Ce lundi 2 mars marque le premier anniversaire de l’investiture du professeur Yamandú Orsi à la présidence de la République, l’occasion de faire le point et d’envisager les perspectives ; vous trouverez quelques éléments à ce sujet dans notre dernière édition du week-end.
Dans un contexte mondial qu’il avait qualifié de « complexe et imprévisible », avec une inflation maintenue dans une fourchette acceptable depuis plus de trente mois et l’accord Union européenne-Mercosur ratifié, Yamandú Orsi célèbre sa première année à la présidence de l’Uruguay ce 1er mars. « La progression des actions et des accords du Mercosur, le renforcement de la CELAC, une participation de plus en plus active à l’OEA, l’approfondissement de la coopération Sud-Sud et la multiplication des accords bilatéraux et multilatéraux avec les principaux pays du monde seront quelques-unes des priorités que nous défendrons au cours de ces cinq années », a déclaré le président lors de sa prise de fonctions.
Ouverture internationale
Quelques semaines plus tard, le président américain Donald Trump annonçait l’imposition d’un droit de douane réciproque de 10 % sur les importations en provenance des pays d’Amérique latine, un événement qui, selon l’experte en relations internationales Magdalena Bas, illustrait les risques d’un contexte international complexe. « Cela a généré beaucoup d’incertitude, surtout au début, car on ne voyait pas clairement l’impact réel sur l’Uruguay », se souvient-elle dans une interview accordée à l’agence de presse EFE. Malgré cela, elle affirme que le gouvernement Orsi est parvenu à mener une politique étrangère équilibrée cette année. Magdalena Bas soutient que, compte tenu de sa position dans le monde, l’Uruguay ne peut pas choisir entre les pays qui aspirent à l’hégémonie mondiale, mais doit plutôt rechercher un équilibre entre eux et s’ouvrir à de nouveaux marchés. L’experte note qu’une délégation conduite par le président s’est rendue en Chine cette année, mais souligne que leurs efforts ne se sont pas limités à ce marché et qu’il existe une volonté de rechercher des opportunités commerciales ailleurs. Elle insiste également sur le fait que le Mercosur est resté une priorité de politique d’État.
Perspectives incertaines
Pour l’économiste Ignacio Munyo, le « contexte extérieur d’incertitude » n’est ni bon ni mauvais pour l’économie uruguayenne. Il soutient que le pays sud-américain doit se recentrer sur ses propres ressources et se concentrer sur les réformes « toujours en suspens » qui détermineront sa compétitivité. Le problème de la compétitivité « traîne en longueur » en Uruguay, affirme Munyo, ajoutant que cela a conduit le gouvernement Orsi à prendre ses fonctions avec deux objectifs : « Accélérer la croissance économique et stimuler l’investissement ». Un an après ce 1er mars, l’expert constate l’absence de « signaux clairs ou d’engagements » de la part du gouvernement pour améliorer la compétitivité ou le « climat des affaires ».
Munyo s’interroge notamment sur le signal envoyé par le ministère du Travail en promouvant un projet de loi qui obligerait les entreprises à prévenir à l’avance les licenciements collectifs. De plus, les propos du ministre de l’Économie, Gabriel Oddone, selon lesquels « l’Uruguay restera un pays cher » sont préoccupants. « Les signaux envoyés ne sont pas en phase avec l’objectif. Il y a un décalage entre leurs déclarations et leurs actions », résume-t-il. L’économiste suggère que l’Uruguay s’engage dans des réformes impliquant des analyses approfondies afin de rendre le marché du travail plus flexible et de réorganiser les secteurs auxquels l’État alloue des ressources.
Attentes
Parallèlement, la politologue Mariana Pomiés souligne que le gouvernement est parvenu à « atteindre les objectifs qu’il s’était fixés pour la première année », comme l’adoption du budget quinquennal « sans concessions majeures à l’opposition ». L’experte rappelle qu’Orsi a débuté son mandat avec un désavantage par rapport aux précédentes présidences du Front large, parti de gauche, car une grande partie de la population était initialement dans l’expectative et n’avait pas encore pris position, ni pour ni contre son gouvernement. D’après les données du cabinet de conseil Cifra, dirigé par Pomiés, entre septembre et octobre 2025, la cote de popularité du président a chuté de 43 % à 40 %, tandis que son taux d’impopularité a progressé de 33 % à 40 %. Pour Pomiés, les attentes des électeurs « sont loin d’être satisfaites », car les progrès réalisés cette année n’ont pas d’impact direct sur leur quotidien. « Les gens attendent des mesures qui aient un impact plus concret sur leur vie quotidienne, sur l’emploi, sur l’augmentation de leurs revenus ou sur leur sécurité », explique Pomiés, ajoutant que le gouvernement « doit obtenir des résultats et les concrétiser sans tarder ». S’inscrivant dans une tradition naissante, le président prendra lui-même la parole devant le Parlement pour évoquer les réussites de son gouvernement et les dossiers en cours. Parmi les premières figureront probablement des objectifs moins ambitieux, comme l’adoption du budget en accord avec les partis d’opposition.
Portal Montevideo
Traduit par Latinos


