Lettre ouverte à M. Emmanuel Macron, pour sauver la Maison de l’Amérique latine à Paris

La Maison de l’Amérique latine a été inaugurée le 18 octobre 1946, dans le sillage de la Résistance, à l’initiative du ministère des Affaires étrangères et sous l’impulsion du général Charles de Gaulle. Elle est née d’un geste de gratitude : la reconnaissance de la France envers les nations d’Amérique latine et des Caraïbes qui avaient soutenu la France libre aux heures les plus sombres. Le Général voulait que Latino-Américains et Français disposent à Paris d’un lieu pour se rencontrer, se connaître et se comprendre. Robert de Billy lui a donné corps et l’a présidée pendant près de trente ans, mission poursuivie et diversifiée, par ses successeurs, Guy Georgy, Alain Rouquié et Jean-Marc Laforêt.

Depuis, la Maison occupe deux joyaux du Faubourg Saint-Germain : l’hôtel de Varengeville et l’hôtel Amelot de Gournay. Ces bâtiments appartiennent depuis 1964 à la Banque de France, dont la Maison est locataire depuis soixante ans. Placée depuis sa création sous le haut patronage du Président de la République, elle a bénéficié du soutien constant de vos prédécesseurs. En 1981, le président François Mitterrand a confié à François Hollande la mission de redresser ses comptes et d’ouvrir la Maison à tous, faisant d’un cercle diplomatique un lieu de culture accessible gratuitement au plus large public. En 2003, le président Jacques Chirac est intervenu pour arrêter une première tentative de vente.

Quatre-vingts ans d’histoire commune 

La Maison vient de célébrer ses quatre-vingts ans, le 15 octobre dernier. Cet anniversaire aurait dû être une fête. Il s’est tenu dans l’inquiétude. La Banque de France a en effet mis en vente l’ensemble immobilier en juin dernier, pour une valeur estimée à près de cent millions d’euros, sans imposer à l’acquéreur la moindre obligation de maintenir l’institution dans ses murs. Le dépôt des offres doit se clore le 21 octobre etle choix de l’acquéreur est attendu fin novembre. Il reste donc quelques jours pour éviter l’irréparable.

Un lieu vivant, porté par nos associations 

La Maison de l’Amérique latine n’est pas seulement un patrimoine architectural. C’est le seul lieu de Paris entièrement consacré à l’Amérique latine et aux Caraïbes, et c’est notre maison commune. Nos associations, représentant les diasporas et les amis de chacun des pays du continent, y organisent tout aulong de l’année des activités culturelles très diverses incluant des expositions, des projections de films, des rencontres littéraires mais aussi des débats et conférences sur l’actualité politique, sociale et économique de nos pays, la mémoire des dictatures, les droits humains, l’environnement et l’Amazonie, les migrations etles relations euro-latino-américaines. Près de 250 événements ont été organisés à leur initiative en 2025, 60 d’entre elles présentes lors des deux éditions du Forum France-Amérique latine en 2025 et 2026.

La Maison, en partenariat avec les ambassades et institutions françaises est aussi le lieu des célébrationsdes fêtes nationales, des hommages et des journées de mémoire. C’est le lieu du Forum de la Maison de l’Amérique latine inaugurant les Semaines de l’Amérique latine et le Caraïbes, réunissant cette année plus de cinq mille participants autour de nombreux acteurs institutionnels, associatifs, culturels, économiques et universitaires. Ce travail, souvent bénévole, fait vivre au quotidien la vocation que le général de Gaulle avait assignéeà la Maison. Sans elle, nos associations perdraient leur principal lieu de rencontre, et Paris perdrait une vitrine unique de la diversité culturelle de vingt nations.

Face à cette menace, Jean-Marc Laforêt, président de la Maison de l’Amérique latine–AFFAL, à lademande des amis de la Maison, a lancé sur Change.org la pétition « La Maison de l’Amérique latine ne doit pas disparaître ! ». Elle a déjà réuni plus de 27 000 signatures. Parmi les signataires figurent des ambassadeurs, des parlementaires, des artistes, des écrivains, des universitaires, ainsi que d’anciens chefs d’État et de gouvernement, dont l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet et trois anciens Premiers ministres, Dominique de Villepin, Jean-Marc Ayrault et Bernard Cazeneuve.

