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Diplomatie

Discours de François Hollande à la Maison de l’Amérique latine le mardi 18 octobre 2016

« Monsieur le Président, cher Alain Rouquié, Mesdames et Messieurs les parlementaires, les ambassadrices et ambassadeurs, Nous sommes très émus de revenir ici à la Maison de l’Amérique latine ; beaucoup de souvenirs me reviennent quand j’ai franchi les premières marches de la Maison – souvenirs liés, j’y reviendrai, à une intervention que j’avais pu faire au nom de François Mitterrand il y a maintenant bien longtemps. Souvenirs aussi de réunions multiples qui ont pu ici se tenir, souvenirs également d’expositions magnifiques.

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Vous avez bien voulu rappeler, Monsieur le président, quelle était l’histoire de cette Maison. Une histoire qui trouve sa source dans la Résistance puis dans la Libération puisqu’à ce moment-là il y a une idée qui surgit au moment même où la France se reconstruit : c’est qu’il pouvait y avoir, ici à Paris, une Maison de l’Amérique latine. Il y faut d’abord de la persuasion, convaincre le Président de la République ; des pionniers s’annoncent, ils sont prestigieux : Étienne Dennery qui était l’ancien directeur des services de presse de la France libre, pour accéder au général de Gaulle il avait ses entrées ; Louis Pasteur Vallery-Radot, président du Comité médical de la Résistance ; Robert de Billy, aviateur, résistant lui-même que j’ai bien connu lorsqu’il était président de la Maison de l’Amérique latine ; Paul Rivet, fondateur du Musée de l’Homme et qui avait été un résistant de la première heure ; puis, il fallait bien qu’il y ait un Latino-américain et ce fut l’ancien ambassadeur du Brésil à Paris, Luis Martins de Sousa, le même qui s’était illustré pour avoir sauvé des Juifs pendant l’Occupation qui donna là-encore une impulsion au projet.

Quelle était la vision qui les animait et qui était celle d’hommes et de femmes qui voulaient que la Maison de l’Amérique latine puisse porter des valeurs -celles que vous avez rappelées et qui pouvait unir la France et l’Amérique latine ? D’ailleurs, ces principes valent encore aujourd’hui : le respect de l’indépendance, la volonté de ne pas céder aux hégémonies culturelles, économiques, politiques, ne pas tomber dans les divisions de la scène internationale et affirmer une conception de la justice et de la solidarité.

Le général de Gaulle, plus tard, fut fidèle à l’esprit de cette Maison de l’Amérique latine et lorsqu’il entreprit ce grand voyage – que je rappelle souvent – un mois, je me pose toujours cette question : un mois, est-ce qu’aujourd’hui ce serait possible pour le Président de la République ? Lui, le général avait considéré qu’il fallait qu’il puisse visiter plusieurs pays, pas un groupe de pays mais au moins une dizaine de pays, 10 qu’il faut visiter. L’Histoire, si elle veut être précise, doit rappeler que le général de Gaulle était souffrant tout au long de ce voyage et qu’il a véritablement subi un calvaire mais qu’il considérait qu’il devait aller jusqu’au bout non pas de sa tâche, elle n’était pas en cause, mais de son intention d’aller visiter l’Amérique latine pour porter le message.

Ce message était celui d’une coopération de haut niveau entre la France et l’Amérique latine, coopération économique, culturelle, universitaire, scientifique. Il ne s’agissait pas simplement de faire de la politique, il s’agissait de faire comprendre que l’Amérique latine pouvait d’une certaine façon prendre ses distances non pas géographiques mais politiques à l’égard des États-Unis d’Amérique. Le général de Gaulle ne voulait pas d’une confrontation, il ne voulait pas peser sur les choix des pays mais il voulait montrer qu’il y avait une possibilité, une liberté qui était donnée aux pays d’Amérique latine pour décider de leur destin.

