Les relations commerciales et diplomatiques entre l’Équateur et la Colombie traversent une phase de forte turbulence. À compter du 1er février, le gouvernement équatorien a annoncé l’imposition d’un droit de douane de 30 % sur l’ensemble des importations en provenance de Colombie, une décision qui marque une rupture brutale entre deux pays historiquement liés par des échanges étroits.
Depuis le Forum économique mondial de Davos, le président équatorien Daniel Noboa a justifié cette mesure par ce qu’il considère comme un manque de coopération de la Colombie en matière de sécurité, notamment dans la lutte contre le narcotrafic et le crime organisé à la frontière commune.
Des secteurs clés directement touchés
Parmi les produits colombiens les plus exportés vers l’Équateur figurent l’énergie électrique, les médicaments, les produits pharmaceutiques, les plastiques, ainsi que les cosmétiques et produits de soin. La Colombie représente environ 7,3 % des importations équatoriennes, ce qui en fait le troisième fournisseur du pays, derrière la Chine et les États-Unis.
Plusieurs responsables politiques équatoriens s’inquiètent toutefois de l’impact de cette décision sur l’économie nationale : « Espérons que la Colombie ne prenne pas la même mesure, comme c’est souvent le cas dans ce type de situation, car cela serait bien plus dommageable pour l’Équateur. Il faut comparer nos produits aux leurs. Nous vendons des navires, du bois, des produits de la mer transformés, et eux, de leur côté, nous vendent des produits pharmaceutiques, des médicaments, du plastique – bref, des produits finis. Si la Colombie adopte une mesure similaire, les prix pourraient augmenter », a expliqué à RFI le député andin Virgilio Hernández
Réponses et représailles de Bogotá
La réaction de la Colombie ne s’est pas fait attendre. Le président Gustavo Petro a ordonné la suspension des exportations d’électricité vers l’Équateur, un pays structurellement déficitaire en énergie, et a annoncé l’application de droits de douane réciproques de 30 % sur les produits équatoriens. Bien que les autorités équatoriennes assurent disposer d’une autonomie énergétique suffisante pour environ 45 jours dans des conditions climatiques normales, des experts mettent en garde contre de possibles tensions en cas de sécheresse prolongée.
Tentatives de désescalade diplomatique
Face à l’escalade, l’Équateur a accepté le principe d’une réunion bilatérale proposée par la Colombie afin de désamorcer la crise, mais a refusé la date initialement suggérée par Bogotá. La ministre équatorienne des Affaires étrangères, Gabriela Sommerfeld, a indiqué qu’une contre-proposition de dates pour la semaine suivante avait été formulée. L’objectif affiché de ces discussions serait de renforcer la coopération conjointe contre le narcotrafic dans la zone frontalière, un sujet central du différend. Daniel Noboa accuse son homologue colombien de ne pas agir suffisamment contre les cartels, tandis que Gustavo Petro affirme que la responsabilité est partagée entre les deux pays.
Un conflit aux répercussions régionales
Cette crise intervient dans un contexte régional sensible. La Colombie est le premier partenaire commercial de l’Équateur au sein de la Communauté andine (aux côtés de la Bolivie et du Pérou) et son deuxième partenaire mondial après les États-Unis. Daniel Noboa, proche allié du président américain Donald Trump, s’inscrit dans une logique de pression économique rappelant l’utilisation des droits de douane comme levier politique. Alors que les deux pays multiplient les mesures de représailles, les observateurs craignent que cette confrontation ne fragilise davantage la stabilité économique et sécuritaire de la région, à moins qu’un accord diplomatique rapide ne permette d’enrayer cette guerre commerciale naissante.
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