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Chili

Le Chili, nouvelle terre d’accueil pour les réfugiés syriens

Le Chili a confirmé ce vendredi l’arrivée de soixante-dix Syriens qui s’étaient réfugiés au Liban dans le cadre d’un programme de réinstallation destiné aux familles victimes du conflit armé en Syrie, soutenu par le HCR.

Photo : El Ciudadano

Les réfugiés syriens – 15 familles, soit 36 adultes et 34 enfants – arriveront au Chili jeudi prochain ; elles constituent le premier groupe sur les 120 personnes victimes de la violence en Syrie qui seront accueillies dans le cadre du Programme de réinstallation des réfugiés syriens, annoncé par la présidente Michelle Bachelet il y a deux ans. L’arrivée de ces familles « représente un défi pour la société chilienne, afin de démontrer la solidarité des Chiliens tendant la main à un peuple qui a souffert d’une cruelle guerre civile », explique Alfredo del Río, coordinateur du programme, dans un communiqué officiel.

Les réfugiés se trouvent actuellement dans différents centres d’hébergement au Liban ; un pays qui a accueilli, depuis le début du conflit, près d’un million de Syriens placés sous la protection du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). « Ces familles ont dû être mises à l’abri afin d’échapper aux conséquences directes d’une guerre et de la violence qu’elle engendre », souligne quant à elle Delfina Lawson à la tête du HCR au Chili.

Les 70 Syriens seront réinstallés au sein des communes de Macul (province de Santiago) et de Villa Alemana (partie centrale du Chili). Dans le but de faciliter leur insertion, ils recevront des cours d’espagnol, seront aidés dans leurs démarches administratives afin de régulariser leur situation, de trouver un emploi et une école pour leurs enfants, le tout sous la tutelle du HCR et du Vicariat pastoral de l’Église catholique. Les 50 Syriens qu’il reste à accueillir le seront, mais aucune date d’arrivée au Chili n’est encore fixée.

Jusqu’en 2015, le Chili a octroyé des visas de tourisme ou de résidence à plus de 300 Syriens. La communauté syrienne au Chili compte 80 000 personnes. En 2008, le Chili a également accueilli 117 Palestiniens qui vivaient en Irak. Actuellement, il n’y a pas de « réfugiés » palestiniens puisque tous ont été nationalisés. La communauté palestinienne au Chili atteint les 300 000 personnes ; ce qui fait d’elle la plus importante à vivre en dehors des territoires occupés par Israël au Moyen-Orient.

D’après EcoDiario,
Traduit par Marlène Landon

Raúl Florcita Alarcón : « J’ai décidé de vivre jusqu’à cent ans et cette candidature fait partie de mes projets »

Pía Figueroa, codirectrice de Pressenza, humaniste de longue date et auteure de plusieurs monographies et livres, a interviewé Raúl Florcita Alarcón, candidat humaniste du Frente Amplio aux prochaines élections présidentielles et législatives chiliennes de novembre, qui postule à un siège au parlement pour Curicó. Elle explique son choix : « Du simple fait de le voir, toujours si énergique et souriant, me reviennent en mémoire plusieurs situations caractérisées par son courage politique et son génie musical, depuis qu’il s’était présenté vêtu d’un smoking et de l’écharpe présidentielle au festival de Viña du temps de Pinochet, jusqu’aux innombrables fois au cours de la campagne pour le « Non » sur le plébiscite, où il nous a fait chanter et danser sa fameuse ‘Valse du Non’  pour dépasser la peur, en passant par la campagne à la députation qu’il a faite à Villarrica, et tant d’autres odyssées auxquelles je l’ai vu participer avec un fort engagement politique et l’incroyable intuition que requiert le moment ».

Photo : Rockvivo

 Comment perçois-tu le moment actuel ?

Je le perçois comme étant caractérisé par une éclatante transparence, à tel point qu’il y a des personnes qui ne veulent plus rien savoir, car elles ne savent pas comment éviter la violence que leur occasionne toute cette information. Savoir que l’argent seul est ce qui dirige la planète, c’est constater que ce n’est pas l’être humain qui est responsable de son avenir. La seule chose qui puisse donner des lignes directrices c’est de se réfugier au sein d’une nouvelle mystique spirituelle où « l’ensemble qualifierait l’individu » mais pas n’importe quel ensemble. C’est l’ensemble qui grandit silencieusement comme la réponse à une demande profonde du simple être humain, comme une étincelle silencieuse qui croît, ce n’est pas le politique, c’est le spirituel depuis lequel nous est donné l’enthousiasme de déclarer pour tous paix, force et joie.

Penses-tu que l’indifférence qui a éloigné 64 % des Chiliens des derniers processus de vote sera maintenant ébranlé de quelque manière et contribuera à ce qu’un plus grand nombre de personnes aillent voter ?

Ceci réussira dans la mesure où de fortes pointes d’inspiration se présenteront au « politique », et que les politiques puissent projeter de manière créative un futur aimable et bienveillant. Si cela se passe comme ça, les cœurs s’enthousiasmeront et de cette façon des électeurs endormis peuvent se réveiller et produire un réel impact. Cela dépend aussi du fait que notre Frente Amplio ait en interne, une relation respectueuse des groupes mais aussi des individus qui s’expriment de manière inhabituelle, obtenant en interne cette même dynamique.

Quels sont les espoirs suscités par le Frente Amplio, et quelles possibilités vois-tu pour la candidate à l’élection présidentielle, Beatriz Sanchez, au second tour ? 

Une très bonne possibilité en la personne d’une femme ignorant la mauvaise façon de faire la politique et dotée d’une forte impulsion de nouveauté et d’énergie, qui propose un puissant futur, avec de grandes possibilités de contaminer internement nos politiciens et de les convertir vraiment en nouveaux politiciens et de placer les Chiliens désillusionnés face à une nouvelle opportunité d’ouverture vers de radieux futurs !