En 1965, c’est-à-dire un an après cette visite historique du général de Gaulle en Amérique latine, la Maison fut installée dans les lieux actuels que nous connaissons, 217 boulevard Saint-Germain. C’était une circonstance qui a fait que cette Maison fut implantée ici, en tout cas put être affectée ici car jusqu’à présent c’était le siège de la Banque d’Algérie qui dépendait elle-même de la Banque de France, ce qui explique que la Maison de l’Amérique latine est toujours sous la dépendance de la Banque de France. Ce qui à la fois la protège mais en même temps lui crée des devoirs de locataire car il faut bien payer à la Banque de France. Mais c’est là que cette Maison installée ici a pris tout son caractère, toute sa dimension, toute son influence d’autant que durant cette période des années noires des dictatures, des guérillas qui s’abattaient sur le continent faisaient que la Maison de l’Amérique latine était un refuge.

C’était une période de violence pour l’Amérique latine ; García Márquez l’a tellement brillamment décrit mais avec des mots si tragiques dans le magnifique discours lorsqu’il reçut le prix Nobel en 1982. Et c’est dans cette période que de grands artistes purent retrouver confiance mais aussi soutien, solidarité et qu’il y ait eu là des exilés qui purent retrouver une seconde patrie. Parce que selon le mot de Carlos Fuentes, « l’ultime patrie d’un Latino-américain c’est la France ». Quel honneur il nous fait en parlant ainsi, en prononçant ces mots.

Il est vrai que lorsqu’un Latino-américain ne sait plus où aller, lorsqu’il est chassé – lorsque ce fut le cas- il se tourne vers la France. C’est ainsi que pendant toutes ces années il y eut une mobilisation exceptionnelle ici dans cette Maison, des conférences, des colloques, des soutiens, des mobilisations. Quand les dictatures prirent fin en Argentine, au Brésil, au Chili c’est toujours à la Maison de l’Amérique latine que fut célébrée la liberté retrouvée.

Les années 80 furent celles d’un nouvel élan entre la France et l’Amérique latine. François Mitterrand dans un célèbre discours qu’il prononça à Cancun le 20 octobre 1981 envoya son salut, le salut de la France aux humiliés, aux immigrés, aux exilés sur leurs propres terres, à celles et ceux que l’on bâillonne, que l’on persécute, que l’on torture et qui veulent vivre et vivre libres. Et c’est précisément dans cette année 81, 82 que la Maison de l’Amérique latine connut une crise financière grave. La Banque de France ne pouvait pas se porter à son secours et donc comme souvent les dirigeants de la Maison de l’Amérique latine de cette époque, je pense à monsieur de Billy, se tournèrent vers l’État et donc vers la présidence de la République. C’est ainsi que je fus appelé – parce que jeune auditeur à la Cour des Comptes – à faire un audit, une vérification mais aussi des propositions pour que la Maison de l’Amérique latine puisse retrouver sa vitalité et surtout sa sécurité financière. C’est ainsi qu’un plan – je n’ose pas lui donner mon nom, cela ne donnerait pas forcément une réputation – mais c’est ainsi qu’un plan de redressement fut établi et que la Maison de l’Amérique latine fut ainsi refondée et de nouveau inaugurée en 1985. Son parcours, et je veux ici souligner tout le travail qui a été mené par les présidents successifs, est exemplaire : des concerts, des publications, des colloques, des expositions. En ce moment « L’atelier tropical » de Jean-Baptiste Debret, celui-là même que j’ai retrouvé à Rio lors des Jeux olympiques l’été dernier.

