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Chili

Amnesty International demande au Chili d’arrêter d’incriminer le peuple indigène mapuche

Amnesty International a demandé à l’État chilien de «cesser immédiatement d’incriminer le peuple indigène mapuche et ses chefs en recourant à la loi antiterroriste» après un verdict qui a condamné samedi 5 mai trois Mapuches pour la mort d’un couple d’agriculteurs dans le Sud du pays.

Photo : Amnesty International

Le 13 janvier 2013, dans une région rurale proche de Temuco, un groupe d’individus cagoulés avait attaqué le domicile du couple formé par Werner Luchsinger (75 ans) et Viviane Mackay (69 ans), à coups de feu et de bombes incendiaires, causant la mort du couple ainsi que la destruction de leur logement.

Dans un communiqué publié sur le site officiel de l’organisation, la directrice du programme Amériques d’Amnesty International, Erika Guevara-Rosa, a critiqué le processus judiciaire du cas Luchsinger-Mackay, dans lequel les trois Mapuches ont été déclarés coupables de délit terroriste d’incendie ayant entraîné la mort.

«Ce procès, marqué par de nombreuses plaintes pour irrégularités, montre bien que la justice est appliquée de façon discriminatoire contre les dirigeants des peuples indigènes. Cela porte préjudice aux accusés et viole le droit à la justice des victimes du crime qui a été commis et de leurs proches», a déclaré Erika Guevara-Rosas dans le communiqué publié par Amnesty International. «L’État chilien a l’obligation de ne pas discriminer les membres du peuple mapuche, et de garantir leur droit à un procès équitable au lieu de les taxer de “terroristes”» […] Il doit aussi faire la lumière sur ces faits et déférer à la justice les responsables présumés de la mort tragique du couple Luchsinger-Mackay, dans le cadre d’une procédure conforme aux normes d’équité des procès», a-t-elle signalé. Elle a ajouté que ce procès était «contraire aux règles internationales d’un procès équitable», et a condamné fermement l’application de la loi antiterroriste pour résoudre ce genre de problématiques :

«Dans la mesure où le Chili a déjà été condamné dans le passé par la Cour interaméricaine des droits de l’homme en raison de l’application de la loi antiterroriste contre le peuple mapuche, en particulier en ce qui concerne la détention provisoire prolongée et le recours à des témoins anonymes, il est scandaleux que les autorités aient ainsi insisté pour appliquer cette loi dans des conditions quasiment identiques, dans cette affaire», a-t-elle déclaré.

Le président chilien Sebastián Piñera s’est quant à lui réjoui ce samedi sur son compte twitter de l’application de la loi antiterroriste par le tribunal de Temuco et a condamné les Mapuches : «aujourd’hui, avec la condamnation de trois accusés par l’application de la loi antiterroriste, la justice a fait un grand et courageux pas en avant, et l’impunité a subi un recul nécessaire et puissant. Je réitère mon engagement de tolérance zéro face au terrorisme».

La peine contre les trois Mapuches sera rendue publique le 11 juin prochain, ce qui portera à quatre le nombre de condamnés dans cette affaire, pour laquelle le machi (chaman) Celestino Córdova a déjà été condamné à 18 ans de prison, comme auteur du double homicide.

Le sud du Chili est depuis plusieurs décennies le théâtre d’un conflit entre les communautés mapuches, qui réclament des terres ancestrales et des entreprises agricoles ou forestières qui les possèdent ; un conflit qui a dégénéré, ces dernières années, en flambées de violence dans lesquelles sont morts plusieurs Mapuches, policiers et agriculteurs. De même, plusieurs dizaines de Mapuches ont été jugés et condamnés pour divers délits, principalement des attaques incendiaires.

D’après El mostrador
Traduction de Léa JAILLARD

Lancement d’un nouveau média chilien porté par Beatriz Sánchez et le Frente Amplio

Beatriz Sánchez est de retour dans le milieu du journalisme. Le mardi 2 mai — à l’occasion d’une rencontre dans le cadre de la Journée mondiale de la liberté de la presse — a eu lieu le lancement d’un nouveau média chilien : Clever. Sa directrice, Beatriz Sánchez, a été la candidate de la coalition de gauche Frente Amplio lors des dernières élections présidentielles de 2017.

Photo : La Tercera

Il s’agit d’un web média dont le format mêle journalisme digital et contenus propres à une chaîne de télévision. C’est ainsi que l’a expliqué la directrice de ce nouveau média, Beatriz Sánchez, au journal La Tercera. Selon elle, ce média va privilégier la diffusion des «éditoriaux de qualité» ayant pour but de «représenter les gens».

Selon La Tercera, le propriétaire de Clever est Fernando Salinas, entrepreneur et écologiste proche du parti Libéral, et des sources proches de Clever admettent que sa ligne éditoriale est libérale, centre-gauche. Pourtant, ils aimeraient toucher leur public au-delà de la coalition Frente Amplio et ainsi «faire de la place aux intellectuels, politiques, et voix de centre-gauche en général». Par ailleurs, ayant pour but de suivre une politique de la transparence, le média s’engage à rendre public la liste des clients et de leurs donations dans une section du journal.

Toujours selon La Tercera, un groupe de partisans du parti Libéral dont le député Vlado Mirosevic (parti faisant partie du Frente Amplio) serait à l’origine de ce projet. C’est à la suite des dernières élections présidentielles du 19 novembre que tout s’est vite organisé et que le nom de l’ex candidate est immédiatement apparu afin de jouer un rôle majeur dans ce projet. Idée à laquelle Beatriz Sánchez aurait adhéré sans aucune hésitation.

