Archives mensuelles :

décembre 2017

L’artiste colombienne Beatriz González au Musée d’art contemporain de Bordeaux jusqu’au 25 février 2018

Dans le cadre de l’Année France-Colombie 2017 est coorganisée une exposition consacrée à la colombienne Beatriz González, jusqu’au dimanche 25 février 2018 dans la Nef du musée d’art contemporain de Bordeaux par le CAPC musée d’art contemporain de Bordeaux, le Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia de Madrid, et le KW Institute for Contemporary Art de Berlin.

Photo : Beatriz González/Las2orillas
Artiste et pédagogue établie à Bogotá, Beatriz González est née en 1938, à Bucaramanga en Colombie. À travers le dessin, la peinture, l’illustration et la sculpture, elle traite de sujets en lien avec le contexte historique et culturel colombien. Elle a participé à de nombreuses expositions individuelles et collectives dans différentes institutions en Amérique latine, aux États-Unis et en Europe. Ses œuvres sont présentes dans les collections du MoMA, de la Tate Modern ou du Museum of Fine Arts de Houston, entre autres. Outre la Documenta 14 en 2017, elle a également participé à la Biennale de Venise en 1978 et à celle de São Paulo en 1971.
 

Artiste emblématique et fondamentale de la scène artistique d’Amérique latine, Beatriz González a marqué des générations d’artistes et de penseurs. Son travail, qui dépasse les limites de la peinture par la multiplicité des supports utilisés, convoque l’histoire, la politique, l’humour, le privé et le public. En 1964, elle adopte un mode opératoire auquel elle restera fidèle par la suite, en faisant d’une image issue de la presse colombienne une série de tableaux. Les archives qu’elle collectionne montrent que l’imagerie populaire façonne son œuvre et constitue un terrain de recherche et de création fertile, dont elle extrait le folklore et le pittoresque.

S’appuyant souvent sur la documentation photographique des reporters de presse, certaines œuvres de Beatriz González expriment aussi la douleur provoquée par la violence et la mort. Au sujet de cet aspect de son travail, Boris Groys affirme que loin de chercher la neutralité par l’appropriation qu’elle fait des images de presse, « sa peinture reste personnelle et même intime » dans la mesure où « elle trouve le moyen de faire des journaux quotidiens son propre journal intime et, inversement, de faire de son propre journal intime un outil politique ».

Beatriz González s’intéresse également à la représentation des icônes de la culture populaire (des idoles sportives aux politiciens en passant par les leaders religieux) et à celle des cultures indigènes et de l’art précolombien. Ses productions, qui apparaissent parfois comme des ready-made aidés, se déclinent sur divers supports incluant des meubles et des rideaux. Toujours en activité, l’artiste qui se décrit ironiquement comme une « artiste de province », accompagne les vives mutations sociales et politiques de la Colombie. Réunissant peintures, dessins, estampes, sculptures et installations, cette première grande exposition rétrospective de Beatriz González en Europe, permettra de découvrir un ensemble d’environ 130 œuvres réalisées entre 1965 et 2017.

 
Présentation de l’exposition par

Exposition « Botero, dialogue avec Picasso » : les femmes aux formes volumineuses du grand peintre colombien à Aix-en-Provence

Du 24 novembre 2017 au 11 mars 2018 à l’Hôtel de Caumont d’Aix-en-Provence, l’exposition Botero, dialogue avec Picasso présente la riche production du maître colombien sous un angle inédit qui explore ses affinités artistiques avec Pablo Picasso. À la soixantaine d’œuvres de Botero (huiles, œuvres sur papier, sculptures) font écho une vingtaine d’œuvres majeures de Picasso, issues notamment des collections du Musée national Picasso-Paris et du Museu Picasso de Barcelone.

Photo : Fernando Botero/Artes Andinos

Malgré des origines éloignées, des histoires et des trajectoires différentes, ces deux grands artistes partagent des références géographiques et culturelles communes. Dès sa jeunesse, Fernando Botero (né en 1932) a observé l’œuvre de Pablo Picasso (1881-1973), dont il admire la riche palette, la monumentalité et la sensualité des volumes. Mais Botero admire plus encore le « non conformisme » de Picasso. Chez les deux artistes, la déformation des corps et des volumes correspond à un regard résolument subjectif sur la réalité. Elle traduit aussi une posture radicalement moderne dans l’histoire de la figuration, à l’origine chez chacun d’entre eux d’un langage artistique inimitable, propre à chacun.

Les carrières respectives de Botero et de Picasso sont traversées par des interrogations majeures sur la peinture et sur l’art. À l’Hôtel de Caumont, l’exposition « Botero, dialogue avec Picasso » propose de parcourir de salle en salle des thématiques qu’ils se sont appropriées : le portrait et l’autoportrait, les appropriations de l’histoire de l’art, la nature morte, le nu, l’artiste face aux grands événements historiques et politiques, la corrida, le monde du cirque, la musique et la danse. 

Parmi les œuvres phares, on peut citer le dyptique de Botero D’après Piero della Francesca (1998), la gigantesque Poire (1976), le Pierrot (2007) ou La Fornarina, d’après Raphaël (2008) de Botero ; mais aussi L’Acrobate (1930), La danse villageoise (1922), Massacre en Corée (1951) de Pablo Picasso ou encore son interprétation des Ménines de Velázquez, de 1968.

