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Équateur

Dialogues entre le FMI et l’Équateur pour renforcer son économie nationale

Le Fonds monétaire international (FMI) confirme mener des dialogues avec l’Équateur pour trouver un accord financier afin de rassurer ses marchés publics. Le financement de 8 000 millions de dollars (environ 7 062 millions d’euros) destinés à l’Équateur pour 2019 lui permettra de réduire suffisamment le déficit fiscal pour maîtriser une dette qui avait fortement progressé depuis 2012. Cette aide financière du FMI offre au pays une option supplémentaire, à moindre coût, avec des ressources plus fraîches et des conditions plus avantageuses.

Photo : Vistazo

Le gouvernement équatorien se trouve face à une dette économique qui l’amène à prendre des décisions pouvant affecter les citoyens équatoriens. L’Équateur a eu un déficit fiscal d’environ 10 000 millions de dollars depuis 2017. Étant donné cette situation, il a été contraint d’émettre des bons en janvier 2019 d’un montant de 1 000 dollars à un taux de 10,75%. En outre, les ressources auxquelles il a fait appel telles que les réserves de la Banque centrale de l’Équateur (BCE) et de la Sécurité sociale, les réformes du recouvrement fiscal et les prêts de la Chine n’ont pas été suffisantes.

Les arriérés de paiement des fonctionnaires publics et l’annulation du compte des fournisseurs de l’État sont les conséquences de cette détérioration économique. Des économistes suggèrent certains changements pour remédier à la situation, notamment la réduction de la dépense publique, des subventions pour l’essence et la suppression d’emplois publics via la fusion d’entités publiques.

Un accord avec le FMI améliorera le cadre de restructuration économique et permettra l’accès aux autres organisations multilatérales comme la Banque mondiale (BM), la Banque interaméricaine de développement (BID) et la Corporation andine de développement (CAF). C’est pourquoi à la fin du mois de janvier 2019 s’est tenue une réunion avec le président de la République de l’Équateur, Lenín Moreno, son ministre des Finances Richard Martínez, et la directrice générale du FMI, Christine Lagarde.

Cette rencontre promet des bénéfices, mais aussi des conditions à remplir par l’Équateur. Parmi les mesures du FMI figurent l’augmentation de la TVA, la subvention pour l’essence, la restructuration de la dette actuelle, le calcul de l’âge de la retraite, les réformes des contributions de sécurité sociale et la flexibilité du travail.

Cette alliance aurait de ce fait pour résultat une consolidation budgétaire et un bon positionnement dans le marché mondial. En outre, cela comporterait la reprise des relations avec le FMI après avoir rompu tout lien avec lui au cours du gouvernement de l’ancien président, Rafael Correa. Une équipe du FMI se trouve déjà à Quito pour envisager l’amélioration du cadre de politique économique, ce qui peut comporter des avantages pour les citoyens équatoriens, essentiellement les plus pauvres et les plus vulnérables. De même, il y aurait une amélioration en ce qui concerne la compétitivité, la génération d’emplois, le renforcement des bases institutionnelles de la dollarisation et la lutte contre la corruption, d’après le porte-parole du FMI, Gerry Rice.

L’accord avec le FMI serait soit à court terme de 13 mois, soit à long terme. Une fois l’accord signé, une partie du prêt serait allouée aux projets ponctuels, ou bien elle pourrait être à libre disposition pour investir dans ce qu’il aurait de nécessaire. Cependant, si l’Équateur ne respecte pas ces mesures, le financement du FMI prendrait fin. Le pays n’aura pas une croissance économique, même avec l’aide de cette organisation. L’important, toutefois, est de savoir s’il y aura une croissance ou une récession à l’avenir, et ainsi informer de la réalité économique pour que les bonnes décisions soient prises et que des conséquences en découlent.

Andrea M. RICO PARRA

L’espoir de Julien Assange repose sur la Commission interaméricaine des droits de l’homme

Par le biais du ministère de la Mobilité humaine, l’Équateur a annoncé que la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) lui avait demandé des informations sur les conditions d’asile du fondateur de WikiLeaks. Les avocats de M. Assange ont réclamé des mesures conservatoires à la suite de «l’existence d’un risque potentiel» pour la santé de leur client.

Photo : El Universo

Depuis sept ans, Julian Assange est devenu le serpent de mer de l’Équateur, un pays qui cherche par tous les moyens à se débarrasser de son encombrant hôte, logé dans l’ambassade équatorienne située à Londres. Le président équatorien s’est prononcé dans ce sens en décembre 2018 : «Les conditions sont réunies pour que Monsieur Assange prenne la décision de sortir [de l’ambassade] dans une quasi- liberté.» Lenín Moreno a voulu aussi rassurer les acolytes d’Assange en déclarant à la presse que le Royaume-Uni avait écarté l’extradition du lanceur d’alerte, en indiquant officiellement à Quito «que la Constitution de Grande-Bretagne n’autorise pas l’extradition d’une personne vers un pays où sa vie est en danger».

Toutefois, malgré cette annonce, le fondateur de WikiLeaks redoute une extradition vers les États-Unis pour la publication de centaines de milliers de documents diplomatiques et de secrets militaires sur les guerres en Irak et en Afghanistan. Ses craintes sont bien fondées, surtout depuis que l’administration Trump avait affirmé, en avril 2017, que l’arrestation du lanceur d’alerte australien était une «priorité». C’est pourquoi M. Assange ne veut pas abandonner son refuge londonien : selon la procédure judiciaire, il risque d’être arrêté par la police anglaise au motif qu’il n’a pas respecté en 2012 les conditions de sa liberté sous caution.

Mais une nouvelle étape vient d’être franchie dans cette histoire où se mêlent les soupçons d’espionnage, de trahison, d’agressions sexuelles et de manque d’éthique journalistique. À la suite du «protocole spécial relatif aux visites, aux communications et aux soins médicaux» imposés à Assange, ses avocats ont fait appel à la Commission interaméricaine des droits de l’homme, car ces mesures draconiennes sont susceptibles d’aggraver encore plus les conditions déjà précaires dans lesquelles semble s’enfoncer inéluctablement l’exilé.

Ces nouvelles mesures d’«imposition unilatérale» selon Carlos Poveda, l’un des avocats d’Assange en Équateur, visent à affaiblir l’asile avec des restrictions «plus sévères que celles d’une prison commune». Ainsi, en octobre dernier, l’Australien estimait que cette situation «aboutirait inéluctablement à des problèmes de santé, à [son] hospitalisation, à [sa] mort ou encore à un prétexte politique afin [qu’il soit remis] illégalement aux autorités britanniques puis aux États-Unis où [il] risque une possible condamnation à perpétuité».

