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Équateur

Suite de l’épopée Rafael Correa-Lenin Moreno. L’ex-président veut faire expulser le nouveau du parti au pouvoir

L’ex-président équatorien, Rafael Correa, vient de passer dix jours en Équateur pour affronter sur le terrain son pire ennemi politique, le nouveau président Lenín Moreno. La rupture est à un tel niveau que la réunion annuelle du parti du 3 décembre, a été ignorée par les dirigeants pro-gouvernementaux.  Retour sur la guerre politique en Équateur.

Photo : Lenín Moreno et Rafael Correa/Santiago Armas, Presidencia de la República

Rappel de la situation 

Lenín Moreno a pris ses fonctions de président le 24 mai 2017, succédant ainsi à Rafael Correa qui a été à la tête du pays pendant 10 ans, et dont il a été le vice-président de 2007 à 2013. Ils sont tous deux membres du parti au pouvoir, Allianza País (AP). Mais le nouveau président a rapidement critiqué et discrédité la gestion de son prédécesseur, en révélant en particulier une dette du pays s’élevant à environ 50 milliards de dollars. Dès lors a débuté une crise politique, qui s’est inscrite aussi dans le contexte des graves accusations de corruption lancées contre le vice-président Jorge Glas, allié de Correa, actuellement en détention préventive pour le dossier des pots-de-vin de la société de construction brésilienne Odebrecht. Son procès a d’ailleurs débuté le 24 novembre à Quito.

On pourrait définir comme « le nerf de la guerre » le projet de consultation populaire annoncé par Lenín Moreno, qui a pour objectif, entre autres, de supprimer le droit à la réélection indéfinie, résultat d’un amendement inconstitutionnel approuvé par la majorité de Correa dans la législature précédente, et qui empêcherait donc le retour de Correa au pouvoir en 2021. Une autre des sept questions de la consultation qui échauffe les esprits des « corréistes » est celle qui propose  la suppression définitive du CPCCS, le Conseil de la participation citoyenne et du contrôle social ou cinquième pouvoir, fondé par Correa. D’autres questions concernent les taxes sur la spéculation immobilière, la réduction de la zone d’exploitation pétrolière dans la réserve amazonienne protégée de Yasuní ou la restriction de l’exploitation minière dans les zones protégées, la non-prescription des crimes sexuels contre les mineurs et l’annulation de législations approuvées par l’exécutif précédent, certaines également par plébiscite et qui étaient emblématiques du gouvernement de Rafael Correa, (au total sept questions, dont celle de la perpétuité au pouvoir, seront posées).

Depuis, les relations entre les deux hommes ne sont qu’échanges d’insultes et de critiques via la presse et les réseaux sociaux, et le parti AP est déchiré entre les partisans de Moreno et ceux de Correa ; les « corréistes » accusant le président de gouverner avec le programme de l’opposition. Les dissensions entre les deux groupes ont atteint leur paroxysme lorsque, le 31 octobre, l’aile de l’AP fidèle à Correa a rejeté Moreno comme son chef et a nommé l’ex-ministre des affaires étrangères Ricardo Patiño ; une décision qui n’a pas été reconnue par les tribunaux ou le Conseil National Électoral, mais qui illustre la situation du parti au pouvoir.

Arrivée de Correa à Quito

Mettant sa « menace » à exécution, l’ancien président Rafael Correa a quitté la Belgique où il réside depuis juillet dernier avec sa famille, pour revenir en Équateur et intervenir sur place dans cette bataille politique. Avec la « grandiloquence » qui est la sienne, et quelques jours après avoir exprimé, lors d’une interview de l’AFP, qu’il voulait participer au congrès d’Alianza País (qui devait se tenir se tenir le 3 décembre à Esmeraldas dans le Nord-Ouest) pour tenter d’obtenir l’expulsion du président actuel, il a souligné le « très grand dilemme » de quitter sa famille, mais aussi qu’il se sentirait « comme un  traître s’il n’était pas au côté de ses camarades pour mener le combat dans cette importante bataille ». Il a, à de nombreuses reprises, accusé Lenín Moreno d’avoir « trahi le programme gouvernemental d’Alianza País, en gouvernant avec la droite et les banquiers ».

Son arrivée à Quito en avion privé en provenance de Bogotá, dans la nuit du 25 novembre, a attisé les passions. Certains étaient là pour célébrer son retour, d’autres pour le huer. Les affrontements entre les deux partis ont été tels que Correa a dû quitter l’aéroport par une porte dérobée. Il a twitté par la suite : « Je suis arrivé, chère Patrie, fatigué mais heureux ».

Les projets de Correa

Rappelons qu’avec son idéologie bannière de la « révolution citoyenne », l’ancien leader a réalisé la construction d’infrastructures nationales, en ces années de prospérité pétrolière, qui ont permis de donner une place internationale à l’Équateur – notamment par les investissements chinois -, de réduire l’écart social qui sévissait auparavant, et de permettre un meilleur accès à l’éducation et à la santé. Mais, et surtout dans ses dernières années de présidence, un certain nombre de secteurs sociaux, en plus de l’opposition, des hommes d’affaires, des autochtones et des journalistes, ont commencé à exprimer une animosité amère, souvent réduite au silence par l’armure de l’absolutisme politique que la figure charismatique Correa exerçait par les lois et les décrets qui le favorisaient.

Correa devait donc durant son séjour, outre sa participation au congrès d’AP, rencontrer la presse étrangère le 30 novembre, et reprendre contact avec les bases du mouvement en sillonnant le pays. Dans ses meetings, il a constamment fustigé la politique et les décisions de Moreno, qui sont pour lui « une opération minutieuse de destruction de 10 ans de révolution citoyenne ». Il a aussi ardemment pris la défense de Jorge Glas, en proclamant « qu’il y avait un détenu innocent et que l’Équateur avait déjà des prisonniers politiques ». Il n’avait pas l’intention de rencontrer Moreno, sauf si éventuellement l’objectif était de « réactiver l’économie ».

Interrogé sur son intention de se représenter à la présidence de l’Équateur, Correa a affirmé que son intention première était de se retirer de la politique, mais qu’il laissait désormais la porte ouverte à un retour (la prochaine élection présidentielle est prévue en 2021). « Avec tout ce qui s’est passé, je devrai vraisemblablement revenir en 2021 s’ils ne me disqualifient pas », a-t-il déclaré.