De quelle manière abordes-tu ta campagne et te déploies-tu dans ton territoire d’origine pour rejoindre le Parlement ? 

Le contact est lancé via les réseaux Internet pour lancer la campagne et apparaître d’ici peu davantage sur ces terres avec des groupes importants de commandos jeunes et enthousiastes et, avec cette jovialité et cette énergie, arriver en saluant la Paix, la Force et la Joie pour tous !

Quelle signification revêt pour toi le fait de te présenter justement dans le lieu où tu es né et où tu as grandi ?

Il y a une forte composante de re-rencontre avec mon enfance et ma jeunesse d’étudiant à l’école N°1, après ma chère école normale de Curicó où nous ont reçus de nombreux jeunes professeurs du Maule. Rencontrer aussi mes débuts artistiques avec ma mère comme puissant guide et me remémorer aussi mes premiers pas en spiritualité dans les groupes de jeunes qui étions alors des partisans du catholicisme, bien que je conserve de lui la mystique dont je remercie les pères Villalón et Mansi, que j’admirais, quoique je ne participe plus de cette église à présent. D’une manière générale une expérience que, de plus, j’ai besoin de compléter.

Si tu es élu député, quels sont pour toi les projets les plus importants à encourager ? 

C’est très clair : j’encouragerais l’ensemble des lois que nous proposons en tant que Frente Amplio, c’est-à-dire NO+AFP [Non aux retraites privatisées, NdR], Assemblée constituante, loi sur l’eau, récupération du cuivre, etc… et de plus j’aimerais ajouter d’autres lois que proposa le candidat potentiel Alberto Mayol, qui me semblent aussi très intéressantes comme par exemple, la construction d’un train traversant tout le pays, ou une loi contre le centralisme, et aussi celle qui permet d’exproprier 20% des entreprises stratégiques, ce qui ralentira les probables collusions et l’évasion des impôts face à un système de lois intentionnellement inefficaces en matière de contrôles.

Que t’inspire cette énième aventure, qui te donne l’énergie que tu déploies ? 

Ces dernières semaines, j’ai composé une chanson pour les 103 ans de l’antipoète chilien Nicanor Parra, intitulée « Nicanor aime la vie, il aime créer, il aime écrire…de la poésie. A Nicanor 100 ans de vie dans l’artisanat quantique du mot ». Je te donne le lien, comme ça tu peux le publier. Cette reconnaissance du poète à la vie m’a incité à suivre ses traces, alors, j’ai décidé aussi de vivre jusqu’à 100 ans, et cette candidature fait aussi partie des projets à réaliser dans cette temporalité. Évidemment poursuivre avec de nouvelles chansons, que certains amis connaissent comme « oraisons radioactives chantées pour engager les athées dans des requêtes spirituelles » auxquelles certains athées avons droit. Je me déclare totalement responsable de ce nouveau défi, vivre jusqu’à 100 ans, dans la paix, la force et la joie.

Propos recueillis par
Pia FIGUEROA
Traduit de l’espagnol par Ginette Baudelet

L’ancien président chilien Eduardo Frei aurait bien été assassiné par Augusto Pinochet

Le 22 janvier 1982, l’ancien président Eduardo Frei Montalva (1964-1970) décède à la clinique Santa Maria à Santiago. Depuis, Carmen Frei, sa fille, dénonce un assassinat commis par les services secrets du général Pinochet et vient d’écrire un livre sur ce thème. Le juge Alejandro Madrid a récemment inculpé six personnes sous le chef d’assassinat. Hospitalisé pour une hernie au pancréas, l’ancien président Eduardo Frei Montalva (1) meurt subitement d’étranges « complications post-opératoires ». En 2000, sa fille Carmen Frei dénonce un assassinat car depuis 1980, Frei Montalva s’était ouvertement opposé à la dictature du général Augusto Pinochet. Elle vient de publier un livre « Magnicidio : la historia del crimen de mi padre » publié au Chili aux éditions Aguilar.

Photo : Bayano digital : Aguilar

La démocratie chrétienne et le coup d’État

Battu aux élections de 1970 par le socialiste Salvador Allende, le Parti démocrate chrétien (DC) de Frei Montalva devient un opposant féroce au nouveau président. Le 13 mai 1973, la DC élit Patricio Aylwin à sa présidence. Il est très agressif : « le gouvernement Allende est en train de détruire l’économie et de mener le pays à la misère et à la famine… Il a lancé une offensive totalitaire caractérisée par des illégalités, des abus, des mensonges, des injures, de la haine et de la violence à la recherche du pouvoir total qui lui permettra d’imposer une tyrannie communiste ». Le 22 août, la DC dénonce aux États-Unis de supposées « violations de la Constitution » par Allende, ce qui ouvre la voie à l’éventualité d’une action de l’armée. En fait, l’idée de la DC était que l’armée fasse tomber Allende de manière à pouvoir organiser de nouvelles élections par lesquelles, avec le soutien actif des États-Unis, la DC reviendrait au pouvoir. Pinochet, après le coup d’État du 11 septembre 1973, en décide autrement : tous les partis politiques, y compris la DC, sont interdits.

Frei Montalva s’oppose à Pinochet

Lorsque la DC se rend compte que les militaires n’organiseront jamais de nouvelles élections, Frei Montalva commence à s’opposer à Pinochet. Lorsqu’en 1980, celui-ci veut imposer une nouvelle Constitution, Frei s’oppose à lui. Le prestige national et international de Frei inquiète vraiment le dictateur : Frei devient un danger pour le régime. Fin 1981, l’ancien président est opéré d’une hernie au pancréas. L’opération est simple mais quelques semaines plus tard, il meurt étrangement d’une septicémie généralisée.

Les soupçons de Carmen Frei

Plusieurs années plus tard, Carmen Frei (2) lit le livre Sembra vientos (Qui sème le vent) écrit par Mariana Callejas, compagne de Michael Townley, un agent de la police secrète DINA. Une phrase la fait sursauter : « Je me rappelle que [le chimiste de la DINA Eugenio] Berrios a dit que la meilleure manière de se débarrasser d’un indésirable était de lui injecter une goutte de staphilocoque doré… » (3). Et Carmen se souvient de l’étrange mort de son père. Elle est maintenant convaincue qu’il a été empoisonné.

