C’est la plus longue série de meurtres dans un pays en paix, avec en moyenne huit journalistes tués par an au Mexique. Et loin de s’enrayer, cette spirale se poursuit avec près d’un professionnel de l’information tué par mois depuis début 2026.
Si les auteurs agissent en toute impunité, puisque 99 % des 169 meurtres n’ont pas été complètement élucidés, les principales causes sont bien connues : le crime organisé et la corruption. Pourtant, l’État reste défaillant dans la protection des journalistes : seuls 27 % des 22 engagements pris par la présidente Claudia Sheinbaum auprès de Reporters Sans Frontières pour renforcer la liberté de la presse au Mexique ont enregistré une forme de progrès, mais aucun n’est significatif…
Deux ans après le début du mandat de Claudia Sheinbaum, le 1er octobre, seuls 27 % des vingt-deux engagements pris par la présidente auprès de Reporters sans frontières (RSF) pour renforcer la liberté de la presse au Mexique ont enregistré une forme de progrès, aucun n’étant significatif. Par ailleurs, encore dix-huit journalistes ont été tués depuis le début de la mandature actuelle, au rythme d’un par mois depuis début 2026. Lors d’une réunion avec RSF, le 21 octobre, la secrétaire à l’Intérieur, Rosa Icela Rodríguez, a reconnu les retards dans la mise en œuvre de ces engagements et réaffirmé la volonté du gouvernement d’accélérer leur application.
Dans le cadre d’une mission au Mexique, une délégation de RSF menée par son le directeur général, Thibaut Bruttin, a rencontré, le 21 octobre, la secrétaire à l’Intérieur, Rosa Icela Rodríguez, afin de lui présenter le bilan des deux premières années du mandat de Claudia Sheinbaum. L’analyse souligne la persistance des violences contre la presse, avec dix-huit journalistes tués au cours des deux premières années du mandat, ainsi que l’absence de politiques préventives dont la mise en œuvre puisse être vérifiée dans les zones à haut risque et le manque d’avancées substantielles en matière de protection et de lutte contre l’impunité. Parmi les progrès constatés figurent la formation de fonctionnaires aux mesures de protection et l’abrogation du délit de calomnie dans l’État de Zacatecas.
Face à ce constat, la secrétaire à l’Intérieur a reconnu les retards dans la mise en œuvre des engagements pris auprès de RSF et réaffirmé la volonté du gouvernement d’accélérer leur application. En présence de Ruth Zenteno López, responsable du Parquet fédéral spécialisé dans les atteintes à la liberté d’expression (FEADLE), et de Tobyanne Ledesma Rivera, directrice générale du Mécanisme fédéral de protection des journalistes et des défenseurs des droits humains, la ministre a appelé à avancer sur deux priorités. D’une part, elle a demandé au Feadle un examen individualisé des affaires de journalistes assassinés, afin d’identifier les obstacles à leur élucidation et de faire avancer la lutte contre l’impunité. D’autre part, elle a appelé à accélérer la décentralisation des politiques de protection des journalistes, en renforçant les capacités des États fédérés à répondre aux menaces.
La lutte contre l’impunité a également été au cœur d’une rencontre avec la procureure générale de la République, Ernestina Godoy, qui a pris deux engagements concrets auprès de RSF : renforcer la formation des membres du ministère public aux enjeux de la liberté de la presse, notamment dans les parquets des États fédérés, et inscrire cette question à l’ordre du jour d’une prochaine session, en 2027, de la conférence des procureurs généraux, qui réunit les responsables des parquets des 32 entités fédérées.
Thibaut BRUTTIN
Directeur général de RSF
Rapport complet auprès RSF.org