Mais la Maison de l’Amérique latine est bien plus qu’un lieu culturel, c’est un lieu de diplomatie intellectuelle, personnelle, c’est là que l’on peut venir se retrouver hors les contraintes étatiques, même pour les ambassadeurs, c’est là qu’il peut y avoir l’élaboration de nouvelles politiques, la réflexion sur de nouvelles alliances, bref, un lieu qui vit. Et ce fut aussi et c’est encore un lieu culturel inouï, quand je pense que Borges put faire connaître son œuvre ici, que Cortázar qui lui-même avait fait de la France sa seconde patrie, a eu pour cette Maison également une certaine sympathie. Je pourrais en citer tant d’autres, Pablo Neruda qui fut associé à un moment à la direction de la Maison de l’Amérique latine. Bref, c’est un ensemble de noms illustres, prestigieux, je pourrais citer des auteurs français autant que des auteurs latino-américains. J’ai donc voulu à partir de 2012 que la France puisse être dans une relation encore plus active avec l’Amérique latine, j’y ai effectué moi-même 10 déplacements mais en plusieurs fois.

Dans la région, j’ai reçu à Paris tous les dirigeants et je veux ici saluer les ambassadeurs qui les représentent. J’ai à chaque fois perçu l’immense attente à l’égard de la France et je me suis posé cette question : pourquoi autant d’admiration pour notre pays, autant d’espérance pour ce qu’il peut apporter ? Ce n’est pas simplement pour des questions économiques même si nos entreprises ont depuis plusieurs années, et je les en remercie, augmenté considérablement leurs investissements en Amérique latine. Ce n’est pas simplement pour des relations politiques même si elles sont ici fructueuses entre la France et l’Amérique latine. Non, c’est aussi parce que nous avons à partager un certain nombre de valeurs, d’expériences et de politiques.

La France a beaucoup à apprendre de l’Amérique latine, des sociétés diverses, métissées qui ont été capables de définir un vivre-ensemble ; beaucoup à apprendre des méthodes de commerce équitable qui sont venues de l’Amérique latine ; beaucoup à comprendre de ce que peuvent être les énergies renouvelables ; beaucoup à interpréter de ce que peut être la diversité culturelle et puis des combats qui ont pu être menés. Puisque je parle de combat il y en a eu un qui a été particulièrement fructueux, c’est celui qui a abouti à l’accord de Paris. L’accord de Paris devrait être appelé d’ailleurs l’accord Lima-Paris parce que c’est le Pérou qui a accueilli la COP 20, celle qui précède la 21, et qui a donné l’impulsion nécessaire, permis déjà les premiers consensus et nous a ouvert la voie pour la réussite de la COP 21 à Paris. Nous avons voulu aussi que nous puissions avoir avec l’Amérique latine une volonté de traduire vite nos engagements en termes d’énergies renouvelables, en termes d’efficacité énergétique, de préservation de la ressource forestière, du travail que nous pouvons mener avec une agriculture de qualité préservant les ressources en eau. Nous avons montré là encore que nous avions un combat commun.

Puis, la France est d’autant plus liée à l’Amérique latine qu’elle est finalement un pays d’Amérique latine et des Caraïbes avec la Guyane, avec les Antilles nous sommes dans l’Amérique latine, nous sommes dans les Caraïbes, et nous devons faire en sorte que nos collectivités d’Outre-mer – et j’en salue les élus – puissent jouer un rôle important dans la coopération avec l’Amérique latine et notamment sur des sujets qui peuvent être la francophonie, l’enseignement supérieur, le développement économique mais aussi la lutte contre les trafics, la sécurité transfrontalière, la promotion de l’intégration régionale. Il y a également tout ce qui se fait en dehors de nos États à travers la coopération décentralisée et ici plusieurs ont porté ce thème parce qu’avec la semaine de l’Amérique latine il y a eu une volonté de rapprocher non seulement les élus mais les collectivités pour porter ensemble des projets dans tous les domaines, transport, patrimoine, tourisme, santé, agriculture, éducation.

C’est vrai que c’est le Sénat qui a été sous l’autorité de Jean-Pierre Bel avec des sénateurs qui ont été particulièrement actifs et que je félicite à l’initiative de ces projets et de cette semaine. Nous avons aussi une conception commune de la culture : notre réseau culturel en Amérique latine c’est 200 Alliances françaises qui portent nos valeurs et je me plais à dire que la langue française est la deuxième langue étrangère d’Amérique latine avec près d’un million de locuteurs. C’est trop peu mais en fait il y en a davantage, beaucoup de Latino-américains ne se déclarent pas parlant le français mais le pratiquent assez convenablement.