À la recherche de la vérité

En octobre 2002, Carmen porte plainte pour assassinat. La justice découvre que le rapport d’autopsie réalisé en 1982 a en fait été rédigé dix ans plus tard par d’autres médecins. En 2006, une nouvelle autopsie décèle des traces de gaz moutarde et de thallium. Le dossier Frei est attribué au juge Alejandro Madrid. Il s’aperçoit que deux des médecins de la Clinique Santa María étaient des agents de la DINA. En 2009, le juge Madrid inculpe six personnes : Patricio Silva, le médecin personnel de Frei, et Pedro Valdivia comme auteurs matériels de l’assassinat ; Luis Becerra, son chauffeur et homme de confiance qui était en fait un agent de la police secrète ; Raúl Lillo, un employé civil de l’armée, et les médecins Sergio Gonzalez et Helmar Rosenberg qui avaient réalisé une autopsie durant laquelle ils avaient extrait tous les organes du corps pour le bourrer de compresses et écrivirent le rapport d’autopsie bidon. Le 11 août 2017, le juge Madrid annonce qu’il ouvrira une procédure d’accusation en justice.

Le livre de Carmen Frei

Intitulé « Magnicidio : la historia del crimen de mi padre » (4), le livre de Carmen Frei raconte depuis une perspective personnelle le processus qui l’a menée des soupçons à la certitude que son père a bien été assassiné par la dictature. Et de se rendre compte des trahisons dont la famille a été victime : les médecins menteurs, le chauffeur de confiance qui était un agent des services secrets, etc. Cet événement a lieu alors qu’une quinzaine d’anciens commandants en chef des forces armées vient de publier dans le journal El Mercurio, une lettre qui prétend faire croire que « les militaires détenus à la prison de Punta Peuco (pour crimes contre l’humanité commis durant la dictature) n’avaient pas eu droit à un jugement juste », et que des secteurs liés à la dictature exigent que se retire la statue de Salvador Allende érigée près du palais présidentiel de La Moneda (au côté de statues d’anciens présidents du Chili). De plus, sur son compte twitter, le sénateur pinochétiste Iván Moreira salue le 11 septembre comme « le jour où Pinochet a sauvé le Chili, même si cela heurte la gauche totalitaire » ! La réponse de la présidente Michelle Bachelet est immédiate : « Je n’accepterai jamais que le désir légitime de justice et de réparation de milliers de familles chiliennes soit considéré comme du revanchisme ». Les blessures provoquées par la dictature dans la société chilienne sont encore loin d’être cicatrisées…

Jac FORTON

(1) Ne pas confondre avec son fils Eduardo Frei Ruiz-Tagle qui fut président du Chili de 1994 à 2000.   (2) Elle deviendra sénatrice DC lors du retour de la démocratie.   (3) Lorsque l’armée chilienne se rend compte que Berrios devra peut-être passer en justice, elle le fait assassiner en Uruguay…   (4) Publié par l’éditorial Aguilar au Chili.

Au Chili la légalisation de l’avortement dans les méandres de l’assemblée nationale : rejeté

Mardi 18 juillet dernier les Chiliens se sont réveillés apprenant l’approbation par le Sénat du projet de loi autorisant partiellement l’avortement.  Après de longues heures de discussions et débats, celui-ci a été voté in extremis dans les cas de danger pour la vie de la mère, d’un fœtus inviable et de viol. Le parlement avait accepté la loi en première lecture en mars 2016. Ce projet de loi avait ensuite circulé par différentes commissions avant d’être voté par le Sénat le 18 juillet, qui y a apporté des modifications. La dépénalisation de l’avortement, est l’un des combats de la présidente socialiste Michelle Bachelet.

Au Chili, environs 120 000 avortements clandestins sont pratiqués, avec tous les risques qu’ils comportent pour les femmes. Les femmes qui le pratiquent ainsi que les femmes qui avortent au-delà de cinq mois encourent des peines allant de trois à cinq ans de prison. Cette loi même limitée, si elle est ratifiée serait historique au Chili et représenterait la récompense à l’infatigable travail des militantes dans chaque coin du Chili pour garantir le respect et la protection des droits de femmes. Mais, contre tout attente le lendemain de l’approbation par le Sénat, les députés ont stoppé le projet de loi. Il a été repoussé par une voix d’un député démocrate-chrétien. Le projet de loi devait pour sa ratification avoir les voix de 67 députés et il n’a obtenu que 66 à faveur, 40 contre et une abstention. La présidente Michelle Bachelet a exprimé son grand regret signalant qu’ « Il y a des urgences qui exigent un accord, et non pas un “vote idéologique ou religieux ».

Alors que le 70 % de la population soutient cette initiative de loi, les députés chiliens sont passés à côté de cette occasion historique. Le parlementaire qui a voté contre ou se sont abstenus « continuent à vouloir exposer de milliers de femmes et des jeunes filles à la terrible souffrance des avortements clandestins, et les privent de décider de leurs propres corps, santé et vies à cause des lois et politiques conservatrices » a déclaré, Erika Guevara-Rosas, directrice pour les Amériques d’Amnesty International. Le projet de loi est resté maintenant dans les mains d’une commission mixte formée par cinq députés représentant toutes les courants politiques. Ces derniers devront débattre notamment sur les articles qui ont posé des problèmes, notamment le rôle des parents dans le cas d’un avortement de mineures de quatorze ans victimes de viol, le droit à l’objection de conscience de médecins et des équipe médicaux.

