la campagne à la députation qu’il a faite à Villarrica, et tant d’autres odyssées auxquelles je l’ai vu participer avec un fort engagement politique et l’incroyable intuition que requiert le moment ».

Photo : Rockvivo

 Comment perçois-tu le moment actuel ?

Je le perçois comme étant caractérisé par une éclatante transparence, à tel point qu’il y a des personnes qui ne veulent plus rien savoir, car elles ne savent pas comment éviter la violence que leur occasionne toute cette information. Savoir que l’argent seul est ce qui dirige la planète, c’est constater que ce n’est pas l’être humain qui est responsable de son avenir. La seule chose qui puisse donner des lignes directrices c’est de se réfugier au sein d’une nouvelle mystique spirituelle où « l’ensemble qualifierait l’individu » mais pas n’importe quel ensemble. C’est l’ensemble qui grandit silencieusement comme la réponse à une demande profonde du simple être humain, comme une étincelle silencieuse qui croît, ce n’est pas le politique, c’est le spirituel depuis lequel nous est donné l’enthousiasme de déclarer pour tous paix, force et joie.

Penses-tu que l’indifférence qui a éloigné 64 % des Chiliens des derniers processus de vote sera maintenant ébranlé de quelque manière et contribuera à ce qu’un plus grand nombre de personnes aillent voter ?

Ceci réussira dans la mesure où de fortes pointes d’inspiration se présenteront au « politique », et que les politiques puissent projeter de manière créative un futur aimable et bienveillant. Si cela se passe comme ça, les cœurs s’enthousiasmeront et de cette façon des électeurs endormis peuvent se réveiller et produire un réel impact. Cela dépend aussi du fait que notre Frente Amplio ait en interne, une relation respectueuse des groupes mais aussi des individus qui s’expriment de manière inhabituelle, obtenant en interne cette même dynamique.

Quels sont les espoirs suscités par le Frente Amplio, et quelles possibilités vois-tu pour la candidate à l’élection présidentielle, Beatriz Sanchez, au second tour ? 

Une très bonne possibilité en la personne d’une femme ignorant la mauvaise façon de faire la politique et dotée d’une forte impulsion de nouveauté et d’énergie, qui propose un puissant futur, avec de grandes possibilités de contaminer internement nos politiciens et de les convertir vraiment en nouveaux politiciens et de placer les Chiliens désillusionnés face à une nouvelle opportunité d’ouverture vers de radieux futurs !

De quelle manière abordes-tu ta campagne et te déploies-tu dans ton territoire d’origine pour rejoindre le Parlement ? 

Le contact est lancé via les réseaux Internet pour lancer la campagne et apparaître d’ici peu davantage sur ces terres avec des groupes importants de commandos jeunes et enthousiastes et, avec cette jovialité et cette énergie, arriver en saluant la Paix, la Force et la Joie pour tous !

Quelle signification revêt pour toi le fait de te présenter justement dans le lieu où tu es né et où tu as grandi ?

Il y a une forte composante de re-rencontre avec mon enfance et ma jeunesse d’étudiant à l’école N°1, après ma chère école normale de Curicó où nous ont reçus de nombreux jeunes professeurs du Maule. Rencontrer aussi mes débuts artistiques avec ma mère comme puissant guide et me remémorer aussi mes premiers pas en spiritualité dans les groupes de jeunes qui étions alors des partisans du catholicisme, bien que je conserve de lui la mystique dont je remercie les pères Villalón et Mansi, que j’admirais, quoique je ne participe plus de cette église à présent. D’une manière générale une expérience que, de plus, j’ai besoin de compléter.

Si tu es élu député, quels sont pour toi les projets les plus importants à encourager ? 