Lors des dernières élections, où la coalition Frente Amplio a remporté la troisième position (20,33 %), Beatriz Sánchez a déclaré son mécontentement vis-à-vis des médias traditionnels. «Il a été dur de faire la campagne avec l’opposition de tous les médias.» C’est ainsi qu’en tant que journaliste elle avait réfléchi à la possibilité de créer un média «libéré du pouvoir, représentant les gens. Un média refusant de parler au nom d’une objectivité qui n’existe pas vraiment», a-t-elle déclaré à La Tercera.

Le nouveau média Clever a publié une vidéo de présentation dans laquelle Beatriz Sánchez prend la parole. Elle y déclare les raisons justifiant la création de ce média. «Il faut penser à la politique autrement, [] la faire sortir des institutions traditionnelles, comme La Casa de la Moneda. Des endroits où il est difficile faire bouger les choses.» «Il faut donc rendre possible le débat au sein des familles, dans la rue, etc. Il faut également que les médias soient prêts à laisser de la place au débat.» ; pour elle, les médias traditionnels sont incapables de jouer ce rôle puisque 80% suivent une ligne de pensée politique de droite et conservatrice. Ils représentent donc ceux qui veulent la survivance du statu quo actuel.

Comme elle l’a déclaré à El Mostrador, Beatriz Sánchez ne pense pas faire un journalisme au service d’un certain intérêt politique, mais bien un journalisme rendant le débat possible. Débat qui, pour elle, a constamment manqué dans la politique au Chili. Et c’est ainsi qu’elle va reprendre le travail qu’elle avait déjà réalisé en tant que journaliste, un travail qu’elle veut défendre en argumentant qu’il est indépendant du Frente Amplio. Que les gens ne sont pas idiots et que les gens vont leur tourner le dos s’ils proposent de la propagande. Concernant son maintien en politique, elle a déclaré à La Tercera qu’«[elle allait] continuer [son] activité politique en parallèle» et que le fait de travailler à la fois en tant que journaliste et femme politique confirme sa théorie selon laquelle «la politique doit se jouer partout».

Mario PÉREZ MORALES

Site de Beatriz Sanchez ici

Le Vatican reconnaît de graves erreurs d’appréciations sur les agressions sexuelles au Chili

Le pape François a admis avoir fait de «graves erreurs» de jugement relativement au scandale sur les agressions sexuelles au Chili, et a invité les victimes qu’il avait discréditées à venir à Rome pour leur demander pardon. Dans une lettre hors du commun publiée mercredi, le pape a aussi convoqué tous les évêques chiliens au Vatican pour un sommet d’urgence dans les prochaines semaines afin de discuter du scandale, qui a grandement entaché sa réputation et celle de l’Église catholique chilienne.

Photo : El Quinto Poder

Le Vatican convoque de telles rencontres d’urgence à de rares occasions, lorsque l’intervention du Saint-Siège est requise de manière urgente, notamment lors de l’explosion du scandale d’agressions sexuelles par le clergé aux États-Unis en 2002.

Le pape François a affirmé que la rencontre, qui est annoncée seulement un an après la plus récente visite régulière des évêques chiliens à Rome, aura pour objectif de «réparer le scandale là où cela est possible et de rétablir la justice».

Le souverain pontife a évoqué un manque d’«information équilibrée et véridique» pour expliquer ses erreurs de jugement dans l’affaire de l’évêque Juan Barros, un protégé du plus tristement célèbre prêtre prédateur au Chili, le père Fernando Karadima. Lors d’une visite en janvier au Chili, le pape François avait défendu vigoureusement M. Barros, qui est accusé par de présumées victimes d’avoir balayé sous le tapis des agressions sexuelles qui auraient été commises par le père Karadima.

Pendant ce voyage, le pape a qualifié de «calomnies» les allégations à l’encontre de l’évêque Barros. Le pape François a affirmé mercredi qu’il fallait s’efforcer «de rétablir la confiance envers l’Église, une confiance qui a été brisée par nos erreurs et péchés, et de panser les blessures qui saignent encore dans la société chilienne».

Le père Karadima était un prêtre charismatique proche du pouvoir. Ses victimes se sont exprimées publiquement en 2010, après avoir affirmé pendant des années aux autorités religieuses que le père Karadima les embrassait et les caressait quand elles étaient adolescentes. Des allégations à son sujet circulaient depuis 2002.

D’après le Service de presse du Vatican

À la frontière du Chili et de la Bolivie : des blessures mal cicatrisées depuis plus d’un siècle

Quand on évoque la violence qui fait rage et la situation économique dramatique dans laquelle se trouvent de nombreux pays d’Amérique latine, il est un événement qui retient rarement l’attention : le litige frontalier entre le Chili et la Bolivie. Aujourd’hui, ce litige qui est jugé cette semaine à la Cour de justice de La Haye montre à quel point une chaîne de montagnes, aussi imposante soit-elle, ne constitue pas une frontière en elle-même, et qu’il n’existe pas de frontière naturelle sans accord politique préalable. Le cas de la Bolivie en est un exemple frappant.

Photo : Cooperativa

Certaines régions du monde expriment par excellence l’idée, très répandue dans l’Antiquité, selon laquelle les dieux ont toujours habité les endroits privilégiés, d’où sont sortis les plus grands royaumes, les plus grandes concentrations de population. C’est le cas, par exemple, de Rome, d’Istanbul, de Londres, de New York, de Buenos Aires, de Rio de Janeiro, de Shanghai… Ces immenses métropoles doivent leur destinée à un emplacement stratégique : l’accès à la mer, assurant ainsi tous les avantages du commerce maritime. Le droit de la mer, c’est ce que réclame aujourd’hui la Bolivie.