De son côté, le directeur de la CIA, Mike Pompeo, avait qualifié WikiLeaks «de service de renseignement non étatique hostile», après la publication d’outils d’espionnage utilisé par la Central Intelligence Agency étasunienne, et a accusé Assange d’être «soutenu par des acteurs étatiques comme la Russie». Ce lien avec la Russie a été mis en lumière par Robert Mueller, le procureur spécial des États-Unis qui mène une enquête sur la possible ingérence de l’administration Poutine dans les élections de 2016 remportées par Donald Trump. Mueller s’est intéressé aux activités de M. Assange depuis que celui-ci avait accepté une surprenante offre de Russia Today.

Cette chaîne de télévision internationale, financée par l’État russe, avait proposé à Assange de devenir présentateur d’une émission politique hebdomadaire. C’est ainsi que, pendant trois mois, il a eu l’occasion d’interviewer le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, le néoconservateur étasunien David Horowitz, et le président équatorien Rafael Correa, parmi une vingtaine d’autres personnalités.

Rappelons qu’Assange se trouvait à cette époque, soit en 2012, assigné à résidence à Londres, avec couvre-feu et port d’un bracelet électronique. C’est alors que Rafael Correa lui a permis de se réfugier dans l’ambassade de son pays pour échapper à l’extradition vers la Suède, où la justice voulait l’interpeller à la suite de deux plaintes pour abus sexuels. Mais l’Australien est sorti de cette affaire le 19 mai 2017, lorsque le parquet suédois annonçait l’abandon des poursuites pour viol.

En attendant la suite, il est clair que cette affaire a ouvert la voie à une nouvelle façon d’informer. La création de Distributed Denial of Secrets en est un bel exemple. Surnommé DDoSecrets (en référence à un type d’attaque informatique, Distributed Denial of Service Attack), ce site a été mis en ligne en décembre 2018 par «un collectif pro-transparence», dont le but est de «faciliter la libre diffusion de données d’intérêt public», parmi lesquelles certains documents que WikiLeaks avait refusé de diffuser. Bien que les références à l’organisation de Julian Assange soient évidentes, DDoSecrets apparaît au premier regard comme une alternative qui prétend agir «comme simple relais des informations» déjà disponibles en ligne mais «de difficile accès pour des non-experts», selon la page d’accueil du site.

Ainsi, le vendredi 25 janvier, DDoSecrets a mis en ligne une quantité importante de documents d’origine russe, y compris de «messages et fichiers de politiciens, journalistes, oligarques, figures religieuses et nationalistes/terroristes», a fait savoir le collectif sur Twitter. D’autres fichiers concernent des documents dérobés au ministère du Commerce chinois, des données piratées sur des sites comme LinkedIn, ou encore les «Macronleaks».

Eduardo UGOLINI

Un mystère diplomatique entoure l’Équateur et Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks


Réfugié depuis bientôt sept ans à l’ambassade de l’Équateur à Londres, Julian Assange risque l’incarcération à perpétuité s’il est arrêté par la justice britannique, puis extradé aux États-Unis, pour avoir «mis en péril la sécurité nationale», après la publication de milliers de documents secrets militaires et diplomatiques.

Photo : Sputnik News

La polémique bat son plein entre ceux qui soutiennent Julian Assange, tel un symbole de la liberté d’expression, et ceux qui l’accusent tout simplement de terroriste. À l’origine de ce scandale diplomatique, les dossiers top secret publiés par WikiLeaks détaillant les actions de la Maison-Blanche dans différents pays du Moyen-Orient : 76 000 documents secrets sur la guerre d’Afghanistan, 390 000 rapports secrets sur la guerre en Irak, 251 287 câbles diplomatiques étasuniens, mais aussi 779 dossiers secrets sur les détenus de Guantanamo.

Cette affaire a lieu au même moment où l’entreprise WikiLeaks est accusée d’avoir facilité à la Russie, en 2016, les moyens de voler des informations concernant les dernières élections présidentielles remportées par Donald Trump. Selon l’enquête judiciaire, «12 espions russes avaient volé des informations de 500 000 votants» ; et ce n’est pas tout : «des articles ont été envoyés dans l’objectif d’influencer le résultat des élections». Ainsi, pour la justice étasunienne, la publication de 20 000 e-mails par le site WikiLeaks, qui était considéré jadis comme un très sérieux lanceur d’alerte, aurait joué un rôle décisif dans la dynamique électorale en défaveur de la candidate démocrate Hillary Clinton.

L’avenir de Julian Assange repose désormais sur les épaules du réfractaire Lenín Moreno, l’actuel président de l’Équateur qui a qualifié l’exilé australien de «hacker» et de «problème hérité» de son prédécesseur et ennemi déclaré Rafael Correa. Rappelons que l’affaire remonte à août 2010, lorsqu’Interpol et les autorités suédoises lancèrent des recherches contre le célèbre hôte de l’ambassade de l’Équateur à Londres, soupçonné d’abus sexuels (viols) commis dans le pays nordique. Après quelques mois de «diserte», Julian Assange se rend à la police londonienne avec l’intention de coopérer, mais un juge britannique confirme son extradition en février 2011.

Assange avait rejeté son extradition vers la Suède en arguant que ce pays le livrerait aux États-Unis, où il risque la réclusion à perpétuité, voire la peine de mort. C’est alors qu’intervint Rafael Correa, à l’époque président de l’Équateur et l’un des poids lourds de la gauche sud-américaine, connu pour sa position «anti-étasunienne». Correa offrit l’asile au fondateur de WikiLeaks le 19 juin 2012.

Or, il y a trois semaines, soit deux mois après les changements du protocole concernant «les conditions minimales de séjour du demandeur d’asile» imposé par le président Lenín Moreno, la vie de Julian Assange à l’ambassade équatorienne est entrée dans une nouvelle phase, celle de l’affabulation. Selon le prestigieux journal The Guardian, Assange aurait participé à une réunion secrète à l’ambassade, en 2016, avec Paul Manafort, l’ancien directeur de campagne de Donald Trump, qui est actuellement poursuivi par la justice de son pays pour délits financiers, entre autres.

En réalité, The Guardian a publié ces fausses informations dans le cadre d’une campagne de «diffamation constante» par le quotidien britannique contre le fondateur de WikiLeaks. «La fonction de propagande de l’article est évidente, commente Jonathan Cook, ex-journaliste de The Guardian : il est destiné à apporter la preuve d’allégations de longue date selon lesquelles Assange aurait conspiré avec Trump, et les prétendus partisans de Trump au Kremlin, pour nuire à Hillary Clinton pendant la course présidentielle de 2016.»