A quatre mois des prochaines élections présidentielles, pour Michelle Bachelet l’approbation de l’IVG représente un grand enjeu. La ratification et puis la promulgation de la loi devrait se faire avant mars 2018, jour de la passation du pouvoir. Les parlementaires conservateurs pour leur part, ont annoncé d’ores et déjà qu’ils présenteront un recours devant le Tribunal Constitutionnel afin de freiner sa promulgation et ralentir la procédure. « On aurait pu changer l’histoire, il ne manquait qu’une voix à faveur », a indiqué le député de centre-gauche, Marco Antonio Nuñez. La porte-parole de la Corporation pour les droits sexuels et reproductifs, Claudia Dides, a exprimé son regret également : « Si le projet de loi avait été voté par l’Assemblée nationale, le Chili aurait quitté enfin la liste des pays que n’autorisent l’avortement sous aucune clause ». Sept pays de l’Amérique latine interdissent l’IVG : República Dominicana, Haití, Honduras, El Salvador, Nicaragua, Chili et Suriname.

Olga BARRY

Rencontre historique entre le Chili et le Pérou pour un premier gouvernement binational

Le 6 juillet dernier, Michelle Bachelet, présidente du Chili, a été reçue à Lima par le chancelier péruvien Ricardo Luna, l’ambassadeur chilien au Pérou, Roberto Ibarra, et  Jorge Valdez, ambassadeur du Pérou au Chili. L’objectif de la visite officielle de Mme Bachelet à son homologue péruvien, Pedro Pablo Kuczinski, était de raffermir la relation entre les deux pays limitrophes, notamment avec la création  du premier cabinet binational Pérou-Chili dont la cérémonie d’inauguration s’est déroulée dans le salon Tupac Amaru du Palais présidentiel à Lima.

Photo : La Moneda

En signe de bienvenue, le président Pedro Pablo Kuczinski a écrit sur Twitter: « Avec cette historique binational Pérou-Chili, nous donnons un nouvel élan à nos relations bilatérales », En effet, cette réunion, à laquelle ont participé des entrepreneurs des deux pays, est la première qui se réalise entre ces États, dont les histoires ont été entremêlées de conflits armés. Ainsi, ce « Gabinete Ministerial Binacional » fut déclaré d’intérêt national lors de la résolution suprême qui a eu lieu le 8 mai dernier.

Ce rapprochement devrait aider les deux pays à ouvrir de nouvelles perspectives sur l’avenir dans différents domaines qui affectent la population en général. Sur ce point, Fernando Zavala, premier ministre péruvien et titulaire de l’économie et de finances, a affirmé que ce premier cabinet binational Pérou-Chili restera « un objectif historique fondamental pour la continuation et la consolidation des relations entre les pays latino-américains, dans ce cas spécial avec le Chili. »

La délégation chilienne était composée par dix-huit ministres, qui se sont concertés avec leurs homologues péruviens sur des sujets concernant chaque ministère. Mais surtout l’ordre du jour était axé autour de cinq thèmes fondamentaux sur lesquels repose désormais une solide coopération économique et commerciale : projets de société et de culture pour l’intégration ; sécurité et défense ; commerce extérieur, investissements et tourisme ; environnement, développement durable, affaires énergétiques et de l’industrie minière, et intégration des populations frontalières. Bien qu’il s’agit de la première réunion de ce type avec le Chili, le Pérou entretient régulièrement des « gabinetes binacionales » avec ses pays limitrophes : l’Équateur, la Colombie et la Bolivie. Rappelons que récemment la présidente Michelle Bachelet a rencontré son homologue argentin, Mauricio Macri, dans le même cadre de coopération internationale.

Eduardo UGOLINI

Michelle Bachelet, présidente du Chili, demande pardon aux Mapuches

Au nom de son pays, la présidente chilienne, Michelle Bachelet, a présenté vendredi dernier des excuses aux indiens Mapuche pour les injustices commises à leurs dépens et a promis de leur accorder davantage de droits et de ressources.

Photo : Eye On Latin America

« Je veux demander solennellement et humblement pardon au peuple Mapuche pour les erreurs et les horreurs commises ou tolérées par l’Etat dans nos relations avec eux et leurs communautés », a-t-elle déclaré, dans un discours prononcé au palais de La Moneda à Santiago. Environ six cents milles Mapuche vivent au Chili, essentiellement dans les régions boisées et montagneuses d’Araucanía et de Bio-Bio, à environ 600 km au sud de Santiago. Ils accusent les descendants de colons européens de les chasser de leurs terres et de piller leurs ressources. Les violences à l’encontre de compagnies d’exploitation forestière, qui leur sont souvent imputées, se multiplient dans ces régions.

Le pape François a annoncé récemment qu’il se rendrait au Chili en janvier prochain et qu’il ferait étape à Temuco, ville à sept cents km au sud de Santiago où les Mapuche sont nombreux. « Nous aurons, je l’espère, de bonnes nouvelles à lui annoncer », a ajouté la présidente Bachelet.

D’après  Zone Bourse

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Les élections présidentielles chiliennes : les enjeux d’un renouveau politique

Alors que la France est en pleine période électorale, peu d’informations sont disponibles concernant un autre pays qui va voir son paysage politique bientôt se modifier : le Chili. En effet ce pays choisira en novembre et décembre prochains le successeur de la socialiste Michelle Bachelet au palais présidentielle de La Moneda depuis mars 2014.

photo : Campagne officielle du PS

Le déroulement des élections dans un contexte constitutionnel modifié | Les élections présidentielles et législatives chiliennes auront lieu le 19 novembre et le 17 décembre. Pour départager les candidats des partis il y aura, comme en France et sur le modèle américain, des primaires le 2 juillet. Le scrutin primaire est ouvert aux partis ou coalitions qui désigneraient ainsi leurs candidats aux élections présidentielle et législatives du 19 novembre.

Synonyme de changement constitutionnel depuis l’avènement de la démocratie post-Pinochet, ces élections seront historiques. Elles marquent le renouvellement de la Chambre des députés et de la moitié du Sénat mais changent aussi le mode de scrutin qui passent d’un système binominal à un système proportionnel. Le nombre de députés a été augmenté, passant de 120 à 150, tout comme celui des sénateurs, passant lui de 38 à 50. Les circonscriptions électorales ont été modifiées. Pour répondre aux derniers scandales, une régulation et un encadrement du financement des campagnes a aussi été mis en place.