Les réponses de Lenín Moreno  

La rupture est à un tel niveau que la réunion annuelle du parti du 3 décembre, a été ignorée par les dirigeants pro-gouvernementaux. Selon les partisans de Moreno, la véritable réunion annuelle sera organisée, à une date encore indéterminée, après le référendum populaire avec lequel le président pourrait donc briser toute intention de Correa de revenir au sommet du pouvoir. Le Conseil national électoral (CNE) n’a pas non plus reconnu la validité de cette réunion, tout en confirmant Moreno comme chef du parti.

Avant l’arrivée imminente de Correa au pays, Moreno a convoqué le 23 novembre une réunion du conseil d’administration à Guayaquil, au cours de laquelle il a procédé à une purge des membres déloyaux. Et le 29 novembre il a envoyé un décret exécutif au Conseil national électoral (CNE) dans lequel il demandait à l’agence de convoquer la consultation populaire, en soutenant que l’absence d’avis de la Cour constitutionnelle (CC) sur la légalité de la consultation, était à interpréter comme une autorisation de facto en référence à des précédents similaires. Le CNE a répondu favorablement, et la consultation populaire aura lieu le 4 février 2018,  la campagne électorale débutant le 3 janvier. Sur son compte Twitter, le président a salué l’annonce : « aujourd’hui commence la construction de l’avenir que nous rêvons pour nos enfants, nous allons vers un OUI retentissant », a-t-il déclaré.

Le bilan du séjour de Correa en Équateur

Rafael Correa est reparti le 4 décembre pour la Belgique, après 10 jours passés en Équateur. L’ancien président de l’Équateur a perdu de son soutien au sein du mouvement Alianza País (AP). Environ 70 comités de la révolution citoyenne (CRC) ont en effet exprimé leur soutien à la gestion de Lenín Moreno. Le document signé par les comités déclare qu’ils rejettent « tout acte illégal qui a pour but de provoquer des ruptures internes » dans le parti politique officiel. En outre, le texte souligne le soutien « de manière ferme et décisive » à la gestion menée par Lenín Moreno, le reconnaissant comme « vrai président » de l’AP. Bien que les comités disent reconnaître les « réalisations des dix dernières années, dirigées par Rafael Correa », ils ont affirmé leur soutien au référendum appelé « directement et démocratiquement », qui pour l’ancien président est « un coup d’État » de Moreno, et  ne reconnaissent pas la légitimité  du  « leader » d’Alianza País, imposé par les corréistes, Ricardo Patiño.

Rafael Correa a annoncé  le 3 décembre qu’il abandonnait l’idée de créer un nouveau parti politique, mais que « le plan B serait d’intégrer un autre mouvement et de le transformer en un parti qui serait dans la mouvance de la révolution citoyenne », en insistant sur le fait qu’il n’entendait pas être candidat aux élections présidentielles de 2021. Le « choc des Titans » semblerait donc pour l’instant favorable au président Lenín Moreno ?

Catherine TRAULLÉ

Aggravation de la crise politique : le parti majoritaire équatorien divisé entre les partisans de Lenin Moreno et Rafael Correa

Le conflit entre Lenín Moreno, l’actuel président, et Rafael Correa, un « twitter acharné », avec de fréquents échanges de reproches et d’insultes sur les réseaux sociaux, s’est intensifié au fil des mois, alors que le président critique et discrédite la gestion de son prédécesseur, dont il a été le vice-président de 2007 à 2013.

Photo : Lenin/Wikimedia, Lenín Moreno – Rafael Correa

Le mouvement de gauche, qui depuis l’arrivée de Moreno au pouvoir le 24 mai, est profondément divisé entre les partisans de Moreno et ceux de Correa, accuse le président de gouverner avec le programme de l’opposition. La crise politique s’inscrit aussi dans le contexte des graves accusations de corruption lancées contre le vice-président Jorge Glas, allié de Correa, actuellement en détention préventive pour le dossier des pots-de-vin de la société de construction brésilienne Odebrecht, et qui a déclaré dans une interview exclusive accordée à CNN en espagnol, depuis la prison, qu’il était « l’objet de persécution » par le gouvernement de son pays, sous la forme d’une surveillance extra judiciaire par le service de Renseignement.

Lenin Moreno, a été évincé le 31 octobre au sein de son parti Alianza País (AP)

« Lenin Moreno […] perd immédiatement ses fonctions de président du parti », a annoncé un communiqué de la direction nationale de Alianza País, qui demande à l’ex-président équatorien Rafael Correa (2007-2017) d’accompagner son processus de « restructuration ». « Le règlement interne considère comme une faute grave, entre autres, les actions politiques qui profitent objectivement à des personnes ou groupes opposés à la politique de la Révolution Citoyenne », est-il précisé dans le communiqué lu par la secrétaire exécutive, Gabriela Rivadeneira.

Alors que Moreno n’est pas intervenu publiquement après la décision de l’AP, les ministres ont, dans une brève déclaration, ignoré le renvoi de Moreno, qu’ils ont décrit comme «si arbitraire» qu’il ne reflète pas le «sentiment» des bases du parti. « Ils savent très bien que le président d’Alianza País, comme tous ses dirigeants nationaux, sont élus lors d’une convention nationale […] Nous regrettons cette décision, et nous continuerons à travailler en tant que militants de notre organisation », a déclaré Miguel Carvajal (Ministre de la Défense). « Nous avons toujours dit que nous espérions que les différences soient traitées avec un grand esprit démocratique et avec maturité », a t-il ajouté.

Le parti au pouvoir était au bord de la rupture depuis début octobre

Sa date n’est toujours pas fixée. Elle a pour objectif, entre autres, de supprimer le droit à  la réélection indéfinie, résultat d’un amendement inconstitutionnel approuvé par la majorité de Correa dans la législature précédente, qui empêcherait donc le retour de Correa au pouvoir en 2021. Une autre des sept questions de la consultation qui échauffe les esprits des «corréistes » est celle qui propose  la suppression définitive du CPCCS, le Conseil de la participation citoyenne et du contrôle social ou cinquième pouvoir, fondé par Correa. Les partisans de Moreno estiment qu’être contre la consultation populaire est  une attaque contre la démocratie, en empêchant le peuple de s’exprimer.

