Archives quotidiennes :

28 septembre 2018

Amnesty France donne la parole à des Mapuche venus de part et d’autre de la Cordillère des Andes

L’association EFiGiES, qui vise à créer de la solidarité entre étudiants, doctorants et jeunes chercheurs en Études Féministes, Genre et Sexualités à travers une mise en commun de savoirs et d’informations, adresse un message à toutes celles et tous ceux qui demeurent solidaires du peuple mapuche en résistance de part et d’autre de la Cordillère des Andes, message que nous avons souhaité reproduire ici. Elle propose également de rencontrer deux femmes mapuche au sujet des luttes pour le Territoire-Terre en octobre prochain.

Photo : Cedoc Perfil

Au Chili, l’escalade de violence que nous avions déjà dénoncée l’an dernier envers le peuple Mapuche dans la IXe région ne cesse de s’amplifier avec de violentes perquisitions dans les communautés accompagnées de tirs de gaz lacrymogènes, des enfants blessés par des balles de plomb et de caoutchouc et des arrestations arbitraires de mineurs. Cette persécution policière s’accompagne d’une criminalisation judiciaire avec l’utilisation de témoins cagoulés, la manipulation de preuves, des détentions préventives de plus d’un an avant les jugements qui se terminent souvent par des non-lieu ainsi que des menaces et des filatures de leurs propres défenseur.e.s. Rappelons que, dans ce contexte, nous avons appris en juin dernier que le gouvernement de M. Piñera a envoyé plusieurs groupes de «carabineros» (policiers militaires) dans des camps d’entraînement anti-terroristes aux États-Unis et en Colombie.

La situation des communautés mapuche au sud de l’Argentine est aussi alarmante, particulièrement dans la province de Chubut où a disparu en août 2017 le jeune argentin Santiago Maldonado lors d’une vaste perquisition opérée par la police militaire dans le territoire de la communauté mapuche Pu Lof en Résistance, du département de Cushamen. Cette disparition et la réapparition deux mois plus tard du corps de Santiago Maldonado dans la rivière voisine de la communauté a permis de révéler l’ampleur de la répression dont souffrent, depuis des décennies, les communautés mapuche au sud de l’Argentine.

À la suite de cet événement, une centaine d’organisations de peuples autochtones, Amnesty International, le Service de paix et justice (Serpaj) et l’Assemblée permanente de droits humains (APDH) ont adressé un communiqué au gouvernement argentin pour dénoncer la «stigmatisation et la persécution à l’encontre du peuple mapuche». Le communiqué intitulé «La lutte indigène n’est pas un délit» interpellait le gouvernement en déclarant : «Le ministère de la Sécurité considère les revendications territoriales mapuche comme des menaces pour la sécurité publique […] L’État privilégie en fait les intérêts des entreprises pétrolières et criminalise le peuple mapuche.»

Dans le cadre de la journée internationale des peuples indigènes des Amériques, le 12 octobre prochain, nous invitons Mme Natividad Llanquileo, avocate mapuche et présidente du CID SUR (Centre de recherche et de défense SUR), à Temuco, IXe région du Chili à venir témoigner de la grave situation des droits humains en territoire mapuche (Wallmapu). Dans ce même contexte, nous invitons également M. Mauro Millan, Lonko (responsable) de la communauté mapuche Pillan Mawiza, située dans la province de Chubut en Patagonie argentine, et Mme Ana Margarita Ramos, anthropologue et chercheuse, à venir également témoigner de la situation peu médiatisée des peuples autochtones d’Argentine.

Dès à présent nous vous informons que, grâce au soutien des membres de la Région Amériques d’Amnesty International France, leur séjour en France débutera par une conférence le jeudi 11 octobre, de 19 heures à 22 heures, au siège d’Amnesty International, 72-76 boulevard de la Villette, 75019 Paris (Mo Colonel Fabien). L’accueil aura lieu à partir de 18h30, en raison d’un code d’accès mis en place à partir de 19 h.

S’il ne vous est pas possible de participer à cette rencontre, nous sommes prêts à accueillir vos propositions de rencontres et entretiens avec Mme Natividad Llanquileo les vendredi 12 et samedi 13 octobre et le lundi 15 octobre avant son départ en Suisse jusqu’au 21 octobre. Et ensuite jusqu’au 29 octobre.