Nous avons aussi des combats communs, je le disais, pour la paix, je veux ici puisque l’occasion m’en est donnée dire tout l’appui de la France, Monsieur l’Ambassadeur, au processus de paix en Colombie. Il n’est pas altéré par le résultat du référendum. Ce processus s’est même rehaussé par le prix Nobel qui a été attribué et le président Santos a tout notre appui, tout notre soutien pour qu’il aille jusqu’au bout de cette négociation qui a été menée et qui s’est traduite par un accord avec les Farc pour faire cesser cette guérilla qui a fait tant de morts, des centaines de milliers depuis 50 ans. Nous sommes donc solidaires, le mot est trop faible, nous sommes mobilisés pour que cette paix recherchée puisse être enfin la paix en Colombie.

De la même manière – puisque là aussi l’actualité arrive avec son lot de catastrophes – une fois encore c’est Haïti qui est frappé comme s’il y avait des pays qui devaient à chaque fois supporter la désolation du monde, comme si c’était le tribut qu’ils devaient acquitter à chaque fois qu’il y a un malheur. Haïti nous devons là aussi, la France, montrer une solidarité exemplaire. Nous avons dépêché un certain nombre de moyens de la sécurité civile, des tonnes de matériel et faire en sorte que nous puissions avec des moyens des Nations Unies éviter la prolifération et la propagation de certaines maladies et je pense notamment au choléra.

Nous avons aussi eu ces dernières années à apporter notre soutien à l’ouverture de Cuba. Je m’étais moi-même rendu à Cuba, j’étais même le premier chef d’État occidental à le faire – maintenant c’est devenu une habitude et j’en suis très heureux mais à l’époque cela suscitait encore quelques commentaires – et je voulais le faire pour bien montrer que Cuba était dans une volonté affirmée de tourner une page, de s’ouvrir au monde et que Cuba ne pouvait plus supporter cet embargo qui fait tant souffrir le peuple sans avoir aucun intérêt aujourd’hui. Une fois encore nous devons tous souhaiter qu’à l’occasion de ce 70ème anniversaire cette punition à l’égard du peuple cubain puisse enfin être levée.

Nous avons aussi des préoccupations, et je veux vous les faire partager, par rapport à ce qui se passe au Venezuela mais je sais qu’il y aura la mobilisation de tous les pays voisins pour que l’esprit de dialogue puisse l’emporter. De la même manière au Brésil, nous avons suivi les événements et nous avons confiance dans les institutions, la démocratie brésilienne pour qu’il y ait là encore une issue à cette longue crise et que le Brésil, grand pays ami, puisse connaître le développement que nous attendons tous.

Voilà Mesdames et Messieurs ce que je voulais rappeler. La Maison de l’Amérique latine a été le cadre de tant d’espoirs, tant d’attentes à ce point que chaque fois que la gauche française avait à fêter une élection – je ne veux ici parler que du passé et pas dire qu’un rendez-vous est proche, nous verrons bien – mais chaque fois qu’il y avait une victoire à célébrer c’était toujours ici que cela se produisait. Plusieurs explications pouvaient être avancées, la première c’est que le Parti socialiste avait son siège à côté, mais ce n’est pas la bonne. La vraie explication c’est que c’est parce que c’est un lieu de culture, c’est un lieu de fête, c’est un lieu en plus exceptionnel avec des salons remarquables, avec un jardin magnifique et qui donne toujours à rêver et à espérer. C’est la raison pour laquelle la culture est profondément à sa place ici, la culture que nous pouvons admirer au Grand Palais en ce moment pour une grande exposition sur l’art mexicain et nous avons voulu qu’il y ait en 2017 les années croisées France-Colombie. Ici il y a également une exposition magnifique et je sais que de jeunes ou moins jeunes sculpteurs sont prêts à relever tous les défis. Voilà pourquoi il était si important que je puisse venir comme Président de la République saluer cette Maison, cette Maison de la liberté, cette Maison de la culture, cette Maison de l’émancipation, cette Maison où la France et l’Amérique latine se retrouvent pour communier dans la même espérance.