Correa, accusant Moreno de s’être allié avec l’opposition, de trahir les principes de la soi-disant « révolution citoyenne », et de « porter atteinte à l’unité » du pays, avait en effet averti que si le président « continuait à détruire ce qui avait été accompli », il pourrait « promouvoir une Assemblée constituante pour mettre fin au gouvernement de son successeur, et revenir en tant que candidat ». La décision de la direction nationale de Alianza País d’écarter Lenín Moreno de la présidence du mouvement, et de le remplacer par Ricardo Patiño, ancien ministre des Affaires étrangères de Rafael Correa et ancien conseiller de Moreno lui-même, confirme la lutte interne pour la direction du parti qui a remporté les dernières élections générales, et la lutte pour le pouvoir politique dans le pays.

Lenín Moreno, un nouveau parti, “Somos Ecuador

Il est né de divers organismes sociaux, dont la liste est longue, favorables à la gestion du président Lenin Moreno et à la consultation populaire qu’il a proposée. S’y associent de nombreux collectifs représentant les femmes, les jeunes, les migrants, les mouvements LGBTI et d’autres mouvements considérés comme des acteurs stratégiques pour le développement de l’Équateur. Selon le communiqué de presse « Nous sommes l’Équateur » représente « des centaines de citoyens ordinaires de différentes tendances, qui veulent un consensus pour un Équateur juste, solidaire, et offrant de nombreuses opportunités ».

Catherine TRAULLE

Lenín Moreno, « le président de la paix, du dialogue, de la transparence et de l’égalité sociale » aux Nations unies

Les axes principaux de l’allocution du président équatorien devant la 72e Assemblée générale des Nations unies (ONU) et lors de la séance d’ouverture de la 41e réunion ministérielle de la plénière du G77 + Chine le 22 septembre, ont été les migrations, la corruption, les inégalités sociales, le développement des pays défavorisés et le changement climatique.

Photo : Ecuavisa

Le président Lenín Moreno est perçu comme un président conciliateur, tant devant l’ONU qu’au sein de son pays. Son discours aux Nations unies a été jugé avant-gardiste, en proposant la paix et le dialogue. En référence aux migrations, il a déclaré : « Nous sommes de plus en plus interconnectés, la mobilité humaine enrichit les peuples et contribue à lutter contre la xénophobie. Les murs aux frontières ne sont pas une solution ».

 Les injustices

Il a fermement insisté sur la nécessité de freiner les abus des paradis fiscaux, tout en soulignant que « l’élimination de la pauvreté et des inégalités exige des décisions politiques pour s’attaquer à la distribution injuste des richesses et de l’exclusion ». Pour lui, chaque dollar perdu dans l’évasion fiscale représente moins de ressources pour financer le développement des pays. Il a condamné les inégalités dans un monde où huit familles ont plus de richesses que le reste de l’humanité.

Le changement climatique

À propos du changement climatique, qui cause des catastrophes dévastatrices, il a invité les pays polluants de la planète à assumer leur responsabilité, et à veiller sur les communautés autochtones qu’il faut écouter, puisqu’ils sont les gardiens de la nature. Pour lui, « La décision collective permettra de construire un monde plus humain et plus juste ». Par ailleurs, il a critiqué le blocus économique contre Cuba imposé par les États-Unis et a demandé de respecter la non-ingérence dans les pays.

Lutter contre la corruption

En parallèle de cette assemblée, la ministre des Affaires étrangères, MarÍa Fernanda Espinosa, et le directeur général de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), Yuri Fedotov, ont signé un accord de coopération pour la prévention et la lutte contre la corruption, en travaillant sur trois axes : le renforcement de la lutte mondiale en faveur de la transparence et contre la corruption, l’échange de bonnes pratiques avec la conception d’indicateurs sur la corruption qui pourraient être appliqués par les tous les pays, et des mesures de prévention et d’éducation pour lutter contre la corruption.

ONU Femmes

À signaler que l’épouse du président, Rocío González de Moreno, a rencontré le directeur général d’ONU Femmes, Phumzile Mlambo-Ngcuka, qui a approuvé la proposition de loi présentée par l’exécutif équatorien, loi qui devrait être votée en novembre, contre  la violence sexuelle. En plus de lutter contre la violence sexiste, la législation proposée vise à réduire les féminicides, un fléau présent en Amérique latine et dans le reste du monde.

Des réformes pour renforcer la démocratie au sein de son pays

Ce président conciliateur a confirmé l’appel à une consultation populaire, dont il présentera officiellement le contenu le 2 octobre prochain, et a invité ses concitoyens à faire connaître leurs sujets d’intérêt avant le 26 septembre. Il avait déjà lui-même proposé d’aborder les réformes visant à renforcer la démocratie. L’opposition appelle à des changements dans le domaine de la justice, dans la loi sur la communication qui a sévèrement puni de nombreux médias depuis 2013, et s’interroge, entre autres, sur la réélection présidentielle indéfinie et sur la suppression définitive du CPCCS, le Conseil de la participation citoyenne et du contrôle social ou cinquième pouvoir, fondé par L’ancien président Rafael Correa. Moreno s’est félicité  « qu’un dialogue sain sur les questions ait été ouvert ». Il a remercié le soutien reçu pour sa proposition de consultation populaire. Selon El Ciudadano, les axes de la consultation porteront sur une plus grande participation des citoyens aux décisions nationales, sur des changements politiques visant à améliorer la démocratie, sur la transparence dans le choix des autorités de contrôle et sur le renforcement de l’équilibre entre les fonctions de l’État. Depuis son arrivée au pouvoir, Moreno, bien plus conciliant, s’éloigne de plus en plus de  son prédécesseur, Correa, et tend vers un consensus national.

Catherine TRAULLÉ

Cinq mois après avoir quitté son poste, l’ex-président équatorien Rafael Correa déjà de retour en politique ?

