Les trente millions de péruviens éliront leur nouveau président le dimanche 12 avril. Pour faire le choix, les autorités ont organisé un débat sur trois jours avec… les 35 candidats à l’élection.
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Trois soirées consacrées au débat à la présidentielle. Voilà ce qui anime cette semaine la vie politique péruvienne. Pourtant il ne s’agit pas ici d’un effort de démocratie qui permettrait aux candidats de développer en longueur leurs propositions et qui ferait la place belle aux joutes verbales argumentées. Les Péruviens sont en réalité face à un casse-tête : comment choisir un président quand 35 candidats se présentent à la mandature suprême et qu’aucun d’entre eux ne dépasse 12 % d’intentions de vote ? La solution trouvée est sûrement la moins mauvaise de toute : regrouper les candidats en trois groupes et les faire réagir pendant 2 minutes 30 chacun sur trois thèmes de campagne, soit à peine 9 min par candidat pour convaincre.
Mais tant sur la forme que sur le fond, peu de candidats ont réussi à sortir leur épingle du jeu. Ce qui devait permettre aux 57 % des Péruviens encore indécis de se faire une idée s’est transformé en succession d’attaques personnelles. Un candidat a littéralement déroulé la liste interminable des accusations contre l’actuel favori dans les sondages, l’ex-maire d’extrême droite de Lima Rafael López Aliaga quand un autre s’est vu accuser de lien avec les narcotrafiquants…
Le Pérou en crise
Entre dérive institutionnelle et soif d’autorité, le Pérou traverse la crise la plus profonde de son histoire républicaine. En février dernier, la destitution éclair de José Jeri par un Congrès fragmenté a acté la vacance du pouvoir pour la troisième fois en un seul mandat. Ce « naufrage total », loin d’être un incident isolé, révèle l’épuisement d’un modèle politique hérité de l’ère Fujimori et miné par le traumatisme de l’affaire Odebrecht.
Ainsi les enjeux de ce basculement sont vitaux pour la stabilité andine : d’abord un effondrement institutionnel : une succession de présidents par intérim sans légitimité, illustrant l’incapacité de la Constitution à stabiliser l’exécutif face à un Congrès omnipotent. Suivi de la corruption : le spectre du réseau Odebrecht, véritable système de corruption systémique, continue de hanter la justice et de décrédibiliser chaque nouveau dirigeant. Et puis virage autoritaire : une opinion publique épuisée par l’insécurité et l’instabilité, qui se tourne désormais vers des figures prônant la « main de fer ». Face à l’imminence du scrutin du dimanche 12 avril prochain, cette analyse décrypte les mécanismes de l’ingouvernabilité péruvienne et examine si les urnes peuvent encore offrir une sortie de crise à une nation qui semble avoir fait du chaos sa seule constante.
D’après les dépêches
du Pérou – Traduit par Latinos