Je veux reprendre pour terminer un message, c’était celui qu’Yves Bonnefoy qui, hélas disparu cette année, avait écrit pour rendre hommage à la langue espagnole ; il disait « les poètes et les écrivains d’Amérique latine n’ont jamais cessé de mettre des grands mots au service de l’Humanité pour la justice sociale, pour la sauvegarde de l’environnement » comme si les mots de l’espérance s’écrivaient en espagnol confirmant ainsi qu’invention poétique et souci de la société c’est la même chose. Et bien oui, voilà ce que représente la Maison de l’Amérique latine, le lieu où les cultures dialoguent, où l’amour des lettres, des idées, des créations est au service de l’amitié entre la France et l’Amérique latine.

La Maison est jeune, 70 ans, et elle a une longue vie devant elle et je ne peux que souhaiter que les Présidents de la République successifs viennent régulièrement devant les instances de la Maison de l’Amérique latine pour dire que si vous n’étiez pas là la France n’aurait pas rempli son devoir à l’égard de l’Amérique latine mais surtout l’Amérique latine n’aurait pas cette seconde patrie ici en France. Merci.

François Hollande en Argentine, Pérou et Uruguay

Après la visite officielle du chef d’État cubain, Raúl Castro, en France le 1er février dernier, François Hollande témoigne une nouvelle fois de son souhait de renforcer les relations entre la France et l’Amérique latine en se rendant le 23 février prochain en Argentine, au Pérou et en Uruguay. Lors de cette visite, le chef d’État français rencontrera le nouveau président élu d’Argentine, Mauricio Macri, ainsi que ses homologues péruvien et uruguayen, Ollanta Humala et Tabaré Vázquez.

Rappelons-nous, la politique de la France à l’égard de l’Amérique latine avait été présentée comme un axe prioritaire au début du quinquennat de François Hollande, alors qu’elle avait été auparavant délaissée des priorités diplomatiques et économiques de la politique étrangère française. François Hollande a effectué il y un peu moins d’un an, du 8 au 12 mai 2015, un voyage dans les Antilles (notamment en Haïti et à Cuba) et plusieurs visites en Amérique latine entre 2012 et 2015, en particulier au Mexique et au Brésil. Notons également que nombreux ont été les chefs d’états latino-américains à se rendre à Paris depuis 2012 : Ollanta Humala (Pérou), Dilma Roussef (Brésil), Evo Morales (Bolivie), Cristina Kirchner (Argentine)… Ces visites avaient pour objectif, dans la plupart du temps, de renforcer les échanges commerciaux entre la France et les pays de cette région, mais aussi de discuter de certaines questions fondamentales liées à l’éducation, la défense, la sécurité, les énergies, les technologies, l’agroalimentaire, etc.

Nouveau rendez-vous présidentiel entre la France et le Pérou

François Hollande débutera son périple sud-américain au Pérou, où il sera reçu par le chef d’état Ollanta Humala, qu’il a déjà rencontré à plusieurs reprises depuis le début de son quinquennat. En novembre 2012, le président péruvien et François Hollande avaient décidé un partenariat bilatéral entre les deux pays. Ollanta Humala s’était même adressé personnellement aux représentants du MEDEF afin de les inviter à investir dans son pays. Moins d’un an plus tard, c’est de manière informelle que le chef d’État péruvien était retourné en France afin de rencontrer à nouveau François Hollande, visite qui avait suscité une vive polémique au Pérou du fait de son caractère inattendu. Enfin, la dernière rencontre en date des deux chefs d’État remonte à juillet 2014 en France. François Hollande y avait reçu son homologue péruvien afin de poursuivre et de renforcer la relation bilatérale entre les deux pays, notamment dans les domaines de l’économie, de la mobilité étudiante, de la coopération en matière de défense et de sécurité, mais aussi afin de préparer les conférences sur le climat de Lima (COP 20 en 2014) et de Paris (COP 21 en 2015). En février prochain, François Hollande se rendra à son tour au Pérou en réponse à l’invitation de Ollanta Humala. Cette nouvelle rencontre sera l’occasion de réaffirmer la coopération entre les deux pays, déjà profondément unis dans plusieurs domaines.