En effet, enclavé dans la cordillère des Andes, le peuple bolivien a le privilège d’évoluer tout près du ciel mais loin, très loin du continent liquide dont les réserves – animales ou minérales – s’avèrent de plus en plus nécessaires à la nourriture et à la survie de l’humanité. C’est là un élément clé de l’affrontement diplomatique entre les deux pays voisins. Car pour la Bolivie l’enjeu territorial est surtout économique, si l’on tient compte du fait que ce pays, qui fit partie du berceau de l’Empire inca, est aujourd’hui le plus pauvre de l’Amérique latine.

Pour mieux comprendre ce que les avocats et d’autres représentants du Chili et de la Bolivie tentent de démêler à présent devant la Cour internationale de Justice de la Haye, un bref rappel sur la dimension historique du litige s’impose. Tout a commencé avec la conquête espagnole, au XVIe siècle, et l’effondrement de l’empire inca, et avec la lente émergence d’États-nations au XIXe siècle. C’est à ce moment-là que la cordillère des Andes est devenue une véritable chaîne, une chaîne qui est apparue dans toute son ampleur pour la Bolivie au moment du tracé des frontières avec le Chili.

Initialement, c’est-à-dire depuis la conquête espagnole, la Bolivie, qui dépendait alors de la vice-royauté du Pérou, bénéficiait d’un accès à la mer (une fraction importante du Chili septentrional actuel était bolivienne). Mais la découverte de gisements de nitrates dans la région d’Atacama, aujourd’hui désert du nord du Chili, bouleversa le fragile équilibre des frontières. Les gisements ayant été concédés à une compagnie britannique qui employait une main-d’œuvre chilienne, le Chili, peu à peu, s’arrogeait un droit d’exploitation que lui contestait la Bolivie.

Dans un premier temps, un accord, réalisé en 1866, laissa indivisée la région comprise entre le 23e et le 25e parallèle, jusqu’à ce qu’éclate en 1879 la guerre dite du Pacifique, opposant le Chili à la Bolivie et au Pérou. Le Chili vainqueur, les Boliviens perdirent leur accès à la mer (1883), et les Péruviens la province sud de Tarapacá (1853) qui fait partie désormais du Nord chilien. Devenue un État enclavé à l’intérieur des terres, la Bolivie a réclamé sans cesse le rétablissement de son accès à l’océan Pacifique perdu face au Chili. «La cause de la Bolivie est une cause juste», a déclaré le président Evo Morales qui, depuis avril 2013, demande à la CIJ la renégociation des frontières.

Rappelons qu’à l’issue de la guerre contre le Chili, il y a plus de 130 ans, le pays andin avait perdu 120 000 km2 de son territoire et surtout 400 km de littoral le long du désert d’Atacama. «La Bolivie est née avec la mer et les deux sont inséparables : depuis son enclavement forcé, notre pays ne peut profiter des richesses et des opportunités offertes par les océans», a dit M. Morales il y a quelques semaines lors d’une conférence de presse. Et l’ancien président bolivien Eduardo Rodríguez Veltzé, membre de la délégation présente à La Haye, a ajouté que «la croissance annuelle du PIB de la Bolivie serait supérieure d’au moins 20 % si elle n’avait pas été privée d’un accès à la mer». Mais il ne s’agit pas seulement de la mer : une vingtaine de militants boliviens étaient présents le 20 mars à La Haye devant la Cour internationale de Justice, affirmant que la perte de la mine de Chuquicamata, la plus grande mine de cuivre à ciel ouvert du monde, qui se trouve dans la zone disputée, avait de graves conséquences économiques pour les peuples indigènes du pays. Aussi, au cœur du débat se trouve la ville d’Antofagasta, capitale minière du Chili.

De son côté, le Chili réclame le respect des frontières telles qu’elles ont été ratifiées lors de l’accord de paix de 1904. En ce sens, le président chilien Sebastián Piñera a estimé que son pays n’avait «aucune obligation de négocier» un accord que la Bolivie avait signé. Toutefois, M. Piñera s’est montré conciliateur, en ajoutant que son pays était «disposé à écouter et à dialoguer avec la Bolivie, étant entendu que c’est la meilleure façon de gérer les relations entre les deux pays voisins».

Les plaidoiries ont commencé le lundi 19 mars et se sont poursuivies jusqu’au 28 mars. C’est la dernière étape du procès que le gouvernement bolivien avait initié en 2013 à La Haye. La décision de la Cour n’est pas attendue avant plusieurs mois.

Eduardo UGOLINI

De Michelle Bachelet à Sebastián Piñera, l’alternance gauche-droite à la présidence du Chili

Sebastián Piñera, l’homme d’affaires de centre-droite, a repris la présidence du Chili dimanche 11 mars dernier. Il succède à Michelle Bachelet, à qui il avait déjà succédé en 2010. On assiste depuis 2006 à une alternance gauche-droite entre ces deux candidats, mais cette fois-ci, Sebastián Piñera représente une nouvelle coalition des trois partis sous le nom de « Chile Vamos », constituée et intégrée par son ancien parti, Rénovation Nationale (RN), le Parti Régionaliste Indépendant (PRI), Evópoli, et l’Union Démocratique Indépendante (UDI), proche de la ligne de Pinochet.