C’est très clair : j’encouragerais l’ensemble des lois que nous proposons en tant que Frente Amplio, c’est-à-dire NO+AFP [Non aux retraites privatisées, NdR], Assemblée constituante, loi sur l’eau, récupération du cuivre, etc… et de plus j’aimerais ajouter d’autres lois que proposa le candidat potentiel Alberto Mayol, qui me semblent aussi très intéressantes comme par exemple, la construction d’un train traversant tout le pays, ou une loi contre le centralisme, et aussi celle qui permet d’exproprier 20% des entreprises stratégiques, ce qui ralentira les probables collusions et l’évasion des impôts face à un système de lois intentionnellement inefficaces en matière de contrôles.

Que t’inspire cette énième aventure, qui te donne l’énergie que tu déploies ? 

Ces dernières semaines, j’ai composé une chanson pour les 103 ans de l’antipoète chilien Nicanor Parra, intitulée « Nicanor aime la vie, il aime créer, il aime écrire…de la poésie. A Nicanor 100 ans de vie dans l’artisanat quantique du mot ». Je te donne le lien, comme ça tu peux le publier. Cette reconnaissance du poète à la vie m’a incité à suivre ses traces, alors, j’ai décidé aussi de vivre jusqu’à 100 ans, et cette candidature fait aussi partie des projets à réaliser dans cette temporalité. Évidemment poursuivre avec de nouvelles chansons, que certains amis connaissent comme « oraisons radioactives chantées pour engager les athées dans des requêtes spirituelles » auxquelles certains athées avons droit. Je me déclare totalement responsable de ce nouveau défi, vivre jusqu’à 100 ans, dans la paix, la force et la joie.

Propos recueillis par
Pia FIGUEROA
Traduit de l’espagnol par Ginette Baudelet

L’ancien président chilien Eduardo Frei aurait bien été assassiné par Augusto Pinochet

Le 22 janvier 1982, l’ancien président Eduardo Frei Montalva (1964-1970) décède à la clinique Santa Maria à Santiago. Depuis, Carmen Frei, sa fille, dénonce un assassinat commis par les services secrets du général Pinochet et vient d’écrire un livre sur ce thème. Le juge Alejandro Madrid a récemment inculpé six personnes sous le chef d’assassinat. Hospitalisé pour une hernie au pancréas, l’ancien président Eduardo Frei Montalva (1) meurt subitement d’étranges « complications post-opératoires ». En 2000, sa fille Carmen Frei dénonce un assassinat car depuis 1980, Frei Montalva s’était ouvertement opposé à la dictature du général Augusto Pinochet. Elle vient de publier un livre « Magnicidio : la historia del crimen de mi padre » publié au Chili aux éditions Aguilar.

Photo : Bayano digital : Aguilar

La démocratie chrétienne et le coup d’État

Battu aux élections de 1970 par le socialiste Salvador Allende, le Parti démocrate chrétien (DC) de Frei Montalva devient un opposant féroce au nouveau président. Le 13 mai 1973, la DC élit Patricio Aylwin à sa présidence. Il est très agressif : « le gouvernement Allende est en train de détruire l’économie et de mener le pays à la misère et à la famine… Il a lancé une offensive totalitaire caractérisée par des illégalités, des abus, des mensonges, des injures, de la haine et de la violence à la recherche du pouvoir total qui lui permettra d’imposer une tyrannie communiste ». Le 22 août, la DC dénonce aux États-Unis de supposées « violations de la Constitution » par Allende, ce qui ouvre la voie à l’éventualité d’une action de l’armée. En fait, l’idée de la DC était que l’armée fasse tomber Allende de manière à pouvoir organiser de nouvelles élections par lesquelles, avec le soutien actif des États-Unis, la DC reviendrait au pouvoir. Pinochet, après le coup d’État du 11 septembre 1973, en décide autrement : tous les partis politiques, y compris la DC, sont interdits.