D’après l’association EFiGiES

Le Mexique n’exclut pas un accord bilatéral avec le Canada si aucun compromis n’est trouvé

Selon l’agence financière et économique suisse (AGEFI), si les renégociations de l’Aléna ne débouchent pas, le président mexicain a évoqué la possibilité d’un accord bilatéral avec le Canada. Le Canada et les États-Unis se sont en effet lancés dans une série de délicates négociations pour parvenir à renouveler l’accord qui unit les trois pays dans une vaste zone de libre-échange depuis 1994.

Photo : AGEFI

Le Mexique cherchera à signer un accord bilatéral avec le Canada si Ottawa et Washington ne parviennent à un compromis pour réformer l’Aléna, a affirmé vendredi le président-élu mexicain, Andrés Manuel López Obrador.

Le Mexique et les États-Unis sont parvenus à trouver un compromis en août, mais le président américain Donald Trump a indiqué que l’accord pourrait ne pas inclure le Canada. La dernière ronde de négociations entre le Canada et les États-Unis qui s’est achevée jeudi n’a pas abouti à un accord. Le Mexique a régulièrement répété sa volonté de prolonger l’accord trilatéral, une position réaffirmée par M. López Obrador, qui doit prendre ses fonctions le 1er décembre.

Mais si les États-Unis et le Canada échouent, «il faudra maintenir l’accord [avec les États-Unis] et essayer d’obtenir un accord similaire avec le Canada», a expliqué à la presse AMLO lors d’un déplacement dans l’État de Sonora (nord).

Le vétéran de gauche, qui a remporté une large victoire lors de l’élection présidentielle du 1er juillet, a indiqué qu’il avait jusqu’à présent de bonnes relations avec l’administration Trump. «J’espère de tout mon cœur qu’il en sera toujours ainsi» a souligné AMLO. «Nous sommes voisins. Nous ne pouvons pas être distants. Il nous faut parvenir à établir une relation de respect et de coopération» a-t-il poursuivi.

López Obrador, 64 ans, a également publié sur Twitter une vidéo depuis la frontière avec les États-Unis, dans laquelle il s’est engagé à inciter les migrants à rester du côté mexicain en lançant un plan de développement économique de la zone frontalière à partir du 1er janvier. Le plan prévoit notamment des exonérations d’impôts et le doublement du salaire minimum, afin de stimuler emploi, consommation et investissements.

D’après l’AGEFI

L’accès à la mer, un différend vieux de 140 ans refait surface entre la Bolivie et le Chili

La Bolivie défend une fois de plus devant la Cour internationale de justice à La Haye une plainte en vue d’obtenir un accès souverain à la mer, perdu à l’issue d’une guerre entre le Chili, la Bolivie et Pérou à la fin du XIXsiècle : la guerre du Pacifique. Ce différend déchaîne toujours les passions dans les deux pays voisins.

Photo : Sputnik Mundo

Le ton monte entre la Bolivie et le Chili. Les deux pays, voisins mais qui entretiennent depuis toujours des relations houleuses, ont ces derniers jours multiplié les déclarations, aux accents parfois martiaux. La cause de cette tension ? Le 1er octobre prochain, la Cour internationale de justice de La Haye proférera son arrêt sur la demande de la Bolivie contre le Chili en vue d’obliger ce dernier à négocier l’accès bolivien à l’océan Pacifique. Cette résolution pourrait devenir déterminante pour le futur politique de l’actuel président, Evo Morales, qui aspire à se maintenir au pouvoir lors des prochaines élections (il dirige le pays depuis 2006).