En parallèle aux peintures, l’exposition présentera quelques sculptures de Botero dont son imposant Cheval (1999), ainsi qu’une vingtaine de dessins des deux artistes. Technique largement exploitée par les deux artistes, le dessin permet de découvrir un aspect moins connu de l’œuvre de Botero et un côté plus intime de sa pratique artistique.

Présentation de l’exposition par
Hôtel de Caumont – Centre d’Art
Aix-en-Provence

Un documentaire « Grand théâtre du monde » sur l’artiste argentin Antonio Seguí disponible en DVD

Le photographe François Catonné, a réalisé un documentaire sur l’artiste argentin, Antonio Seguí. Directeur de la photo de plus de 35 longs métrages, il a travaillé avec Gérard Mordillat, Bertrand Blier, Régis Wargnier, Robert Enrico, Lucas belvaux, Jean Pierre Denis… Il a été César de la photo pour « Indochine ». Son documentaire sur Antonio Seguí est son septième film.

Photo : Antonio Seguí/Les Inrocks

Antonio Seguí est un artiste et collectionneur, né le 11 janvier 1934, à Córdoba en Argentine. Issu d’une famille de commerçants fortunés, il vit et travaille en France (Paris puis Arcueil), depuis 1963, et à Córdoba, en Argentine. Il arrive en France en 1951 pour étudier la peinture et la sculpture. En 1952, il part aussi étudier en Espagne. En 1957, il fait sa première exposition individuelle en Argentine. En 1958, il effectue un long voyage dans toute l’Amérique du Sud et l’Amérique centrale, avant de s’installer au Mexique, où il étudie les techniques de la gravure. En 1961, il retourne travailler en Argentine, avant de partir définitivement à Paris en 1963. Il vit aujourd’hui à Arcueil dans l’ancienne propriété de Émile Raspail.

Antonio Seguí a aussi beaucoup voyagé en Afrique, d’où il a rapporté de nombreux objets, et il semble particulièrement intéressé par les éléphants. Au début de sa carrière, influencé par des artistes comme George Grosz ou Otto Dix, il pratiqua une figuration expressionniste d’où se dégageait de l’ironie.

Peu à peu, sa figuration évolua vers l’absurde, construisant une sorte de théâtre sur la scène duquel s’ébat un homme en mouvement recherchant sa place dans le monde. La facétie et l’humour supplantant l’angoisse existentielle, il tente d’orchestrer à sa façon les espoirs et les folies d’une comédie humaine, ironique, faussement naïve et inquiétante. Les militaires de la dictature argentine finirent par l’interdire de séjour : « Je n’ai pas cherché à les attaquer directement — je ne suis pas un militant, je ne crois pas à l’art engagé —, mais des gens pas très intelligents pensent que quand vous n’êtes pas avec eux, vous êtes contre eux. » Artiste latino-américain, chacune de ses œuvres porte en elle les images de la cité, de la nuit et de son pays natal : « J’ai réglé mes problèmes avec ma mère, avec Dieu, mais avec Córdoba, non ! La ville est restée telle qu’elle était dans mes souvenirs, et j’y reviens toujours en rêve… ».

Utilisant le fusain, le pastel, le crayon ou la plume, il fait vivre sur un fond d’agitation urbaine, un monde coloré et graphique qui semble surgir de l’univers de la bande dessinée. À partir de 2000, Antonio Seguí a enrichi sa création en collaborant avec Didier Marien de la galerie Boccara sur une série de tapis artistiques.

Portait d’Antonio Seguí par François CATONNÉ

Quarante-cinq ans de souvenirs sonores recueillis entre l’Amazonie et la Nouvelle-Calédonie dans « Jouer, danser, boire » de Jean-Michel Beaudet

Le livre est avant tout un parcours d’ethnologue : plus de quarante ans d’expériences ethnographiques – la première date de 1972 – en Amérique du Sud (Amazonie bolivienne, Minas Gerais, Guyane) et en Nouvelle-Calédonie. Dans cet ouvrage d’ethnomusicologie, l’auteur, pour comprendre des sociétés, des pratiques (chasse, chamanisme, guerre, manières de boire, partage sexué des tâches, etc.), prend comme voie d’entrée l’esthétique sonore des gens, la musique mais aussi la danse.

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Ce livre est constitué d’un ensemble de brefs récits donnant un éclairage sur la relation ethnographique. Les musiciens, chanteuses, danseurs d’Amazonie et d’Océanie offrent leur propre musicologie, mais tressent aussi avec l’ethnologue des anthropologies renouvelées. On peut donc percevoir dans l’esquisse d’une anthropologie sensuelle et engagée, sonore et mouvementée, des propositions pour une anthropologie du plaisir.

Si le ton est libre, le propos s’inscrit dans une anthropologie de facture classique. Dans la lignée d’un Pierre Clastres, l’auteur observe et analyse la diversité des cultures. Cette ethnologie s’ancre par ailleurs dans l’actualité perturbée des communautés autochtones (infiltration du capitalisme ; intrusion missionnaire). L’ouvrage montre alors qu’il est possible d’étudier, d’une part, des schèmes culturels anciens et, d’autre part, des luttes ou revendications liées aux transformations du présent.

Jean-Michel Beaudet est professeur à l’Université Paris Nanterre où il enseigne l’anthropologie de la musique et de la danse. Spécialiste des musiques et danses d’Amazonie, il a séjourné longtemps dans des villages amérindiens au Brésil, en Bolivie et en Guyane. Il a publié Souffles d’Amazonie (Société d’ethnologie, 1997), Nous danserons jusqu’à l’aube (avec Jacky Pawe, CTHS, 2010), Parikwene agigniman. Une présentation de la musique parikwene (palikur) (avec Pival, Berchel Labonté et Ady Norino, Ibis Rouge, 2013). Il a réalisé en collaboration deux films documentaires (Tapaya. Une fête en Amazonie bolivienne, 2001 et Les trucs que grand-mère a fait, 2007).

