Ici, pas de scène : public et personnages s’installent à la même table, les verres de vin circulent comme chez Tchekhov la vodka… Nous sommes bien dans La Mouette (Gaviota en espagnol), à quelques différences près…
En espagnol, la langue de Tchekhov résonne avec une épatante acuité tant elle est universelle. Guillermo Cacace lui donne sa pleine puissance mélancolique et émouvante. Bienvenue autour de la table de ces actrices argentines pour une version immersive de La Mouette (Gaviota). Il n’y a pas d’hommes sur ce plateau partagé mais des comédiennes qui jouent tous les rôles. La pièce du célèbre dramaturge russe est ici interprétée en espagnol, sans doute pour en célébrer l’universalité. Et surtout, tout est dit dans une extrême proximité avec les spectateurs et les spectatrices, au creux de l’oreille.
Ce n’est pas La Mouette qui se joue mais Gaviota. Comme si l’enfant terrible du théâtre argentin indiquait déjà qu’il propose sa « mouette », sa version, bâtie entre la crise sanitaire et l’arrivée au pouvoir de Javier Milei dans son pays. Pour autant, la langue de Tchekhov reste la base de ce spectacle immersif où Nina se rêve toujours actrice, Konstantin l’aime et la perd, Trigorine joue de son statut d’écrivain pour séduire Arkadina et Masha observe les drames à venir…
Tous interprétés par des femmes, ces personnages boivent un verre, grignotent ou relisent des notes à une table centrale autour de laquelle est aussi conviée une partie du public. Guillermo Cacace livre une lecture respectueuse, admirative même de l’œuvre tchekhovienne. Dans un espace restreint pour une centaine de spectateurs, il lui donne sa pleine puissance mélancolique et profondément émouvante. La confier à des actrices hispanophones renforce sa véracité : de Buenos Aires à Moscou, le mal de vivre, le mal d’aimer sont les mêmes.
D’après Les Célestins
Gaviota en espagnol de l’argentin Guillermo Cacace. Théâtre des Célestins à Lyon du 4 au 8 février à 16 h 30 – 19 h 30 ou 20 h.


