PRÉSIDENTIELLES URUGUAY

Tabaré Vásquez de retour


Tabaré Vásquez élu président au deuxième tour des élections présidentielles

La coalition de gauche Frente Ámplio (Front élargi) a remporté dimanche 30 novembre, le second tour des élections présidentielles, loin  devant le Partido Nacional. C’est la troisième victoire consécutive de la gauche en Uruguay. Avec 53,6 % des voix, Tabaré Vásquez, le candidat du Frente Ámplio (FA) l’emporte assez facilement devant les 41,1 % de Luis Lacalle Pou du Partido Nacional. C’est le meilleur résultat d’un candidat à la présidence depuis la fin de la dictature (1973-1985). Le président élu succède à « Pepe » Mujica également du FA (2010-2015) qui succédait au même Tabaré Vásquez (2005-2010).  « Aujourd’hui, les Uruguayens ont dit oui à plus de libertés, plus de droits, à une meilleure démocratie,  un meilleur développement économique, à la santé et l’éducation, à une plus grande intégration interne et externe ».

Ce n’est pas vraiment une surprise car le Frente Ámplio peut montrer un bilan plutôt positif de ses 10 années de gouvernement et les acquis sociaux sont importants : parmi eux, de véritables programmes sociaux et une préoccupation envers les quartiers populaires, la construction de 50 000 logements sociaux, la réduction de la pauvreté (de 40 % en 2004 à 10 % aujourd’hui). Sur le plan économique, une croissance continue depuis 2005, l’augmentation des salaires et la chute du chômage (6 %) ont bien sûr contribué à la victoire sous le thème « croissance avec distribution et équité ». Si les syndicats ont quatre fois plus d’adhérents qu’il y a 10 ans, c’est qu’ils se sont renforcés grâce à la conquête de plusieurs  droits, tels les huit heures pour les peones ruraux (travailleurs ruraux), une réforme des relations du travail alors qu’auparavant le marché du travail était complètement dérégulé. Plus hors du commun, le mariage pour tous et la régulation de la vente de la marihuana en pharmacie.

Le programme social à venir contient un Système national de soins destiné aux enfants, aux personnes âgées et aux handicapés. Un impôt plutôt bien accueilli par les travailleurs : l’impôt sur la concentration des biens ruraux.  Voté en 2007, il vise à réduire la concentration de la terre dans quelques mains : il taxe toute propriété de plus de 2000 ha de terres, que le propriétaire soit uruguayen ou étranger. Une enquête avait révélé que la population des campagnes avait baissé de 25 % entre 2000 et 2011 ! La nomination précoce de Danilo Astori comme ministre de l’Économie rassure les élites économiques, Astori se montrant plutôt orthodoxe dans la conduite des finances. Ce qui pourrait l’opposer parfois, au nouveau vice-président, Raúl Sendic, plutôt favorable à des politiques de développement…  Il avait déjà été ministre de l’Économie du premier gouvernement Vásquez puis était devenu  vice-président de Mujica.

L’influence de Pepe Mujica

Le président actuel passera l’écharpe présidentielle à son successeur le 1er mars 2015 mais il deviendra sénateur et compte bien influer sur les politiques du gouvernement de Tabaré Vásquez. Il en a les moyens puisque son parti, le Mouvement de participation populaire (MPP) a reçu le plus de vote à l’intérieur de la coalition de gauche. Il existe des différences de vision entre les deux hommes, sur la politique internationale par exemple : Mujica est favorable à une intégration latino-américaine alors que Vásquez serait favorable à une certaine « flexibilisation » du MercoSur ce qui permettrait à l’Uruguay de signer des accords de libre échange hors du bloc économique, par exemple avec l’Europe ou les États-Unis. Le MPP a aussi gagné une majorité au Sénat et à la Chambre des députés ce qui lui donnera un poids important et une véritable influence dans la coalition des nombreux partis et mouvements qui composent le Frente Ámplio. Parmi les nouveaux députés de gauche, on note Macarena Gelman, petite-fille du poète Juan Gelman, qui avait disparu et que son grand-père avait retrouvé en Uruguay il y a peu.