Première rencontre entre Hollande et le nouveau président argentin

François Hollande rencontrera ensuite Mauricio Macri, le nouveau président argentin investi de ses fonctions le 10 décembre dernier. François Hollande témoigne ainsi de sa volonté de s’entretenir avec le nouveau chef d’État argentin, dont la ligne politique, plutôt inscrite à droite, s’éloigne de manière significative de celle de Cristina Kirchner, la présidente sortante. François Hollande, qui avait adressé ses félicitations à Mauricio Macri à la suite de son investiture, entend par cette première rencontre approfondir les relations bilatérales entre les deux pays, historiquement liés dans les domaines économiques et culturels. Lors de cette entrevue, les deux chefs d’État travailleront ensemble sur les perspectives de coopération économique, sociale et culturelle entre la France et l’Argentine, mais ils aborderont également la question environnementale (Veolia a signé un contrat en 2014 pour aider Buenos Aires à collecter les déchets de la municipalité pendant 10 ans) et les problématiques liées à la sécurité, le maintien de la paix et la lutte contre le terrorisme. François Hollande avait d’ailleurs sollicité Mauricio Macri en décembre dernier pour continuer à travailler ensemble pour la défense des droits de l’homme, thème qui tient particulièrement à cœur au nouveau président argentin qui s’était vivement prononcé en faveur du retrait du Venezuela du Mercosur en raison des abus et des répressions commis contre les opposants du gouvernement de Nicolás Maduro. Cette première rencontre diplomatique sera aussi l’occasion de parler d’économie, puisque Mauricio Macri entend ouvrir davantage son pays aux échanges internationaux et favoriser ainsi une économie moins protectrice, ce qui pourrait fortement intéresser la France, désireuse de participer au développement des économies d’Amérique latine.

Consolidation des accords entre la France et l’Uruguay

Le voyage de François Hollande à Montevideo, qui n’était au départ pas prévu mais qui a récemment été confirmé par l’ambassadeur uruguayen en France, Guillermo Dighiero, aura pour objectif de sceller les accords entre la France et l’Uruguay à propos de la vente de bateaux et d’hélicoptères à l’Uruguay. Le président uruguayen, Tabaré Vázquez, qui s’était rendu en France en octobre dernier, accueillera François Hollande en février prochain afin de discuter de cette opération. À l’Uruguay, qui est entré pour deux ans au Conseil de Sécurité de l’ONU en janvier 2016, François Hollande avait promis d’apporter expertise et coopération. Lors de la dernière rencontre présidentielle entre François Hollande et Tabaré Vázquez, des accords de coopération dans le domaine de l’économie et de la défense avaient été signés à l’Élysée. Ce sera, à la fin du mois de février prochain, l’occasion de concrétiser ces accords et de renforcer ostensiblement les relations entre les deux pays.

Le voyage officiel de François Hollande ne durera que quelques jours mais il sera l’occasion de réaffirmer clairement la volonté de la France d’être présente en Amérique latine.

Mara KOLB

Visite du pape François à Cuba et au Mexique

Dans quelques jours débute le séjour au Mexique du Pape François. La première étape de son voyage, Cuba, où il rencontrera le patriarche russe orthodoxe Cyrille, marquant la réunion des deux Églises catholiques, en froid depuis le schisme de 1054.