Cela fait à peine plus de 5 mois que l’ex-président socialiste Rafael Correa a quitté son poste pour laisser place à son successeur Lenín Moreno. Ce dernier, suite à l’annonce de la retraite politique de Correa, représenta la coalition de gauche Alianza País aux élections présidentielles. Ancien vice-président de Correa lui-même de 2007 à 2013, il remporta l’élection avec 51,16 % des voix face au candidat conservateur Guillermo Lasso.

Photo : egalitetreconciliation

Actuellement, dans un contexte d’instabilité politique régionale avérée, l’ancien président Rafael Correa (retiré depuis le 10 juin en Belgique) pourrait faire son retour en politique et ainsi engendrer un climat d’incertitude politique, pouvant débucher sur une crise. En effet, dans le cadre d’une conférence sur l’éducation qu’il donna en Colombie, Rafael Correa attaqua ouvertement son ex-collaborateur aux micros de l’AFP, en le qualifiant de  »médiocre » et de  »traître ». Selon lui, le programme politique de Lenín Moreno se dirige progressivement vers celui de l’opposition conservatrice, remettant en cause le travail réalisé par Correa, notamment dans le secteur économique.  »C’est pire que si l’opposition avait gagné » ajoute-t-il. Puis les tensions bondirent entre les deux hommes lorsque Moreno mit sur la touche son vice-président Jorge Glas, alors principal allié de Correa. Glas est accusé de corruption dans le scandale de l’entreprise brésilienne Odebrecht, qui affecte l’ensemble des pays latino-américains.

Révolté par les accusations et la  »trahison » dont Correa se dit victime, celui-ci affirme :  »S’ils continuent à détruire ce que nous avons gagné, nous allons impulser la création d’une assemblée nationale constituante, et si cette assemblée est créée, je devrai revenir comme candidat ». Cette annonce a résonné comme une bombe politique internationale. Dans la pratique, cette assemblée constituante permettrait d’organiser de nouvelles élections, de faire chuter le gouvernement actuel et ainsi porter une nouvelle fois Correa aux rênes du pouvoir en 2021, dernière année de mandat de son successeur.

Léopold MOLLARD

Une caméra cachée au bureau du président équatorien aggrave l’affrontement entre Lenín Moreno et Rafael Correa son prédécesseur

L’actuel président de l’Équateur, Len´n Moreno,  a accusé son prédécesseur de l’espionner à travers la caméra qui avait été installée secrètement dans le bureau du gouvernement. C’est un nouvel épisode qui  aggrave la « guerre » avec son mentor et maintenant ennemi politique, Rafael Correa.

Photo : APTOPIX (Quito)

« Le Service de protection présidentielle a détecté une caméra cachée dans le bureau du président, et on m’a informé que cette caméra avait été installée par Rafael Correa il y a sept ou huit ans », a déclaré le président Lenin Moreno, qui a reproché à son prédécesseur – qui a gouverné le pays entre 2007 et 2017 – de ne pas l’avoir informé de l’existence de cette caméra, ni du fait qu’il  « la surveillait à partir de son téléphone portable« . « Hier (jeudi 14 septembre) elle fonctionnait et nous ne savons pas combien de fois elle a été utilisée. Je suis extrêmement agacé et vais immédiatement ouvrir une enquête très approfondie sur la question », a déclaré Moreno, visiblement très tendu. L’ancien président, toujours très actif sur les réseaux sociaux, a réagi avec véhémence à la dénonciation de Moreno. « La caméra cachée manipulée depuis mon téléphone portable ! Si le président Moreno le prouve, qu’on m’envoie en prison. Sinon, il n’a plus qu’à démissionner de la présidence, pour cause de ridicule. Quelle honte ! » a-t-il twitté.

Depuis son entrée en fonction le 24 mai dernier, Lenín Moreno, qui fut un proche allié et le vice-président de Rafael Correa (2007-2013), est en conflit tendu avec l’ancien président. De Bruxelles, où il vit avec sa famille, Correa est devenu son principal opposant. L’affrontement entre Moreno et Correa est né de différences d’approches politiques et s’est considérablement aggravé lorsque Moreno a révélé que la situation économique dans laquelle il avait trouvé le pays était critique. En fait, Moreno n’a jamais été le favori de Correa, mais tous les sondages préélectoraux ont indiqué qu’il avait une meilleure image que le vice-président Jorge Glas. Glas est en procédure judiciaire depuis l’année dernière en tant que suspect de délit d’association illégale dans les contrats attribués à la société Odebrecht, dont il aurait bénéficié. Le président a exclu Glas de toutes ses fonctions au gouvernement au début du mois d’août, en raison de ces accusations. Il ne conserve que la charge nominale, mais sans tâche spécifique. La Constitution de l’Équateur implique que le vice-président doive remplir les fonctions qui lui sont assignées par le chef de l’État. Cependant, le président ne peut pas démissionner le vice-président, élu par le peuple.

Catherine TRAULLE

D’après les journaux El Comercio, Noticias et Diario Gestión

Bras de fer entre l’actuel président équatorien Lenín Moreno et son prédécesseur Rafael Correa

Tournant brutal entre deux hommes issus du même mouvement politique. Lenín Moreno qu’il avait « hérité » d’un endettement majeur, et annoncé des mesures d’austérité. D’autre part, le 3 août 2017, le président Moreno a démis de ses fonctions son vice-président, Jorge Glas, marquant ainsi une rupture définitive avec son prédécesseur, Rafael Correa.

Photo : FT.COM

Lenín Moreno,  a en effet exprimé ce 29 juillet, au cours d’une allocution télévisée qui a duré neuf minutes et qui a été retransmise par toutes les chaînes, que la situation économique du pays était « critique », et qu’il faudrait 8 milliards de dollars annuels pour amortir la dette dont il avait « hérité » à sa prise de pouvoir en mai dernier. Raison pour laquelle il prendrait des mesures pour réduire les dépenses et stimuler l’investissement. « En mai de cette année, la dette publique du pays a atteint un montant total historique de 41,893 milliards de dollars », a-t-il déclaré, auxquels il faut ajouter « d’autres engagements de l’État, comme des opérations à court terme, du passif des sociétés pétrolières, des ventes prévues d’hydrocarbures, ce qui fait rajouter environ huit  milliards de dollars, sans oublier les 2,528 milliards dus à la Sécurité sociale ».