Paul Manafort a nié les révélations du Guardian, tandis qu’Assange a menacé de poursuivre le quotidien en justice pour diffamation. Mais une chose est certaine : un porte-parole de Manafort a confirmé, début décembre, que pendant les réunions en Équateur, en mai 2017, le président Moreno s’est exprimé favorable à l’expulsion d’Assange de l’ambassade, en échange de certaines concessions de la part des États-Unis concernant, par exemple, allègement de sa dette extérieure.

À présent, face à la détérioration quotidienne de sa situation, aucune solution n’est envisageable pour Julian Assange. Considéré par ses supporters comme un Robin des Bois du Net, il est en train de devenir un symbole de l’action d’informer pour avoir dépassé les carcans «éthiques» de sa profession : en révélant les interlignes obscures des enjeux géopolitiques, Assange a montré que l’évolution du journalisme est engagé dans une courbe d’information sur une voie ascendante, celle de la dénonciation.

Aussi le site WikiLeaks a mis en évidence que les gouvernements de différents pays sont aujourd’hui obsédés par les risques liés à la diffusion d’informations dites «secrètes», à une époque où le peuple a des rapports de plus en plus distants avec le pouvoir politique. Bref, pionnier d’une nouvelle presse pour certains, sycophante indésirable pour le pouvoir en place, Julian Assange incarne ce propos de F. Scott Fitzgerald : «les hommes remarquables sont obligés de mener leur jeu tout au bord du précipice». Hélas, aux yeux de ses détracteurs, il a sauté d’un train en marche. Mais, si Assange est en effet poursuivi en justice, il est légitime de se demander quelles conséquences, au niveau planétaire, cela pourrait avoir sur la liberté d’informer.

Eduardo UGOLINI

Wikileaks a annoncé que Julian Assange a été inculpé «en secret» aux États-Unis

Julian Assange risque d’être incarcéré à perpétuité, voire la peine de mort, s’il est arrêté par la justice britannique puis extradé aux États-Unis. Le fondateur de Wikileaks, qui vit réfugié depuis 2012 à l’Ambassade d’Équateur située à Londres, a été accusé par Washington d’avoir mis en péril la sécurité nationale après avoir publié de nombreux documents secrets militaires et diplomatiques.

Photo : El Comercio

L’ex-ministre de la Justice de Donald Trump, Jeff Sessions, avait fait de la capture de Julian Assange «une priorité», tandis que Robert Mueller enquête actuellement sur le rôle de Wikileaks dans la propagande russe durant l’élection présidentielle étasunienne de 2016. Les investigations du procureur spécial cherchent désormais à établir s’il y a eu «collusion» entre Moscou et l’équipe de campagne de Donald Trump.

Bien que la nature des charges retenues contre Julian Assange n’a pas été révélée, l’existence d’une procédure judiciaire est attestée notamment par un document rédigé par le procureur Kellen Dwyer, dans lequel ce dernier demande à un magistrat de préserver la confidentialité. En effet, interrogé par les médias de son pays, le ministère de la Justice a refusé de préciser les raisons pour lesquelles l’activiste australien a été inculpé.

Dans le cadre des investigations menées par le procureur Mueller, douze agents russes ont été inculpés, en juillet 2018, pour avoir piraté les ordinateurs du parti démocrate. Ces documents volés avaient ensuite été révélés par Wikileaks, une organisation considérée par les États-Unis comme une plateforme utilisée par les Russes pour diffuser des documents piratés avec l’objectif d’influencer l’élection présidentielle.

Pendant ce temps, le Premier ministre australien Scott Morrison a catégoriquement rejeté les nouveaux appels de la famille et des partisans du fondateur de Wikileaks. Ces derniers demandent au gouvernement de garantir le droit du citoyen australien de rentrer chez lui, à l’abri de la menace d’extradition aux États-Unis. Mais le gouvernement de coalition australien, comme le gouvernement travailliste précédent, est bien déterminé à se débarrasser de l’encombrant lanceur d’alerte. Le journaliste Mike Head est de cet avis, et il précise que l’administration Morrison «est déterminé a voir Assange enfermé à vie ou même exécuté aux États-Unis, parce que son travail courageux […] a permis de mettre au jour les crimes de guerre, la surveillance de masse et les machinations anti-démocratiques des États-Unis et de leurs alliés».

À présent, les partisans de Julian Assange craignent pour son état de santé, après les mesures draconiennes que l’ambassade équatorienne lui a imposé, le 12 octobre dernier, concernant les règles de visite, de communication et de salubrité. Parmi les nombreux témoignages de soutien, Christine Assange affirme sur YouTube que son fils est la victime d’un «assassinat lent et cruel», avant d’ajouter que «les médecins qui l’ont examiné ont averti que ces conditions mettaient sa vie en danger».

Ces conditions, ainsi que les circonstances dans lesquelles Julian Assange a trouvé refuge dans l’ambassade de l’Équateur, à la suite de la proposition offerte par le président de l’époque Rafael Correa, on été détaillées dans un article précédent*. Or les méandres du destin ont réunit curieusement les deux hommes devant la justice de différents pays : l’ancien chef de l’État, qui vit depuis juillet 2017 à Bruxelles avec son épouse belge, a été récemment mis en examen par la justice équatorienne, soupçonné d’avoir commandité en 2012 l’enlèvement de l’opposant Fernando Balda. Sommé de se présenter devant la justice de son pays depuis qu’un mandat d’arrêt international a été officialisé début juillet, les faits qui sont reprochés à M. Correa sont passibles de sept ans de prison.

Voyant ainsi s’effondrer ses chances de retour en politique lors des élections présidentielles de 2019, l’ex-président équatorien de 2007 à 2017 accuse l’actuel gouvernement de Lenín Moreno de «persécution politique» : «comme ils ne peuvent pas nous battre dans les urnes […], ils cherchent tous ces prétextes extrêmement graves», a-t-il insisté. Cependant, la juge Daniela Camacho a déclaré que la Cour détenait «des preuves suffisantes» pour accuser Rafael Correa «en tant que cerveau présumé de l’enlèvement de Fernando Balda».

Depuis que plusieurs de ses proches ont été poursuivis et condamnés pour corruption, M. Correa a qualifié Lenín Moreno, son ancien allié du parti Alianza País (AP) et vice-président de 2008 à 2012, de «traître» et de «mouton des États-Unis». Sur ce point, la journaliste Marie Deltas a fait une remarque qui mérite d’être citée : «Correa ne cesse de dénoncer « la politisation de la justice » et la fin de l’État de droit en Équateur», des reproches que formulaient ses adversaires à l’époque où il était au pouvoir.

