Le documentaire « Llamarse Olimpia » : des voix de femmes contre la violence numérique au Mexique 

Le documentaire a été présenté cet automne en présence de sa réalisatrice au festival de films Viva México à Paris ainsi qu’au festival de Biarritz. Il a eu le prix du meilleur documentaire dans ces deux festivals. Auparavant récompensé au Mexique à Guadalajara et Morelia en particulier. Le film vient de sortir sur Netflix en Amérique latine. Il a été considéré par la presse mexicaine comme le documentaire le plus important en 2025.

En 2022, Olimpia Coral Neto a été désignée parmi les cent personnalités les plus influentes dans le monde par le magazine Time. Quelques chiffres : 89,3 % des victimes de violence sexuelle digitale sont des femmes et plus de 90 % des agresseurs sont des hommes. Nations Unies évalue à 35 % de femmes au niveau mondial qui ont souffert de violence numérique.  Pour l’année 2025 au Mexique, trois femmes sur dix de douze ans et plus, utilisant internet, ont été victimes de cyberharcèlement, ce qui représente près de dix millions de femmes. 

Olimpia Coral Neto a été l’une d’entre elles. Elle est originaire de la Sierra Norte de Puebla, un village, Huauchinango. À l’âge de 18 ans son petit ami de l’époque a diffusé une vidéo privée à contenu sexuel, sans son consentement. Cette vidéo s’est rapidement diffusée sur les réseaux sociaux et a eu des répercussions graves pour Olimpia face à l’humiliation, aux critiques, aux moqueries de sa communauté et des autorités. Elle est tombée dans un état dépressif et a même fait une tentative de suicide. Sa mère l’a beaucoup soutenue en lui disant qu’elle n’était pas coupable mais victime d’un délit. Elle décida alors de se défendre et sa lutte personnelle devint une lutte collective. Dans l’état de Puebla elle créa l’organisation Des Femmes contre la Violence de genre, et à Mexico a fondé avec d’autres l’Union nationale pour la Sororité pour aider les femmes qui avaient vécu cette violence digitale.

En 2014, à 24 ans Olimpia présente avec le collectif «Les Défenseuses du numérique » un projet de loi devant le Congrès de Puebla qui reconnait la violence numérique et punit jusqu’à 6 ans d’emprisonnement ceux qui diffusent, commercialisent des vidéos intimes sans consentement. « La loi Olimpia » fut ainsi votée en 2021 et sur l’ensemble des états mexicains en 2026. L’objectif de leur lutte est aussi de remettre en question le fonctionnement des plateformes numériques. Cela a eu des répercussions dans toute l’Amérique latine puisque des lois de ce genre ont été votées au Chili, Argentine, Équateur, Panamá.

Indira Cato, jeune productrice et réalisatrice mexicaine avait suivi le combat d’Olimpia. Elle a décidé un jour de la contacter à travers les réseaux sociaux alors que la loi avait déjà été adoptée dans une partie des états au Mexique. Le documentaire reconstruit l’itinéraire personnel d’Olimpia, avec une approche humaine et féministe. Indira Cato a filmé aussi d’autres militantes comme Prania Esponda, chanteuse de rap, et Marcela Hernández Oropa « Quand on leur dit ce que tu as vécu est un délit et tu peux porter plainte, cela change tout pour ces femmes ».

Ce fut un processus difficile car il fallait filmer sans « envahir » face à des femmes ayant subi des violences en étant filmées. La réalisatrice a su créer un climat de confiance, d’abord sans caméra en prenant le temps de connaître Olimpia. « Elles avaient le droit de nous demander d’arrêter de filmer à tout moment ou ne pas utiliser certaines séquences ». Ce documentaire est ainsi un acte de justice, il dénonce une réalité ignorée ou minimisée pendant des années avec des archives personnelles, une narration à la première personne, la lutte de ces femmes à travers des manifestations dans tout le pays.

On y entend de nombreuses chansons de lutte féministes comme celle de Vivir Quintana Chanson sans peur ou de Prania Esponda que ce soient eux qui se cachent, les agresseurs, car j’ai renoncé à la honte de mon corps » et ainsi de faire en sorte que la peur change de camp. Comme on le voit dans le documentaire, quand Olimpia est revenue dans son village de l’état de Puebla lors d’une grande manifestation et avec sa mère à ses côtés elle a déclaré « Je franchis les grandes portes de la dignité maintenant ».