Même s’il a rappelé que  « depuis deux ans le pays a dû faire face à la baisse du prix du pétrole et des matières premières, au cours du dollar, et au tremblement de terre dévastateur de 2016 qui a fait des centaines de victimes, et des dégâts matériels estimés à 3, 500 milliards de dollars », il n’a pas manqué de préciser que cet endettement était l’héritage de son prédécesseur et « qu’il contrastait avec les affirmations de Correa selon lesquelles le pays restait dans les limites d’endettement toléré par la loi (40 % du PIB) ». Selon lui, « face à la situation économique complexe, les décisions prises n’ont pas été très adaptées et ont mis notre économie en péril ». Ce qui est une critique ouverte du gouvernement précédent. Par ailleurs, suite aux accusations portées contre lui sur l’affaire de corruption Odebrecht, « le président Lenín Moreno démet de ses fonctions Jorge Glas », titre le 3 août le quotidien équatorien El Universo.

À ce poste depuis 2013, Jorge Glas est accusé d’avoir touché 14,1 millions de dollars (près de 12 millions d’euros) de l’entreprise brésilienne Odebrecht en échange de contrats de chantiers publics. Un coup dur pour ce haut responsable mais aussi pour tout le parti au pouvoir, Alianza País, auquel il appartient, au même titre que l’ancien président et que l’actuel chef de l’État. Après ces révélations, que l’intéressé réfute, le président récemment élu (en mai dernier) Lenín Moreno a remercié son vice-président de toutes ses fonctions, lui laissant seulement son rôle constitutionnel, qui est de remplacer le président en cas d’absence temporelle ou définitive, précise le quotidien colombien El Tiempo. Cette décision, en accord avec la volonté affichée du président de lutter contre la corruption, met fin à la vie politique de Glas et ouvre un processus de dénonciation de la corruption autour du scandale continental Odebrecht, estime le journal. Alors que Lenín Moreno a été porté par son prédécesseur, Rafael Correa, il tente désormais de se différencier de son mentor. Pour l’analyste Franklin Ramírez, de l’université latino-américaine de sciences sociales (Flacso), « le thème de la corruption reste un objectif de premier ordre, et le président Moreno s’est toujours engagé à un « grand nettoyage »», écrit El Tiempo.

Dans un éditorial, El Tiempo estime que Rafael Correa, grande figure équatorienne de ce début du XXIe siècle, a bénéficié tout au long de ses trois mandats (2007-2017) de cours du pétrole avantageux pour investir dans d’importants chantiers publics. « La fin de cette période d’abondance a été déterminante dans la décision de Correa de ne pas se représenter en 2017 et a nécessité de choisir un successeur contrôlable », écrit-il, avec le but de faire perdurer son projet politique, la « révolution citoyenne » (un projet socialiste dans la lignée de celui du Vénézuélien Hugo Chávez). Le choix s’est alors tourné vers Lenín Moreno, l’homme le plus populaire du gouvernement, mais qui inspire peu confiance à Rafael Correa. Ce dernier placera donc Jorge Glas, son homme de confiance pour assurer sa domination politique, au poste de vice-président. Pourtant, pour El Tiempo, les différences entre Moreno et Correa s’affirment dès la passation de pouvoir, lors du premier discours du nouveau président. De fait, après soixante-quinze jours au pouvoir, Lenín Moreno a multiplié les déclarations à l’encontre de son prédécesseur, présentant donc un bilan critique de la gestion économique du gouvernement précédent.

En retour, le père de la révolution citoyenne dénonce la « trahison » du nouveau président. Depuis la Belgique, où il vit avec sa femme, il s’exprime sur Twitter et dénonce les positions et les décisions de Lenín Moreno concernant le dialogue avec l’opposition, les populations autochtones et les entreprises, et son rapprochement avec la presse. « Correa va même jusqu’à encourager les militants d’Alianza País à créer un nouveau mouvement », précise El TiempoLe bras de fer entre le camp de Rafael Correa allié à Jorge Glas et Lenín Moreno a provoqué « un conflit qui s’est étendu au mouvement Alianza País (le parti au pouvoir), entre les adeptes de la ligne dure [socialiste] de Rafael Correa et ceux qui se sont alignés sur le style de Lenín Moreno », explique El Tiempo. C’est ainsi que Paola Pabón et les conseillers présidentiels Ricardo Patiño et Virgilio Hernández ont annoncé le  26 août leur démission de leurs fonctions au gouvernement équatorien.

Patino, ancien ministre de la Défense et l’une des pièces clés dans les 10 ans de gouvernement de Correa (2007-2017), a déclaré que cette décision répondait au fait que le gouvernement nouvellement installé de Moreno n’avait pas suffisamment reconnu les réalisations de la «Révolution citoyenne» et qu’il ait répandu l’idée qu’il y avait dans le gouvernement précédent une «généralisation de la corruption». Les trois ont nié qu’avec cette décision ils retiraient leur soutien à Moreno, et qu’ils étaient  du côté de Correa dans la lutte ouverte entre les deux hommes mais ont affirmé qu’ils « allaient travailler pour l’unité du mouvement ». La confrontation entre Moreno et Correa vient des accusations sérieuses de corruption qui pèsent sur le vice-président Jorge Glas, le grand allié de Correa, et que Moreno a démis de ses fonctions en représailles de ses critiques sévères contre le président. Face à cette crise politique, les députés du mouvement Alianza País ont demandé au président de trouver une solution immédiate à cette crise politique interne.

En attendant, Lenín Moreno défend ses choix et soutient que « maintenant le pays respire la liberté », comme le cite El Tiempo. Et, avec l’optimisme qui le caractérise, il a exhorté « à croire en l’avenir » pour « surmonter la crise économique, en assumant nos responsabilités.Tous ensemble, citoyens, chefs d’entreprise et membres du gouvernement, nous appuierons la dollarisation, nous allons générer des emplois décents, éradiquer l’extrême pauvreté, réduire les inégalités, générer l’équité et la justice sociale, et stimuler le développement économique et social. Nous devons tous y mettre du nôtre! » a-t-il dit, avant de présenter son budget de combat pour 2017.