Jouer, danser, boire – Carnet d’ethonographies musicales par Jean-Michel Beaudet aux éditions de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris, 195 p., 22 €.

« La disparue du Venezuela » : un polar noir signé Diane Kanbalz aux éditions de l’Aube

La disparue du Venezuela est le premier roman de Diane Kanbalz. « Un roman librement inspiré de faits réels » précise une note discrètement mise en exergue au verso de la dédicace. Autour d’une sombre affaire de disparition, la romancière construit un polar haletant qui sait accrocher le lecteur dès les premières pages. Pour son premier roman, Diane Kanbalz nous livre un polar documenté, sans temps morts, envoûtant.

Photo : Diane Kanblaz/Éditions de l’Aube

3 décembre 2012. Cécile, jeune ressortissante française est enlevée à Mérida, une des zones les plus dangereuses de l’Amérique latine, « le cauchemar des flics et le paradis des truands ». Trois semaines plus tard, l’enquête est au point mort, la famille s’impatiente et la presse est alertée. Le Quai d’Orsay prend contact avec Caracas. L’affaire est alors confiée au capitaine Philippe Larcoeur, officier de liaison détaché à l’ambassade de France. Le policier se serait bien passé de cette mission. Une seule chose le préoccupe : s’envoler pour Paris et arriver à temps pour l’anniversaire de sa fille. Pourtant, sa hiérarchie ne lui laisse pas le choix, il doit se rendre à Mérida où rien ne se passera comme il l’aurait souhaité.

Passage obligé, Larcoeur rencontre d’abord la famille de la victime et le commissaire Lazares, personnage haut en couleur, véritable caricature de flic – ou de truand ? – qui ne lui sera pas d’un grand secours. Puis, très vite, piégé par le tour que prennent les événements, le policier fait de cette enquête une affaire personnelle. Prisonnier d’un passé douloureux auquel il tente de survivre, il se laisse guider par son flair et son expérience, au mépris des procédures réglementaires, quitte à se mettre à dos ses supérieurs et à briser une carrière dont il n’a que faire.

Ses investigations le confrontent d’abord aux caïds et autres malfrats des barrios, puis le conduisent jusqu’au « parrain » qui, depuis une suite luxueuse au sein même de la prison, règne sur la pègre locale. Impulsif, ayant du mal à se contrôler, Larcoeur n’hésite pas à prendre des risques pour lui-même et pour les autres. À plusieurs reprises, son comportement imprévisible met à mal ses collègues et compromet la suite même de l’enquête. Un personnage à la fois inquiétant et attachant.

Diane Kanbalz – qui travaille pour différents organismes non gouvernementaux – semble connaître parfaitement le Venezuela, notamment les milieux de la diplomatie et de la police. Avec, en toile de fond, la maladie du président Chavez, hospitalisé à Cuba pour une énième opération de son cancer, elle nous entraîne dans un pays gangréné par la misère où sévit une criminalité à grande échelle. Les gangs dictent leur loi. La violence et la corruption restent souvent impunies. Le danger rôde en permanence.

L’intrigue est servie par une écriture nerveuse et rapide qui serre la réalité de près. L’emploi du présent contribue à plonger le lecteur au cœur de l’action et maintient un vrai suspense jusqu’au dénouement. Pour son premier roman, Diane Kanbalz nous livre un polar documenté, sans temps morts, envoûtant.

Mireille BOSTBARGE

Diane Kanbalz, La disparue du Venezuela, éditions de l’aube, coll. « Noire », octobre 2017, 268 p., 22 €.

« Tous à vos postes de combat / Tous vos votes pour Alejandro Guillier », par le poète chilien Raúl Zurita

Le 1er décembre 2017, le poète chilien Raúl Zurita poste sur sa page Facebook une harangue publiée dans le journal The Clinic ce même jour. Dans un style rappelant certaines envolées de « El sermón de la montaña » (1971), premier poème de l’auteur paru avant la dictature, de poèmes de la série « Pastoral de Chile » de son recueil Anteparaíso (1982) ou des Poemas militantes (2000), le poète, à travers l’évocation des heures sombres de la dictature, invite à voter pour le candidat de gauche Alejandro Guillier au second tour des élections présidentielles (1).

Photo : Raúl Zurita/El País, Pepe Olivares

« La droite, cette même droite qui ensanglanta le Chili, celle-là même qui spolia l’État, cette même droite qui démantela l’éducation nationale pour faire de l’éducation un commerce, qui détruisit la santé pour tirer profit de la santé privée, qui détruisit le système de retraite par répartition et installa la méga arnaque des AFP (2) qui exproprie l’argent des travailleurs pour qu’un petit nombre obtienne des bénéfices dépassant l’imagination et dont la seule rétribution a été de restituer à ces millions de travailleurs et travailleuses des pensions misérables, cette droite qui, en outre, vit à peine ses intérêts menacés n’hésita pas à imposer la plus atroce des dictatures, cette droite, cette droite-là que vous combattez, est aujourd’hui en fête ; elle a recueilli la plus inattendue des déclarations de soutien : la déclaration du Frente Amplio (3).