Les principaux candidats | La présidente actuelle, Michelle Bachelet, élue en 2014, ne peut se représenter puisque la Constitution interdit à tout président sortant de se représenter. Les médias chiliens présentaient au début du mois de mai 2017 deux principaux candidats: Sebastián Piñera pour la droite et Alejandro Guillier pour la gauche. Sebastián Piñera est l’ancien président du pays (2010-2014). Membre fondateur de Renovación Nacional, il est suspecté de corruption mais reste le grand favori des primaires de la droite. Alejandro Guillier est un ancien présentateur d’émissions politiques et d’investigations sur les chaînes télévisées chiliennes, responsable pendant des années, de 1999 à 2008, du principal programme d’information dominicale. Membre du Parti radical, il est le candidat du centre gauche et surtout le seul candidat aux primaires de la gauche et du centre.

Ricardo Lagos s’est en effet retiré de la campagne après sa défaite lors d’un vote interne en avril pour désigner l’aspirant du PS à la primaire de la Nueva Mayoría, la coalition de gauche qui a soutenu Michelle Bachelet. C’est lors de ce vote que les militants ont désigné l’ancien présentateur vedette comme candidat du parti socialiste pour les présidentielles.

Si M. Guillier est le seul candidat de la gauche et du centre c’est aussi parce que Carolina Goic, candidate démocrate chrétienne a décidé de se présenter en dehors de la primaire alors même que son parti est membre de la majorité de Bachelet. Marco Enríquez-Ominami, troisième homme lors des élections en 2009 avec plus de 20 % des voix et en 2013  avec 10,98 % de voix, a annoncé sa candidature en mai 2017. Le fondateur du parti Los Progresistas (les progressistes) pourrait donc une nouvelle fois s’avérer être un adversaire de taille.

Le bilan impopulaire de Michelle Bachelet | Le deuxième et ultime mandat de la présidente socialiste s’achève dans la douleur. Elle récolte en effet entre 60 % et 75 % d’opinions défavorables selon les sondages. Même si le bilan de Bachelet est honorable, il est fortement contesté. La baisse du chômage à 6,4 % malgré le ralentissement de la croissance économique ainsi que les bonnes prévisions de l’OCDE, qui estime que les conditions d’une reprise, même timide, sont réunies (progression du PIB de 2,52 % prévue cette année contre 1,66 % en 2016), ne suffisent pas à calmer les détracteurs de la présidente.

La hausse du PIB reste encore loin de la moyenne de 4,5 % entre 2001 et 2013. Et d’autres sources de mécontentement demeurent. Les promesses de réformes constitutionnelle et de l’éducation n’ont pas été respectées, ce qui a valu à l’actuelle présidente de chuter considérablement dans les sondages. Elle a aussi dû faire face à d’importantes manifestations comme celle du syndicat des travailleurs d’Escondida, au Chili, la plus grande mine de cuivre du pays, qui s’est terminée en mars ou encore les mouvements étudiants pour la gratuité des universités en avril dernier. Des soupçons de corruption dans son entourage n’ont fait que ternir un peu plus sa réputation.

Le choix d’un nouveau visage | Michelle Bachelet entraîne avec elle, dans sa chute de popularité, l’intégralité de son parti. Les six remaniements effectués pendant trois ans ont démuni la politique de Bachelet de ligne directrice. La fille de l’ancien président Salvador Allende, Isabel Allende Bussi, pourtant très appréciée, a par exemple dû se rétracter alors qu’elle aspirait à se présenter pour les présidentielles.

Renée Fregosi, philosophe, politologue et directrice de recherche en sciences politiques à l’université Paris III-Sorbonne Nouvelle, estime qu’«en désignant Alejandro Guillier, les socialistes ont choisi de régénérer le parti.». Elle pense que ce choix risqué reste tout de même courageux pour un PS «en phase d’essoufflement ». Choisir quelqu’un en dehors du parti leur permet de faire peau neuve, de se réinventer et donc de retrouver la confiance d’électeurs désillusionnés.

Vers un retour de la droite ? | Grand vainqueur des municipales d’octobre 2016 et lancée sur cet élan, la droite pourrait remporter les prochaines élections. L’ex-président de centre droit Sebastián Piñera est le favori selon les sondages. Cependant le candidat de la coalition du centre droit Chile Vamos est suivi de près dans les sondages par Guillier. Marco Enríquez-Ominami se retrouve en chute libre puisqu’il a actuellement seulement 18 points d’opinions positives. Le poids de l’ancien troisième homme pourrait donc être moindre par rapport à ses résultats de 2009 et 2013.

Un coude à coude gauche/droite encore possible |  Sebastián Piñera contre Alejandro Guillier. C’est ce que présagent les sondages pour le second tour de la présidentielle. Dans ce cas le Chili ferait face à un réel duel générationnel opposant un homme bien ancré dans le paysage politique, sénateur et ancien président de la République post-Pinochet, à un candidat du renouveau, politicien indépendant sans réel passé militant. Guillier est en effet sénateur depuis seulement quatre ans de la région de Antofagasta au nord du pays. Même si M. Piñera est en tête pour le moment, rien n’est joué. M. Guillier ne cesse de monter dans les sondages, et ce malgré les indices de popularité décroissants de Mme Bachelet, indices les plus bas qu’ait obtenus un président chilien depuis près de vingt-cinq ans.

Les voix abstentionnistes | L’abstention est la grande inconnue des prochaines élections. Lors des municipales d’octobre 2016, elle avait pratiquement atteint 65 %. Un sondage diffusé par El Mercurio dresse un schéma où 46 % des électeurs se sont déclarés sûrs d’aller voter pour la présidentielle. À l’inverse, 15 % savent et assurent qu’ils bouderont les urnes en novembre et décembre.