Une stratégie qui vise donc à encourager les investissements et la rentrée de devises, et qui inclut des mesures d’austérité pour réduire les dépenses publiques, en utilisant les ressources de l’État et l’investissement public uniquement pour ce qui est strictement nécessaire. «Au mois de septembre, nous annoncerons au pays le programme économique complet que nous mènerons dans les prochaines années, conformément aux délais prévus par la loi », a-t-il déclaré. Enfin, pour compléter le budget de l’année, il demandera à l’Assemblée nationale (le parlement) 36,818 millions de dollars, soit 2 % de plus que le budget prévu  l’année précédente, « ce qui correspond à ce qui est indispensable pour le fonctionnement des services publics ». Le gouvernement projette une croissance du produit intérieur brut (PIB) de 0,7 %, et une rentrée fiscale de 34 602 milliards de dollars américains. L’objectif est qu’en 2021, le déficit passe de 7,6 % du PIB en 2016 à moins de 2 %, tout en respectant les dispositions constitutionnelles relatives aux allocations à la santé, à l’éducation, et aux régions, en s’assurant que « les dépenses permanentes ne soient couvertes que par un revenu permanent ».

Catherine TRAULLÉ
D’après Noticias Sin, Courrier international et Pagina Siete

Le nouveau président équatorien, Lenín Moreno, prêt à quitter l’axe bolivarien

Le nouveau président équatorien, Lenín Moreno, commence à prendre des distances avec le très controversé legs de son prédécesseur, Rafael Correa, qui n’a pas hésité à l’accuser de « déloyauté » et à écrire sur Twitter : La stratégie qui consiste à marquer ses différences non seulement est déloyal, mais aussi médiocre. Et Moreno lui répond : Syndrome d’abstinence: réaction provoquée par la suspension soudaine d’une substance génératrice d’assuétude comme le sucre, l’alcool, les drogues ou le pouvoir.

Pour comprendre l’actuelle relation entre les deux hommes d’État, il faut se pencher sur leur passé politique. Au contraire de l’attitude agressive de Correa, qui durant les dix années de son gouvernement n’a pas cessé de polémiquer avec l’opposition et les moyens de communication, Moreno semble vouloir initier une nouvelle période d’ouverture politico-sociale. Ainsi, lors de son discours inaugural du 24 mai dernier, il a manifesté son intention de renforcer et soutenir la réconciliation nationale. Lorsqu’il était le vice-président de Correa, lors de son premier mandat, Moreno, qui se déplace en fauteuil roulant à cause d’une paraplégie, a mené la campagne intitulée : Sourit Équateur, nous sommes des gens aimables. En 2013, après avoir quitté le gouvernement, il fut envoyé à Genève en tant que spécialiste en handicap et accessibilité auprès du secrétaire général de l’ONU. C’est à ce titre qu’il a été proposé pour le prix Nobel de la paix. C’est alors que Correa, président sortant à l’époque, prévoyant une déroute de son parti lors des prochaines élections a vu en Moreno l’incarnation du visage humain de la révolution citoyenne, et donc le candidat idéal pour lui succéder.

Mais le conflit éclata lorsque le nouveau président manifesta son intention de mener à bon terme ses promesses de campagne, surtout celle qui concerne le rapprochement entre gouvernement et l’opposition. En effet, très rapidement Moreno a entamé un dialogue d’amitié avec les moyens de communication, lesquels saluèrent élogieusement cette attitude en contraste avec le tempérament belligérant de son prédécesseur. Et pour montrer sa volonté de changer de style politique, il s’est réuni avec les dirigeantes de la Confédération des nations indigènes de l’Équateur (Conaie), laquelle avait manifesté violemment son opposition lors du gouvernement de Correa : Moreno a restitué aux indigènes deux sièges de leur organisation confisquées jadis par son prédécesseur.

Or, tout semble indiquer que la récente création d’une commission spéciale, destinée à enquêter sur les questions de corruption, est à l’origine du conflit. Les soupçons tombent sur les épaules de Jorge Glas, nommé vice-président par Correa, accusé d’appartenir à un groupe de fonctionnaires qui auraient reçu des pots-de-vin de la compagnie brésilienne de bâtiments Odebrecht. Aussi, une plausible coalition avec l’ex-président Abdala Bucaram, qui vient de rentrer à son pays après avoir vécu vingt ans d’exil – une fois prescrites les causes pénales initiées lors de son éviction en 1997 – a accentué le désaccord entre les hommes du parti Alliance Pays.

Le réaménagement politique que Moreno s’est fixé comme objectif répond sans doute à des impératifs sur le plan géostratégique régional, concernant l’élan de renouveau où semble s’orienter l’Amérique latine. D’où la nécessité d’intégration de l’Équateur dans un scénario marqué par une série de changements politiques transcendantales : le déclin dudit « axe bolivarien », l’échec de l’économie vénézuélienne, le triomphe du président Mauricio Macri en Argentine, le destitution de Dilma Rousseff au Brésil et la prévisible victoire du candidat conservateur Sebastián Piñeira aux prochaines élections présidentielles du Chili. Et pour poursuivre ses réformes, Moreno dispose d’une solide base monétaire grâce à la dollarisation instaurée en janvier 2000 par le président Jamil Mahuad et conservé par ses successeurs. Cette stabilité de la monnaie, laquelle épargna à l’Équateur du chaos où plonge actuellement le Venezuela, peut être considérée comme le point de départ d’un tournant majeur dans l’économie du pays.

Eduardo UGOLINI

Un proche de Rafael Correa a été élu de justesse le nouveau président d’Équateur

Lenin Moreno, candidat du parti au pouvoir en Équateur, est légèrement en tête de l’élection présidentielle pour désigner le successeur de Rafael Correa, dont il a été le vice-président de 2007 à 2013. Le choix des électeurs s’inscrit dans la continuité du régime de Rafael Correa de choisir entre le socialisme du XXIè siècle ou un virage à droite, scrutin crucial pour une gauche latino-américaine affaiblie.