“Le Mexique mérite au moins une semaine de visite”(1). C’est donc durant une semaine que le Pape François sillonnera le Mexique, deuxième pays catholique d’Amérique latine après le Brésil, dès le 12 février prochain. Il débute son voyage par Mexico, avant de se rendre à Notre Dame de Guadalupe, Tuxtla Gutiérrez et de terminer par Ciudad Juárez, considérée comme l’une des villes les plus dangereuses du monde.

L’occasion pour lui de s’intéresser aux questions sociétales et sécuritaires du pays. Il a d’ores et déjà annoncé venir afin de prier avec le peuple mexicain “pour que les problèmes de violence, de corruption et tout ce qui arrive et dont [ils sont] conscients trouvent une solution, parce que le Mexique de la violence, de la corruption, des trafics de drogue, des cartels n’est pas le Mexique que veut [leur] Mère.” Lors de ce voyage, il souhaite les “exhorter à lutter tous les jours contre la corruption, le trafic, la guerre, la désunion, le crime organisé et la traite des personnes” (2) qui règnent dans le pays.

Une rencontre historique à Cuba

Avant d’entamer son périple à travers le Mexique, le pape François effectuera une brève escale à Cuba pour rencontrer le chef de l’Église orthodoxe russe, le patriarche Cyrille, lui aussi en visite sur l’île castriste. Ce rendez-vous historique est massivement relayé par la presse mondiale puisqu’il s’agit de la première rencontre entre dirigeants des chrétiens d’Orient et d’Occident depuis presque un millénaire, mettant ainsi fin à la querelle causée par le schisme de 1054. Les retrouvailles entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe russe, qui demeure l’une des plus puissantes branches du christianisme, sont ainsi scellées.

Cette rencontre avait déjà été initiée par les multiples prédécesseurs du pape François et du patriarche Cyrille mais aucune de leurs tentatives n’avait jusque-là abouti. Il aura fallu attendre Raúl Castro pour qu’elle soit rendue possible. Le président cubain, qui entretient de bonnes relations à la fois avec le Vatican et Moscou, a donné l’opportunité aux deux pontifes de se réunir en invitant le patriarche orthodoxe à se rendre à Cuba au moment même où le pape François se rendait au Mexique. Raúl Castro leur a donc permis de trouver un lieu et une date pour leur rendez-vous, “en préparation depuis pratiquement l’élection du pape François” selon une source proche du Vatican.

La protection des chrétiens d’Orient et d’Occident

L’entretien ne durera que quelques heures durant lesquelles les deux chefs d’Église ont déjà prévu d’évoquer la situation du christianisme face aux persécutions de l’organisation État Islamique (EI) en Irak et en Syrie. La défense du christianisme en Europe et le sort des chrétiens d’Orient, deux problématiques qui rapprochent chrétiens et orthodoxes, seront donc au cœur de cette rencontre historique.

Raúl Castro est ensuite attendu pour la signature de la déclaration commune à l’issue de ce tête-à-tête, après que chacun des chefs d’Église ait prononcé un bref discours dans leurs langues respectives. Pour terminer, le pape François et le patriarche Cyrille procéderont à l’échange traditionnel de présents.

Cuba est donc le siège d’une rencontre historique et l’occasion pour le pape François de réaffirmer sa volonté de faire du rapprochement entre les confessions chrétiennes l’une de ses priorités, après avoir déjà rencontré le patriarche Bartholomée de Constantinople, en novembre 2015. Ces retrouvailles en Amérique latine inaugurent d’autres voyages, notamment au Chili, en Uruguay ou au Pérou, où pourrait se rendre le pape en 2016. L’Argentine, pays natal du pontife, n’est toutefois pas à l’ordre du jour.

Victoria PASCUAL

1. Entretien du pape François accordé à la télévision mexicaine Televisa le 13 mars 2015.
2.Déclaration du pape François transmise par l’agence de presse nationale mexicaine.