Dans cette déclaration vous avez considéré que le triomphe de la droite, de cette droite-là, représente seulement « un recul », vous lavant aussitôt les mains en une déclaration trop facile disant que vous n’êtes pas maîtres des votes… Comme c’est simple, dans un conte pour enfants ça pourrait passer, mais vous, vous n’êtes pas des enfants, vous êtes des dirigeants, et cela n’est pas un jeu, mais le moment le plus crucial de la post dictature. Ce qui est mis sur le tapis ce ne sont pas les quatre prochaines années, ce qui est en jeu c’est l’âme, la part la plus intime de notre pays. Est en jeu dans sa signification la plus profonde et vaste le futur, le visage qu’aura le Chili les cent prochaines années et personne, vous encore moins, ne peut prendre à la légère l’humanité qui ici est exposée. Ce ne sont pas seulement quatre ans, ce sont les cent prochaines années, et la lutte actuelle est décisive, mais si eux gagnent la partie, eux dont nous ne voulons pas, ce ne seront pas quatre ans, ne vous y trompez pas. N’allez pas croire que passé ce « recul » c’est vous qui serez là pour y remédier. Ne répétons pas l’erreur historique de sous-estimer le véritable ennemi. Ne les laissez pas vous voler votre avenir, ne permettez pas que nous, vos parents, mourions dans un pays gouverné par ceux-là mêmes qui nous décimèrent, nous exilèrent, nous tuèrent.

Et parce qu’est en jeu non seulement le futur mais aussi le passé, ne leur offrez pas la première victoire de la grande bataille qui approche et pour laquelle vous n’aurez pas d’autre arme que la fierté de votre propre histoire, ne soyez pas absents de cette histoire qui commence. Car la déclaration qui est la vôtre n’est pas un appel à la liberté de vos électeurs ni au respect de leur autonomie, mais concrètement, c’est un soutien à la droite qui vous place non pas dans l’avant-garde lumineuse de la révolution, mais dans les tranchées les plus obscures des réactionnaires. En n’appelant pas explicitement, clairement à voter pour Alejandro Guillier, ce que vous faites c’est offrir votre vote à la repénalisation de l’avortement, c’est offrir votre vote à l’éducation comme bien de consommation et non comme un droit, c’est offrir votre vote aux universités comme entreprise lucrative, c’est offrir votre vote non pas à la fin des AFP mais à leur expansion maximale ; c’est offrir votre vote non pas à une santé égalitaire et digne pour tous mais à sa privatisation totale, c’est offrir votre vote à l’élimination des impôts pour les plus puissants, c’est offrir votre vote à ceux qui sont contre le mariage pour tous, c’est offrir le vote à la criminalisation des minorités sexuelles, des peuples indiens et des migrants, c’est offrir votre vote à la militarisation de l’Araucanie (4).

Alors tous ensemble aux tranchées, pour défendre les acquis et réentreprendre la tâche infinie de construire une société et un monde digne de l’univers dans lequel il nous a été donné de vivre, ne déshonorons pas nos défunts, ceux qui luttèrent jour après jour, sans ostentation, avec dignité et simplicité pour en finir avec la dictature, pour qu’un jour vous surgissiez avec vos nouveaux cris et consignes, pour qu’un jour puisse exister un Frente Amplio. C’est ce passé qui vous invite à l’avenir.

Ne permettons pas qu’ils gagnent. Corrigez, compagnons, amis, fils, camarades, votre déclaration, et partons ensemble, vous avec vos nouveaux drapeaux et rêves, nous avec nos souvenirs, nos vieux poèmes, nos limitations et nos défaites, en lutte pour la dignité inaliénable de la vie de tous. L’histoire vous attend. Tous à vos postes de combat. Tous vos votes pour Guillier. »

Traduit par Benoît SANTINI
Maître de conférences, université du Littoral Côte d’Opale
et Laëtitia BOUSSARD
Professeur agrégée, chercheuse indépendante et traductrice

[1] Les deux tours ont lieu le 19 novembre et le 17 décembre 2017. À la suite du premier tour, les deux candidats en lice sont Alejandro Guillier et Sebastián Piñera.

[2] Système de pensions de retraites hérité de la dictature de Pinochet.

[3] Coalition réunissant une douzaine de partis et mouvements de gauche. Ses principaux leaders sont deux anciens dirigeants des mobilisations étudiantes de 2011.

[4] IXe région du Chili, dont la capitale Temuco est située à 670 km de Santiago. Cette région compte une importante population mapuche.

Présumé plan criminel contre le procureur Alberto Nisman en Argentine

L’actualité argentine passe par les récentes déclarations du président Mauricio Macri qui a déclaré à la presse disposer de nouvelles informations sur le cas du procureur Alberto Nisman, trouvé mort d’une balle dans la tête à son domicile le 18 janvier 2015.

Photo : Alberto Nisman/Diario 26

Lorsque le procureur Alberto Nisman fut trouvé mort d’une balle dans la tête à son domicile, le 18 janvier 2015, soit un jour avant de présenter au Parlement un rapport sur l’attentat de 1994 au siège de l’association juive AMIA, un sentiment de « déjà vu » s’est emparé de la société argentine. Habitué aux méthodes maffieuses, tout le monde avait dit que la disparition brutale du procureur ne serait jamais élucidée ; une disparition de plus, un autre « suicidé » comme autant de cas similaires qui depuis des décennies ont jalonné l’histoire de l’Amérique latine.