Pour la Bolivie, il s’agit d’obtenir un corridor à travers le désert d’Atacama, jusqu’à la côte Pacifique. Un bout de territoire qu’elle reprendrait sur les 120.000 km² cédés au Chili lors de la signature en 1904 d’un «Traité de paix et d’amitié». Le retour à la mer est une revendication historique de la Bolivie, inscrite d’ailleurs dans sa Constitution. Le 23 mars de chaque année, La Paz commémore le «Jour de la mer», la perte de son littoral pacifique. Cent trente-cinq ans après sa défaite lors de la guerre du Pacifique contre le Chili (1879-83), et la perte de 400 km de côtes et de son accès à la mer, la Bolivie a présenté une nouvelle fois une plainte auprès de la Cour de La Haye. Dans sa demande, elle a été confortée par une résolution de 2014 de cette même Cour, accordant au Pérou une partie du territoire maritime contrôlé par le Chili depuis la guerre. La Bolivie, sachant que La Haye ne pourra pas déclarer l’annulation du Traité de 1904 comme elle l’envisageait lors de précédentes requêtes, s’est contentée cette fois de solliciter le tribunal international pour obliger le Chili à négocier.

Une exigence bolivienne mise en avant à chaque occasion

Les dirigeants successifs du pays andin recourent parfois à cette revendication pour justifier la situation de pauvreté du pays dont l’économie se verrait pénalisée par l’absence de débouché maritime direct ; ou bien pour favoriser la cohésion nationale autour du gouvernement à l’approche des élections, comme cela est le cas actuellement. Régulièrement, la Bolivie a réclamé au Chili la révision du traité de 1904 et la garantie d’un accès à la mer pour ses exportations. En vain. Avec l’arrivée au pouvoir en 2006 d’un président amérindien, Evo Morales, la demande s’est faite de plus en plus pressante, comme l’affirmation d’un droit inaliénable du peuple bolivien.

En mars 2011, sous le mandat de Michelle Bachelet, les esprits se sont échauffés de part et d’autre de la frontière. Le ministre bolivien des Affaires étrangères annonçait que la Bolivie n’attendrait pas cent ans de plus pour récupérer son littoral. La sortie vers la mer de la Bolivie via le Chili «est fermée à jamais», rétorquait le ministre chilien des Affaires étrangères de l’époque. Un peu plus tard, le ministre de la Défense de Santiago affirmait que son pays ferait respecter les traités internationaux en vigueur, et par la force s’il le fallait. En juin 2011, le 41e sommet de l’OEA (Organisation des États américains) fut l’occasion de porter le différend boliviano-chilien sur la scène internationale. Les ministres des deux pays ont alors exposé chacun leur point de vue.

Lors du Sommet des Amériques au Panama en avril 2015, et en l’absence de la présidente chilienne Michelle Bachelet retenue dans son pays à cause d’importantes inondations, la Bolivie a saisi l’opportunité d’un auditoire composé de trente-quatre délégations pour rappeler une nouvelle fois le caractère incontournable et permanent de sa demande d’un droit à la mer.

 Un peu d’histoire : la guerre du Pacifique

Le conflit remonte à la «Guerra del Pacífico» en 1879. Bien que chaque pays ait sa propre version sur l’affaire frontalière, la Bolivie avait en effet un accès au Pacifique par sa province d’Antofagasta qu’elle a perdu lors de cette guerre, au cours de laquelle le Pérou perdit également celle du Tarapacá. À la fin de la guerre remportée par le Chili fut signé le Traité de 1904, formalisant la perte du territoire bolivien mentionné. Le Chili signa deux autres traités avec le Pérou en 1883 et 1929 fixant l’occupation chilienne du Sud du Pérou. Pour la Bolivie, ce traité, à la suite de la défaite militaire, a signifié la perte de 400 kilomètres de côte et 120 000 km2 de territoire. Et, selon le gouvernement actuel, ses possibilités de développement se sont vues réduites par le non accès souverain à la mer pour l’exportation de ses ressources naturelles.

Au XIXe siècle, les débuts de l’industrialisation augmentent les besoins en matières premières. Le Chili jette des regards envieux sur le territoire au Nord du sien, qui recèle d’abondantes ressources en guano et en salpêtre (utilisé pour la fabrication des explosifs). Soutenue par l’Angleterre, qui exploite le salpêtre et qui juge avec bienveillance l’expansionnisme chilien, Santiago lance une première attaque victorieuse en 1839 contre le Pérou et la Bolivie empêchant la réunion de ces deux pays au sein d’une confédération. En 1879, la guerre du Pacifique éclate au motif que les investisseurs chiliens, très présents en Bolivie, sont menacés d’une hausse des impôts. Les entreprises qui refusent sont par la suite liquidées. La Bolivie et le Pérou s’allient mais, lors d’une bataille navale, La Paz n’ayant pas de marine, c’est Lima qui est opposée à Santiago. Mais sur la mer, les Chiliens se montrent les plus forts puis, mieux préparés, ils imposent leur supériorité en remportant plusieurs victoires dans le désert d’Atacama.