Une opposition sans grand projet

Si la victoire semblait inéluctable, c’est aussi parce que l’opposition n’avait pas vraiment de programme enthousiasmant.  Le candidat Lacalle Pou avait choisi pour slogan  « Por la positiva », d’esprit constructif certes mais peu agressif face à un gouvernement qui répondait déjà aux attentes de la population. « La tâche d’un gouvernant est d’ouvrir le monde à l’Uruguayen qui travaille », disait-il. Pour le Frente Ámplio, c’était un appel à réintroduire le néolibéralisme dans les politiques nationales, suspicion confirmée par le fait que le Parti Colorado de Pedro Bordaberry, nettement  à droite, a appelé à voter pour lui.

Tabaré Vásquez, un homme tranquille et charismatique

Le nouveau président (à partir du 1er mars 2015) est issu d’une famille très humble, étudie à l’école publique et termine des études de médecine en 1968. Il se spécialise dans la lutte contre le cancer. Il est élu en 1989 à la mairie de Montevideo, la capitale de l’Uruguay, premier maire de gauche, puis à la présidence du pays en 2005, premier président de gauche depuis la fin de la dictature. « Nous ne voulons pas gouverner pour vous mais avec vous », lance-t-il à la foule, « Nous ne voulons pas que vous nous suiviez mais que vous nous accompagniez, que si nous allons dans le bon sens, vous nous le disiez, mais si nous n’allons pas dans le bon sens, vous nous le disiez aussi pour que nous puissions corriger le cours ! » Le soir de sa victoire, il s’exclame : « Faites la fête, Uruguayens, car cette victoire est la vôtre ! »

Jac FORTON

Composition du nouveau gouvernement : Président : Tabaré Vásquez – Vice-président : Raúl Sendic (Pour une description de ces deux dirigeants, voir notre article du 20 octobre 2014). Intérieur : Eduardo Bonomi, 66 ans, du MPP. / Affaires étrangères : Nin Novoa, 66 ans, du Frente Liber Seregni, ancien vice-président lors du premier mandat du nouveau président (2005-2010). Issu du Parti national, il était passé au Front élargi (au début fin des années 90) dont il était sénateur de 2000 à 2005 et depuis 2010 à aujourd’hui. / Secrétaire de la présidence : Miguel Ángel Toma, 62 ans, avocat, issu du Parti Colorado, ex directeur du Service civil. / Économie : Danilo Astori, 74 ans, actuel vice-président ; considéré comme économiste rigoureux, déjà ministre du même ministère sous Vásquez I, rassure un peu le patronat dans ce gouvernement de gauche./ Défense : Eleuterio Huidobro, 72 ans, du CAP-L, ex-dirigeant des Tupamaros, homme de confiance de Mujica. / Agriculture, élevage et pêche : Tabaré Aguerre, 57 ans, indépendant, proche de Pepe Mujica, reconduit à son poste. / Santé Publique : Jorge Basso, 64 ans, du Parti Socialiste, déjà directeur de Santé publique de 2005 à 2009. / Travail : Ernest Murro, 63 ans, ex directeur de la Banque de prévision sociale. / Éducation : Maria Julia Muñoz, 64 ans, indépendante, ancienne ministre de la santé entre 2005 et 2010. / Logement : Eneida de León, 71 ans, du MPP, architecte proche du président Mujica. / Industrie : Carolina Cosse, 52 ans, du MPP, ingénieure, également ‘mujiquiste’. / Transport : Victor Rossi, 71 ans, Parti Front Liber Seregni, également un ancien de la première administration Vásquez, est reconduit dans son poste.. / Développement social : Marina Arismendi, 65 ans, du Parti Communiste, déjà ministre sous Vásquez I. Ellesera en charge du nouveau Système de soins prévu dans le programme du candidat Vásquez. / Tourisme et Sports, Lilián Kechichian, 62 ans, du Frente Liber Seregni, démocrate-chrétienne. Garde son ministère où elle fut nommée en 2012.

Résultats : Chambre des députés (99) / Frente Ámplio : 16 / Partido Nacional : 10 / Partido Colorado : 4 / Partido Independiente : 1
Sénat (30) Frente Ámplio : 50 / Partido Nacional : 32 / Partido Colorado :13 / Partido Independiente : 3 / Partido Unidad Popular : 1
Présidence Tabaré Vásquez pour le Frente Amplio : 53,6 % / Luis Lacalle Pou pour le Partido Nacional : 41,1 %

 
 

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