Cuba sur la liste des courses de Donald Trump 

Depuis le 20 janvier 2025 c’est le commerce international, la Chine, Israël, la péninsule arabique et en Amérique latine, Panama et le Venezuela. Il est vrai que le tour de vis resserrant les sanctions a été cette fois-ci plus brutal. Annoncerait-il des initiatives plus spectaculaires ? Et si oui, lesquelles, un enlèvement du président Miguel Diaz-Canel ? Le bombardement de La Havane ? Ou scénario moins violent une montée verbale des menaces sur le régime, provoquant sa capitulation en rase campagne ? Encore faudrait-il connaitre les objectifs visés par le président étatsunien : sont-ils économiques et politiques, économiques ou politiques ? Cherche-t-il à substituer le pouvoir communiste en place par des opposants résidant aux Etats-Unis et plus particulièrement en Floride ? Ou se satisferait-il d’un compromis à la vénézuélienne : le régime reste, mais son système économique change de mains passant sous contrôle des États-Unis ?

Le ton de Donald Trump est martial. Il l’était à Miami le 16 juin 2017. « Très ému d’être avec ses amis de Little Havana » il leur avait dit ce jour-là, « qu’il ne se tairait pas devant l’oppression communiste (..) Nous allons renforcer l’embargo (…) Je dis aux autorités cubaines (…) Acceptez les libertés politiques et économiques (..) Que Dieu bénisse Cuba et ceux qui cherchent la liberté »[1]. Dans l’une de ces conférences de presse, de la mi- mars 2026, le locataire de la Maison Blanche a repris la partition. « J’aurai l’honneur de prendre Cuba, (..) ou de la libérer (..) pour dire vrai je peux faire ce que je veux (..) Cuba est un pays en faillite. Je veux un accord, et je crois que nous allons y arriver. (…) Sinon nous ferons ce que nous avons à faire »[2]. C’est-à-dire si l’on comprend bien, pour l’instant ne pas s’ingérer militairement, et monter d’un cran le niveau des sanctions. La priorité a signalé le président reste en effet l’Iran. L’horizon, de ce côté-là étant encombré pour un bout de temps, Donald Trump étant accaparé par ce dossier, la ligne à l’égard de Cuba ne peut être que celle de la continuité.

Cuba n’étant toujours pas en haut de la liste des priorités, Trump a en 2026, comme en 2017, en effet élargi le poids des sanctions. Cette fois-ci il a eu la main lourde. L’opération sur Caracas en janvier 2026 lui a permis de suspendre la vente de pétrole vénézuélien à La Havane. Quelques jours plus tard il a interdit toute vente de combustible à Cuba par quelque pays que ce soit. Le Mexique pays ciblé a obtempéré. Comme d’ailleurs tous les pays sondés par La Havane, de l’Algérie à la Russie. Faute de pouvoir importer les 60 % d’huile nécessaire au fonctionnement du pays, la vie s’est arrêtée. Les coupure d’électricité sont quotidiennes et de plus en plus longues. Écoles, universités, hôpitaux fonctionnent au ralenti. Les aéroports privés de kérosène ont mis la clef sous la porte. Il n’y a plus de touristes, source de revenus stratégique. Par ailleurs Trump a fait pression avec un certain succès sur les pays ayant recruté des médecins cubains, autre source de revenus importante pour le pays. Ces médecins font leurs bagages au Guatemala, au Honduras … et en Calabre dans le sud de l’Italie.

Cuba, bien qu’en seconde ligne, subit un tel choc économique que Donald Trump, pense que le régime peut tomber à tout moment comme un fruit mûr. De fait la rumeur de contacts bilatéraux a été confirmée le 13 mars par le président Miguel Diaz-Canel. Quelques jours plus tard une cinquantaine de détenus, présentés comme politiques ont été élargis. Et une libéralisation de l’économie, certes homéopathique, a été annoncée par les autorités. Ses bénéficiaires, Cubains de l’étranger, jusqu’ici montrés du doigt par La Havane, ont été autorisés à investir librement sur l’île. Peut mieux faire a commenté l’un d’entre eux, Marco Rubio, Secrétaire d’État de Donald Trump. Même appréciation de la part d’investisseurs potentiels de Miami. 

L’arme des sanctions, montée à son cran maximal, selon Donald Trump pourrait lui permettre d’économiser une intervention militarisée. Tout, il est vrai, le laisse à penser. Le robinet des carburants est coupé. Cuba est paralysée. Les déclarations de soutien aux autorités sont nombreuses, brésilienne, chinoise, espagnole, mexicaine, russe, vietnamienne. Mais aucune n’est assortie de livraisons pétrolières. Seule parvient à Cuba une aide humanitaire mexicaine, européenne, espagnole en particulier. La Russie envisage de s’y joindre sous une forme non précisée. La population excédée commence à le faire savoir en tapant sur des casseroles. Manifestement les premières annonces économiques, à effet différé, n’ont pas eu l’effet escompté. Le temps presse pour Diaz Canel et le Parti communiste cubain.

Mais il pourrait presser aussi pour Donald Trump, qui doit affronter des législatives qui s’annoncent difficiles le 3 novembre prochain. Un enlisement durable dans le Golfe persique, aurait des conséquences électorales négatives pour le camp républicain. La tentation pourrait être alors, pour Donald Trump, d’abattre la carte cubaine et de précipiter les échéances. Cuba est un petit pays, affaibli, sans grands moyens militaires, proche géographiquement des Etats-Unis, une guerre-éclair ne poserait pas de problèmes majeurs. Avec à l’arrivée un retour en bulletins de vote garanti. Garanti auprès des Cubano-américains, Garanti auprès des républicains, Garanti auprès des citoyens étasuniens, Trump réussissant à reprendre Cuba, ce que tous ses prédécesseurs, démocrates comme républicains, n’ont pas, en plus de soixante-six ans, réussi à faire.