Frei Montalva s’oppose à Pinochet

Lorsque la DC se rend compte que les militaires n’organiseront jamais de nouvelles élections, Frei Montalva commence à s’opposer à Pinochet. Lorsqu’en 1980, celui-ci veut imposer une nouvelle Constitution, Frei s’oppose à lui. Le prestige national et international de Frei inquiète vraiment le dictateur : Frei devient un danger pour le régime. Fin 1981, l’ancien président est opéré d’une hernie au pancréas. L’opération est simple mais quelques semaines plus tard, il meurt étrangement d’une septicémie généralisée.

Les soupçons de Carmen Frei

Plusieurs années plus tard, Carmen Frei (2) lit le livre Sembra vientos (Qui sème le vent) écrit par Mariana Callejas, compagne de Michael Townley, un agent de la police secrète DINA. Une phrase la fait sursauter : « Je me rappelle que [le chimiste de la DINA Eugenio] Berrios a dit que la meilleure manière de se débarrasser d’un indésirable était de lui injecter une goutte de staphilocoque doré… » (3). Et Carmen se souvient de l’étrange mort de son père. Elle est maintenant convaincue qu’il a été empoisonné.

À la recherche de la vérité

En octobre 2002, Carmen porte plainte pour assassinat. La justice découvre que le rapport d’autopsie réalisé en 1982 a en fait été rédigé dix ans plus tard par d’autres médecins. En 2006, une nouvelle autopsie décèle des traces de gaz moutarde et de thallium. Le dossier Frei est attribué au juge Alejandro Madrid. Il s’aperçoit que deux des médecins de la Clinique Santa María étaient des agents de la DINA. En 2009, le juge Madrid inculpe six personnes : Patricio Silva, le médecin personnel de Frei, et Pedro Valdivia comme auteurs matériels de l’assassinat ; Luis Becerra, son chauffeur et homme de confiance qui était en fait un agent de la police secrète ; Raúl Lillo, un employé civil de l’armée, et les médecins Sergio Gonzalez et Helmar Rosenberg qui avaient réalisé une autopsie durant laquelle ils avaient extrait tous les organes du corps pour le bourrer de compresses et écrivirent le rapport d’autopsie bidon. Le 11 août 2017, le juge Madrid annonce qu’il ouvrira une procédure d’accusation en justice.

Le livre de Carmen Frei

Intitulé « Magnicidio : la historia del crimen de mi padre » (4), le livre de Carmen Frei raconte depuis une perspective personnelle le processus qui l’a menée des soupçons à la certitude que son père a bien été assassiné par la dictature. Et de se rendre compte des trahisons dont la famille a été victime : les médecins menteurs, le chauffeur de confiance qui était un agent des services secrets, etc. Cet événement a lieu alors qu’une quinzaine d’anciens commandants en chef des forces armées vient de publier dans le journal El Mercurio, une lettre qui prétend faire croire que « les militaires détenus à la prison de Punta Peuco (pour crimes contre l’humanité commis durant la dictature) n’avaient pas eu droit à un jugement juste », et que des secteurs liés à la dictature exigent que se retire la statue de Salvador Allende érigée près du palais présidentiel de La Moneda (au côté de statues d’anciens présidents du Chili). De plus, sur son compte twitter, le sénateur pinochétiste Iván Moreira salue le 11 septembre comme « le jour où Pinochet a sauvé le Chili, même si cela heurte la gauche totalitaire » ! La réponse de la présidente Michelle Bachelet est immédiate : « Je n’accepterai jamais que le désir légitime de justice et de réparation de milliers de familles chiliennes soit considéré comme du revanchisme ». Les blessures provoquées par la dictature dans la société chilienne sont encore loin d’être cicatrisées…

Jac FORTON

(1) Ne pas confondre avec son fils Eduardo Frei Ruiz-Tagle qui fut président du Chili de 1994 à 2000.   (2) Elle deviendra sénatrice DC lors du retour de la démocratie.   (3) Lorsque l’armée chilienne se rend compte que Berrios devra peut-être passer en justice, elle le fait assassiner en Uruguay…   (4) Publié par l’éditorial Aguilar au Chili.
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