Eduardo UGOLINI

* Article publié le 9 novembre 2018

Julian Assange le fondateur de Wikileaks est devenu le serpent de mer de l’Équateur

Le lanceur d’alerte Julian Assange a trouvé refuge auprès des autorités politiques de l’Équateur depuis 2012. Cependant, les liens entre le fondateur de Wikileaks et le pays andin semblent s’émietter peu à peu. Entre interdiction d’utiliser Twitter et de critiquer la vie politique équatorienne, l’avocat d’Assange dresse le portrait d’une situation tendue.

Photo : Sputnik France

Le jeudi 18 octobre, l’ancien juge espagnol Baltasar Garzón, avocat de l’entrepreneur Australien exilé à Londres, a reproché la « situation inhumaine » de son client depuis le mois d’août, lorsque l’administration du président équatorien Lenin Moreno a décidé un changement du protocole concernant « les conditions minimales de séjour du demandeur d’asile ». Les autorités du pays andin ont remis à Julian Assange et à ses proches un règlement intérieur, ou « protocole spécial de visite, de communication et d’attention médicale », selon lequel il était « presque entièrement responsable de ses soins personnels, y compris le nettoyage de sa salle de bain et l’alimentation et l’hygiène de son chat, sous peine de confiscation de l’animal. » Ces nouvelles mesures d’«imposition unilatérale » selon Carlos Poveda, l’un des avocats d’Assange en Equateur, visent à affaiblir l’asile accordé à Assange, avec des restrictions « plus sévères que celle d’une prison commune ».

Rappelons que l’affaire remonte à août 2010, lorsque l’Interpol et les autorités suédoises lancèrent des recherches contre le désormais célèbre hôte de l’ambassade de l’Equateur à Londres, accusé d’abus sexuels (viols) commis sur le pays nordique. Après quelques mois, Julian Assage se rend à la police londonienne avec l’intention de coopérer, mais un juge britannique confirme son extradition en février 2011. Assange avait rejeté son extradition vers la Suède, en arguant que ce pays le livrerait aux Etats-Unis, où il risque la réclusion à perpétuité, voire la peine de mort, pour avoir publié de nombreux documents diplomatiques et des secrets militaires détaillant les actions de la Maison Blanche dans différents pays du Moyen-Orient. C’est alors qu’intervient Rafael Correa, et l’un des poids lourds de la gauche sud-américaine, connu par sa position « anti-américaine ». Correa, à l’époque président de l’Equateur, offre l’asile au fondateur de Wikileaks le 19 juin 2012,  et, depuis ce temps, Assage a fait de l’ambassade d’Equateur à Londres une sorte de cage dorée.

Cependant, bien que l’affaire de crimes sexuels soit désormais classée sans suite, depuis mars 2018 l’horizon de l’ex-Wikileaks n’a cessé de s’assombrir, notamment après l’interdiction d’accès à son compte Twitter, lequel ne pouvait être utilisé qu’en cas d’«extrême urgence » pour contacter ses avocats. Cette restriction trouve son origine dans une déclaration publique de Mr Assange. Contrevenant aux ordres des autorités équatoriennes, il a publié sur le réseau social certains commentaires politiques, que Quito considère préjudiciables pour ses relations extérieures.

Cette affaire, digne d’un film d’espionnage, a lieu au moment où l’entreprise Wikileaks est accusée, dans un procès contre le comité démocratique National des États-Unis, d’avoir facilité à la Russie, en 2016, le vol d’informations quant aux dernières élections présidentielles remportées par Donald Trump. Selon l’enquête judiciaire, « 12 espions russes avaient volé des informations de 500 000 votants » ; et ce n’est pas tout : « des articles ont été envoyés dans l’objectif d’influencer le résultat des élections. » Ainsi, pour la justice américaine, la publication de 20 000 e-mails par le site Wikileaks, considéré jadis comme un lanceur d’alerte très sérieux, aurait joué un rôle décisif dans la dynamique électorale en défaveur de la candidate démocrate Hilary Clinton.

A présent, le cas « Assange », est devenu l’enjeu politique du combat déclaré entre l’ex-chef d’Etat Rafael Correa (2007-2017) et l’actuel président Lenin Moreno, tous deux membres du parti Alianza Pais (AP). La relation entre les anciens alliés s’est dégradée lorsque Moreno, qui a été vice-président entre 2007 et 2013, a proposé un référendum constitutionnel pour limiter le nombre de mandats présidentiels, empêchant ainsi Rafael Correa de se représenter aux élections de son pays en 2021. Ce changement de la constitution proposé par le référendum du 4 février, a été approuvé par  la majorité des Équatoriens désireux de tourner la page de l’ère Correa. Or ce dernier, qualifiant Lenin Moreno de « traître » et de « loup aux allures de mouton », a accusé son successeur de se soumettre face aux États-Unis en voulant utiliser ce scrutin pour le marginaliser définitivement.

En attendant la suite, Rafael Correa réside actuellement en Belgique et a été convoqué par la justice, soupçonné d’avoir commandité une tentative d’enlèvement d’un opposant politique en 2012, tandis que la complexité de la situation de Julian Assange cache la véritable intention de l’actuel gouvernement équatorien : se débarrasser de lui, comme le montrent les dernières déclarations de Moreno, qui a qualifié l’exilé australien de « hacker » et de « problème hérité » qui constitue « plus qu’un tracas ».

Eduardo UGOLINI

Un modus vivendi trouvé entre les États-Unis et le gouvernement équatorien de Lenín Moreno

Après la décennie sans dialogue de l’ère Correa – l’ancien président de gauche aujourd’hui poursuivi par la justice –, la position pro-étasunienne de Lenín Moreno tente de construire des ponts avec Washington sur une base d’intérêts commerciaux, sécuritaires et migratoires.

Photo : La Vanguardia

Dans le souci d’arrêter l’érosion de l’influence économique et politique de son pays dans la région, Mike Pence est arrivé mercredi 27 juin à Quito pour rencontrer le président équatorien. Le déplacement du vice-président des États-Unis d’Amérique, après sa visite au Brésil, a fait partie de sa tournée latino-américaine centrée sur la situation politique vénézuélienne comme conséquence de la récente réélection de Nicolás Maduro.