Cependant, à partir de l’élection de Mauricio Macri à la présidence le 10 décembre 2015, la vieille Argentine soumise à une classe politique occupée à « travailler » pour protéger les intérêts de ses concitoyens (mais qui, en réalité, s’entretue pour conserver le pouvoir afin d’augmenter ses prérogatives) semble se retourner sur elle-même en se mordant la queue, faisant penser au ruban sans fin de Möbius. C’est dans ce contexte, un cercle vicieux où ne cessent de circuler de nombreux cas de corruption, que la mort de Nisman marque en quelque sorte – on le verra avec le recul du temps – un nouveau départ dans le domaine de la justice et des affaires intérieures.

Récemment, au début du mois de novembre, le président Macri fut interrogé lors de sa visite aux États-Unis sur la vérité du suicide du procureur : « Nous allons mener les investigations jusqu’au bout, surtout sur l’hypothèse d’assassinat avancée par les contre-expertises effectuées par la Gendarmerie et confirmées par le Parquet fédéral. » Pour mettre cette déclaration en perspective, rappelons que la nouvelle de la mort de Nisman fut reçue avec stupeur et indignation, car le procureur avait manifesté publiquement son intention de révéler des informations incriminant le clan kirchneriste, dont une grande partie se trouve aujourd’hui sous les verrous. D’après Nisman, qui était prêt à fournir des preuves à la justice, l’ex-présidente Cristina Kirchner avait fait signer un accord avec l’Iran afin de bloquer les demandes d’Interpol concernant les arrestations des terroristes iraniens impliqués dans l’explosion de l’Association Mutuelle Israelite Argentine (AMIA), qui avait fait 85 morts le 18 juillet 1994.

La réouverture du cas Nisman, et la promesse du président Macri d’aller jusqu’au bout de la vérité, suscitent donc dans l’ensemble de la société plus qu’une vague d’espoir : une attente silencieuse, une prudente expectative chargée d’une électricité presque palpable. En effet, bien que beaucoup d’Argentins restent sceptiques vis-à-vis du programme politique et économique de Cambiemos, le cas Nisman a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase d’un pays façonné par l’oubli, l’impunité, la violence meurtrière qui frappe ceux qui croient encore construire un pays « dans le but de former l’union nationale, d’affermir la justice, de consolider la paix intérieure, de pourvoir à la défense commune, de promouvoir le bien-être général et d’assurer les bénéfices de la liberté », conformément au préambule de la Constitution argentine.

Or, deux ans et dix mois après la mort de Nisman, l’affaire vient d’être classée en tant qu’« homicide », et l’informaticien Diego Lagomarsino a été inculpé en tant que participant d’un présumé plan criminel contre le procureur. Selon les enquêteurs, l’ex-conseiller en informatique, qui entretenait une relation de « maître-esclave » avec le procureur, a fourni l’arme meurtrière Bersa calibre 22, laquelle n’avait pas d’autorisation légale depuis avril 2007. « Les circonstances entourant la mort de Nisman ne laissent aucun soupçon sur la possibilité d’un suicide », a déclaré Eduardo Taiano, le procureur chargé de l’enquête qui a affirmé également que « Natalio Alberto Nisman a été victime d’un homicide perpétué par des tierces personnes ». En attendant la suite du procès contre Lagomarsindo, et les révélations sur des nouveaux cas de corruption cette fois au sein de l’AFIP (Administration Fédérale des Recettes Publiques), un autre scandale a éclaté ces derniers jours au sujet de l’Association du Football Argentin, dans le cadre des enquêtes menées aux États-Unis liées au méga procès FIFAgate. À suivre.

 Eduardo UGOLINI

11e Conférence ministérielle de l’OMC : l’Argentine défend le libre-échange mais interdit l’entrée de soixante responsables d’ONG et de journalistes

Fait exceptionnel dans l’histoire des réunions internationales, le gouvernement argentin a refusé l’entrée et a même expulsé des responsables d’ONG de développement et des journalistes pourtant accrédités par l’OMC. « Oui » aux multinationales mais « non » à la société civile ? Le Sommet des Peuples, un forum alternatif.

Photo : Página 12

Qu’est-ce que l’OMC ?

Selon son site, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) s’occupe des règles régissant le commerce entre les pays. Le but est de « favoriser autant que possible la liberté des échanges ». Pour les organisations de développement, l’OMC défend les intérêts des grandes entreprises transnationales au détriment des intérêts des peuples. Raisons pour lesquelles, à chaque sommet, s’organise un sommet parallèle où militants et organisations anti-mondialistes proposent des politiques alternatives. En octobre dernier, l’OMC a reçu une lettre signée par 300 organisations de développement pour établir leur position : « Ce qui devrait être à l’agenda [du sommet de Buenos Aires en décembre 2017] est de réparer les mauvaises règles et non les étendre, se concentrer sur la transformation des règles internationales qui limitent la capacité des pays en développement à assurer la sécurité alimentaire de leurs populations alors qu’elles permettent aux grands de l’agro-business de recevoir des subventions publiques… ».

Première Conférence OMC en Amérique latine

La session d’accueil des 3 000 délégués de 164 pays s’est réalisée sous la présidence de Susana Malcorra, ancienne ministre des Affaires Étrangères d’Argentine, en présence du directeur général de l’OMC, le Brésilien Roberto Azevêdo. Pour Mauricio Macri, le président argentin, « cette conférence nous permet de renouveler notre engagement ferme envers le renforcement du système multilatéral du commerce. Les problèmes de l’OMC se résolvent avec plus d’OMC et non avec moins d’OMC ». Le sommet aura lieu du 11 au 14 décembre.