Photo : Wikimedia

Michelle Bachelet, aujourd’hui ex-présidente socialiste, a signé cinq jours avant la fin de son mandat un projet de réforme constitutionnelle qui propose une nouvelle constitution. C’était une de ses promesses de campagne. Sachant que l’actuelle constitution date de 1980 et fût imposée par le régime de Pinochet, elle pourrait être modifiée pour la deuxième fois, suite aux rectifications établies sous la gouvernance du socialiste Ricardo Lagos dans les années 2000. Ce nouveau document permet la reconnaissance des groupes indigènes Mapuche devant de la loi et se fonde sur les droits fondamentaux du peuple chilien.

Sebastián Piñera a repris la présidence en promettant de relancer la croissance économique, comme l’un des accomplissements les plus emblématiques de son premier mandat. Son nouveau programme économique promeut la libre concurrence entre les entreprises et prévoit la réduction des impôts sur celles-ci. Il promet également d’augmenter les retraites, d’assouplir les régulations dans le secteur minier, et de réduire le niveau de pauvreté. Lors de la passation de dimanche dernier, il a souligné : « Ma mission, c’est de transformer le Chili en un pays développé et sans pauvreté. »

En tant qu’homme d’affaires possédant l’une des plus grandes fortunes du pays et après une formation d’économiste, il a réussit à convaincre ses électeurs par son discours libéral. Piñera est très critique vis-à-vis du mandat de Bachelet, et l’accuse d’avoir laissé le pays paralysé avec un taux de chômage encore plus élevé (6,5 %) et des salaires abaissés. Il promet de doubler la croissance (sur ce point, ce qui ne fut pas le cas pour le gouvernement de Michele Bachelet, le Chili devrait profiter du contexte international) et de créer 600 000 emplois. En outre, d’aucuns craignent une remise en cause des réformes sociétales du gouvernement sortant en matière de dépénalisation de l’avortement et du mariage homosexuel. Mais, d’après les spécialistes, cette crainte serait infondée puisque la majorité de la population a déjà approuvé ces réformes.

L’héritage de Michelle Bachelet

Le gouvernement de Bachelet a instauré une série de réformes avec succès (certaines d’entre elles sont encore inachevées, d’autres sur le point d’être approuvées), afin de modifier les réformes imposées par la dictature de Pinochet et de doter le Chili d’une meilleure protection sociale et d’un système universitaire accessible à tous. Le candidat Piñera a accepté de conserver la « gratuité » des universités. Les réformes sous Bachelet constituent des avancées en matière d’éducation supérieure et publique, de politique fiscale, mais aussi dans le monde du travail. Elle a aussi soutenu des réformes sociétales telles que le droit à l’avortement dans certains cas, ainsi que la loi sur l’identité de genre et l’union civique entre personnes du même sexe (Pacs).

Le premier mandat de Bachelet, débuté en 2006 et achevé en 2010, atteint un taux de popularité de 89 %. Aujourd’hui, elle quitte son poste avec 39 % d’approbation, selon les études du centre d’investigation Cadem. On assiste aujourd’hui à une autre victoire significative qui illustre un virage à droite dans d’autres pays de la région, comme c’est le cas en Argentine avec Mauricio Macri et au Brésil avec Michel Temer. Il nous faudra attendre la totalité des résultats des élections à venir pour mieux visualiser le nouveau paysage politique d’Amérique latine.

Karla RODRIGUEZ

Chili : Fin de mission pour Mgr Charles Scicluna, l’envoyé du Vatican chargé de l’enquête sur l’affaire Mgr Juan Barros

Mgr Charles Scicluna, envoyé spécial du pape François et personnalité en charge de l’enquête sur Mgr Juan Barros, est rentré du Chili le premier mars. Dans cette affaire, Mgr Juan Barros, évêque d’Osorno, est accusé d’avoir couvert les abus perpétrés par le prêtre chilien Fernando Karadima.

Photo : Mgr Scicluna/La Tercera

Suite à son dernier voyage au Chili, le pape François a pris la décision d’envoyer Mgr Charles Scicluna comme envoyé spécial dans la délicate affaire de pédophilie impliquant l’Église. Mgr Juan Barros , évêque d’Osorno, aurait en effet joué un rôle majeur dans les différents événements qui ont eu lieu lors de la visite du pape au Chili, et sa présence avait alors été lourdement contestée. Le prêtre chilien Fernando Karadima a été condamné à vie par le Vatican en 2011 pour avoir abusé sexuellement et psychologiquement de dizaines de personnes. F. Karadima était curé de la paroisse El Bosque (sise dans un quartier cossu de Santiago) depuis 1972 avant sa condamnation. Il avait également été directeur spirituel de Mgr Barros pendant plus de trente ans. C’est ce rapport d’amitié qui est pointé du doigt par de nombreuses personnes, dont les victimes. Elles accusent en effet ce dernier d’avoir dissimulé, au nom de leur lien d’amitié, les délits commis par Karadima. La situation deviendrait donc un problème pour le pape François. Si l’accusation est vraie, il sera le seul à pouvoir intervenir et demander la démission de l’évêque, selon Anastasía Assimakópulos, spécialiste en droit canonique de l’université des Andes (Journal La Tercera 19/01/18).

À cette époque, le pape avait décidé d’ignorer les voix contre Mgr Barros, lui permettant ainsi de participer à ses côtés à plusieurs événements lors de son voyage au Chili. Il a par exemple pris part à la « messe pour la paix et la justice », qui a eu lieu dans le parc O’Higgins, première rencontre du pape avec ses paroissiens. Sa présence dans ces événements de masse a alors été perçue comme la preuve que le pape soutenait l’évêque d’Osorno. Certains ont montré leur désaccord envers ce rôle majeur de Mgr Barros. « Sa présence gâche la visite du pape. Cependant, il a le droit d’y être en tant qu’évêque » a déclaré l’évêque d’Iquique, Guillermo Vera, selon le quotidien La Tercera. « Cela m’a laissé un goût amer, qu’un frère ait pu prendre part à de tels actes », a déclaré Alejandro Goic, président de la Commission nationale pour la prévention des abus de l’épiscopat, à Radio T13.

