Révolte des écrivains argentins contre l'homophobie du ministre brésilien Marcelo Crivella

Censure à la Biennale de Rio


Des écrivains argentins contre la censure au Brésil  et en particulier le maire de Rio de Janeiro

L’Union d’Écrivaines et d’Écrivains d’Argentine ont exprimé leur dégoût face à la croisade  homophobe  lancée par le maire évangéliste de Rio de Janeiro, Marcelo  Crivella, qui a décidé que la bande dessinée  Avengers : The  children’s  crusade(Avengers : La croisade des enfants)  ne pourrait pas être vendue à la Biennale du Livre de Rio de Janeiro, le plus grand événement littéraire du Brésil. L’entité qui regroupe les auteurs argentins a rejeté “une mesure à ce point rétrograde” *

Photo : Espaces Latinos

En tant que membres de la communauté littéraire et culturelle argentine, nous rejetons la censure et la saisie d’oeuvres  au contenu LGBTQI+ mise en œuvre par le maire Marcelo  Crivella, un fonctionnaire du gouvernement de  Jair  Bolsonaro, à la Biennale du Livre de Rio de Janeiro, déclarent les écrivains qui ont signé la pétition. L’interdiction plus que symbolique d’un baiser gay sur la couverture d’une bande dessinée représente une claire avancée répressive des politiques de la droite homophobe du président du Brésil et son alliance avec l’Église Universelle représentée par le fonctionnaire carioca. » Crivella, évêque évangélique et chanteur de gospel qui avait auparavant qualifié l’homosexualité de « comportement malin » dans un livre qu’il avait publié en 1999 sur son expérience comme missionnaire dans différents pays africains , a expliqué que « des livres comme celui-ci (au sujet de la bande dessinée Marvel) doivent être cachés dans un sac plastique noir zippé avec un avertissement à l’extérieur. ». Il a ajouté sur son compte Twitter  : « Il ne s’agit pas de censure ou d’homophobie, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent. À la Biennale, le thème des bandes dessinées a un objectif clair  : aller dans le sens des mesures du Statut de l’Enfance et de l’Adolescence. Nous voulons seulement préserver nos enfants, lutter en faveur des familles brésiliennes et respecter la loi. » 

Le livre censuré, écrit par Allan Heinberg et illustré par Jim Cheung, fait partie d’une série de nouvelles créée en 2005 à partir de jeunes personnages dérivés des super héros de Marvel, Les Avengers. L’œuvre, qui explore des thèmes variés comme l’homosexualité, a gagné de nombreux prix dans le monde. Elle a pour protagonistes deux gays  : Wiccan et Hulkling. Les déclarations de Crivella ont soulevé une vague d’indigations. Le ministre de la Cour Suprême, Celso de Mello, a qualifié la tentative de censure de « fait gravissime ». « Sous le signe d’un retour en arrière (…) une ère nouvelle et sombre s’annonce », affirma-t-il dans un communiqué envoyé au Folha de São Pablo. « Ca n’était jamais arrivé à cette Biennale, c’est une tentative horrible de censure », a déclaré Flavio Moura, de l’éditorial Todavía. « Nous rejetons tout acte de censure », a manifesté Luis Schwarcz, de la Compagnie des Lettres, une des plus grandes maisons éditoriales du Brésil. Il a aussi critiqué les tentatives pour « inscrire la société brésilienne au Moyen-Âge ». Après la croisade des inspecteurs de la Biennale, certains mirent bien en évidence toutes les œuvres au contenu LGBT qu’ils avaient à vendre en signe de protestation.   

Le youtubeur brésilien, Felipe Neto, a acheté quatorze milles publications aux thématiques LGBT et les a distribuées gratuitement samedi dernier à la Biennale. Elles portaient un adhésif qui disait  : « Ce livre n’est pas approprié pour les personnes retardées, rétrogrades et pleines de préjugés ». Neto a monté une vidéo sur sa chaîne, dans laquelle il explique pourquoi il a offert des milliers de livres  : « J’espère que, bien qu’ils n’aient pas de sympathie pour la cause homosexuelle, ils comprennent le niveau de censure et de répression que représente cette décision. Ceci est un message pour Crivella  : je l’ai fait pour que vous compreniez que vous n’avez pas les ressources nécessaires pour réprimer la population en 2019 ». 

Inès JACQUES 

Petition signée par Claudia  Piñeiro,  Ángel a Pradelli, Horacio  Convertini, María Sonia  Cristoff, Gabriela Cabezón  Cámara, Cecilia  Szperling, Enzo  Maqueira, Gonzalo Unamuno,  Alejandra  Laurencich,  Belén  López  Peiró, Gloria  Peirano, Alejandro  Horowicz Elsa  Drucaroff, Débora  Mundani, Carla  Maliandi, María  Inés  Krimer, Gabriela Franco et Eduardo  Mileo, entre autres.  

D’après un article traduit de Silvina Friera publié dans l’éditorial Página 12 le 10 septembre 2019.

 
 

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