C’est justement cette question-là qui a dû se trouver au centre des pourparlers entre Lenín Moreno et Mike Pence. En ce sens, l’émissaire de Washington souhaitait visiblement voir en quoi ses partenaires d’Amérique latine peuvent lui être utiles pour régler l’épineuse question concernant l’héritier politique d’Hugo Chávez. Rappelons que le Venezuela, un pays immergé dans le chaos depuis plusieurs années, est considéré comme une menace pour les intérêts des États-Unis, et que Donald Trump avait manifesté, en septembre dernier, qu’il n’excluait pas un plan d’intervention militaire de la nation bolivarienne (nous y reviendrons plus bas avec une autre célèbre intervention étasunienne au service de la liberté).

Cependant, Lenín Moreno a su mettre de l’eau dans les intentions de Mike Pence. Le vice-président de Donald Trump comptait sur le soutien des dirigeants latino-américains pour resserrer le blocus continental afin d’augmenter la pression contre Maduro. Or le président équatorien s’est montré conciliant envers le Venezuela, pays où la démocratie a été le plus en danger ces dernières années, et avec lequel l’Équateur a entretenu «une relation de complicité» pendant la dernière décennie. Au lieu d’accentuer l’isolationnisme, Moreno a proposé la réalisation d’une nouvelle consultation populaire sous la supervision d’observateurs internationaux.

En ce qui concerne l’avenir de son pays, contrairement à la décennie passée, Moreno considère désormais l’Oncle Sam comme un partenaire privilégié, conscient de la nécessité d’entreprendre rapidement les réformes économiques et sociales qu’il juge indispensables. Ainsi la visite de Mike Pence a engagé une dynamique de relance des relations bilatérales s’orientant autour de cinq objectifs principaux : la lutte contre le «fléau» de la corruption ; la reprise des relations commerciales ; l’accueil des immigrés vénézuéliens qui ont quitté leur pays en crise ; le renseignement sur le transfert «inusuel» d’argent lié au blanchissement et au narcotrafic ; les droits d’environ deux millions de ressortissants qui composent la communauté équatorienne aux États-Unis.

«Nous sommes certains que par le dialogue, sincère, direct, en pressentant les intérêts de l’Équateur, nous trouverons des solutions. L’Équateur serait prêt à activer ce mécanisme d’ici la fin de 2018 et les États-Unis sont d’accord» a déclaré José Valencia, le ministre équatorien des Affaires étrangères et de la Mobilité humaine.

La présence de l’administration Trump sur le sol équatorien – une main tendue susceptible d’être interprétée comme une griffe impérialiste pour certains – peut choquer le lecteur non averti. C’est la raison pour laquelle il n’est pas inutile de mentionner que ce que l’on appelle de façon équivoque «expansionnisme américain» trouve ses racines loin dans le temps (annexion de la Floride en 1819, du Texas en 1845, la guerre avec le Mexique en 1846-1848 se terminant par l’annexion de la Californie), le tout couronné par l’idée de la Manifest Destiny : «il appartient aux États-Unis d’occuper tout le continent américain».

En Équateur, premier exportateur mondial de cacao au début du XXe siècle, une partie des plantations fut transformée en plantations de bananes lors de l’arrivée des compagnies étasuniennes, et en particulier de l’United Fruit Company, omniprésente en Amérique centrale. Ainsi, avec la complicité des oligarchies locales, les États-Unis donnèrent naissance à des économies issues du travail de la terre sans contribuer au développement industriel, d’où le très péjoratif terme «pays bananiers». À partir des années 1960, l’interventionnisme tentaculaire s’est développé dans toute la région par crainte de l’influence de la révolution cubaine.

Mais à présent, au-delà des craintes, bien que les émissaires de Washington suscitent encore des réactions violentes en Amérique latine, il est nécessaire de croire à un changement des mentalités. Car pour le Nord tout-puissant, un appauvrissement des économies locales entraîne inévitablement de nouvelles vagues d’immigration clandestine, et s’il ne parvient pas à collaborer avec les pays du Sud pour rétablir une justice sociale durable, il devra composer avec des événements comparables à ceux qui secouent aujourd’hui l’Europe et le nombrilisme de ses dirigeants.

Pour conclure, un extrait de l’entretient entre André Maurois et Bruce Catton[1], en 1962, offre matière à réflexion :

A. Maurois : J’ai quelquefois l’impression que vous, Américains[2], vous tenez pour responsables de la moralité du monde entier.
B. Catton : Oui, c’est peut-être regrettable, mais c’est comme ça. […] Nous pensions faire notre devoir en considérant l’Amérique du Sud comme une région où nous pourrions rendre des services. […] Tout ce problème de «responsabilité morale» est obscur. Prenez le cas de notre première intervention à Cuba : la guerre hispano-américaine de 1898. Je suis certain que l’immense majorité des Américains a accepté cette guerre comme un moyen de frapper un grand coup pour la liberté. Nous croyions briser les chaînes des Cubains. Évidemment, nous ouvrions en même temps un nouveau marché pour nos exportateurs. Bref, nous agissions comme l’aurait fait un pays impérialiste, mais avec l’impression de n’agir que pour des raisons morales. Je suppose que c’est un peu difficile à comprendre.

Eduardo UGOLINI

[1] Historien très connu dans les années 1960, autorité éminente sur tout ce qui concerne l’Amérique. Il a obtenu le prix Pulitzer et le National Book Award.

[2] Maurois commet ici un vice du langage discriminatoire, très répandu encore aujourd’hui, qui consiste à utiliser ce patronyme générique pour désigner uniquement les citoyens étasuniens. Il faut lire en filigrane une outra façon de perpétuer l’impérialisme au nom de la liberté, et en détriment de l’identité particulière de chaque pays qui apporte une richesse inhérente à la diversité culturelle du continent.

María Fernanda Espinosa Garcés, 4e femme élue présidente de l’Assemblée générale de l’ONU

María Fernanda Espinosa Garcés, ministre des Affaires étrangères de l’Équateur, a été élue présidente de la prochaine session de l’Assemblée générale des Nations unies lors d’un vote qui a eu lieu ce mardi. Elle devient ainsi la quatrième femme élue à ce poste depuis la création des Nations unies, il y a 73 ans.

Photo : María Fernanda Espinosa Garcés/Espace Manager

María Fernanda Espinosa Garcés l’a emporté par 128 voix contre 62 pour Mary Elizabeth Flores Flake, représentante permanente du Honduras auprès des Nations unies. Elle remplacera en septembre le président de l’actuelle session de l’Assemblée générale, Miroslav Lajčák.

La future présidente de l’Assemblée générale a dédié son élection «à toutes les femmes du monde qui participent aujourd’hui à la vie politique et qui sont confrontées à des attaques politiques et médiatiques marquées par le machisme et la discrimination».

Elle a aussi dédié son élection «aux femmes qui luttent tous les jours pour accéder à un emploi sur un pied d’égalité, aux femmes et aux filles victimes de violence, aux filles et aux adolescentes qui réclament un accès à une information et à une éducation de qualité».

Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a félicité Mme Espinosa Garcés pour son élection, soulignant son expérience en tant que ministre des Affaires étrangères et ministre de la Défense de son pays et pour sa bonne connaissance des Nations unies. María Fernanda Espinosa Garcés a été représentante permanente de l’Équateur à New York et représentante permanente de son pays à Genève.

«Votre connaissance directe des négociations intergouvernementales sur les droits de l’homme, les femmes autochtones et le changement climatique aidera l’Assemblée générale à faire progresser l’ordre du jour des Nations unies», a dit M. Guterres.

Quatre femmes présidentes de l’Assemblée générale en 73 ans

«Au-delà de ces qualités professionnelles et personnelles admirables, je salue ce choix pour une autre raison. Cela fait plus de dix ans qu’une femme a été présidente de l’Assemblée générale, lorsque Sheikha Haya Rashed Al-Khalifa de Bahreïn était présidente de la 61e session», a noté le secrétaire général.

«Nous devons remonter des décennies en arrière pour trouver les deux autres femmes qui ont occupé ce poste : Vijaya Lakshmi Pandit de l’Inde pour la huitième session, et Angie Brooks du Liberia pour la vingt-quatrième», a-t-il ajouté. «Je crois que nous pouvons et devons faire mieux que quatre femmes en 73 ans et deux en un demi-siècle. Aucune femme d’Europe de l’Ouest ou de l’Est n’a jamais occupé ce poste.»

Le chef de l’ONU a rappelé que le monde faisait face à «des défis urgents et complexes», qu’il s’agisse des conflits ou de l’augmentation des inégalités et de l’aggravation du changement climatique.

«Cette assemblée a un rôle essentiel à jouer dans le débat sur ces défis et, surtout, pour fournir des solutions qui changeront de manière significative la vie des gens», a-t-il conclu.

D’après Espace Manager

Frontière Colombie – Équateur : un chemin vers la paix semé d’embûches

La situation très tendue des derniers mois dans la zone frontalière entre l’Équateur et la Colombie met à mal les efforts de paix dans la région. Les enlèvements, les assassinats et la violence sur fond de trafic de drogue préoccupent au plus haut point les deux États.

Photo : El Comercio Equateur

Walter Artizala, alias «El Guacho» refuse encore de rendre aux familles les corps des trois otages équatoriens tués en avril dernier, 20 jours après les avoir lâchement exécutés. El Guacho, leader du Front Oliver Sinisterra (FOS), groupe dissident de la guérilla des FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie), avait revendiqué l’enlèvement et le meurtre du reporter Javier Ortega, 32 ans, du photographe Paul Rivas, 45 ans, et leur chauffeur Efrain Segarra, 60 ans. Les deux journalistes et le chauffeur réalisaient un reportage à la frontière pour le quotidien équatorien El Comercio. Cette tragédie horrifie l’Équateur depuis un mois, d’autant plus que le sinistre El Guacho retient encore deux autres ressortissants équatoriens qu’il menace d’exécuter si la Colombie et l’Équateur ne cessent pas les offensives militaires à son encontre. Il réclame également la libération de ses hommes emprisonnés en Équateur.

Cette recrudescence de la violence à la frontière avec l’Équateur vient ternir les espoirs de paix en Colombie et dans la région. Le président colombien Juan Manuel Santos, prix Nobel de la paix en 2016, avait conclu il y a deux ans les premiers accords de paix visant à mettre fin à un demi-siècle de conflit armé entre le gouvernement et la guérilla armée des FARC. Ce conflit qui a opposé guérillas, paramilitaires et agents de l’État, a provoqué au total huit millions de victimes, morts, disparus et déplacés. Malgré le dépôt d’armes des FARC, certains groupes ont refusé les accords de paix et ont basculé dans la criminalité. C’est le cas du FOS qui contrôle la région frontalière près du fleuve Mira, fleuve frontalier qui traverse la région andine puis la forêt au milieu de 7 000 hectares de plantations de coca et où serait caché actuellement El Guacho. Ces «Bacrim» (bandes criminelles) ont ainsi abandonné leurs revendications politiques pour se lancer dans les affaires avec les cartels mexicains de la cocaïne.

Le gouvernement colombien semblait pourtant sur la bonne voie ces derniers mois avec les pourparlers de paix négociés avec la guérilla de l’ELN (Armée de Libération Nationale), dernière guérilla en activité en Colombie avec 1 500 combattants. Une trêve avait pour la première fois été observée entre octobre et janvier dernier. Mais la recrudescence des affrontements depuis le début de l’année a détérioré la situation, avec des attentats visant l’armée et la police, des enlèvements et les récents assassinats des journalistes équatoriens qui éloignent la perspective d’une paix durable dans la région.

L’embrasement de la situation a des répercussions politiques directes sur le voisin équatorien, victime collatérale du conflit colombien. Le président Lenin Moreno a annoncé le 18 avril que son pays renonçait à être le siège des pourparlers avec l’ELN, qu’il organisait depuis 2017. La mort tragique des journalistes équatoriens et la menace sur les deux otages encore prisonniers ont contraint les ministres de la Défense et de l’Intérieur à démissionner fin avril, vivement critiqués pour leur gestion de la crise et pour leur incapacité à capturer El Guacho. La crise actuelle a pointé du doigt un manque criant de coordination avec la Colombie, laissant un sentiment d’improvisation de la part des politiques. L’abandon de la zone frontalière devenue zone de non-droit depuis 20 ans apparaît comme la défaite des deux États. La crainte de voir le conflit colombien et les guerres entre cartels de drogue s’étendre vers l’Équateur suscite l’inquiétude de la population, qui redoute que le pays sombre dans un cycle de violence comme en Colombie.

Gabriel VALLEJO

Julian Assange, réfugié à l’ambassade d’Équateur à Londres, désormais privé d’internet

Le 28 mars, le gouvernement équatorien confirmait avoir coupé toute communication possible avec l’extérieur à Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, réfugié à l’ambassade d’Équateur à Londres depuis 2010, en représailles d’un tweet dans lequel Assange avait comparé l’arrestation du président de la Catalogne Carles Puigdemont à l’arrestation en 1940 du président catalan Lluís Companys. Nous traduisons ici un article diffusé par l’Agence latino-américaine d’Information (ALAI).