Le pape François a l’habitude de parler avec la presse, lorsqu’il rentre de tournées ou lors de ses voyages. Il a, à cette occasion, fait des déclarations au sujet de l’affaire Mgr Barros, qualifiant de calomnies les accusations à son encontre. Il a également manifesté son incapacité à juger l’évêque d’Osorno sans réelles preuves l’incriminant. Étonnamment, quelques jours après son retour, il a tout de même ordonné une enquête sur cette affaire, en envoyant Mgr Scicluna au Chili. L’archevêque de Malte s’était déjà occupé d’autres enquêtes sur la pédophilie auparavant, celle du prêtre mexicain Maciel par exemple, qui n’avait été condamné que par l’Église, échappant à la justice ordinaire.

Lors de son voyage au Chili pour l’enquête, Mgr Scicluna ayant été hospitalisé pour une inflammation de la vésicule biliaire, c’est Mgr Jordi Bertomeu, officiel de la congrégation de la Doctrine de la foi, qui avait pris le relais. Mgr Scicluna a tout de même pu s’acquitter de sa tâche et est rentré le premier mars, après avoir recueilli des témoignages concernant Mgr Barros. Sa rencontre avec l’archevêque de Santiago, Mgr Ezzati, aurait été des plus cordiales, selon ses propos recueillis par La Tercera. Le journal révèle également d’autres déclarations : celles de la victime James Hamilton. Selon ses dires, cela ne servait à rien d’entendre les déclarations de Mgr Ezzatiles religieux n’ayant rien fait pour les victimes. Ce sont les victimes et seulement elles qui se sont occupées de dénoncer les abus. Toujours selon J. Hamilton, Mgr Ezzati raconterait « n’importe quoi » et ferait partie de cette clique de « simples délinquants, qui sont même prêts à mentir au pape ». Il aurait également déclaré, toujours selon La Tercera, que les victimes et lui-même ont été les seules à faire parvenir la dénonciation au Vatican, sans aide aucune de la part l’Église chilienne.

Ce n’est pas la première fois que le pape François se voit obligé de prendre position dans un cas comme celui-ci. S’agissant de pédophilie, l’affaire Grassi, qui avait eu lieu en Argentine, avait retenti alors qu’il était président de la Conférence épiscopale. De même que Karadima, Julio César Grassi avait été condamné quelques années après le début de l’affaire. Les témoignages des victimes avaient été de la même façon remis en question et les accusés avaient même parlé de boycott. Plus grave encore, des ouvrages de disqualification des témoignages des victimes avaient été publiés lors du procès. Selon le journal argentin ClarínJuan Pablo Gallego, l’avocat d’une des victimes, aurait déclaré que ces ouvrages, dont l’un écrit par l’avocat Marcelo Santineti, étaient financés par la Conférence épiscopale d’Argentine, sous l’influence du pape. Mais pour l’heure, l’affaire Barros n’en est qu’à ses balbutiements et il faudra attendre les conclusions de l’enquête pour être au fait des conséquences à venir.

Mario PÉREZ MORALES

Extrait des articles parus dans La Tercera, Libération, Clarín.

« L’immigration est un droit, pas un crime ! » La grande marche des immigrés au Chili

Intégration plutôt que criminalisation. À la veille d’un débat au Congrès concernant les nouvelles lois sur l’immigration, des centaines de « migrantes » résidant au Chili ont manifesté, la semaine dernière, dans les rues de Santiago au cri de « Aucun être humain n’est illégal ».

Photo : Rosana Goitía Emol

Les pays de l’Amérique du sud ont toujours été des pays d’immigration. Jusqu’à présent, il s’agissait surtout de colons venus d’Europe, du Moyen-Orient et, dans une moindre mesure, d’Asie. Le Chili est redevenu une terre d’immigration, mais cette fois en provenance des autres pays du continent :  Péruviens (21 %), Colombiens (18 %), Haïtiens (16 %), Vénézuéliens (15 %) et Boliviens (13 %) sont les principaux nouveaux arrivants. Il y aurait environ 600 000 étrangers au Chili, un pays de 17 millions d’habitants. La majorité des demandeurs de visa recherchent du travail, le pays étant considéré comme plutôt développé du point de vue économique et stable du point de vue politique.

Les futures lois d’immigration du nouveau gouvernement

Le Congrès chilien est sur le point de définir de nouvelles lois sur l’immigration. Mais l’incertitude règne, car le nouveau gouvernement mené par le conservateur Sebastián Piñera et le nouveau Congrès prendront leurs fonctions le 10 mars, ce qui pourrait changer la donne. La crainte des associations est que les migrants soient criminalisés plutôt qu’intégrés au marché de l’emploi. Dans une interview à Radio Cooperativa, le directeur du Service jésuite aux migrants, Pablo Valenzuela, recommande au nouveau gouvernement « d’envisager la migration depuis le point de vue des droits humains » et d’écarter celui de la criminalisation. C’est pour se rappeler au bon souvenir de la population que les migrants ont marché dans les rues de Santiago : « Nous contribuons au développement et à la richesse du pays ».

