Le « trumpisme » dévoilé par l’opération au Venezuela

Que peut-on comprendre des objectifs poursuivis par Donald Trump, sur le plan géopolitique, politique ou commercial ? Où en sont les vénézuéliens qui commençaient à prononcer le mot « espoir » juste après l’élection présidentielle du 28 juillet 2024, confisquée par le pouvoir en place ?  Pour beaucoup de Vénézuéliens, comme pour la majorité en Iran, le déverrouillage du système totalitaire devenait inenvisageable après des décennies de domination où les résultats des urnes étaient toujours joués d’avance.

Dans ce contexte de pouvoir absolu garantissant la protection du chef, l’image du dictateur capturé et emprisonné comme n’importe quel présumé criminel a réjoui les Vénézuéliens dans leur immense majorité, exilés ou de l’intérieur. Cet enlèvement dans son palais n’a pas été une tuerie. L’opération militaire américaine a semblé être une « excursion » dirait Donald Trump. Nombre d’observateurs ont pensé que des complicités dans l’entourage de Nicolàs Maduro avaient facilité l’opération. Des félons allaient-ils se démasquer ou être démasqués ? Delcy Rodriguez, vice-présidente de Nicolàs Maduro et présidente par intérim, a été prompte dans la relève, jusqu’à faire adopter en quelques jours une loi de rupture avec le modèle économique régissant l’exploration et l’exploitation s des gisements de pétrole vénézuélien depuis l’instauration du « socialisme du XXIème siècle ». Donald Trump ouvrait donc les champs pétroliers aux majors américains qui ne se sont pourtant pas précipités sur l’offre, ayant été échaudés dans le passé récent. Avec ses décisions ultra-rapides, Delcy Rodriguez semblait être la « traitresse » principale du clan au pouvoir mais elle n’a pas été dénoncée et menacée par les durs du régime toujours en place. On reconnait vite dans les jours suivants le coup de force au Venezuela que le mercantilisme de Donald Trump est le ressort principal. La restauration du droit et la liberté des élections n’est pas le sujet du président américain. On le voit clairement sur toutes les questions internationales et même intérieures. Dorénavant, les journalistes et experts sont de moins en moins à la peine pour comprendre et interpréter la logique de Donald Trump. Elle se lit et se dit sans ambages : c’est la prédation et le business. Le cas vénézuélien est révélateur : ici comme ailleurs l’objectif est toujours de spolier, accaparer, contrôler des territoires et des ressources naturelles pour enrichir les Américains et, avant tout, le premier d’entre eux, le président, sa famille et ses amis. Au Venezuela, la force militaire de la première puissance est mise au service du contrôle et de l’exploitation du pétrole et de la création d’opportunités d’investissements immobiliers Selon le New Yorker, le président américain aurait engrangé plus de 4 milliards en deux mandats, le deuxième n’étant pas achevé.

Une autre des exigences américaines reconnues à propos du Venezuela a porté sur la libération des prisonniers politiques. Ils seraient environ 2500. Cette mesure semblait être, sinon un signe de démocratisation, du moins un coup porté à l’arbitraire. Des libérations ont bien eu lieu mais au compte-goutte. Une amnistie générale a même été adoptée par le Parlement mais le compte n’y est pas. Selon des ONG vénézuéliennes, il resterait des centaines de prisonniers politiques dont les familles attendent toujours la sortie des geôles du pouvoir. Maria Corina Machado, figure en exil de l’opposition unifiée n’est pas revenue triomphante à Caracas après avoir reçu le prix Nobel de la paix que Donald Trump convoitait bruyamment. Dans le système répressif en place au Venezuela avec une justice aux ordres, l’opposante serait immédiatement arrêtée et détenue. Dans cette situation d’incertitude où se creuse le fossé entre les attentes populaires et le maintien des instruments de coercition, les Vénézuéliens font montre de prudence, ils ne prennent pas la rue car ils ne voient pas le pouvoir vaciller ni les milices être désarmées La guerre civile n’aura pas lieu. La ressemblance avec le comportement retenu du peuple iranien est frappante.

Dans les opérations militaires des Etats-Unis sous la houlette de Donald Trump les objectifs poursuivis ne sont décidément jamais le soutien à la restauration d’un régime démocratique. Pactiser avec les régimes qui ignorent la séparation des pouvoirs est devenu une boussole. Les protégés du poutinisme, de la « mollahcratie » ou du « madurisme » s’y connaissent aussi en business et corruption. Ils ont trouvé en Donald Trump un interlocuteur prévisible avec qui il est toujours possible de dealer.

Au plan international, les aventures dans lesquelles Donald Trump engage les Etats-Unis reconfigurent profondément le monde. Sans foi ni loi, il devient dangereux. La Russie, la Chine et quelques puissances régionales de moindre poids y trouvent leur compte dans leurs ambitions expansionnistes.  Le droit international bâti après 1945 est en voie de démantèlement et la force est devenue la règle implacable. Les dépenses mondiales en armements atteignent des sommets en 2025 au détriment de l’aide au développement dispensée par les pays riches en matière de maternité et de soins infantiles, faisant des centaines de milliers de morts silencieuses hors des radars des commentateurs.