Quelle sera l’issue ? Affaiblis, les Boliviens se retirent de la guerre. Les troupes du général chilien Manuel Baquedano entrent alors dans Lima et, malgré la résistance de la population péruvienne, la ville se rend et la guerre prend fin le 20 octobre 1883 par le traité d’Ancon. La paix entre le Chili et la Bolivie est signée en 1904, actant noir sur blanc la perte par la nation vaincue de son territoire maritime.

Pendant un siècle et demi, la Bolivie, le Pérou ont regretté amèrement la perte de leurs territoires. Depuis, la Bolivie et le Chili n’ont pas réussi à guérir les blessures de la guerre et, malheureusement, en connaissance des tentatives mises en œuvres par le passé, la décision de la Cour de La Haye rendue le 1er octobre n’y parviendra très probablement pas. La position du gouvernement actuel ainsi que celle de son ministre des Affaires étrangères, Roberto Ampuero, ne semble pas laisser envisager une négociation apaisée favorable au rétablissement des relations et du dialogue. Pour ce dernier, «le territoire souverain chilien ne fera partie d’aucune négociation». Aussi la conjoncture bolivienne des prochaines élections rend l’attitude du gouvernement plus virulent à l’égard de son voisin. Les déclarations malheureuses de part et d’autre n’aideront pas à l’ouverture d’un processus de négociation.

Diego Pary, ministre des Affaires étrangères bolivien, s’est dit confiant sur la décision de la Cour internationale en ce qui concerne l’obligation de négociation, et a déclaré regretter que son homologue chilien confonde la portée de la demande actuelle et de celles de naguère car, à la différence des précédentes querelles, il s’agit maintenant d’une demande d’ouverture au dialogue en vue d’une solution maritime pour la Bolivie et non une remise en cause du traité de 1904 : «nous espérons pouvoir nous assoir autour d’une table et trouver ensemble des solutions contribuant à la complémentarité et fraternité de deux peuples», a-t-il dit en conférence de presseLe jugement, suite à la résolution du tribunal de La Haye, devrait se conclure la semaine prochaine avec l’intervention de l’équipe de juristes chiliens qui devra répondre aux arguments présentés par la Bolivie. Les juges devront délibérer le même jour et leur décision définitive sera connue fin 2018 ou début 2019.

Evo Morales et le ministre Roberto Ampuero du gouvernement de Sebastián Piñera ont préféré ne pas se saluer lors des argumentations de chaque pays, à la différence du premier jour du jugement où ils se sont serrés la main. Les représentants des deux pays et leurs équipes juridiques seront présentes en Hollande, au tribunal de La Haye pour la lecture de la décision du 1er octobre.

Le Chili et la Bolivie se montreront-ils ouverts au dialogue et à la coopération pour surmonter les blessures du XIXe siècle ? Un analyste politique chilien a la profonde conviction que seul un dialogue imaginatif pour une connaissance et reconnaissance mutuelle pourrait faire avancer les deux voisins «ennemis» dans une voie politique de confiance pour parvenir à une planification destinée à fixer des objectifs à moyen et long terme, en vue d’un rapprochement et d’une solution à ce vieux conflit. Et il rappelle le conflit frontalier qui existait entre l’Argentine et le Chili, résolu en 1979, grâce à une évolution de la volonté politique, à une vision d’avenir et à l’intervention du Vatican, permettant une entente et d’éviter un éventuel conflit armé.

Le 1er octobre prochain, l’arrêt de La Haye ne résoudra pas la question de fond car le problème ne se situe pas uniquement dans l’arène juridique mais surtout dans le domaine politique. Peut-on envisager cette intelligence politique facilitant le dialogue pour surmonter les obstacles qui font que ces deux pays voisins, depuis 1978, n’ont pas de relations diplomatiques ?

Olga BARRY

Articles par mois

Articles par catégorie