Maud REA

Émergence de la question migratoire dans le Chili 2017, pays d’accueil d’Haïtiens, de Colombiens ou de Péruviens

Enrique Gloffka, officier d’artillerie du Chili, a raconté dans un petit livre son expérience haïtienne (1). Il a en effet servi dans le bataillon chilien de la Mission de paix des nations unies en Haïti, la MINUSTAH. Le titre du livre est une sorte de carte de visite, en créole : « Nous sommes chiliens ». De retour dans son pays, le commandant Gloffka pourrait écrire un autre récit, intitulé, Nou se Ayitiens (Nous sommes haïtiens en dialecte créole) celui du Chili 2017, un Chili pays d’accueil de Haïtiens, Colombiens, ou Péruviens.

Photo : Montage Maud Rea

Les chiffres sont en effet surprenants. 25 % des 7 541 naissances enregistrées à l’hôpital San José en 2015, situé dans la commune d’Independencia près de Santiago, ont une mère étrangère. 56 % de ces femmes sont péruviennes, 24 % haïtiennes et 6,4 % colombiennes. Les chiffres seraient aujourd’hui plus élevés compte tenu de la perpétuation du flux. Le Chili, est un pays de migrants européens et arabes. Le Chili a par ailleurs été un pays d’émigration politique et sociale pendant les années de la dictature chilienne. 900 000 Chiliens vivraient en 2017 à l’étranger. En Argentine, Espagne, États-Unis et Suède, pour la majorité. Cette histoire de va-et-vient a laissé le pays sans législation migratoire actualisée.

Entrés clandestinement, ou comme touristes, les migrants finissent par régulariser leur situation. Chaque jour plusieurs centaines de touristes ou considérés comme tels débarquent à l’aéroport de Pudahuel. Chaque jour plusieurs centaines décident de rester. Les deux tiers ne vont pas plus loin que la capitale, où ils arrivent à survivre. Beaucoup sont vendeurs de rue. La plupart sans surprise, effectuent des travaux que les Chiliens répugnent à effectuer. Au total ils seraient relativement peu nombreux, 465 000 en 2015, soit 2,7 % de la population totale. Chiffre et pourcentage cela dit en accroissement lent et régulier.

Le Chili pour l’instant absorbe sans trop de mal ce flux migratoire. Il est continu, et encore modeste. Le Chili en somme retrouverait une tendance migratoire historique. N’a-t-il pas accueilli Allemands, Croates, Espagnols, Italiens, Serbes, et Palestiniens et même quelques Français dans un passé récent ? L’épopée du cargo Winnipeg, qui a symbolisé l’ouverture du pays aux réfugiés politiques républicains espagnols a été commémorée. Les Chiliens sont par ailleurs fiers du club de football, Palestinos, fondé par des migrants venus du Proche-Orient. Et les féministes chiliennes honorent la mémoire de Flora Tristan, qui a séjourné à Valparaiso en deux occasions.

La littérature s’est emparée de cette diversité retrouvée. L’autre, le migrant, est source d’inspiration poétique. Miguel Laborde, a chanté en avril 2017, Les humains venus en cette fin du monde, finis terrae, Que nous avons appelé Amérique (1). L’Afrique, une Afrique quelque peu enjolivée et conventionnelle est source d’écriture. Un auteur à succès, Jaime Collyer, a immergé dans l’un de ses derniers romans, un intellectuel africain dans une histoire chilienne de quadrature de couples. « La fidelidad presunta de las partes »[2], c’est le titre du roman, apparaitra quelque peu décalée, avec un héros guinéen au nom burkinabé, Ki-Zerbo, et au prénom anglo-saxon, « Matt ». Mais la parution d’un tel livre est en soi aussi révélateur que la présence sonore croissante, dans la rue, de musiques populaires caribéennes. Au croisement du savoir et des lettres, les témoignages de femmes migrantes ont été recueillis par les chercheurs du Centre d’étude des migrations de l’université catholique du Maule, et accompagnés formellement par une écrivaine, Daniela Ramirez[3].

Tout n’est pas pour autant au mieux dans le meilleur des mondes. Le Chili, comme beaucoup de pays latino-américains, est touché par la crise des matières premières. Le cuivre se vend moins bien. Les ouvriers mineurs ont fait de longues grèves pour protéger leur pouvoir d’achat. Le pays est en croissance quasiment négative depuis le début de l’année. Les migrants venus de pays plus mal lotis, peinent à s’intégrer. Alors que leur présence en nombre se fait financièrement exigeante. Depuis 2014 l’hôpital San José a été contraint de se doter d’interprètes. Des documents ont été édités en créole. Pour répondre à l’urgence le ministère de l’éducation (ou Mineduc) a évalué le nombre d’élèves étrangers sans papiers scolarisés. Au nombre de 24 000, ils devraient faire l’objet d’un soutien particulier. La police a manifestement pour instruction de chasser les vendeurs à la sauvette dans les rues piétonnes au cœur de la capitale. Les abords de la cathédrale, débordant de migrants péruviens sont particulièrement ciblés. La chasse aux passeurs illégaux est à l’ordre du jour aux confins nord du pays. Le poste frontière de Chacallula, sur la frontière avec le Pérou, leur fait la chasse depuis quelques mois. Les préjugés à l’égard de ceux qui sont différents posent problème depuis longtemps. Afro-chiliens d’Arica et Mapuches au sud peinent à voir reconnaitre leur réalité. Les Mapuches, premiers occupants marginalisés et confinés revendiquent un droit à la parole et à l’écriture.

