« Nadie Nada Nunca », de Juan José Saer : des chevaux, comme des pions sur un échiquier sanglant

On le sait dès la première ligne : « Il n’y a, au début, rien.» Et il n’y aura pas grand-chose de plus que les infinies déclinaisons des mêmes motifs dans la chaleur sidérante de février, « le mois irréel »« La rivière, lisse, dorée, sans une seule ride, et derrière, en plein soleil, basse, poussiéreuse, en pente douce vers l’eau qui ronge sa rive, l’île » : c’est ce que voit le Chat, depuis sa fenêtre. Et, brassant l’eau, un cheval bai, monté par le Bancal. Bientôt, l’homme et la monture traverseront la plage pour monter vers la petite maison blanche, les eucalyptus et le terrain vague.

À Rincón, dans la chaleur aride de l’été, le temps passe sans fin. La touffeur attise les passions comme la violence. Jusqu’au jour où des chevaux sont mystérieusement retrouvés morts. Est-ce là l’œuvre d’un fou ou d’une vengeance dissimulée ? Y a-t-il un ou plusieurs assassins ? Tout à ses amours illégitimes avec Élisa, Le Chat se voit confier la garde d’un cheval. Parviendra-t-il à le protéger ? Alors que les autorités semblent se désintéresser de ces meurtres, le danger sourd imperceptiblement. De la mort d’un animal à la mort d’un homme, certains sont prêts à tout pour dissimuler la vérité.

Avec Nadie nada nunca, Juan José Saer évoque métaphoriquement la dictature militaire argentine et interroge plus que jamais l’acte d’écrire. Nadie nada nunca est l’une des œuvres les plus ambitieuses et des plus novatrices de Saer. Le dessin de couverture a été réalisé par Nicolas Arispe.

Juan José Saer est l’un des écrivains argentins les plus importants du XXe siècle. Il a reçu le prix Nadal en 1987 pour La Ocasión. Considéré dans son pays au même rang que Borges, il a exercé une influence considérable sur les auteurs contemporains d’Argentine, notamment par sa maîtrise formelle et ses jeux avec les genres littéraires.