Le second tour de l’élection présidentielle brésilienne de 2026 a désigné Luiz Inácio Lula da Silva comme vainqueur, ce dernier l’emportant de justesse face à Flávio Bolsonaro lors du scrutin de ce dimanche. Le dirigeant de gauche, issu du Parti des travailleurs (PT), entamera ainsi son quatrième mandat présidentiel au Brésil, après les deux exercés entre 2003 et 2010, et celui en cours depuis 2023.
Les candidats
Luiz Inácio Lula da Silva, âgé de 80 ans, est l’une des figures de proue de la gauche latino-américaine. Issu du monde ouvrier, il a été dirigeant syndical avant de se lancer en politique. Il a accédé à la présidence du Brésil pour la première fois en 2003, fonction qu’il a occupée jusqu’en 2010. Revenu au pouvoir en janvier 2023, il briguait sa réélection afin de poursuivre son projet politique à la tête de la plus grande économie d’Amérique latine.
Flávio Bolsonaro, 45 ans, est avocat et sénateur de l’État de Rio de Janeiro. Fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, il représente le Parti libéral et porte un programme de droite qui vise à marquer une nouvelle étape pour le gouvernement brésilien. Arrivé en tête lors du premier tour le 4 octobre, il a affronté Lula au second tour, dans une élection qui témoigne de la polarisation politique du pays.
Le président Luiz Inácio Lula da Silva, a battu le sénateur Flávio Bolsonaro et a été réélu ce dimanche 25 octobre pour un quatrième mandat, un fait inédit dans l’histoire du Brésil. Selon les résultats confirmés par le Tribunal supérieur électoral, avec 99,98 % des suffrages dépouillés, le candidat du PT a recueilli 51,78 % des voix valides au second tour, contre 48,22 % pour le sénateur, qui ne peut désormais plus le rattraper. En 2022, Lula a battu le père de son adversaire, Jair Bolsonaro, avec 50,9 % des voix contre 49,1 %.
Cette victoire intervient au terme d’une campagne serrée, durant laquelle Lula était arrivé deuxième au premier tour, remporté par Flávio avec 47,03 % des suffrages contre 45,16 %. C’est la première fois, depuis le rétablissement des élections directes au Brésil en 1989, qu’un candidat parvient à opérer une telle remontée au second tour. Lula, qui fêtera ses 81 ans ce mardi 27 octobre, est la personne la plus âgée à avoir jamais occupé cette fonction ; il a pris part à sept élections présidentielles, en remportant quatre.
La journée électorale a été marquée par une vive tension. Le Tribunal suprême fédéral (TSE) a prolongé le scrutin de deux heures dans tout le pays, après que l’équipe de campagne du PT a dénoncé des entraves à la mise en place des transports publics dans dix États. Bien que le problème ait été signalé dès le début de la journée, le président du TSE, Kassio Nunes Marques, n’a pris aucune mesure. C’est Cristiano Zanin, ancien avocat de Lula, qui a ordonné cette prolongation. Les partisans de Bolsonaro ont contesté cette décision sur les réseaux sociaux, mais les magistrats des hautes juridictions écartent toute possibilité d’annulation du scrutin.
Au cours de la campagne, Lula n’a réagi qu’après les résultats du premier tour, en annonçant notamment l’interdiction des paris et la révision du programme d’aides sociales Bolsa Família. Après une première semaine de campagne consacrée à régler ses comptes avec ses alliés, il a réorienté la campagne et confié la stratégie numérique au député André Janones. Ce dernier a créé la chaîne WhatsApp « Armée de Lula », qui a rassemblé plus de dix millions d’abonnés. Flávio a tenté de la faire bloquer avec l’aide de Nunes Marques, mais la chaîne est restée active jusqu’au bout.
Flávio a misé sur l’« antipetismo » (le rejet du Parti des travailleurs) et sur la crise au sommet du pouvoir judiciaire — d’abord en raison des liens entre des magistrats proches de Lula et puis à cause de l’ingérence qui a conduit à l’annulation du débat sur la chaîne TV Globo avant le premier tour. Vainqueur du premier tour, il a adopté une attitude triomphaliste : il s’est exprimé comme s’il avait déjà été élu et a suggéré une obscure modification constitutionnelle visant à « redémocratiser le Brésil ». Toutefois, la perspective d’un retour de Bolsonaro au pouvoir a mobilisé la gauche et les centristes.
Lula disposera de deux mois pour apaiser les tensions politiques et économiques. S’il bénéficie du soutien de partis tels que le PSD de Gilberto Kassab et le MDB, ainsi que de certains secteurs du centre, il se retrouve face à une véritable bombe à retardement au sein du pouvoir judiciaire, où les magistrats sont divisés entre partisans de Lula et de Bolsonaro. Par ailleurs, la droite a renforcé sa présence au Sénat, une enceinte où pourrait être initiée une procédure de destitution contre des magistrats de la Cour suprême. Sur le plan économique, l’inquiétude des marchés pourrait s’accentuer en l’absence de signaux en faveur de l’austérité.
Pour la mouvance bolsonariste, cette défaite ouvre une lutte pour le leadership. Privé de mandat, Flávio verra sa capacité d’action politique réduite, tandis que Tarcísio de Freitas — réélu dès le premier tour au poste de gouverneur de São Paulo — se positionne déjà en vue de l’échéance de 2030. Flávio fait par ailleurs l’objet d’enquêtes concernant des fonds sollicités pour le film biographique « Dark Horse », consacré à son père, ainsi que pour son implication présumée dans des opérations de blanchiment d’argent via des plateformes de paris. Quoi qu’il en soit, le nom Bolsonaro a démontré sa force, et la polarisation politique demeure bien vivante. À suivre.
D’après *Folha de Sao Paulo*
Traduit par Espaces Latinos