Elicura Chihuailaf, poète et homme de lettres, a adressé une lettre confidentielle, à tous les Chiliens, afin que soient reconnus à part entière les Chiliens exclus de l’histoire[4]. La crise économique pointe du nez et croise l’exigence culturelle et sociale des migrants, comme celle des Afro-Chiliens et des Mapuches. Les autorités peinent et tardent à reconnaitre les droits des populations non-européennes. Une commission mise en place en juillet 2016, dite de dialogue pour l’Araucanie, a travaillé jusqu’en janvier 2017. Mais ses conclusions n’étaient toujours pas en avril 2017 connues. Le souhait des Afro-Chiliens d’Arica d’un traitement statistique particulier est jusqu’ici resté sans réponse. Les migrants parfois sont vus de façon ambiguë. Un quotidien de la capitale a ainsi présenté les quartiers à forte densité asiatique de Santiago, comme des « lieux où les Chiliens se sentent étrangers »[5]. Des voix, conscientes du risque social et politique, plaident pour la mise en chantier d’une nouvelle loi régulant les migrations. Avant que la question ne soit instrumentalisée politiquement, dérivant les peurs vers la discrimination et l’intolérance. Un chercheur du Centre d’étude des conflits et de la cohésion sociale, rattaché à l’université Diego Portales, Cristián Doña, a interpellé les candidats aux présidentielles chiliennes. « Afin que les migrants soient intégrés à la vie nationale, en tant que citoyens »[6].

Jean Jacques KOURLIANDSKY

(1) Miguel laborde, « Hacia la otra orilla », La Panera-Fundación El Observatorio, avril 2017. (2) Jaime Collyer, « La fidelidad presunta de las partes », Santiago, Mondadori, 2009 (3). Rodrigo Arellano,  -aniela Ramirez, Sonia Salas, Susan Sanhueza, « Narrativas de otros ojos », Santiago. (4) Elicura Chihuailaf, « Recado confidencial a los chilenos », Santiago, LOM, édition, 2015. – (5) Los Chinatown’ de Santiago, Donde los Chilenos parecen extranjeros, La Tercera, 29 avril 2017. (6) Carlos Salazar, Cristián Doña, sociólogo : el aporte del voto migrante podría ser decisivo en estas presidenciales, La Nación, 5 mai 2017.

CHILI : Pré-primaires présidentielles pour les coalitions politiques chiliennes

Le 2 juillet prochain auront lieu les primaires de toutes les coalitions en lice pour les élections présidentielles et législatives de novembre. Les partis conformant les coalitions réalisent en ce moment leurs primaires internes. Quelques surprises déjà. Aperçu des coalitions en course et de leurs candidats à quelques semaines des grandes primaires.

Photo : Agencia UNO

Chaque parti des diverses coalitions a le droit de présenter un candidat à une primaire interne. Chaque gagnant se présentera alors pour une primaire intra-coalition dont le vainqueur s’opposera aux vainqueurs des autres coalitions lors des élections nationales en novembre. Il y a aussi de nombreux candidats hors partis ou indépendants.

La Nueva Mayoria (Nouvelle Majorité, NM, centre gauche).   Coalition au pouvoir, la NM est composée de l’ancienne Concertation (les Partis socialiste-PS, Pour la Démocratie-PPD, Radical social démocrate-PRSD et Démocratie chrétienne-DC) à laquelle s’est joint  le Parti communiste (PC). La Concertation a gouverné quatre fois depuis la fin de la dictature, la droite une fois. La candidate de la DC est Caroline Goic, sa présidente depuis janvier 2017 et sénatrice. Le PPD proposait l’ancien président et vieux briscard de la politique Ricardo Lagos et le PS, sa présidente, Isabel Allende, fille du président Salvador Allende. Surgit alors une candidature inattendue, celle du journaliste et sénateur Alejandro Guillier, proche du PRSD qui lui apporta immédiatement son soutien suivi par le mouvement Gauche Citoyenne.

Le vote surprise du PS.   En octobre 2016, suite à des pressions internes du PS, Isabel Allende annonce qu’elle retire sa candidature au profit de Ricardo Lagos. Mais, surprise, le 9 avril dernier, le Comité central du PS décide, par 67 voix contre 36, de soutenir la candidature du sénateur Alejandro Guillier. Dépité, Lagos annonce qu’il retire sa candidature. Alors que la NM devrait choisir entre Guillier et Goic, cette dernière fait peser le doute sur sa participation à la primaire estimant que Guillier est trop à gauche et que « certains électeurs de centre droite pourraient se décider pour elle plutôt que pour Piñera pour former un vrai centre ». La DC se décidera dans les jours prochains.

Coalition Chile Vamos (Chili en avant, droite).   Anciennement la Alianza, elle est composée des partis Rénovation nationale (RN, centre droite), Evopoli (Évolution Politique, centre droite), Régionaliste Indépendant (PRI, centre droite), et Union démocrate indépendante (UDI, très à droite, ex-bras politique de Pinochet). La coalition devra choisir entre trois candidats : Felipe Kast, député d’Evopoli, Manuel Ossandón, ex-RN et sénateur, et Sebastián Piñera, indépendant proche de RN et unique président de droite (2010-2014) depuis la fin de la dictature. Les sondages le donnent favori de sa coalition, mais ici aussi des surprises sont toujours possibles. Ainsi Felipe Kast se présente comme une troisième voie entre RN et UDI avec un projet qui attire plusieurs jeunes dirigeants RN qui « ne sentent aucun espace » pour eux dans les partis traditionnels.

Frente Amplio (Front ample, gauche).   Le Front Ample rassemble plusieurs petits partis et mouvements de gauche sous l’impulsion de nouveaux dirigeants jeunes tels que Giorgio Jackson et Gabriel Boric.  Leur primaire se décidera entre le sociologue Alberto Mayol du mouvement Nouvelle Démocratie, l’avocat Luis Mariano Rendón pour le Parti Pirate, le sociologue Carlos Ruiz pour la Gauche Autonome, et la journaliste Beatriz Sánchez, étoile montante de cette coalition qui propose une « nouvelle alternative politique pour le Chili ».