Les nouvelles règles selon le président Donald Trump

L’arrivée de Donald Trump à la présidence US a changé la donne car il a lancé son pays sur la piste du protectionnisme tout en voulant forcer le reste du monde à respecter les règles de l’OMC en faveur des États-Unis. Le journal Les Échos du 3 mars dernier rappelle que « le Congrès US avait précisé que les Américains ne sont pas directement soumis aux décisions de l’OMC… ».  Les USA seraient prêts à utiliser « tous les moyens de pression » pour forcer les pays à ouvrir leurs marchés sur la base d’une loi de 1974 qui permet au président des États-Unis d’imposer des sanctions douanières à quelque pays que ce soit. L’agriculture européenne est également lourdement subventionnée par la PAC (Politique Agricole Commune) au détriment de l’agriculture des pays en développement.

Création d’une coalition « L’OMC dehors ! »

Comme à chaque sommet de l’OMC, des organisations sociales, syndicales, droits humains, étudiants, femmes, mouvements politiques, paysans, etc., a organisé une coalition « L’OMC dehors » et une Semaine d’action globale contre le libre commerce. Pour l’organisation Notre Monde n’est Pas à Vendre (OWINFS en anglais)(1), « l’opinion publique est préoccupée par les effets des traités bilatéraux dans les procédures démocratiques de formulation des lois, car les accords commerciaux mènent à une érosion des mesures sociales. En Amérique latine, la préoccupation pour les privatisations et la dérégulation a déjà provoqué des critiques à l’agenda de globalisation néolibérale… ».

L’Argentine interdit l’entrée de dizaines d’associations de la société civile

Ouvrir le pays aux multinationales, mais le fermer à ses opposants ? Première historique, le gouvernement Macri a interdit l’entrée au pays d‘au moins 60 responsables d’associations de développement et de journalistes malgré leur accréditation par l’OMC. Le prétexte ? Ces associations « ont appelé sur les réseaux sociaux à des manifestations de violence afin de générer intimidation et chaos ». Explications très étranges car la plupart de ces associations se rendent aux rencontres de l’OMC depuis plusieurs années sans jamais avoir eu de problème ni avec celle-ci ni avec les pays organisateurs, et n’ont jamais appelé à la violence. La ministre de la Sécurité, Patricia Bullrich, affirme que ce n’est pas son ministère qui a pris cette décision mais les Affaires Étrangères, qui répondent que c’est Sécurité et Services secrets qui ont donné les ordres… Sans explication autre que « le danger sécuritaire », deux personnes furent déportées.

Le Norvégien Peter Titland expulsé

Peter Titland, président de l’ONG Attac-Norvège, un ennemi juré des paradis fiscaux, est expulsé vers le Brésil. Pour Titland, les services secrets argentins ont confondus Attac avec « Attaque » ! « Attac » signifie « Association pour la taxation des transactions financières et pour l’Action citoyenne » (anciennement connue comme taxe Tobin), une organisation internationale créée en France par Bernard Cassen et Ignacio Ramonet, anciens directeurs du Monde Diplomatique (2). Pour Titland, « Le gouvernement argentin prétend que notre page web publie des contenus violents, c’est un mensonge. Mon séjour en Argentine était tout simplement inconvénient pour le gouvernement argentin du point de vue politique ». On se rappelle que le président Macri est cité dans les Panama Papers comme étant le propriétaire de plusieurs comptes secrets dans des paradis fiscaux. Les pressions du gouvernement norvégien ont fait plier l’Argentine qui a autorisé Titland à revenir.

La journaliste Sally Burch expulsée

La britannique Sally Burch est co-directrice de l’agence de presse ALAI (Informations sur l’Amérique latine), dont le siège est à Quito en Équateur (3). Expulsée dès son arrivée à Buenos Aires, elle estime que « la raison pour laquelle ils m’expulsent n’est pas pour ce que j’aurais dit mais parce qu’ils veulent restreindre la participation de voix critiques au mondialisme, une attitude peu démocratique ». Le gouvernement équatorien a déposé une plainte officielle auprès de l’Argentine.

Sur quels critères ?

C’est la question que posent les ONG argentines : sur quels critères se sont basés les services secrets et le ministère de la Sécurité pour prendre leur décision ? Où les services secrets ont-ils été cherché leurs informations ? L’organisation Notre Monde n’est Pas à Vendre rappelle que « nos organisations travaillent pour le développement avec des décennies d’expérience dans le dialogue civil pacifique… Puisqu’il est clair que nos associations ne sont pas un danger pour la sécurité de l’Argentine, leur liste a été construite sur d’autres bases, par exemple nos opinions… ».  Le Comité directeur d’ALAI confirme : « Qu’un gouvernement nie l’entrée dans son pays à des personnes sur base de leurs opinions est grave. Ces faits ne sont pas isolés mais font partie d’une campagne croissante de violence et de répression contre les représentants de la société civile et mouvements populaires dans l’exercice de leur droit légitime à la manifestation publique en Amérique latine ».