« Nous sommes des travailleurs, pas des délinquants »

Les immigrés sont souvent accusés de tous les maux qui affectent un pays. Les difficultés rencontrées par une partie toujours plus importante de la population, liées à la crise de légitimité du néolibéralisme, à la dégradation des services publics et à l’augmentation des inégalités depuis la crise financière provoquée par les banques en 2008, un phénomène également connu en Europe, attise l’hostilité envers les migrants. Sans oublier des discours politiques opportunistes et racistes qui veulent en faire un bouc émissaire. Ceci est vrai tant au Chili que dans le reste du monde… Une des revendications majeures des marcheurs était « Amnistie migratoire », c’est-à-dire une demande de régularisation des situations. Certains migrants résident et travaillent au Chili depuis plusieurs années, mais sont toujours considérés comme « illégaux », ce qui favorise leur exploitation par des patrons peu scrupuleux. L’objectif de la manifestation est de déclarer que « les migrants veulent faire partie de la solution, pas du problème ».

Jac FORTON

Le Chili, le nouvel eldorado des énergies renouvelables ? Le désert d’Atacama comme terre d’accueil

Le Chili est devenu l’une des principales destinations mondiales des investissements dans le solaire et l’éolien, remarque l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE), dans un rapport publié en début d’année(1). Fin janvier, ce pays de 18 millions d’habitants s’est par ailleurs fixé pour objectif de « fermer ses centrales au charbon » d’ici à 2050. Située au milieu du désert d’Atacama au Chili, la centrale photovoltaïque de Boléro a été mise en service par EDF fin 2016. Nous reproduisons ici un article du site Connaissance des énergies.

Le désert d’Atacama, terre d’accueil rêvée du solaire selon l’AIE. Long de 4 300 km et large de seulement 175 km en moyenne, le Chili dispose d’une topographie et d’un climat très différents du nord (désert – le plus aride au monde – d’Atacama) au sud (climat alpin avec des glaciers et des fjords). Le désert d’Atacama présenterait « les meilleures ressources solaires au monde » selon l’AIE tandis que la chaîne de montagnes parcourant le pays ainsi que la côte présentent un potentiel important pour exploiter l’énergie éolienne, l’hydroélectricité mais aussi la géothermie et demain les énergies marines.

À l’heure actuelle, la consommation d’énergie primaire du Chili repose encore à près de 73 % sur les énergies fossiles selon les dernières données de l’AIE portant sur l’année 2016. Le pétrole satisfait à lui seul plus de 41 % des besoins énergétiques du pays, la biomasse et les déchets constituant la deuxième source d’énergie (21,2 % du mix chilien).

Avec sa « National Energy Policy 2050 » adoptée fin 2015, le pays a fixé une politique énergétique de long terme s’appuyant sur quatre grandes priorités: la qualité et la sécurité de l’approvisionnement, l’énergie au service du développement, la promotion d’énergies « environmentally-friendly » ainsi que l’efficacité énergétique et l’éducation aux problématiques énergétiques.

Une production électrique sans charbon à l’horizon 2050 ?

En matière d’électricité, le Chili s’est entre autres fixé pour objectif de porter à 60 % la part des énergies renouvelables dans la production nationale en 2035, contre environ 40 % en 2016 (en grande majorité grâce à l’hydroélectricité). Pour cela, le pays mise principalement sur le développement de l’éolien et du solaire photovoltaïque au « potentiel très élevé » selon l’AIE. Différents appels d’offres (à technologies neutres) ont démontré les baisses de coûts « considérables » de ces technologies (32,5 $/MWh en moyenne pour l’appel d’offres de novembre 2017 portant principalement sur des capacités solaires et éoliennes(2)).

La pénétration croissante des filières intermittentes dans le mix électrique chilien doit toutefois s’accompagner d’une plus grande flexibilité du réseau, met en garde l’AIE : infrastructures de transport électrique, solutions de stockage, maîtrise de la demande, etc. Les centrales à gaz pourraient certainement servir de « back-up » dans le cadre de cette transition vers un mix bas carbone.

Fin janvier, le gouvernement chilien s’est engagé à se passer du charbon pour produire son électricité à l’horizon 2050 alors que celui-ci constitue actuellement de loin la principale source du mix national (41 % de la production électrique en 2016). Petite subtilité : les 28 centrales en charbon en service (d’une capacité cumulée de 4,8 GW) ne devront fermer en 2050 que si elles ne sont pas équipées de systèmes de capture et stockage du CO2. Le coût élevé de ces systèmes devrait toutefois également conduire à la fermeture des centrales équipées selon le ministre chilien de l’énergie Andrés Rebolledo. En 2016, près de 63 % de la consommation chilienne d’électricité a été absorbée par l’industrie.

D’après Connaissance des Énergies

  1. Étude 2018 de l’AIE sur le Chili.
  2. « Adjudicaciones eléctricas 2017 marcan un nuevo hito con precio promedio histórico y 100% de renovables », Ministère chilien de l’Énergie, 2 novembre 2017.

Avant la fin de son mandat, Michelle Bachelet visite l’Araucanie au milieu de la controversée Opération Ouragan

La présidente Michelle Bachelet, à quelques semaines de la passation de pouvoirs en mars prochain, s’est rendu ce mercredi 31 janvier dans la région de l’Araucanie, un terrain miné au milieu d’une sérieuse controverse entre le Ministère public de la justice et la police des carabiniers pour l’Operación Huracán (Opération Ouragan).