Partis hors coalitions.   Ces candidats se présentent de manière autonome sans appartenir aux coalitions précédentes. Le député Marco Enriquez-Ominami (Partido Progresista, PRO, centre droite) se représente de nouveau de manière indépendante après avoir hésité à intégrer le Front Ample. Le Parti Todos (Tous) propose le présentateur de télévision Nicolas Larraín et l’ingénieur commercial Nicolas Shea. De son côté, le sénateur Alejandro Navarro défendra les couleurs du Partido País.

Candidatures Indépendantes.   L’avocate Carola Canelo, l’ancien député Tomás Jocelyn-Holt se présentent de manière autonome. L’économiste Franco Parisi a le soutien de Démocratie régionale patagonne et de plusieurs mouvements citoyens dont l’Anticorruption et le Pouvoir des gens. Le député José Antonio Kast, après avoir quitté l’UDI, se présente comme indépendant. Finalement, l’économiste Marcel Claude, déjà candidat aux élections de 2013, réitère sa candidature.

Les primaires (obligatoires) pour toutes les coalitions auront lieu le 2 juillet prochain, le premier tour de l’élection présidentielle le 19 novembre et le second tour le 17 décembre. Les électeurs devront alors également élire les sénateurs et les députés.

Jac FORTON

Le chanteur et musicien chilien Ángel Parra nous a quittés…

Né en 1943 à Valparaíso, Ángel Parra, chanteur, romancier et musicien, est l’une des grandes figures de la diaspora chilienne internationale et tout particulièrement de celle en France, pays où il a habité depuis 1976. Fils de Violeta Parra, il a été immergé dans le monde de la recherche et de la création tant musicale que littéraire et artistique. Ci-dessous, le communiqué de l’ambassade du Chili en France.

C’est avec immense regret et tristesse que l’Ambassade du Chili en France annonce le décès de Ángel Parra, survenu ce matin à Paris. Reconnu comme une Figure fondamentale de la musique chilienne, il est décédé à Paris des suites d’un cancer contre lequel il a combattu courageusement presque trois ans, sans jamais cesser ses concerts, ses récits, les présentations de ses livres, ses enregistrements audiovisuels, tout en participant activement à l’Année du Centenaire de Violeta Parra, sa mère. Il a été soutenu et accompagné par sa veuve Ruth Valentini et ses enfants Javiera et Angelito  musiciens et chanteurs de talent, à qui nous présentons nos condoléances affligées.

Le Chili doit beaucoup de son image et de sa créativité à ses artistes dont Angel Parra. Ángel était non seulement membre d’une dynastie de créateurs incomparables, tout en demeurant un être engagé, solidaire, entier, mais aussi une personnalité charismatique et généreuse. En témoignent ses derniers livres parus au Chili en janvier 2017 en moins de dix jours : « Mi nueva canción Chilena » et un livre pour enfants de 4 à 8 ans « Al mundo niño le canto » ainsi que le DVD « Violeta plus vivante que jamais » avec des interviews de personnalités ayant connu intimement Violeta Parra, tels le cinéaste et écrivain Alejandro Jorodowsky, le poète Gonzalo Rojas, etc. Très vite, il a partagé la scène avec sa mère comme musicien et créateur et, en 1965, il est l’un des fondateurs de « La Peña de Los Parra » qui devient le lieu de la chanson populaire chilienne où se retrouvent de nombreux artistes, dont Isabel Parra, Mercedes Sosa, Paco Ibáñez, Pablo Neruda ou Víctor Jara.

Au lendemain du coup d’état du 11 septembre 1973 qui a instauré la dictature de Pinochet au Chili, il a été emprisonné au Stade National, puis relégué au camp concentrationnaire de Chacabuco. Il a ensuite été déporté parce qu’il était militant de gauche et avait soutenu  Salvador Allende. Il a passé un an au Mexique avant de trouver refuge à Paris où il s’était installé depuis 1976. Après l’exil, son premier retour au Chili  a été en 1989, année dans laquelle il a fait une tournée artistique autour du plébiscite où le « NON » au dictateur l’a  emporté. Fin 2004, il reçoit avec sa sœur Isabel le titre de Figuras Fundamentales de la Música Chilena.

De la longue discographie et de la vie musicale de Ángel Parra ressort son disque, Venceremos, hommage à Salvador Allende sorti lors du trentième anniversaire du coup d’état (2013). Il est l’auteur du recueil Dos Palomitas et autres mélodies (Mille et une nuits, 2003) et du roman, Mains sur la nuque (Métailié, 2007) dans lequel il évoque les événements de septembre 1973. En 2006, Ángel Parra a publié simultanément un CD où il interprétait les chansons de sa mère Violeta Parra et un livre sur son histoire, Violeta se fue a los cielos (« Violeta s’en fut aux cieux »). Le réalisateur chilien Andrès Wood (prix Goya pour La Buena vida et Mon ami Machuca) a adapté ce roman d’Ángel Parra dédié à sa mère dans le film « Violeta », sorti en France au printemps 2012. Il laisse aussi son roman de 2015, « Bienvenue au Paradis »  qui fait ressortir son esprit infatigable, esprit qui l’a aussi amené à donner plusieurs concerts ces derniers mois, invitant de jeunes musiciens chiliens de grande qualité à se joindre à lui. Cet homme inspiré avait ainsi récemment offert son art dans le cadre de l’année Violeta Parra, sa mère, dont le Chili fête les 100 ans de sa naissance, suite à l’invitation de la Présidente du Chili, Mme Michèle Bachelet. « Violeta Parra 100 ans » a été ainsi inauguré avec les résonances et les récits de Ángel Parra qui, même malade, avait encore donné de sa créativité et de son énergie pour célébrer la vie, la musique et la parole.

Nos condoléances, nos pensées et notre affection vont à sa veuve, Ruth Valentini, à ses enfants Javiera et Angel et à tout le Clan Parra. Espaces latinos se joint aux condoléances de tous les amis des Parra dans le monde, pour cette perte tragique d’un grand personnage de l’histoire et de la culture chiliennes.

Ambassade du Chili en France

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