La France et la Belgique touchées

Les Français Geneviève Azam, Isabelle Bourboulon et Christophe Aguitton, membres d’Attac France, furent également retenus à l’aéroport. L’intervention de l’ambassade de France a permis de les libérer… L’association Amis de la Terre est également visée (4) ainsi que l’organisation belge CNCD (Centre national de coopération au développement) intégrée par des associations telles que Oxfam, Caritas, Médecins du monde Belgique, etc. Plusieurs organisations de la société civile d’une vingtaine de pays sont aussi visées, toutes qualifiées de terroristes aux yeux des services secrets argentins qui n’ont présenté aucune preuve, aucun texte de violence qu’auraient publié ces associations. L’OMC s’est montrée surprise par les mesures prises par le gouvernement argentin et souhaite gardé ses distances en signalant clairement qu’elle n’y était pour rien et que les ambassades concernées devaient s’adresser au gouvernement.

Jac FORTON

(1)  OWINFS  (2) Attac  (3) ALAI : pour la défense des droits humains et de la démocratie en Amérique latine. (4) Amis de la Terre

Quelques auteurs latino-américains à ajouter aux listes de Noël : retour sur les récentes publications à ne pas manquer

Début décembre, Noël approche. Offrir un livre peut sembler banal. Cela peut aussi être une grande source de plaisir pour celui ou celle qui le recevra, s’il est bien choisi. Les parutions récentes d’auteurs latino-américains ont été particulièrement variées depuis l’été. C’est l’occasion de revenir sur quelques œuvres particulièrement marquantes.

Gervasio Troche (Uruguay), qui a dessiné l’affiche de notre festival Belles Latinas cette année, publiait simultanément son deuxième volume, Équipage (éd. Insula), après Dessins invisibles aux mêmes éditions en 2015. Deux ouvrages dans lesquels la poésie voisine avec l’humour et la légèreté, qui incitent à penser autant qu’à s’évader, qui parlent autant à des adultes qu’à des très jeunes.

Parmi les romans récents, il y a ceux qui reviennent sur des problèmes actuels, la vérité de l’histoire et ses mensonges, comme le puissant Corps des ruines du Colombien Juan Gabriel Vásquez (Le Seuil). Au centre de tout, un personnage décalé du genre insupportable à qui Juan Gabriel, exaspéré, lance un verre en cristal lors de leur première rencontre « mondaine ». Au centre de tout également, la manipulation : chaque personnage, Juan Gabriel compris, à un moment ou à un autre, manipule ses proches. Et que dire des « assassinats historiques » auxquels il est fait allusion ? Qui sont les véritables assassins de Gaitán, de Kennedy et d’Uribe Uribe, avocat colombien assassiné en 1914 ? À partir de l’Histoire, en s’appuyant sur des réalités avérées mais utilisant (toujours à bon escient) son imagination et son intelligence, Juan Gabriel Vásquez fait la lumière sur ce qui aurait pu être. Mais, bien plus que la découverte progressive d’éléments cachés au grand public, il montre très brillamment comment, sans forcément utiliser d’énormes moyens, on peut déformer des événements réels, créer de fausses impressions qui finissent par s’imposer comme des évidences auprès de ce même grand public et recréer l’Histoire en la faussant.

Le premier roman d’Andrés Neuman (Argentine), publié une première fois en 1999, retravaillé par l’auteur pour une nouvelle édition (2015), Bariloche (éd. Buchet-Chastel), nous est enfin accessible. Il raconte l’existence très quotidienne de Demetrio : Vider les poubelles dans un petit jour humide et froid à Buenos Aires et être ébloui en rêve par la splendeur de paysages naturels au pied des Andes, près de la ville de Bariloche, tel est son lot. Les personnages, tous, sont (comme toujours chez Neuman) d’une humanité absolue, tout le contraire de la perfection mais émouvants dans leur sincérité, dans leur faiblesse et surtout dans la lueur optimiste qu’ils portent en eux. Peut-on mieux qu’Andrés Neuman, décrire le quotidien des petites gens, mensonges et trahisons compris, tout en gardant un perpétuel émerveillement envers l’être humain ? Parallèlement à Bariloche sortait en édition de poche un autre très grand roman d’Andrés Neuman, Le voyageur du siècle (éd. Libretto), à découvrir absolument si ce n’est déjà fait.

Il est fort possible que la révélation de l’année soit une jeune Mexicaine, Aura Xilonen et son premier roman, Gabacho (éd. Liana Levi). Entre les bastons sauvages, un coup de foudre pour une superbe fille et la lecture de romans hispano-américains, l’ambiance qui environne Liborio, le narrateur, 17 ans environ (il ne sait pas bien), récemment arrivé dans une ville du Sud des États-Unis n’est pas de toute tranquillité. Il raconte son quotidien avec ses mots, ses expressions. Il offre aussi une vision très personnelle, de la population proche de lui, son Boss au langage fleuri et à l’insulte peut-être amicale toujours aux lèvres. Il a été « engagé » comme homme à tout faire par ce bouquiniste plutôt rude dans sa façon de traiter le garçon, mais plutôt brave homme. Entre deux bagarres (qu’il n’a pas cherchées), il voit passer devant lui une humanité fatiguée, agressive, devenue mécanique, mais qui parfois renferme une étincelle, un geste de générosité, de solidarité, de sympathie qui relativise tout le reste. Quant au style, il est vrai qu’il surprend un peu, il peut même choquer un lecteur « classique ». Il surprend par le mélange de parler de la rue, d’inventions de mots à la Queneau, et de mots qui sous-entendent une immense culture livresque. Il faudra suivre de près cette toute jeune romancière.

