GUATEMALA

Jimmy Morales


Guatemala : le comédien Jimmy Morales officiellement investi président

Jeudi dernier, le Guatemala a officiellement accueilli au pouvoir Jimmy Morales, outsider des élections présidentielles d’octobre, après avoir battu l’ex-première dame Sandra Torres en obtenant 68 % des suffrages. Bien que surprenante, la victoire de cet ancien comédien de 46 ans n’était cependant pas imprévisible au sein d’un pays miné par la corruption et la violence.

Avant d’être un homme d’état, Jimmy Morales – né James Ernesto Morales Cabrera – est un homme de spectacle. Humoriste, comédien, animateur et producteur de cinéma connu du grand public, il est entre autres diplômé en administration des entreprises et en communication. Ce père de trois enfants, qui a également étudié la théologie, débute en politique en 2011, au sein du parti de droite Acción de Desarrollo Nacional, en se présentant à la mairie de Mixco, une ville de la banlieue de Ciudad de Guatemala. Il est par la suite choisi par le Front de Convergence National pour représenter son parti aux élections présidentielles en 2015 et créé la surprise lors du premier tour en récoltant 23,99 % des votes puis en s’imposant au deuxième tour face à Sandra Torres.

De la fiction à la réalité

Jimmy Morales, président ? Pas si imprévisible que ça si l’on en croit le grand écran. Il avait en effet incarné un cow-boy sur le point de devenir président au cinéma, quelques années auparavant. Novice en politique, son inexpérience aura finalement été son point fort dans cette course à la présidence sur fond de scandale politique. Morales succède ainsi à Alejandro Maldonado Aguirre, qui avait pris la relève de Otto Perez Molina suite à sa démission en septembre dernier, poussé par la vague de manifestations populaires à l’encontre de son gouvernement en réaction à son implication dans l’affaire de La Línea. Arrêté conjointement avec sa vice-présidente Roxana Baldetti, il est accusé d’association de malfaiteurs, de fraude douanière et de corruption passive pour avoir participé à un vaste réseau de pots-de-vin qui aurait détourné plus de 3,8 millions de dollars. Profitant du climat de méfiance et de mécontentement, Jimmy Morales fait alors campagne sous la bannière “Ni corrompu, ni voleur”, en opposition à la sphère politique du pays gangrenée par la corruption.

Cependant, malgré une victoire écrasante, il va sans dire que Jimmy Morales compte un certain nombre de détracteurs. Affilié au FCN-Nación, un parti minoritaire de droite fondé par d’anciens militaires en 2008, il est accusé par l’opposition de représenter “la vieille garde de militaires douteux”, soupçonnés d’assassinats massifs de communautés indigènes durant la guerre civile entre 1960 et 1996. Soulignons également que Morales est un évangéliste assumé aux valeurs particulièrement conservatrices qui place en haut de ses principes “la crainte de Dieu” etla famille avant tout” ; une rigueur qui annonce son positionnement sur les questions de l’avortement ou du mariage homosexuel.

Et après ?

Le nouveau président a prêté serment le 14 janvier puis a délivré un discours réitérant sa promesse de transparence et d’honnêteté envers le peuple guatémaltèque afin de lutter contre la corruption. Parmi les objectifs principaux à atteindre au cours de son mandat, il a également insisté sur sa volonté de réduire la malnutrition chronique de 10 %, d’améliorer l’approvisionnement des hôpitaux en médicaments et sur l’importance de réformes en matière d’éducation. Des défis à relever qui risquent de nécessiter des alliances puisque le FCN reste très minoritaire au sein du Parlement : il ne dispose en effet que de 11 sièges sur 158. Enfin, la situation financière délicate de l’État risque de l’obliger à rester sous la coupe des États-Unis qui fournit chaque année une aide conséquente à la région. Joe Biden, présent lors de la cérémonie d’investiture, a ainsi conditionné le versement de l’aide de 750 millions de dollars par la lutte contre la corruption et l’immigration illégale. Jimmy Morales dispose de quatre ans pour relever le défi, espérons-le, avec succès.

Lucie DUBOEUF

 
 

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