Photo : Andes – ALAI

En 1940, la Gestapo avait arrêté le président catalan Lluís Companys en Allemagne à la demande du gouvernement espagnol. Companys fut déporté vers l’Espagne et exécuté par le gouvernement fasciste de Franco. Selon le gouvernement équatorien, Julian Assange avait signé un accord selon lequel il n’interviendrait pas dans des affaires de politique extérieure tant qu’il serait dans l’ambassade équatorienne à Londres. Selon quel point de vue le tweet d’un journaliste représente une «ingérence» en politique étrangère ? Argumenter qu’un tweet d’Assange est une ingérence en affaires étrangères équivaut à nier la liberté d’expression à un des journalistes et éditeurs les plus importants de la dernière décennie. Rappelons que WikiLeaks a publié ces dix dernières années plus d’informations secrètes que tous les autres médias combinés, sur des traités commerciaux, la vigilance massive, les attaques contre des civils, les tortures et assassinats commis par les gouvernements états-uniens et d’autres pays en Irak, Afghanistan, Yémen ou Syrie… Une grande partie des révélations lui furent remises par des lanceurs d’alerte tels que Chelsea Manning, qui ont mis leur vie et leur liberté en danger pour défendre le droit des gens à être informés, à connaître la vérité.

En lui octroyant protection dans son ambassade il y a six ans, le gouvernement de l’Équateur a démontré son attachement et son respect des lois internationales en faveur des réfugiés, et a résisté avec intégrité aux pressions des États-Unis et du Royaume-Uni. Cependant, tant le gouvernement équatorien antérieur que l’actuel ont manifesté à plusieurs reprises leur mécontentement par rapport aux opinions politiques que Julian Assange émet depuis le consulat de Londres. En octobre 2016, le gouvernement de Rafael Correa lui avait coupé la connexion internet durant la dernière étape des élections états-uniennes, répondant ainsi peut-être à des pressions du Parti Démocrate qui considérait que sa candidate Hillary Clinton avait été lésée par les révélations de WikiLeaks sur divers thèmes, depuis le favoritisme dans la gestion des primaires qui a nui au candidat Bernie Sanders jusqu’aux accords secrets avec Wall Street et le rôle clé qu’elle a tenu comme Secrétaire d’État dans la sanglante confrontation en Libye et le coup d’État au Honduras.

Récemment, le président Lenín Moreno a publiquement averti Assange de ne pas intervenir dans des affaires politiques, peu après que celui-ci ait diffusé une information favorable à l’indépendantisme catalan. Moreno, qui se dit être une personne ouverte au dialogue et modérée, n’a pas hésité à qualifier Julian Assange de «caillou dans la chaussure». Une telle expression est une distorsion de la réalité. Le caillou dans le soulier serait plutôt le gouvernement du Royaume-Uni qui persiste à ignorer le mandat des Nations unies émis en février 2016 qui recommandait «la liberté immédiate» d’Assange. Le Groupe de travail des Nations unies comparait le confinement dans l’ambassade à «une détention arbitraire» et enjoignait aux gouvernements britannique et suédois à mettre fin à la persécution de l’éditeur de WikiLeaks. Cependant, deux ans plus tard, le gouvernement britannique se refuse toujours à accepter la recommandation des Nations unies et continue à mettre en danger la sécurité et la vie de Julian Assange, de même que son droit humain à être avec sa famille et en liberté.

Qualifier Assange de «problème» n’est pas la seule distorsion de la réalité. Politiciens et journalistes persistent à le définir comme «un hacker», et à confondre le rôle d’un lanceur d’alerte avec le travail de WikiLeaks. Ni WikiLeaks ni Assange ne sont des lanceurs d’alerte (whisleblowers). Assange est le fondateur d’une maison d’édition en ligne qui diffuse les révélations des lanceurs d’alerte qui, répondant à leur devoir comme citoyens, dévoilent les actions illégales commises par les gouvernements et/ou les corporations alliées à ces gouvernements, en vertu du Premier Amendement de la Constitution des États-Unis – pour citer le pays dont le gouvernement a ouvert un procès secret contre WikiLeaks et Assange. Éditeur et média engagés à révéler la vérité, ils devraient être protégés, pas poursuivis. Pourtant, Julian Assange et WikiLeaks, non seulement ont été attaqués par des fonctionnaires successifs, depuis des présidents, des sénateurs et des politiciens des deux principaux partis états-uniens (et aussi de l’Union Européenne et de la droite mondiale), mais ils sont aussi attaqués par la presse qui, ces dernières décennies, a évité toute confrontation avec le pouvoir.

Si le gouvernement équatorien retirait sa protection à Assange, la Grande Bretagne le livrerait immédiatement aux États-Unis [où il risque la peine de mort pour «espionnage». NdT]. C’est ce qu’affirment des experts dans ce type de thème, tels que les journalistes Glenn Greenwald et John Pilger, ainsi que des lanceurs d’alerte célèbres tels que Daniel Ellsberg et Edward Snowden. Espérons que l’Équateur n’abandonne pas la défense de Julian Assange, journaliste et éditeur poursuivi pour avoir diffusé les crimes de guerre commis par le pays le plus puissant de la planète. Si l’Équateur faisait marche arrière, non seulement il abandonnerait Assange, mais également toute la population équatorienne qui vit à l’extérieur et qui a besoin des mêmes lois internationales de protection qui protègent aujourd’hui Assange. L’Équateur est un pays de migrants ; d’un total de 17 millions d’habitants, plus d’un million réside aux États-Unis, en Espagne et ailleurs. Que son gouvernement reste un champion des droits humains et crée pour tous un espace de respect dans le monde.

Nous risquons tous de devenir migrants ou réfugiés un jour en cette époque marquée par des migrations massives. Julian Assange, malgré la transcendance immense de son travail comme journaliste et éditeur de WikiLeaks qui a secoué les structures les plus puissantes du monde, est un réfugié de plus, poursuivi et confiné dans une ambassade depuis six ans, malgré le fait que sa détention a été qualifiée d’arbitraire par les Nations unies. Julian Assange serait comme le disait John Berger «l’exemple de ceux qui sont réduits à l’état de décombres parce qu’ils résistent». Mais réduits à l’état de décombres, ils ont plus d’intégrité que tous les autres [1].

Silvia ARANA, ALAI
Traduit par Jac FORTON

[1] Depuis, ALAI fait circuler une pétition : «L’accusation en Suède contre Assange à la base de la demande d’extradition a été retirée. Son seul « crime » est celui d’être un vrai journaliste et de dire au monde les vérités que le public a le droit de savoir. Nous appelons le gouvernement de l’Équateur de rendre à Assange son droit à la liberté d’expression et d’en finir avec son isolement.» Parmi les nombreux signataires : Noam Chomsky, Oliver Stone, Yanis Varoufakis, Pamela Anderson, John Pilger, Alicia Castro, Jean Michel Jarre, Ai Weiwei…

L’Équateur bousculé par les paradoxes de la «paix» en Colombie

Rien ne va plus à la frontière de l’Équateur et de la Colombie. Côté équatorien, bombes, mines, voitures piégées ont détruit des bâtiments, fait de nombreuses victimes et provoqué un déplacement de populations.