Photo : Alchetron.com

L’ancien vice-président Moreno est crédité de 51,07 % des voix à l’issue de ce second tour, selon un résultat partiel diffusé par le Conseil national électoral (CNE) et portant sur 94,20% des bulletins dépouillés. Mais son adversaire, l’ex-banquier Guillermo Lasso, crédité de 48,93 % des suffrages d’après le CNE, a dénoncé une « fraude » présumée et s’est dit prêt à contester le résultat. Des centaines de partisans des deux bords se sont rassemblés devant le CNE, dont les accès ont été barrés pour prévenir d’éventuels incidents, suite aux protestations de l’opposition après le premier tour, le 19 février.

À 64 ans, Lenin Moreno, le candidat du parti au pouvoir, Alianza PAIS (AP, Patria Altiva i Soberana : Patrie altière et souveraine – l’acronyme jouant sur le mot pays en espagnol) se veut l’apôtre d’une politique sociale, mais moins polémique que celle de son charismatique mentor. Il a axé son ultime discours contre la corruption, allant jusqu’à promettre « une chirurgie radicale […] aux corrompus de ce gouvernement », « aux corrompus d’hier et de maintenant ». On rappelle qu’il a accusé Lasso de s’être enrichi pendant la grave crise financière de 1999 alors qu’il était ministre de l’Economie.

Aux législatives du 19 février, AP a perdu sa majorité des deux-tiers, conservant néanmoins la majorité absolue à l’Assemblée. Elle a le soutien des classes populaires, bénéficiaires des programmes de la « Révolution citoyenne » et du « Socialisme du XXIe siècle » corréiste.

La sécurité sociale, la réduction des inégalités et la promotion de l’éducation de la révolution des citoyens ont joué en faveur du modèle correíste. Ainsi, il a pu compter sur le soutien des classes populaires, principales bénéficiaires des politiques sociales entreprises ces dix dernières années par le gouvernement socialiste. Avec 39,36 % des voix, il avait raté de peu une victoire dès le premier tour, en février dernier.

L’augmentation du chômage, l’augmentation de la dette extérieure, la détérioration des libertés civiles et d’expression, et une économie en crise ont cependant incité près de la moitié des Équatoriens à adhérer aux propositions de Lasso. « Le gouvernement s’est distingué par l’amélioration des infrastructures routières, de l’hôpital et des travaux publics, mais lorsque le prix du pétrole s’est écroulé, la gestion financière s’est montrée clairement insoutenable » a déclaré Basabe, docteur en Sciences Politiques, opposant à Moreno. De fait, les généreuses politiques sociales du gouvernement se heurtent depuis 2013 à la baisse des revenus tirés du pétrole, et les exportations (bananes, café) sont freinées par la remontée du dollar américain, seule monnaie en circulation dans le pays depuis l’abandon de sa devise, le sucre, en 2000.

 Dénonçant « la dictature » du parti corréiste, M. Lasso, 61 ans, avait appelé au « changement », promettant de créer un million d’emplois et de supprimer des impôts. Il attirait ainsi les classes moyennes qui ont souffert de la crise du secteur pétrolier. Mais le pays a donc choisi de continuer sur la voie socialiste et de ne pas virer à droite, comme l’ont fait ces derniers temps le Brésil, l’Argentine ou encore le Pérou. Le prochain chef de l’Etat doit prendre ses fonctions le 24 mai prochain.

Catherine TRAULLE

Un nouveau président socialiste pour l’Équateur ? Deuxième tour ce dimanche 2 avril

Dimanche 2 avrnil sera un jour particulier pour l’Équateur, qui élira son futur président pour un mandat de quatre ans. Le premier tour avait tranché en faveur de Lenín Moreno (39,6 % des voix) et Guillermo Lasso (28,09 %). Candidat socialiste héritier de la politique de Correa et ancien vice-président, Lenín Moreno s’avère être le favori des sondages, selon les études de Cedatos et Market.

Photo : Alchetron et WordPress

Le candidat socialiste, s’il est élu, s’est engagé à concilier ralentissement économique et développement énergétique et infrastructurel. Parmi ses autres promesses qui font parler d’elles, celle de maintenir l’asile accordé à Julian Assange (le fondateur de WikiLeaks), réfugié en Équateur depuis cinq ans déjà. Une mesure-vitrine peut-être, au nom des droits de l’Homme.

En face, se trouve un ex-banquier qui ne parvient pas à s’auréoler d’autant de publicité. Promoteur du libéralisme et des alliances internationales, Guillermo Lasso, candidat de droite du parti Creando Oportunidades, est soutenu par le Parti social-chrétien. Malheureusement pour son image médiatique et politique, il a refusé à plusieurs reprises de prêter un serment certifiant n’avoir jamais trempé dans affaires de corruption, ainsi que de notifier devant notaire qu’il n’a jamais bénéficié de placements d’avoirs dans les paradis fiscaux, liés à la crise économique de 1999 ou associés à de la corruption impliquant les plus grandes entreprises d’Amérique du Sud. Actuellement, selon les déclarations de Correa, le service des impôts enquête sur de possibles activités offshore de Guillermo Lasso.

Ce dernier s’en défend par l’offensive, en amenant sur la scène politique la théorie du complot : il serait victime d’une « fraude électorale », et ce depuis le premier tour des élections. Un argument facile pour justifier a priori une possible défaite. Quoi qu’il en soit, le verdict aura lieu à la fin de la semaine. Pour en savoir plus sur la transition potnéolibérale de l’Équateur, les éditions de l’IHEAL viennent de publier un livre intitulé L’Équateur de Rafael Correa (Cahiers des Amériques latines n°83).

Lou BOUHAMIDI

 

 

Le « New York Times » en espagnol propose un reportage sur les élections équatoriennes

L’Équateur fait ses adieux à Correa. Et maintenant ? Pour seulement sept dixièmes de point de pourcentage, les électeurs équatoriens ont donc voté en faveur d’un deuxième tour électoral, qui aura lieu le 2 avril, pour choisir le nouveau président de la République entre Lenin Moreno, du parti Alianza País, et l’homme d’affaires Guillermo Lasso, de Creando Oportunidades (CREO), le parti d’opposition.

Photo : New York Times

Le ballotage s’annonce très serré, avec ceux qui parient sur le maintien de Alianza País au pouvoir, parti dirigé par Rafael Correa à la tête du gouvernement depuis janvier 2006, et ceux qui sont en faveur d’un changement politique, avec un parti qui promet de mettre fin à la « Révolution Citoyenne » et de rétablir un climat de liberté et de démocratie dans le pays.