Photo : Infinita

Des fonctionnaires de la police chilienne (carabiniers) auraient falsifié des preuves afin d’incriminer des membres de la communauté mapuche dans le cadre de l’Operación Huracán. Celle-ci avait permis, fin septembre 2017, l’arrestation de huit personnes qui seraient impliquées dans des incendies criminels dans l’Araucanie, au sud du Chili. Parmi les détenus se trouvaient le leader de l’organisation Coordination Arauco Malleco (CAM), Héctor Llaitul, ainsi que d’autres membres du groupe mapuche Weichan Auka Mapu (WAM) : Ernesto Llaitul, Jaime Huenchullán, Rodrigo Huenchullán, Fidel Tranamil, Martín Curiche, David Cid et Claudio Leiva. En effet, depuis longtemps, on assiste à des actions violentes dans la zone.

Les preuves justifiant les arrestations furent obtenues par les carabiniers (la police) chargés de l’enquête réalisée dans le cadre de la loi antiterroriste et remises ensuite au Procureur régional de la Justice. Les principales preuves de la police étaient des conversations par WhatsApp et Telegram, qui rendaient compte d’une coordination entre les présumés coupables pour l’exécution des attentats. Dans l’un de ces dialogues par exemple, Llaitul signalait à David Cid qu’il faudrait brûler une centaine de camions. Avec ces preuves le procureur, lors de la première audience du 24 septembre, ordonna la prison préventive des présumés coupables. Mais le 19 octobre, la Cour Suprême décide la libération des détenus pour vice de forme de la décision.

Des portables manipulés ?

L’affaire commença à se compliquer lorsque les premières expertises réalisées par le Laboratoire de Criminologie de Carabiniers (Labocar) sur les preuves (les téléphones mobiles des accusés) révélèrent des incongruences. Pour sortir des doutes, les téléphones furent envoyés pour une nouvelle expertise à l’Unité spécialisée « Délits de lavage d’argent, économiques et du crime organisé » (Uideco) du ministère public. La réponse arriva le 28 décembre : « On a pu constater l’existence d’archives qui rendaient compte d’un probable montage réalisé par des tierces personnes sur les téléphones saisis ». La Fiscalía Nacional (procureur) est également parvenue à une autre conclusion très importante : de tous les téléphones mobiles saisis, seuls deux avaient WhatsApp et un Telegram, et une des conversations incriminées avait une date ultérieure à la saisie des appareils.

Le 28 décembre, le procureur régional Cristian Paredes décida donc d’ouvrir une affaire criminelle pour falsification et obstruction à l’enquête de la part des membres des services de renseignements des carabiniers. Le ministère de l’Intérieur s’empara aussi de l’affaire et ordonna pour sa part une enquête administrative immédiate destinée à éclaircir les faits dénoncés. Étant donné que l’expertise externe détermina que seuls deux téléphones saisis disposaient de WhatsApp, un de Telegram, que trois des archives trouvées dans le mobile de Martín Curiche Curiqueo avaient une date ultérieure à celle de la saisie, la Fiscalía Nacional concluait que « il y a des irrégularités dans les informations données par les Carabiniers ».

Un véritable choc !

Le procureur Parades et son équipe estimèrent qu’ils assistaient à une des situations les plus graves de ces dix-huit ans du ministère public : « Était-il possible que l’institution de Carabiniers fabriquait des preuves pour inculper des personnes sous la protection de la loi antiterroriste ? ». Le Procureur national, Jorge Abbott, dit qu’il s’agit « d’un fait inédit et gravissime, car il est question de l’altération des preuves » et décida d’ouvrir une affaire criminelle contre ceux « qui seraient responsables d’avoir manipulé » les antécédents. Le ministère public communiqua la décision de fermer le cas contre Héctor Llaitul et les sept autres personnes détenues. Le ministère de l’Intérieur ordonna pour sa part une investigation au sein de l’institution de la police (carabiniers). Parmi les actions urgentes à réaliser, le gouvernement demanda de solliciter des informations aux multinationales Microsoft Corporation, Yahoo et Google sur les comptes des imputés dans l’affaire.

Les Carabiniers, une institution critiquée

Ces faits récents ne font qu’aggraver l’image d’une institution qui se trouve durement critiquée par une partie de la population. Le chroniqueur d’un journal national s’exprime dans ces termes à propos de cette affaire et de la police : « Jusqu’à quand resterons-nous impavides face à l’impunité d’une institution dont le degré d’inefficacité, l’absence de contrôle, le manque de transparence et parfois la corruption, dépasse les limites tolérables d’une société démocratique ? […] Acceptant les responsabilités individuelles, nous devons reconnaître que l’institution structurellement et culturellement a une politique délibérée de résistance au pouvoir civil ». Au Chili, la question mapuche est récurrente et insoluble, et l’État ne se saisit pas de l’affaire, laissant agir les forces de l’ordre lorsqu’il y a des conflits entre la communauté mapuche et les propriétaires terriens, sans véritablement chercher une solution de fond. Cette situation ne sera résolue que lorsque l’État s’intéressera à une solution intégrale dont la reconnaissance constitutionnelle, le traitement respectueux et égalitaire de la part de l’État et de ses agents, le développement social et économique et le dialogue interculturel s’imposeront. Il ne s’agit pas d’accepter des réponses violentes d’une part et d’autre et de relativiser la gravité des incendies et des atteintes, ou encore de permettre dans un État de droit que les secteurs qui se sentent menacés s’organisent en groupes d’autodéfense. C’est à l’État de garantir l’ordre et les droits des personnes mais dans la justice et l’équité.