À l’opposé d’Aura Xilonen, une autre grande découverte que devrait faire le public français est celle de la Brésilienne Clarice Lispector (1920 – 1977) dont les éditions des femmes-Antoinette Fouque sortent cet automne l’intégrale des Nouvelles. Quatre-vingt cinq titres qui montrent de façon éblouissante le génie de cette femme de diplomate qui sentait la nécessité d’écrire et qui s’est créée un univers unique et universel : elle est aussi à l’aise dans l’évocation subtile des souffrances des femmes et de leurs modestes luttes que dans la description farcesque et sinistre à la fois d’une fête familiale, dans le récit de la timide évasion d’une mère de famille qui se croyait à l’aise dans le cadre imposé de son mariage bourgeois ou dans l’évocation des noirceurs de l’âme d’un digne professeur de mathématiques. On connaît trop peu encore l’œuvre de la romancière brésilienne. Il faut se précipiter sur cette nouvelle parution pour enfin combler cette lacune : Clarice Lispector est un des auteurs les plus importants du XXème siècle, cela ne fait plus aucun doute quand on referme ces Nouvelles.

On ne peut plus de nos jours envisager une sélection de romans sans y glisser au moins un polar. Il en est sorti plusieurs intéressants depuis l’été, par exemple Indomptable du Cubain Vladimir Hernández (éd. Asphalte). Les trois parties du roman s’apparentent aux trois actes d’une tragédie. En parallèle avec l’histoire qui avance sans faiblir, Vladimir Hernández montre le quotidien des Cubains modestes, les ravages intimes causés pour beaucoup par la guerre menée vingt ans plus tôt en Angola, les privations de chacun, les luttes sans fin pour améliorer l’ordinaire, le désenchantement de tous. Le père du protagoniste, traumatisé par son passé militaire, matérialise sa propre désillusion en collectionnant de façon obsessionnelle de vieux magazines parce qu’il veut prouver avec ces documents les mensonges de l’État qui réécrit l’Histoire. Pourtant aucun ne renonce. Indomptable, le surnom du héros, peut s’appliquer à la plupart des Cubains. À côté de lui, luttant contre plus forts que lui, on voit vivre des petites gens. Rien n’est facile pour eux, mais ils luttent à leur manière, c’est aussi ce que montre fort bien cet excellent roman qui allie suspense et action.

Ne terminons pas cette trop courte sélection, forcément limitée, sans signaler un des livres qui auront marqué la rentrée littéraire : Sucre noir de Miguel Bonnefoy (Venezuela), finaliste du Prix Femina, dont je disais à sa sortie : certains écrivains ont besoin de centaines et de centaines de pages pour écrire leur roman total et ‒ souvent ‒ ils le réussissent. Miguel Bonnefoy y parvient en 206 pages, qui concentrent épopée (plutôt modeste, à notre portée), aventure humaine, sublime histoire d’amour, fine analyse de caractères et surtout un amour débridé, jouissif, pour les mots. Il n’aime pas que raconter, Miguel Bonnefoy, il aime le faire en beauté. Chaque phrase mériterait d’être citée. Les personnages, dont la banalité de surface cache des trésors qu’on découvre peu à peu, sont tout à fait semblables au trésor bien matériel, lui, qui devrait se trouver quelque part, enterré depuis trois siècles. C’est bien de cela qu’il s’agit : une chasse au trésor que partagent protagonistes et lecteurs, le trésor n’étant pas exactement de même nature dans les deux cas, et sans aucun doute, c’est le lecteur qui en sortira gagnant.

La production narrative reste d’une très grande richesse en Amérique latine. Ces quelques suggestions, parmi bien d’autres, pourront nous aider à passer un hiver qui s’annonce rude.

Christian ROINAT

Sept pays de l’Amérique latine seront en Russie en juin prochain pour participer au mondial de football

Les actualités sportives ne font normalement pas partie de nos priorités, mais nous ferons une exception grâce au regard décalé de l’écrivain et spécialiste de football, Nestor Ponce, qui nous accompagnera durant cette compétition avec ses chroniques d’un mondial bien singulier. Voici les dates des rencontres des équipes latino-américaines face au reste du monde. 

Les dates des rencontres

Les équipes latinas sont souvent craintes par les autres pays car l’Amérique latine est le berceau de nombre de joueurs exceptionnels ; on se souviendra des Pélé et autres Maradona. Le 15 juin, l’Uruguay affrontera l’Egypte. Le lendemain, l’Argentine jouera face à l’Islande. Le dimanche 17 juin, le Costa Rica jouera contre la Serbie et le Brésil contre la Suisse. Le Lundi 18 juin, le Panama devra faire face à la Belgique et le mardi 19 la Colombie au Japon. Le jeudi 21 juin, le Pérou rencontra la France et l’Argentine la Croatie. Le vendredi 22, le Brésil affrontera le Costa Rica et le samedi 23 le Mexique débute devant la Corée du Sud. Le dimanche 24, le Panama joue contre l’Angleterre et le lundi 25, l’Uruguay contre la Russie. Mardi 26, l’Argentine joue contre le Nigéria et le Pérou contre l’Australie. Le Mercredi 27, le Mexique joue contre la Suède et le Brésil contre la Serbie. Finalement, le 28 juin, la Colombie affronte le Sénégal et le Panama la Tunisie. Le mercredi 29, l’Uruguay sera face à l’Arabie Saoudite.

Plusieurs équipes latinas peuvent aller loin dans la compétition mais il faut reconnaître que beaucoup n’ont plus le niveau d’antan. On souhaite beaucoup de victoires et même une équipe en finale !

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