Si Lenin Moreno avait obtenu 40 % des voix, et non 39,3 %, Alianza País aurait gagné pour la troisième fois consécutive l’élection présidentielle dès le premier tour. En 2009 et 2013, Correa avait été élu avec une large majorité. Même si le score de Moreno montre qu’Alianza País garde une force électorale significative, les résultats indiquent un clair virage vers l’opposition. Il y a quatre ans, Correa s’était imposé avec 57,7 % des voix. L’addition de tous les votes du dimanche 19 février pour les candidats de l’opposition montre un résultat assez similaire, ce qui révèle bien un nouveau scénario des forces en place.

L’élection récente a été marquée par deux événements clés: la relève de Correa à la tête d’Alianza País, et le différend sur la direction de la droite entre deux groupes rivaux. Pour un parti dirigé par une forte personnalité comme celle de Correa, le changement de chef politique représente un énorme défi. Correa a été l’axe idéologique d’Alianza País, son principal capital politique et sa source de légitimité, de sorte que son départ à la retraite risque de laisser un grand vide.

Dans le cadre du virage à gauche de l’Amérique latine, la « Révolution Citoyenne »  était un projet de refondation nationale qui promettait de donner aux équatoriens une seconde et définitive indépendance, comme l’avaient fait Hugo Chávez au Venezuela et Evo Morales en Bolivie. Correa a apporté une stabilité au pays, après une décennie qui avait vu défiler neuf présidents dans le Palais de Carondelet. Mais au fil du temps le projet est devenu autoritaire, peu transparent, avec une main-mise de l’État sur la vie sociale et politique, laissant évoquer les vieilles traditions populistes bien éloignées d’une rénovation de la démocratie.

Pour ce qui concerne la droite, ces élections ont été une sorte de primaires entre Guillermo Lasso et Cynthia Viteri du Partido Social Cristiano (PSC), qui, malgré leur proximité idéologique, n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur un candidat commun au premier tour. Leur division a empêché la formation d’un bloc politique solide de droite face au parti du gouvernement dès le premier tour. Mais les dirigeants du PSC ont fait savoir, dès la publication des résultats partiels dans la nuit du 19 février, qu’ils apportaient leur soutien à Guillermo lasso. Les deux candidats ont à eux deux totalisé 44,3 % des voix. Même si on peut estimer que Lasso et Moreno ont des chances à peu près similaires, les grandes questions sont de savoir si Lasso gagnera toutes les voix du PSC, et de quelle façon voteront les quelques 15 % restants qui avaient choisi un des cinq autres candidats, cependant tous clairement dans l’opposition.

Lasso est un ancien banquier de Guayaquil, qui a créé le parti CREO en 2010. Beaucoup pensent que CREO n’était qu’une plateforme électorale destinée à le mener à la présidence. En 2013 il a obtenu 22,3 % des voix, se plaçant ainsi en seconde position derrière Correa. Il défend des idées économiques libérales, un rôle restreint de l’Etat, et prône une vision conservatrice de la société, centrée sur la famille. Sa campagne électorale pour le premier tour a cherché à se rallier les anti-corréistes durs.

Quel que soit le candidat qui triomphera, il devra se confronter aux incertitudes de l’épuisement d’un cycle politique. Il héritera d’un pays avec une économie en récession, affectée par un gros déficit budgétaire et des déséquilibres extérieurs sévères. Afin de faire face aux élections avec une plus grande chance de succès, le gouvernement Correa a masqué la crise financière en contractant des emprunts pour un montant équivalent à 15 % du PIB au cours des douze derniers mois. Et pourtant, l’économie équatorienne a diminué de 1,7 % en 2016, selon les estimations de la Banque Centrale de l’Équateur. Le modèle économique de la “Révolution Citoyenne » a tenu grâce à la prospérité engendrée par le prix élevé du pétrole et une augmentation des recettes fiscales. Il a permis une croissance sans précédent des investissements publics et des dépenses sociales, ne faisant qu’ajouter au prestige charismatique de Correa, qui par ailleurs bénéficiait d’une majorité de 75 % à l’Assemblée Nationale.

Le nouveau scénario politique montre qu’il y aura une plus grande répartition des forces au Parlement, bien qu’a priori Alianza País reste majoritaire, selon les résultats préliminaires. Si Lasso gagnait les élections, l’Équateur aurait un président avec une minorité législative, ce qui l’exposerait à des relations difficiles avec l’Assemblée, et réitèrerait les vieilles luttes de pouvoir institutionnel propres à la présidence équatorienne. Ce serait plus simple pour Moreno, mais il devrait vivre avec l’ombre de Correa et la menace permanente d’un manque de vrai leadership à Alianza País.

Pour Moreno il sera difficile de se convertir, comme l’était Correa, en rassembleur des factions hétérogènes au sein du mouvement. En outre, son candidat à la vice-présidence, Jorge Glas, actuel vice-président, est l’objet de graves accusations de corruption qui ont endommagé son image et son prestige. Si le binôme gagnant était Moreno-Glas, ils auraient à prendre en compte la lassitude de larges secteurs de la société équatorienne après dix ans de polarisation, et les critiques systématiques des opposants au régime. Alianza País a imposé à l’Équateur un système politique marqué par une forte domination de l’exécutif, et la perte conséquente des mécanismes d’équilibre et de balance du pouvoir propres aux démocraties représentatives.

Pour l’Équateur, l’élection du 2 avril soulève des dilemmes complexes. D’une part, surmonter la crise économique sans tomber dans les mêmes scénarios d’instabilité gouvernementale et d’agitation sociale des années quatre vingt dix. Et d’autre part, restaurer un horizon démocratique fondé sur une vision pluraliste de la vie sociale et politique. Quel que soit l’élu, il devra rétablir un climat de dialogue et de tolérance fondé sur le respect de l’exercice des droits et libertés individuels et collectifs. Ce sera le seul antidote possible pour éviter que la polarisation des dix dernières années ne continue de détruire la vie démocratique du pays.

New York Times, en espagnol
Traduit par Catherine Traullé

New Tork Times en espagnol
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