Olga BARRY

Intense visite du pape François au Chili et au Pérou entre émotions et polémiques

Le 15 janvier dernier, le pape François a entrepris son sixième voyage pontifical en Amérique latine. Depuis son élection, François a porté son message de paix et d’espérance au Brésil en juillet 2013, en Équateur, en Bolivie et au Paraguay en juillet 2015, à Cuba en septembre 2015, au Mexique en février 2016 et en Colombie en septembre 2017. Le pape argentin, qui ne s’est pas encore rendu dans son pays d’origine (où certains lui reprochent son rôle pendant la dictature militaire), visite à cette occasion le Chili et le Pérou jusqu’au 21 janvier.

Photo : Presidencia Chile

Première partie au Chili : le pape accueilli par Michelle Bachelet

Lundi 15 janvier à 20 h, heure locale, le pape François a atterri à l’aéroport de Santiago pour sa sixième visite officielle sur le sol sud-américain. Au programme, un voyage du sud du Chili jusqu’à l’Amazonie péruvienne durant lequel le pape a dû faire face aux nombreuses critiques qui pèsent aujourd’hui sur l’Église catholique. Il est bien rare qu’une visite du Saint Père dans cette partie du monde suscite des réactions négatives ; mais cette fois, le coût de celle-ci, estimé à environ 6 millions de dollars, a réveillé de nombreuses animosités. De plus, les nombreux scandales visant les prêtres à propos d’abus sexuels sur mineurs ont ces derniers temps profondément choqué l’opinion publique, et l’Église, malgré sa condamnation des faits, a perdu beaucoup de sa crédibilité. Les Chiliens espéraient que le pape condamne plus fermement ces agissements, mais la présence de l’évêque Juan Barros – qui aurait couvert le prêtre pédophile Fernando Karadima – à la messe donnée par le pape François en Araucanía a suscité de vives réactions des Chiliens qui attendent désormais de l’Église davantage que de simples excuses.

La visite du pape François au Chili a aussi été marquée par sa rencontre avec les indigènes Mapuches – qui représentent 7 % de la population chilienne – à Temuco le 17 janvier. Les peuples autochtones qui se disent victimes d’abus et d’exclusion luttent pour récupérer leurs terres, actuellement aux mains de grosses entreprises forestières. Face à l’indifférence générale, ces revendications ont donné lieu à des violences comme la destruction d’engins des entreprises forestières, de nombreux affrontements avec les forces de l’ordre – qui ont coûté la vie à une dizaine d’indigènes depuis le début du conflit – et, ces jours-ci, à la destruction de plusieurs églises. Les Mapuches espéraient du pape qu’il reconnaisse, lors de son discours à Temuco, le « génocide » de leur peuple et qu’il se prononce sur la « nécessité d’indemnisation et de réparation ». En dénonçant d’une part les violences mapuches qui décrédibilisent « la plus juste des causes », et les promesses jamais tenues qui frustrent les espérances du peuple autochtone, le pape François a appelé au dialogue.

Léa JAILLARD

Photo : Prensa Latina/Andina

Deuxième partie au Pérou : le pape accueilli par Pedro Pablo Kucznski

Après un peu plus de deux heures de vol depuis Santiago, l’avion du Souverain pontife s’est posé sur la piste de l’aéroport international de Lima ce jeudi 18 janvier 2018, point de départ d’une visite de trois jours en terre péruvienne. Comme à son arrivée au Chili trois jours plus tôt, l’avion du Pape était en avance, d’une quarantaine de minutes sur l’horaire prévu. Un avion spécial affrété par la Latam dont la carlingue était frappée du blason de François et du hastag : « #LevoldeFrançois ». Avant de descendre de son avion, le Pape est allé saluer les pilotes dans le cockpit. 

Le premier à saluer le Saint-Père fut le nonce apsotolique au Pérou Mgr Nicola Girasoli, qui est monté dans l’avion à peine immobilisé. À sa descente, le Saint-Père a été accueilli par le président de la République, Pedro Pablo Kuczynski, par l’archevêque de Lima, le cardinal Luis Cipriani Thorne, par Mgr Jose-Luis de Palacio, l’évêque de Callao, diocèse sur lequel est situé l’aéroport, ainsi que par le président de la conférence épiscopale du Pérou, Mgr Salvador Garcia-Calderon, l’archevêque de Ayacucho. Le Saint-Père a ensuite rallié la nonciature apostolique dans le centre de Lima, où il passera trois nuits. Aux abords de la nonciature, des centaines de personnes dont beaucoup de jeunes étaient rassemblés, agitant le drapeau jaune et blanc du Vatican et chantant l’hymne du voyage. François a remercié les nombreuses personnes pour leur accueil chaleureux, a prié un Ave Maria et béni la foule.

L’Amazonie comme première étape

Son voyage rentrera dans le vif du sujet ce vendredi 19 janvier, puisqu’il est attendu dans l’Amazonie péruvienne, à Puerto Maldonado, près de la frontière avec la Bolivie. Il ira à la rencontre des peuples indigènes qui vivent dans des conditions très difficiles, marquées par la destruction de la plus grande forêt de la planète. Cette étape sera aussi l’occasion de poser les bases du prochain synode spéciale sur l’Amazonie qui se tiendra en octobre 2019 au Vatican. Cette étape amazonienne est très attendue. Une veillée festive avec chants et danses traditionnels se tenait jeudi soir sur la place centrale de Puerto Maldonado en présence d’une vingtaine d’évêques venue de tous les pays de la région et des membres du Repam, le réseau ecclésial panamazonien. 

« Unis dans l’espérance » est le thème choisi pour ce voyage au Pérou qui mènera le Pape aussi à Trujillo au nord du pays et à Lima, la capitale. C’est la première fois que le Pérou accueille un pape depuis près de trente ans puisque la dernière visite remonte à celle de Jean-Paul II en mai 1988.

Olivier BONNEL
News Vatican

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