Photo : Teletica

Le 27 janvier 2018, une voiture-bombe a explosé devant un commissariat de police de la localité frontière de San Lorenzo. Une centaine de logements ont souffert de l’attentat. 14 policiers ont été hospitalisés. Les 17 et 19 février, deux soldats ont été blessés au cours d’affrontements sur la frontière. Des bombes ont fait des dégâts matériels les 16 et 18 mars dans deux villages de la province équatorienne d’Esmeraldas. Le 20 mars 2018, trois militaires ont été tués et sept blessés sur une route reliant San Lorenzo à Mataje, toujours en Équateur à quelques kilomètres de la Colombie.

Pourquoi donc ces violences en territoire équatorien ? Pourquoi ces agressions à l’égard des forces de l’ordre ? Pourquoi ces populations déplacées ? Comment comprendre cela alors que la paix en Colombie aurait dû apporter des dividendes profitables aux deux pays et à leurs régions frontalières victimes de mal développement ?

En effet, la paix colombienne a apporté des dividendes effectifs et mesurables. Il y a dix-neuf ans, le 12 avril 1999, les États-Unis obtenaient un droit d’atterrissage pour leurs avions et de stationnement pour diverses unités militaires au nord de l’Équateur, dans la ville-port de Manta. Officiellement pour apporter un support matériel aux opérations antidrogue du Plan Colombie. L’Équateur, malgré lui, participait ainsi à la guerre interne colombienne.

Il y a 18 ans le HCR, Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, ouvrait un bureau en Équateur. Les combats entre FARC, forces armées et paramilitaires, avaient provoqué l’exode de milliers de Colombiens en Équateur. Ils seraient plus de 200 000, dont 60 000 bénéficient du statut officiel de réfugié.

Il y a dix ans, le 1er mars 2008, l’armée colombienne bombardait un campement des FARC, situé à Santa Rosa de Sucumbios, province d’Esmeraldas, en territoire équatorien. Vingt-deux personnes sont mortes. Dont Raúl Reyes, l’un des commandants de la guérilla. L’Équateur avait rompu ses relations diplomatiques avec la Colombie le 3 mars 2008.

La base de Manta a fermé en 2009. Le président Rafael Correa n’a pas renouvelé le bail signé par Jamil Mahuad avec l’administration de Bill Clinton. Peu de temps après, le président colombien Santos ne donnait pas suite à l’accord signé en 2009 par son prédécesseur, Álvaro Uribe, donnant un droit d’entrée à l’armée des États-Unis dans une douzaine de ports et aéroports militaires colombiens.

Le 26 novembre 2010, Juan Manuel Santos et Rafael Correa rétablissaient une normalité bilatérale. Et à partir de 2012, ils ont institutionnalisé des sommets gouvernementaux bilatéraux. Le dernier s’est tenu le 14 février 2018 entre Juan Manuel Santos et Lenín Moreno.

Les négociations de paix engagées officiellement en 2012 entre les autorités colombiennes et la guérilla des FARC ont été heureusement conclues en 2016. Parallèlement, l’Équateur a proposé ses bons offices pour faciliter un dialogue entre la Colombie et l’autre guérilla colombienne encore active, l’ELN. Elles se sont engagées à Quito le 8 février 2017.

Dans un tel contexte, la cascade d’évènements dramatiques de ces dernières semaines interpelle. Elle interpelle d’autant plus que la région frontière, plus ou moins centrée autour de la ville moyenne d’Esmeraldas, est fragile. C’est une terre de pauvreté et de marginalité, peuplée de populations d’origine africaine, descendants d’esclaves déportés pendant la période coloniale. C’est aussi une terre malmenée par la nature. Tremblements de terre, le dernier le 16 avril 2016, tourmentes tropicales liées au phénomène du Nino, ont cassé bien des maisons, des ouvrages publics et fauché des centaines de vies.

Seul point positif aux violences de ces derniers temps, l’existence d’institutions communes a permis une concertation en temps réel. Le 21 mars, les deux chefs d’État, Santos et Moreno, ont fait une déclaration conjointe. Elle condamne les attentats. Elle annonce une coopération militaire renforcée pour rétablir la paix dans « la zone d’intégration frontalière ». Des troupes ont été envoyées des deux côtés du fleuve Mataje L’ouverture prochaine à Ipiales (Colombie) d’un Centre commun de données a été annoncée.

Mais qui est le fauteur de troubles à l’origine de ces mobilisations ? Le nom le plus souvent cité est celui d’un certain Walter Arisala Vernaza, ou Walter Patricio Arizala, voire William Quinones, surnommé « El Guacho », ressortissant équatorien. Et celui de son organisation, « Frente Oliver Sinisterra » (FOS). Ce front serait issu des « Guerrillas Unidas del Pacifico », Front 29, Brigade Daniel Aldana des FARC. Ce front était actif des deux côtés de la frontière de Tumaco (Colombie) aux cantons équatoriens de Limones, Mataje, San Lorenzo. Le FOS qui a pris sa suite n’a plus d’identité politique. C’est, selon la terminologie colombienne, un Bacrim (bande criminelle) ou en Équateur un GAOR (Groupe armé organisé résiduel). Ce groupe, selon les autorités officielles des deux pays, mais aussi Pablo Beltrán, l’un des responsables de l’ELN, serait « en affaires » avec des cartels mexicains de la cocaïne.

Cette dérive, conséquence perverse de l’accord de paix signé par le président Santos avec les FARC, a pris une dimension particulière en raison de ses incidences internationales. Il en est d’autres, dont on parle moins, mais aux effets dévastateurs plus au nord, dans la région colombienne de Buenaventura et dans le Choco. 20 % environ des guérilleros auraient refusé la paix négociée par la direction des FARC, pour basculer dans la criminalité, selon les autorités. D’autre part, les territoires abandonnés par la guérilla auraient été en bien des endroits occupés par des « bacrims ». Au prix de rivalités sanglantes entre anciens et nouveaux groupes délinquants, sur un mode mexicain. Les côtes Pacifique de la Colombie et de l’Équateur sont aujourd’hui les territoires les plus affectés, victimes paradoxales d’un processus de paix réussi. Ce qui rappelle la dynamique perverse ayant fait perdre les avantages de la paix à l’Amérique centrale, il y a quelques années.

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

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