La pétition rappelle que vous-même, dans votre discours de Valparaíso du 21 novembre 2024, avezsouligné le rôle de la Maison au service des relations diplomatiques, culturelles et économiques entre la France, l’Amérique latine et les Caraïbes. Elle souligne qu’une vente sans garantie reviendrait à rayer de lacarte une institution créée par le général de Gaulle, et qu’un tel signal aurait un fort retentissement dans tous les pays du continent, au moment même où la France y cherche des partenaires fiables. Les signataires en appellent solennellement au Président de la République, sous le haut patronage duquel la Maison est placée, ainsi qu’au ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, pour qu’une solution soit trouvée afin d’assurer la pérennité de ses missions dans son lieu historique.

Notre demande 

Il ne s’agit pas de contester l’indépendance de la Banque de France, mais d’obtenir que la cession soit assortie d’une clause garantissant le maintien de la Maison de l’Amérique latine au 217 boulevard Saint-Germain. C’est pourquoi nous nous permettons de solliciter votre aide, Monsieur le Président, afin que vous interveniez auprès de M. le Gouverneur de la Banque de France pour que cette exigence soit intégrée aux conditions de la vente avant la clôture des offres. Le général de Gaulle a ouvert cette maison pour dire merci à l’Amérique latine. Nous ne doutons pas que vous aurez à cœur que la France ne lui tourne pas le dos, quatre-vingts ans plus tard. Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très hauteconsidération.

Les associations latino-américaines et caribéennes de France
(En cours d’actualisation)

ACA (Association France-Amérique) (Amérique centrale) / Aliados literarios / Ambassades pour l’Égalité, personnels diplomatiques LGBTQI2S+ et alliés / Alter Brasilis / Association culturelle franco-brésilienne / Arte al Paso Gallery / Assemblée Citoyens Argentins en France / Association ¿Donde Están ? (Uruguay) / Association Grenobloise solidarité Argentine) / Association Esperanza Latina (Chili) / Association Ex-prisonniers politiques chiliens / Association France pour la Démocratie à Cuba / Association France-Équateur / Association franco-Argentine de psychiatrie et de santé mentale (Afapsm) / Association José Castillo / Association pour la coopération inter peuples action de solidarité avec les peuples d’Amérique latine et pour la diffusion des cultures d’origine (ACIP-Asado Grenoble) / Association Rencontres Cinémas d’Amérique latine de Toulouse Arcalt / Association Venezuela à Bordeaux / Autres Brésils / Bohio Ayiti / Centre culturel péruvien Cecupe / Ciné club Uruguayo de Francia / Collectif Mémoire Vérité Justice (Argentine) / Corpus & Clinique /- CSPN (Comité de solidarité avec le peuple du Nicaragua) / Dialogo por Venezuela /  Echanges Massy-Espagne (échanges de cultures hispano latino-américaines) / Ecos de culturas (Nicaragua) / Revue Nouveaux Espaces Latinos / France-Amérique latine / In-Somnio entertainment / Isis Arts & Cultures / Juntanza feminista de mujeres colombianas en Paris / Lawen (Défenseur·es des droits, des territoires et de la nature de peuples originaires) /Les Amis du Patrimoine (diffusion et protection du patrimoine culturel de communautés méconnues ou peu connues d’Amérique latine) / Maison Latina (Grenoble) /- Myosotis (Ass franco-colombienne) / Noesis  / Observatoire de l’Argentine contemporaine / Pour un Autre Uruguay / Raíces Argentinas / Reflets de Lettres / Séminaire Dialogues philosophiques / Séminaire Psychanalyse et Transferts culturels / Seminario latino de l’Envers de Paris / SOS  Nicaragua / Tango Suresnes /  Teje (Colombie) / Wiphala France (en défense des DDHH et avancées sociales de l’Etat Plurinational de la Bolivie) / …