María Corina Machado est rentrée au Venezuela ce dimanche 26 octobre, après dix mois d’absence

« Tout le Venezuela t’accueille ! Bon retour à la maison », peut-on lire dans l’une des publications. « Bonjour, Caracas ! D’ici, nous le disons haut et fort : le Venezuela tout entier se fait entendre. Nous sommes là pour achever la mission. Allons jusqu’au bout ! » Des messages précédents montraient des images et des vidéos de groupes de personnes venues accueillir et saluer Mme Machado lors de son passage dans les États de Yaracuy, Carabobo et Aragua, dans le centre du Venezuela. Dinorah Figuera, qui dirige la délégation de l’opposition vénézuélienne dans le cadre du dialogue avec le gouvernement intérimaire de Delcy Rodríguez, a également évoqué le retour de Mme Machado. « Nous saluons le retour en liberté de María Corina Machado. C’est un résultat direct du 3 janvier et de la force du dialogue », a déclaré Mme Figuera, revenue au Venezuela en juin après près de huit ans d’exil pour prendre en charge ces négociations, à la demande du gouvernement américain. Elle a été la dernière présidente de l’Assemblée nationale élue en 2015 — à majorité d’opposition —, une instance considérée par les gouvernements comme la dernière à avoir été élue lors de scrutins libres et concurrentiels dans le pays. 

La Plateforme unitaire démocratique, alliance regroupant les principaux partis d’opposition vénézuéliens, a également salué le retour de Machado, qu’elle a qualifiée de « cheffe des forces démocratiques » du pays. « Son retour doit donner un nouvel élan à la lutte pour le rétablissement de la démocratie, de la liberté et de la souveraineté populaire. Il est temps d’unir nos forces, de renforcer l’unité nationale et d’avancer avec détermination vers une transition démocratique, pacifique et ordonnée, permettant aux Vénézuéliens de recouvrer pleinement leurs droits et de décider librement de leur avenir. Cela s’inscrit dans le cadre de la feuille de route présentée par la Plateforme unitaire, en articulation avec le plan en trois phases de l’administration Trump », ont-ils écrit dans un message dans les reseaux sociaux.

À son arrivée au Venezuela, Machado a entamé un trajet par voie terrestre en direction de Caracas, effectuant de brefs arrêts pour saluer ses partisans. Le retour de María Corina Machado soulève de nombreuses interrogations quant au processus politique engagé au Venezuela depuis l’arrestation de Nicolás Maduro par les forces militaires américaines, le 3 janvier dernier.

Machado revient désormais avec un objectif clair : accélérer la transition politique au Venezuela et obtenir l’organisation d’élections présidentielles libres. Cet objectif figurait déjà dans le plan en trois étapes de l’administration Trump pour le Venezuela ; toutefois, la lenteur de sa mise en œuvre suscite des inquiétudes chez certains Vénézuéliens. Ces derniers souhaitent s’assurer que le changement soit réel, et qu’il ne se limite pas à écarter Maduro pour le remplacer par une personne qui était non seulement sa vice-présidente, mais qui a également été, pendant des années, son alliée et une fidèle collaboratrice. 

On peut supposer qu’une fois au Venezuela, Machado cherchera à faire pression sur le processus de nomination des nouvelles autorités au sein du Tribunal suprême de justice et du Conseil national électoral. Elle aspirera également à faire entendre sa voix à la table des négociations, dirigée par Figuera et Jorge Rodríguez — président de l’actuelle Assemblée nationale et frère de la présidente par intérim. Reste à savoir comment la haute hiérarchie chaviste réagira au retour de Machado, qu’elle a toujours perçue comme une ennemie radicale.

On ignore aussi comment cette pression s’articulera avec les intérêts des parties présentes à la table des négociations et, surtout, avec ceux de l’administration Trump qui — en fin de compte — a joué, et joue encore, un rôle déterminant dans le maintien de Delcy Rodríguez au pouvoir et dans la désignation de Figuera comme interlocutrice au sein de l’opposition. Pour l’heure, le secrétaire d’État Marco Rubio semble avoir adressé un message tant au gouvernement de Rodríguez qu’à Machado « Les États-Unis espèrent que les libertés de toutes les composantes de la vie politique vénézuélienne continueront d’être respectées. Par ailleurs, nous espérons que tous les acteurs politiques soutiendront ces pourparlers ; ils constituent, pour le Venezuela, la meilleure occasion depuis trente ans de parvenir, par des moyens pacifiques, non seulement à des élections libres et équitables, mais aussi à une démocratie durable. »